‹ Exposition arrégée [i.e. abrégée] et populaire de la philosophie et de la religion positivesChapitre 29 sur 49 · POLYTHÉISME · texte numérisé non relu

POLYTHÉISME

S 4. — Du polythéisme en général. — Le régime correspondant

est théocra tique ou militaire.

Le système intellectuel qui constitue le polythéisme s*est trouvé successivement compatible avec trois régimes politiques essentiellement différents ; aussi ont-ils produit des résultats non-seulement tout autres, mais même, à beaucoup d'égards, opposés et s'excluant les uns les autres. Nous avons donc à examiner» d*abord abstraitement, les propriétés générales de la doctrine elle-même, puis celles qui sont spéciales à chacun des régimes auxquels elle a présidé, enfin les principaux résultats qulls ont produits.

La grande création des dieux constitue certainement le premier résultat général de l'activité purement spéculative propre à Tintelligence humaine, qui, jusque-là, n'avait fait essentiellement que suivre sans effort, à la manière des animaux, une tendance spontanée à animer les corps proportionnellement à Tintensité de leurs phénomènes. Si Thomme n*eût pas été susceptible de comparer, d'abstraire, de généraliser et de prévoir, à un plus haut degré que les singes, les carnassiers, etc., il aurait sans doute indéfiniment persisté dans le fétichisme plus ou moins grossier où les retient leur imparfaite organisation. Mais son intelligence est propre à apprécier la similitude des phénomènes, et à en reconnaître la succession. L'important passage du fétichisme au polythéisme constitue le premier résultat général de l'esprit d'observation et d'induction développé, d'abord chez les hommes supérieurs, et, à leur suite» dans la multitude.

Représentant la matière comme essentiellement inerte, le

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polythéisme subordonne tous les phénomènes à une multitude de volontés arbitraires, incompatibles avec toute ^ande idée de règle constante. Mais, en fournissant à toutes les intelligences des images propres à fixer leur attention sur les phémènes généraux, il facilita Tensemble de Télaboration théorique. Tous les mots qui caractérisent un phénomène collectif donnant lieu à des dieux correspondants, le nombre de ceuxci, quoique très-inférieur à celui des anciens fétiches, devint presque aussi grand que celui des termes du langage. Mais quand la multiplicité et Tincohérence de toutes ces divinités furent difficilement conciliables avec le degré de régularité que manifesta Texamen du monde extérieur, le poly* théisme introduisit, sous le nom de Destin ou de Fatalité, une dernière conception en parfaite harmonie avec sa nature générale, et très-propre à fournir un point d*appui au principe de nnvariabilité des lois naturelles. Tous les autres dieux durent alors accepter de plus en plus, à mesure que la connaissance de Fordre extérieur s'étendait et se précisait, la prépondérance de celui de Fimmuabilité.

Pat* rhomogénéité qu'il établit entre toutes les pensées, et les liens provisoires qu'il fournit aux observations, le poly* théisme non-seulement les rendit possibles, mais même les provoqua directement Les^ volontés surnaturelles étant regardées comme les causes des événements, on aspira à les prévoir d'après Tobservation assidue de leurs effets. Les superstitions mêmes qui nous paraissent aigourd'hui les plus absurdes, ont eu primitivement, outre leur haute portée politique, un caractère philosophique vraiment progressif, et elles stimulèrent à observer avec constance des phénomènes dont réUide ne pouvait alors inspirer par elle-même aucun intérêt soutenu. Ainsi, après Tavoir primitivement inspiré, les chimères astrologiques ont longtemps servi & entretenir le goût des observations, astronomiques. En physique concrète, la plupart des phénomènes météorologiques et principale-

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aoot oeux de la foudre, furent, dans Tantiquîté, le si^et d*ane exploi^Uon scrupuleuse et continue par suite de leur relation avec Tart des augures. De même, Tanatomie a certainement puisé ses premiers matériaux dans les observations spontanément amenées par Part des aruspices» oherchant Tavenir par Texamen attentif du foie, du cœur, du pou* mon, etc. , des animaux sacrifiés. Enfin le désir d'arriver à l'interprétation des songes fut, pendant toute Tatitîquité, la source d*obserratJons délicates et persévérantes sur Ton* chafnement des phénomènes intellectuels et moraux.

Telles fur^t les éminentes propriétés du polythéisme ao point de vue scientifique, qui devait étendant lui être plus défavorable qu^aucun autre, plus surtout que le point de vue esthétique. Sans doute la forme initiale de la philosopitis théologique, ou fétichisme, transportant immédiatement à tous les êtres extérieurs notre sentiment de la vie, favorise plus directement que les croyances polythéiques le dévdoppement des beaux-arts. Mais le polythéisme compensa, et beaucoup au delà, son infériorité de ce côté, en développant davantage la vie publique qui, seule, peut amener, les grandes inspirations esthétiques; et sous ce régime, rimaginatioa se trouva être un auxiliaire important de la philosophie» En ^et, quand pour Texplleation des phénomènes physiques ou moraux une divinité nouvelle est introduite, la poésie àxAt évidemment s'en emparer afin d'achever Topération en donnant à cet être, d*abord abstrait et peu déte^ miné, une physionomie et des mœurs convenables à sa des* tlnation, ainsi qu*une histoire suffisamment détaillée. La part que le polythéisme laissait ainsi au génie esthétique, dans la détermhiatlon des croyances populaires, dut tendre directement à provoquer et à étendre le développement des beaux*arts.

Appelant Thomme à modifier le monde que le fétichisme respectait trop, le polythéisme fut éminemment favorable à

TaetiHié» U réalte, au plus h«vt degré, la propriété inhé» rente à toute philosophie théologiqae de mêler Taction sur» naturelle aux entreprises humaines. Avec Tappoi des dieux, dont les volontés constitûai^t Tunique gpsrantie de Tordre universel, Thomme espéra exercer sur le monde un empire illimité, dans les temps mènes où sa puissance réelle était la plus restreinte. Le monothéisme, dans lequelle dogme du ilitalisme acquiert, en prenant la forme d'un optânisme absolu, une bien plus grande extension et une bien phis haute iok* portanceque dans le polythéisme, se trouve, par suite, bien nu^as favorable à Taction progressive de THumanlté sur le mondeextérieor. Et Thistoire montre effectivement plusieurs nations dont les progrès ultérieurs eussent été certainement plus fermes et plus rapides si, au lieu de s*élever brusque* ment à un monothéisme prématuré, elles fussent restées plus longtemps sous le régime poljrthéique.

Mais &*est à l'activité militaire et à ses grands résultats po* lltiques et moraux qu'à Texclusion de tout autre convint sur* tout ce régime. La réunion successive des populations hu^ maines sous une même domination suppose d^abord rétid>lissement de Texistence sédentaire à laquelle conduisit le fétichisme ; mais, par la dispersion des croyances, comme plus tard le monothéisme par leur conoentràti<m, il fù% im« propre à Torganisation et au développement d'un véritable système de conquêtes. G^est uniquement dans le polythéisme que se trouvèrent admirablement conciliés l'énergique na« tionalité du culte conquérant, et Taccueil du culte des popU' lations conquises» Un tel système religieux comportant ra<Uonction presque indéfinie de nouvelles divinités, le pro* sélytisme n'y consistait qu*à subordonner les dieux du vaincu aux dieux du vainqueur. En outre, le polythéisme fUt trèspropre à consacrer la grande institution de Tesclavage. Elle fut commune, dans Tantiquité, aux populations industrielles et aux nations guerrières; mais anciennement, comme de nos

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Jours, elle tendit, chez les peuples pacifiques, à dégrader le mattre et le sujet, eu déterminant Toisiveté de Tun et Toppresslon de Tautre; tandis qu*au contraire, comme institution militaire, elle devint profondément salutaire à toas deux : les guerriers purent alors développer leur activité collective, ayant pour but la conquête du monde ; et le travailleur, Tactivité productive à laquelle il dut d'abord la conservation de la vie, et qui le conduisit finalement à la libération. Le fétichisme n'avait pu que préparer cette institution, en disposant les vainqueurs à utiliser les vaincus au lieu de les détruire ; et, seul, le dogme poly théique était propre à consacrer Tautorité du maître et la soumission du sujet, en leur permettant un rapprocliement hiérarchique inccMnpatible avec l'inflexibilité monothéique, qui ne comporte que Toppression ou TaiTranchissement.

Le polythéisme fut également bien plus favorable qu^aucune autre doctrine à rétablissement et au maintien d*une rigoureuse discipline. Il consacra les autorités humaines en permettant de rattacher habituellement les chefs à une origine divine. En outre, les prescriptions quelconques purent alors être placées avec une extrême facilité sous la sanction religieuse par la voie des oracles, des augures, etc., presque constamment disponibles, d'après le système régulier de communications surnaturelles qu^il avait organisé, et quels monothéisme dut supprimer. C'était d'ailleurs très siocère* ment que furent le plas souvent employés de tels moyens; et les préjugés qui, à cet égard, existent aujourd'hui proviennent de ce qu'on ne comprend qu'imparfaitement un tel état intellectuel, où les conceptions théologiques, profondément incorporées à tous les actes humains, devaient si aisément disposer à attribuer à une intervention surnaturelle les plus simples inspirations de la raison. Enfin le polythéisme seconda puissamment la discipline humaine par les peines et les récompenses dont il disposa. La béatification que

^ monothéisme substitua à la divinisation n*en put offrir [ii'un très-faible équivalent, puisque Tapothéose païenne, ont en satisfaisant aussi pleinement au désir universel d'une rie indéfinie, promettait en outre aux âmes vigoureuses l'éterlelle activité de ces instincts d*orgueil et d'ambition dont le iéveloppement constituiût pour elles le principal attrait de rexistence. Enfin le polythéisme fut aussi propre à punir c|u^à récompenser.

Mais outre ces propriétés relatives à Tactivité militaire, et à un point de vue plus général, le polythéisme comporta encore, au plus haut degré, une propriété sociale d'une extrême importance* Le fétichisme, ainsi que nous Pavons reconnu, ne détermine Tinstitution d'un vrai sacerdoce que dans sa dernière phase, quand il parvient à Tétat d'astrolfttrie. Celle-ci, qui devient promptement un véritable polythéisme, est éminemment favorable à cette institution en introduisant des divinités indépendantes de la matière, et qui habituellement inaccessibles, ne peuvent communiquer avec ruumanité que par Tintermédiaire indispensable de ministres spéciaux. De là donc la nécessité et les fonctions d'une classe spéculative, susceptible, par son ascendant, de donner graduellement à la société humaine une consistance durable et une organisation régulière. La multiplicité des dieux était certes très-propre, d'abord, à faire sentir avec plus d'énergie le besoin de la classe sacrée, quoiqu'elle ait dû ensuite beaucoup contribuer par la dispersion de l'autorité sacerdotale à diminuer sa consistance et à lui faire perdre son indépendance.

il résulte des considérations précédentes que la transition du fétichisme au polythéisme donne nécessairement nais^ sance à deux sortes de pouvoirs dont les sources sont tout à fait distinctes. D^une part surgit l'autorité spéculative, alors purement sacerdotale ; de l'autre, la puissance active, essentiellement militaire. L'une et l'autre concourent à fonder les

3M TROIftlàl» »iftTI£«

ôltés en réQDlflsaïkt les familles « la première par tin même culte et dee iéteeoommaiiee, la seconde par une aodirité eohlective, à la fois <^léDsi?e et défensife. liais alors elles sb dUfpnteot la prééminence sociale, et Tordre ne pecits^étabUr et sobsister qne par suite de la subordination de 1\id6 de ces pnissaiieesifc Tantre : car, comme il résulte des expOcatioi» de Itf première partie de cet ouvrage, elles sont téUement incompatibles, qu*elles ne peuvent se trouver réunies ebesies mêmes chefs ; et chacune déciles reconnaît bfentôt que, insnffisante à elle seule, elle ne peut se passer du secours de l'autre^ Le sacerdoce antique, représentant reconnu des êtres sarnaturels, dut constamment aspirer à c(Hnmattder smis pouvoir jamais se borner à conseiller; mais Finsuffisance de Hot^igence pour associer habituellement les familles , le conduirit à reconnaître la néces^té de Tessor mOitaire, alors regarcfê comme devant propager Tautorité sacerdotale. De même, les guerriers s'eiforcèrent également d*amener la suprématie sociale de leur caste , sans laquelle aucun ayntèiAe de con* quôte ne peut se développer; mais les chefs militâmes durent voir bientôt que les m^leurs titres personnels ne sauraient disposer de la sanction religieuse, indispensable pour déterminer une soumission qui ne peut être suffisante et durable qu'autant qu^elle est sacrée. Telles sont les nécessités respectives qui finissent par instituer une longue alliance entre deux pouvoirs hétérogènes et mtoie antipathiques. Mais leur accord ne s'établit que tardivement, et diaprés une situation teilement caractérisée que Fun dVux se mbcrdùnne à Tautre, qui se développe et qui exerce, comme il eonvient, la compression. Quand les exigences matérielles sont peu prononcées et permettent bientôt les accumulations favorables, Tattrait universel de Texistence domestique fait naturdlement prévaloir les inclinations pacifiques. Un tel milieu favorisant ressor spéculatif en même temps que In fraternité sociale» la précocité de Fétat sédentaire et de Fastnrtâtrie

SCl£NC& SOeULX oc SOGlOLOGliU 3&7

détarmliie aiflôment la transformation dei vieillards en prA* Ires. Akxra ee développe le régime saeerdotaU il là sltoatton qui détotirne des attaques dispense aussi de se défendre» la pi^nlation tbéocratique se trouvant entourée de barriéree prières à protéger ses travaux industriels, telles qu*nne en« eeinte de déserte ou de montagnes, etc. Mais au contraire un milieu rigoureux et stérile retarde d*abord rinstitotion des vieillards» et les dispose ensuite à devenir plutôt les pré* curseurs d*un sénat guerrier que ceux do véritables prêtres» suivant la double étjrmologio qui rappellera toujours oes ten* dances diverses^ Un tel milieu ratrave aussi ravénement d'un domicile fixe» qui même n'y prévaut surtout qu'à titre de foyer militaire à la fois offensif et défensif . Enfin» les peu-plades militaires ne sauraient surgir sans la préexistence des populations industrielles, dont les mœurs pacifiques leur garantissent une proie aussi facile qu^attrayante. Mais quand rétat théooratique s& trouve déjà caractérisé suffisamment, il survit aux attaques, soit d'après une heureuse résistance, soit même en transformant les conquérants en proptga« tenrs. Telles sont les influences qui déterminent la déccMBpo* siti(m nécessaire des peuples pc^ythélques en nations tlké(H onatlques et m nations guerrières, ou, ee qui revimtt au même, la prépondérance sociale, soit de Tautorité saeerdo* taie , sQit de la puissance militaire.

$ t.«-«- Polytbâigme ibéocratlque^ -* Sa coottilalioii, let ptoprlèlét

et se& réaiUUU*.

la constitution théocratique repose toujours sur la combinaison de deux institutions connexes, bien que séparables; rhérédité des professioDS, et la subordination des castes ainsi formées à la caste sacerdotale. La transmission hérédîtairo de tout office social fournit d'abord le seul moyen de conso^ lider la division générale du travail humain, et de conserver les acquisitions de toutes natures, tant procédés que résultats.

Quand aucune théorie réelle n'était possiUe» rien ne pouvait s^^prendre par on véritable enseignement, mais seulement par imitation; et la tradition ne comporte d'efficacité qu'accompagnée d'un exercice continu commencé de très-bonne heure et spontanément accompli dans la famille. Le régime des castes» nécessaire, dans Torigine, à la conservation des procédés et des résultats, est en outre très-propre à développer et à perpétuer les aptitudes; car la réalité de la transmission héréditaire n*est pas douteuse, quoique les lois propres en soient encore inconnues. L'éducation , qui chez les modernes en contrarie souvent l'influence , tendait alors à la seconder, du moins quant aux dispositions essentielles. Do tel régime devenant d'autant plus nécessaire qu'il concernait un office plus éminent et plus difficile, la caste sacerdotale dut être toujoura plus ancienne que toutes les autres et présider à leur organisation. Sa domination spontanée est alors indispensable, car elle constitue le seul lien systématique de toutes les castes entre elles; et son efficacité pour le constituer suffisamment résulte de l'admirable universalité du sacerdoce antique, dont chaque membre, au moins dans les degrés supérieurs de la hiérarchie, était à la fois législateur, juge, médecin, astronome et poète en même temps que prôtre.

Mais à mesure que la coordination croissante des conceptions permet d'apprécier et de développer les aptitudes indépendamment de la tradition domestique, la transmission héréditaire des fonctions devient inutile et même oppressive. Elle tend alors à se modifier, et les castes à se transformer en classes. Le changement normal consiste à laisser chaque fonctionnaire choisir librement son successeur, en dehors mdme de sa propre famille, à laquelle il l'agrège par adoption. Mais ce mode de transmission , inversement au précédent, s'introduit d'abord dans les moindres fonctions, et s'étend ensuite graduellement aux plus éminentes.

le véritable régime tbéocratique , le gouvernement oprement dit, tel que le commandement des armées, la di* action des entreprises industrielles , n*appartint jamais aux 'êtres, qui auraient regardé tout office pratique comme une ^gradation. Les méprises à cet égard résultent d'une confu< on de la véritable théocratie avec sa dégénération tempo- 3lle, alors que les guerriers prévalent sur les prêtres en onservant les formes sacerdotales. Telle est la Un de tout égime théocratique , les abus croissants qu'entraîne la puissance de la supériorité intellectuelle , finissant toujours par ] iscréditer le sacerdoce et par amener les guerriers à secouer une autorité devenue oppressive et atrophiante.

Le polythéisme s'adapta parfaitement à la constitution théocratique. U consacra naturellement la fondation des diverses castes, en plaçant chacune d'elles sous le patronage spécial d'une divinité primitivement provenue de l'apothéose d'un type convenablement choisi. D'autre part , il sanctionna la biérarchiegénérale des castes, et leur commune subordination au sacerdoce héréditaire, par celle des différents dieux, dont les principaux devinrent nécessairement les ancêtres de la race sacerdotale.

Mais si le polythéisme se prêta aisément à consacrer la constitution théocratique, il fut peu favorable à l'existence industrielle, que l'institution des castes tenta prématurément de faire prévaloir. Partant de la famille, que le fétichisme avait instituée, le régime théocratique essaya de fonder l'église, c'est-à-dire l'association par la foi, en franchissant la cité qui suppose l'activité collective. Or, d'après le caractère individuel et égoïste que l'activité industrielle dut conserver dans toute l'antiquité, les travailleurs n'y disposant jamais de ca* pitaux suffisants pour donner à leurs entreprises le caractère collectif, la cité n'y pouvait résulter que de l'activité militaire; et par suite, l'église, qui doit toujours rallier des cités indépendantes» ne put être réellement instituée.

Tel fat, avec ses.émînentes propriétés et aus^ ses imperfections, le régime tbéocratlque, point de départ nécôssafm de tons les autres. Il nous reste à mentionner brièrementles résultats importants et durables quMl a produits.

Les phénomènes humains, conçus comme Immédiatement régis par des puissances individuelles, douées de réternité mais passagèrement unies aux corps , devinrent naturellement, sous le polythéisme, la principale occupation desdieui comme des prêtres. Resté longtemps arbitraire, le passage perpétuel des âmes ou génies d'un corps dans un autre fournît ensuite â la sagesse théocratique un salutaire complément des sanctions morales. En outre, la hiérarchie divine fut éminemment propre à idéaliser celle des hommes, et & consacrer les vœux qui devancent et préparent les progrès sociaux. Bien ne caractérise mieux une telle aptitude, que le contraste général entre Timparfaite condition des femmes chez les anciens, et Tadmirable influence qu*lls attribuaient aux déesses, types anticipés du sexe affectif. Relativement à la connaissance générale de Tordre matériel, le plus important progrès fut alors la distinction de la forme et de la substance, qaii 'méconnue par llnstinct fétichique, est inséparable des élaborations chimiques bientôt familières aux castes sacerdotales.

Dans la science abstraite, le sacerdoce polythéique étendit Tari thmétique jusqu'aux fractions, et il créa la géométrie, W caractère concret et pratique des spéculations théocratîques se manifeste nettement dans Tensemble des premières études géométriques, qui, nées de la nécessité des mesures correspondantes, concernent surtout la théorie des aires, ébauchent celle des volumes, mais laissent de côté celte des lignes' d'où résulte leur développement imparfait et restreint Cette extension de l'arithmétique, et cette création de la géométrie, amènent nécessairement la naissance de Talgèbre.

Quant & Tastronomie, les prévisions théocratiques des évé-

nemeots composés du ciel, surtout des éclipses, résultèrent des calculs numériques fondés sur les périodes empiriques que dévoilent les observations prolongées. Mais Fastronomie sacerdotale institua la doctrine du mouvement diurne, ébaucha les théories du soleil, de la terre, et môme de la lune, et prépara rétude spéciale de chaque planète. Ces premières déterminations furent vraiment rationnelleSr car elles résultèrent d^une conception générale du spectacle céleste, mais elles s'accomplirent surtout par des procédés purement mécaniques. L*astronomie théocratique sut remplacer la précision des mesures par le prolongement des observations, et découvrir ainsi les principales inégalités du soleil, qui troublaient l'ensemble d'un culte dont toutes les périodes étaient déjà rapportées au mouvement de cet astre. On lui dut aussi l'institution du temps moyen, qui» inutile à l'astronomie purement spéculative » est nécessaire à la comparaison des observations usuelles* D'après la loi des progrès de l'esprit humain, tout le reste de la philosophie naturelle ne comportait alors que des études préparatoires , dont l'efficacité durable se bornait à l'acquisition de matériaux ; mais le caractère synthétique delà théocratie s'y soutint dignement. Malgré la perte presque entière des livres émanés des castes sacerdotales, on en trouve les principaies traces dans les aperçus biologiques que suscitèrent le culte et la médecine.

Au point de vue esthétique, la théocratie compléta etsjstématlsa la langue humaine ébauchée par le fétichisme, les fonctions religieuses fournissant au sacerdoce des moyens journaliers de faire prévaloir les formules qu'il avait construites. Mais le perfectionnement de l'écriture se borna réellement alors à fixer et à régulariser la représentation hiéroglyphique du langage, instituée spontanément par le fétichisme.

30US le régime théocratique, Tart proprement dit fut toujours subordonné au culte. L'éducation publique y consista surtout en un double système de fêtes collectives, les unes

unîTerselles , les autres propres à certaines castes; et Tart était Tâme de ces célébrations populaires destinées à dé?e* lopper, par de vives représentations, les dogmes et les préceptes les plus usuels. Dans les monuments qui restent de lâ poésie sacerdotale, elle manifeste à la fois la sublimité de ses fonctions et la dignité de ses organes. Quoique nous connaissions moins les productions relatives à Part des soûs et au triple art de la forme, il est du moins certain que Timposante grandeur, caractère des productions théocratiques, s'y retrouva constamment

L'influence pratique du polythéisme sacerdotal fut essentiellement industrielle. Les grandes expéditions militaires y servirent surtout à détourner au dehors Pambition des guerriers; elles aboutissaient, le plus souvent, à la fondation de colonies où ils s'établissaient irrévocablement. Mais l'origine de notre constitution industrielle remonte certainement jusqu'au régime sacerdotal. La culture rurale devint alors la base des opérations techniques concentrées dans les villes. Afin de mieux assurer la stabilité nationale, les gouvernements théocratiques entravèrent le commerce extérieur, mais ils favorisèrent les transactions intérieures, dont Timportauce est toujours prépondérante, et l'institution des monnaies, ébauchée sous le fétichisme, fut alors consolidée et développée. Dès Tastrolâtrie, le sacerdoce fit surgir la navigation maritime déjà liée à Tastronomie naissante. Enfin, dans la constitution industrielle du régime théocratique» toutes les professions utiles se trouvèrent habituellement honorées, en prenant le caractère de fonctions publiques, et chacune put se glorifier d'une fondation divine, par suite de l'apothéose des principaux inventeurs. Cette constitution resta d'ailleurs indépendante de l'esclavage, malgré l'oppression collective que subirent souvent les castes inférieures. Mais, interdisant l'avènement de véritables entrepreneurs et, dès lors, Fagrandissement des opérations, sans lequel Taeti-

lié productive ne peut jamais prendre ie caractère colectif, le régime théocratique fut impuissant à systématiser Les arts et les moeurs pacifiques. Quoique d'immenses trésors s^accumulassent chez les prêtres et les guerriers, ils y demeuraient industriellement stériles, d'après la répugnance des castes supérieures à diriger les travaux propres aux castes inférieures, où chacun n'exploitait que son chétif capital.

Moralement, l'autorité sacerdotale développa l'institution des vêtements, ainsi que les principales pratiques destinées à contenir les instincts sexuel et nutritif, les plus personnels et les plus perturbateurs de tous. Outre leur destination privée, ces prescriptions furent souvent inspirées par de hautes considérations sociales : par exemple, quand la théocratie réduisit Talîmentation animale afin de rendre l'homme plus disciplinable en diminuant un excès d'énergie. Son principal service, quant à la constitution domestique, consista à régler les incestes, qui, par des séductions trop naturelles, empêchèrent longtemps le mélange des familles. Le sacerdoce théocratique maintint la polygamie, mais la restreignit et la régla. Dans les relations paternelles et filiales, comme dans le lien conjugal, il fit pénétrer au sein des familles l'influence de la société; mais, sans restreindre encore l'omnipotence des pères sur les enfants, il prépara seulement un progrès qui ne pouvait commencer qu'au moyen âge. Pour consolider et développer le sentiment de la continuité, la théocratie dut consacrer le culte des ancêtres privés, sur lequel repose celui des précurseurs publics. Ce culte disposait naturellement à respecter les vieillards, qui, vivantes personnifications du passé, restaient au sein des familles les ministres spéciaux de cette partie de la religion universelle.

Le polythéisme sacerdotal produisit encore un résultat social d'une extrême importance, malgré des inconvénients secondaires, en développant la vénération appliquée à la naissance. Celle-ci fut alors regardée comme la plus sûre garantie

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de la gopériorité qdl, attribuée aux origines divines, était due réellement à Tensemble des influences héréditaires. Dès le début de la théocratie, les femmes se trouvoeit appelées à la royauté, même à certains sacerdoces, en vertu d'une hérédité qui surmonte alors, outre nnférioritéde leur sexe, les répugnances qu^inspirait leur suprématie.

On a reproché, du point de vue social, au régime polythéique la divinisation des vioos humains. Elle ne fut, en réalité, que Texplication polythéique de chaque passion par un dieu spécial, auquel la théorie monothéique ^bstitua un démon. Jamais le polythéisme ne consacra, dans aucune classe, une seule opinion vraiment immorale, et il fournit de Mquents exemples de toutes les vertus dont les monothéistes s'attribuèrent ensuite le privilège exclusif.

liais le régime théocratique, impuissant à fonder Téglise et la cité, no put réellement sortir de la famille qu*6n instituant la caste. Néanmoins, outre la base morale qu'il fournit à Texistence civique par la consécration des autorités humaines et par Pessor de la vénération, il la prépara directement en consolidant et développant la propriété territoriale, qui en constitue le fondement politique. Les donations privées ou publiques librement offertes au sacerdoce polythéique, ou même astrolfttrique, sont certainement l'origine des grands domaines. La théocratie fournit à la propriété la plus puis* santé consécration et la constitution la plus complète. Sous le premier aspect, l'institution du Tabou, tant privé que pu«blic , chei les polythéistes de l'Océanie, oinre un exemple encore subsistant de son efficacité. Quant à l'influence poli-» tique des propriétés quelconques, la théocratie lui procura seule une organisation normale en liant la richesse à la pro* fession, l'une et l'autre héréditaires dans le régime des castes* G*est la vicieuse séparation, entre la richesse et le pouvoir, qui est devenue chez les modernes la principale cause des dangereuses déclamations relatives à l'abus des capitaux.

SCIENCE SOGULli OU SOCIOLOGIE* 365

Tel e«t ce régime tbéocratique qui, partout et toujours» % présidé à la naissance et aux premiers progrès des sociétés et de la cmlisation. L'histoire le montre sans doute plus ou moin9 parfaitement développé et organisé, mais présentant toujours les mômes caractères essentiels sur les bords du Nil, de TEuphrate, du Tigre; et de même dans Tlnde, la Chine, le Tibet» le Japon, Si en Europe, en Grèce et à Rome il ne s*est pas maintenu, la première organisation sociale et les premiers progrès en tous genres lui furent, 1& môme, certainement dus; et il subsista longtemps chez les Étrusques et les Gau-* lois. Enfin la découverte du Nouveau-^Monde Ta montré corn* plétement établi et organisé au Mexique et au Pérou. Ce régime est, on peut dire, toujours fondé sur la doctrine I polytbéique qui , seule, lui est réellement appropriée^ Mais, , dans un cas exceptionnel assez important pour mériter ici un ^ examen spécial, il a pu également reposer sur un mono* théisme prématuré.

Ce système intellectuel n'étant jamais qu'un polythéisme réduit et concentré, son avènement ne peut résulter d'une tendance spontanée et populaire* Il sui^ose toujours une suite de méditations philosophiques, qui ne peuvent surgir que dans une classe contemplative dont les opinions prévalent par renseignement. Sous le polythéisme, le sacerdoce béré^ ditaîre se partage naturellement entre diverses familles pontificales dont les rivalités mutuelles tempèrent Tascendant commun : la hiérarchie des dieux correspondants maintenant d'ailleurs leur subordination générale. Les abus propres au régime théocratique, résultant surtout d'une autorité trop concentrée, deviendraient bientôt intolérables si le monothéisme fortifiait à la fois Tascendant social et la discipline intérieure du sacerdoce prépondérant Néanmoins, soit en vertu môme de cette réaction politique, soit d'après une ten* dance intellectuelle, les castes sacerdotales manifestèrent prompteroent leur prédilection pour une concentration théo-

rique qui leur paraissait propre à consolida et h développer leur dominaticm. C'est surtout afin de propager une telle croyance panni les chefs temporels, que furent institués les principaux mystères de Tantiquité. Mais les motifs mêmes qui poussaient les prêtres vers le monothéisme, devaient en détourner les guerriers toujours disposés à préférer le polythéisme comme satisfaisant mieux leur intelligence et leur ambition. Cette opposition, qui souvent suscita de violents orages, conduisit les castes tbéocratiques à tenter des colonisations monothéiques destinées à leur assurer un refuge contre les persécutions. La plus importante et la mieux connue de ces petites théocraties, est la théocratie juive, fondée entre les deux vallées du Nil et de TEuphrate par des colonies égyptiennes et chaldéennes. La consistance du régime politique des mères patries s'y trouva remplacée par une instabilité qui fait ressortir la nature purement factice de la théocratie monothéique. Et Pimpopularité de la croyance y rendant oppressive la domination d'un sacerdoce trop concentré, toujours préoccupé du soin de maintenir le monothéisme chez des sujets constamment disposés à retourner au polythéisme, les guerriers y prévalurent sur des prêtres impopulaires plus promptement que dans les théocraties normales.

S 3. — Polythéisme militaire.— Il est inteUectuel ou social.— Propriétés et résultats du polythéisme intellectuel ou grec.

Dans toute théocratie, quand la culture intellectuelle et Tessor industriel deviennent impuissants à dissimuler le besoin d'une activité collective qui ne peut être alors que militaire, les guerriers finissent toi^ours par prévaloir sur les prêtres. Mais leur prépondérance ne parvient jamais à transformer la constitution théocratique en un vrai régime militaire ; aucun véritable système de conquête ne pouvant s'établir chez des populations que leurs mœurs et leurs

-traditions rendent antipathiques à la guerre. L'activité militaire, avec ses admirables propriétés politiques, et avec l'extension que seule elle est alors capable d'apporter aux associations humaines, ne prévaut donc que dans des pays et chez des populations où n'ont pu s'établir le régime et les mœurs théocratiques. Et, comme nous Tavonsvu, c'est l'influence continue de la situation environnante, du pays- habité, qui détermine surtout chaque population sédentaire à s'adonner . essentiellement au travail pacifique ou à l'activité guerrière. Dans ce dernier cas, sans que les castes Industrielles soient jamais abolies, elles finissent par s'agréger à la caste militaire, dont les chefs, afin d'assurer la discipline indispensable à l'activité qm* prévaut, s'emparent des principales fonctions sacerdotales. L'esclavage, purement accessoire dans la théocratie, alors extrêmement étendu et développé, devient la base de l'essor militaire ; et les hommes libres finissent par ne conserver entre eux d'autre distinction héréditaire, à la fois spirituelle et temporelle, que celle des ofiiciers et des soldats.

Un double progrès intellectuel et moral caractérise dès le début la civilisation militaire. Toutes les peuplades où prévaut la vie guerrière remplacent promptement l'écriture hiéroglyphique par l'écriture alphabétique , et la polygamie par la monogamie. Soit que les chefs, seuls vraiment polygames, laissent leurs femmes au foyer domestique, soit qu'ils les emmènent au camp, l'existence guerrière est naturellement incompatible avec les mœurs qu'exige la polygamie; et en constituant une double langue, l'usage des hiéroglyphes suscitait des lenteurs et des équivoques contraires à la célérité qu'exigent les communications militaires. Les cas mêmes où l'alphabet semble amené par une civilisation industrielle, se rapportent tous à des populations maritimes chez lesquelles le commerce ne fut qu'un accessoire de la guerre. Nous avons vu que la systématisation théocratique fut in-

358 TAOJSliKK PAAT|£«

BolRsante à un double titre : d*abord par suite du carac^ tère égoïste de Tactivité pacifique qu*elle dut seulement cultiver; jamais les Égyptiens et les Persans n'eurent aucun sentiment social comparable à ce que fut Tamour de la Patrie chez les Grecs et les Romains; en second lieu, la direction exclusive de Tintelligence vers les destinations pratiques finit par la rendre incapable d*un suffisant essor abstrait. Nous devons donc d'abord expliquer comment le polythéisme militaire se trouva propre à corriger cette double impuislance.

La destination normale de Tactivité militaire est la conquête universelle, qui ne peut 6tre évidemment réalisée que par une seule nation dont le succès prévient celui de toutes les autres, £t, si un concours d'influences locales empêche le développement de la vie guerrière dont Tessor préserve du régime théocratique, l'absence de destination sociale de ractivité coUeclive» doit disposer les natures d'élite à développer l'existence spéculative, affranchie» dans ce cas, des entraves sacerdotales. En même temps, la population, n'étant pas absorbée par la guerre, seconde une telle disposition en goûtant librement les productions esthétiques et les tentar tives philosophiques. De petites tles nombreuses et rapprochéef , voisines d'un continent» tel que la Grèce, coupé d'isth* mes profonds ou de vastes golfes et sillonné de nombreuses chaînes de montagnes, expliquent parfaitement l'inopossibilité de conquêtes graduellement étendues, seules décisives; et ces mêmes influences sont très-propres à entretenir asseoies hostilités mutuelles pour prévenir le retour des mœurs tbéocratiques. En outre» l'oniformité naturelle de mœurs et de langage des diverses peuplades fixées sur un tel territoire développe, à tous égards, une similitude incompatible svec la prépondérance militaire d*aucune d'entre elles. Telltf sont les circonstances qui , faisant avorter l'activité mili' taire, déterminent Tessor intellectuel. Mais le suGC^ d^^^

<le Véxolntion spécalati ve ainsi amenée dut aussi se restreindi*e il. une seule des populations susceptibles d'y parvenir; car lô polythéisme ne comporte qu'un progrès limité, soit dans \^ science, soit même dans les arts.

L'essor militaire et le succès intellectuel supposent des hal)itndes trop incompatibles pour qu'ils aient pu se succéder dans la même population. Mais, Tintelligrence et Tactivité ayant été séparément développées par deux peuples différents, les Grecs et les Romains, ceux-ci, quand le moment en fut venu , s*approprlèrent aifément les principaux fruits de révolution spéculative, d'où alors résulta un nouveau régime.

Le polythéisme militaire (qu'il doive ultérieurement devenir intellectuel ou social) a toujours pour point de départ la prépondérance des guerriers sur les prêtres. Elle est constamment due à des rois, seuls capables de consommer une telle usurpation, quand elle devient opportune. Dans les , théocraties assez caractérisées, leur pouvoir se consolide, mais en modifiant son principe militaire sous l'inÂuence sacerdotale, qui continue à prévaloir moralement quoique comprimée politiquement. Quand l'essor guerrier précède et prévient l'établissement des mœurs théocratîques, la monarchie, impropre â diriger le développement continu de l'activité militaire, disparaît bientôt. Après avoir brisé le joug sacerdotal, elle ne peut que préparer Tavénement de la démocratie ou de Tarlstocratie, suivant que le polythéisme doit devenir intellectuel pu social.

Bans le premier cas, le défaut de destination sociale, par suite de l'impuissance de plus en plus évidente de l'activité militaire à produire aucun grand résultat, en môme temps qu^il relâche et affaiblit tous les liens sociaux, amène une turbulence effrénée qui fait habituellement prévaloir les médiocrités démagogiques et dégoûte les hommes Supérieurs des fonctions publiques. C'est seulement dans les crises suscitées par d'imminents dangers que le pouvoir revient à qui il appar-*

tient véritablement Dans les temps ordinaires, les inférieurs s'attribuent le choix des supérieurs, d*abord dans la classe patricienne à la fois militaire et sacerdotale, puis parmi tous les hommes libres. Telle fut la sociabilité grecque, qui, malgré tousses vices, a pu cependant mériter une gloire éternelle par son admirable résistance à la théocratie persane, plus oppressive et plus dégénérée qu'aucune autre à la suite de la prépondérance des guerriers sur les prêtres. Cette résistance fut ultérieurement complétée par Texpédltion d^Alexandre, qui, à d'admirables fondations, joignit le grave inconvénient d'augmenter la corruption des mœurs occidentales par les contacts orientaux.

Ayant reconnu la nécessité du polythéisme intellectuel, les circonstances qui le rendirent possible, puis celles qui déterminèrent son avènement, nous avons maintenant à exa* miner les principaux résultats qu'il a produits.

Plus gêné que la philosophie et la science par la systématisation théocratique, Part dut surgir d^bord, profitant le premier de la liberté que lui laissait le régime militaire. Tant quMl adhéra au culte, il resta borné aux développements secondaires, destinés à préciser les conceptions dogmatiques. Devenu indépendant, il osa bientêt modifier directement les croyances premières, de manière à sanctionner les nobles aspirations ou pressentiments dont les vrais poètes furent toujours les meilleurs organes. Mais, en revanche, la situation ne lui procura plus , d'ordinaire, aucune impulsion éminente , tandis que , sous la théocratie, il se trouvait lié profondément à l'ensemble d'un culte imposant Ayant perdu la dignité sociale que leur conférait le régime sa* cerdotal , ses organes tombèrent dans la dépendance des grands et des riches , qui décidèrent du choix des sujets à traiter. Aussi, malgré tout l'éclat qu'il a jeté, l'art grec ne produisit réellement pendant l'espace de treize siècles que deux génies du premier ordre, l'un épique, l'autre drama-

ique, Homère et Eschyle. Les perfectionneinents relatifs LUX arts spéciaux furent surtout prononcés dans la sculpture, lui atteignit alors une haute perfection.

L^ensemble des productions esthétiques concourut à propager, parmi les Grecs, Témancipation théologique. L*art fa- [^ilita la vulgarisation des constructions scientifiques en développant un premier degré d'abstraction habituelle; et la Liberté poétique prépara la liberté philosophique en suscitant sur rhomme et la société des conceptions d'autant plus hardies qu'elles étaient dispensées de toute systématisation et de toute application.

Le polythéisme grec, en effet, sentit plus que les autres rinanité de Texplication théologique de nos pensées et de nos affections, ainsi attribuées à des volontés surnaturelles, tout aussi inexplicables. L'art, conduit à pénétrer les motifs des résolutions divines, fit alors dépendre le monde moral de Tordre physique. Dans le poème d'Homère , pour dissiper sa propre hésitation entre les Grecs et les Troyens, Jupiter recourt à la pesanteur, qui prononce entre eux. Sans être surtout destiné au monde extérieur, le dogme poly théique y convenait mieux qu'à l'ordre humain , puisque ses explications, quelque illusoires qu'elles fussent, du moins n'y constituaient pas directement un cercle vicieux. L'astrolâtrie, née des premières réactions de la science spéciale, consacra naturellement, tant que dura la vraie théocratie, le principe scientifique ; et celui-ci, représenté alors par Tébauche des conceptions numériques et géométriques , fut pleinement accueilli, dans les premiers siècles de l'élaboration grecque, par le polythéisme intellectuel et militaire.

Quoique la science et la philosophie se soient finalement séparées dans l'évolution intellectuelle de la Grèce, elles y furent tellement unies d'abord que leur essor respectif, étudié séparément , doit rester inintelligible. Mais, ayant toujours en vue leur ensemble, il faut d'abord apprécier les premiers

dfift TROinklIE PARTIS.

progrès adseMûqoes qui devinrent e&saite le prisetpal tah dément de ré^olutii» philosophique.

Dans les spéculatioas numér^oas, les acqnîsitfiMiftléâchiqoes et tbéocratiques ne furent pas d^ibord notsbleineittdépassées; mais elles servirent à mieux ccmcevoir Ittannooid UBlrerselIe d'après les rapproehements qu^elles inspirèreot entre les phénomènes quelconques. Souvent aussi la subtilité grecque aHéra le caractère théorique des propriétés philoso* phiques des nombres, en s'efforçant d'y subordonner leslws aux causes, ce qui constituait une vraie rétrogradation, la cause n^étant jamais destinée qu'à préparer la loi. Mais la science grecque fut surtout caractérisée par Tessor de la géométrie abstraite, restée en dehors des études sacerdotales par suite de leur subordination h la pratique. Cette géométrie fut fondée par la découverte des deux lois connexes de Thaïes : la constance de la somme des angles d*an triangle rectiligne et la proportionnalité des côtés entre les triangles équiangïes; tfoù résulta la théorie des polygones et même fébauchc de celle du cercle. La culture de la géométrie linéaire suscita le développement systématique de la conception de l'espace, qui, destinée à nous permettre de considérer l'étendue abstraite isolément des cas concrets, était jusque-là restée confttse et imparfaitement instituée. En astronomie, des constructions planes purent être alors substituées aux constructions en relief, qui pourtant ne furent jamais abandonnées entfèrement. Le mouvement diurne fut mieux apprécié; et quoique la découverte de la sphéricité de la terre et de la convergence des verticales soit attribuée communément à Técole d'Alexandrie, elle remonte très-probablement à Thaïes. Qnz,n\ à l'algèbre, les deux lois qu*îl avait découvertes concoururent ft en développer la base géométrique ; car la première établit directement une équation proprement dite, et la seconde une proportion. Tel fut, par suite de Pélaboratîon grecque, le premier essor de la s(^ence abstraite : car, quoique Pythagor^

SCIENCE JOCUlE 06 SQCIOLÛGIE. d(î$

\% pu âêcoBviii' âédQ6ti?em6st la^ loi ûes trots carréà^ <3liii ^maûa U)ngtemp8 avant Itii do génie tbéoeraUque furdûédaM >ajr kl comparaison directe des aires.

Z^a 0elenee sAxstraite m trouvait alors assez développée jxmf L^]Le les esq[>rits vrafm^it philosophiques en sentissent d^^ "iacconpatibilité générale arec toute théologie, même mono^ li^iqae. Aussi quelques penseora tentèr^t^ils de rempiaeer .outes les causée intelligentes par des causes aveugles^ en s^efTorçant d*instituer une synthèse pur^SEient objective. Mak set effort prématuré pour sortir du théokfgi^ne ne pouvait Biboutir qu'à substituer provisoirement des entités aux dlvi- Qîtés, en douam les unes des p^lneipau^c attributs qu*ozi rorrtisait aux autres. D'ailleurs il était aisé de sentir que, même 3n supposant posi^ble une synthèse objective, la basé scientifique en devait être encore très-InsuHsante. Mais si ces tentatives grecques furent impuissantes à créer un véritable système intellectuel , elles firent si^rgir, quand eSes i^n^t dues à de vrais penseurs, des aperçus qui, malgré feur inco* hérence, comportèrent une préciemse efficacité , non-eeulement logique mais même scientifique r ce sont ces aperçus qu'ail faut maintenant apprécier.

En premier lieu se place Tbypotlièse ^puisculafre qui fui dae surtout h Démocrite. W» posa longtemps d-avaace I# fond^nent pMlosc^bique de la phywqiie proprement drte^ es attribuant les propriétés générales de la matiène ëm. m^Aûttm particules que nous puissions concév^. En^sec^Heu, Ut principe d*Arfstote sur la piurailté des è^taeim foundi i la chimie une base général. les quatre ^^éiasemsT pHinitifs, la terre, l'eau, Pair et le feu^ se sont trctovés asse^ heureU'aetncnt choisis pour pouvoir diriger l'ensemble des ^avanx chimiques jusqu'au siècle dernier. Quoique la physique et te dïfmie fusseiat encwe bien loin de pourdr suf^r réellenrent, cette double bâtee phSosophique procura ^[Uel-' Qtt^ conslitaHce -kfempM des entité!^ iÉtrodëiles dtms IM

spéculations concernant le monde inorganique. En troisième lien, Aristote jeta les premiers fondements de Tanatomie générale « en instituant la comparaison entre les différents organes d*un même individu, et le rapprochement synthétique des différents organismes. Par son principe de la coopération conçue comme la base et le but de toute association, il fut le vrai fondateur de la théorie statique de Torganisatlon sociale, et, en établissant la subordination nécessaire des constructions subjectives à leurs matériaux objectifs, il ébaucha la théorie positive de Tentendement humain. Enfin sa supériorité s'étendit jusqu'à la morale; car son lumineux aperçu sur la nature de^haque vertu, comme tot^ours intermédiaire entre deux vices opposés, Tun par excès, Tautre par défaut, implique à la fois la pluralité de nos penchants et leur concours nécessaire, double base de la théorie positive de la vie affective. Si, en histoire, les anciens durent se borner & fournir aux penseurs modernes des matériaux indispensables, les aperçus d'Hérodote et de Thucydide prouvent du moins qu'ils méditèrent fortement sur les phénomènes sociaux.

Telle fut la première évolution grecque où les théoriciens à la fois savants et philosophes s'efforcèrent d'allier la réalité des vues à la généralité des conceptions. Mais Aristote, le dernier et le plus grand d*entre eux, ne fut plus suivi que de purs discoureurs ou de simples commentateurs. Dans ses travaux, les trois principales doctrines sur le monde, la vie et la société furent liées seulement par son système provisoire de logique; et ainsi se trouvait déjà annoncée la véritable nature de la synthèse spéculative, consistant dans l'unité de méthode et l'homogénéité de doctrine. La situation grecque ne permettait pas d'entreprendre de systématisation complète; mais les véritables penseurs y sentirent Tinsuffisance de toute philosophie théologique, et ils s'efforcèrent de pré* parer le positivisme, dont ils pressentirent le lointain avéue*

ment Leur dignité morale offrit une parfaite harmonie avee leur supériorité intellectuelle, et ils surent toujours renon* cer à la grandeur et à la richesse. Mais, avec ces caractères communs, Técole de Thaïes resta la plus abstraite, celle d'Aristote la plus systématique; enfin celle de Pythagore, qu'il nous reste à apprécier, fut le lien de Tune À l'autre et la plus sociale.

Les développements secondaires que la science dut à cette école furent la théorie des polyèdres réguliers, Tébauchedes lois acoustiques et la règle géométrique de la réflexion lumineuse. En outre, seul de toute Tantiquité, Pythagore pressentit la régénération, d'abord intellectuelle, puis sociale» que devait produire la conception du double mouvement de la terre. Mais surtout il développa admirablement la nature sociale de son école en instituant une discipline systématique qui, toujours volontaire et complète, forma bientôt un contraste frappant avec le dévergondage des aspirations monothéiques. Entouré d'influences déistes, au temps où Bouddha, Gonfucius et Zoroastre s'efforçaient de réorganiser les trois grandes théocraties orientales, 11 dédaigna la vulgaire ambition de figurer parmi les rénovateurs apparents qui troublaient l'avenir pour améliorer le présent ; et son dernier successeur, Apollonius de Tyane, tant calomnié par les chrétiens, témoigna la persistance caractéristique de son école à défendre les dogmes polythéiques en y ménageant des ainéliorations secondaires. Voulant systématiser la société, Pythagore consacra l'essor abstrait de Thaïes comme posant la première base de la seule philosophie pouvant convenir à la science sociale où la recherche des causes est essentiellement inapplicable; et, sanctionnant rationnellement la prépondérance que la théocratie attribuait instinctivement à la morale, il disposa Aristote à pousser ses méditations encyclopédiques jusque Tordre humain.

L'universalité des croyances peut seulement résulter de la

9eê TftOfsitiri viWiE.

Mneoptton de rHamftntté» qui, à son tour, «dgepMriaN Iffr, sinon eett/^ universalité, au noiiis une suffisante corn* fnunauté Intellectuelle. Or, celle-ci ayant totoin des efforti du monotbéismo pour arriver & runiversalité, le v61e de cette dernière forme de TétaC tiiéologiqne eit dose de rendre possftrie la conception de rHumanltâ. Malfl les ff^ phistes grecs, dont Socrate et Platon furent les cbeik, pri* rent la transition monothéiqne pour Tétat définitif de la raison humaine, et méconnurent la nécessité de Pineorporatioo qui devidt, préalablement, avoir réuni sons une même domimlnatlon tons les peuples civilisés. Le besoin de révélatloB qui caractérise la foi monotbéique, fit naturellemeot espérer la divInlEation à ses fondateurs. Les littératesiV déistei s^emparant alors surtout de la morale, Thomme y fut traité comme puresEient intellectuel, et le sentiment et même ^a^ livité laissés à Técart. Le sacrifice du cœur à Tesprit les conduisit au dédain des femmes, et, ne conaprenant pas les théories sociologiques ébauchées précédemment, ils préconisèrent les utopies subversives sur la famille et la propriété.

En réalité, Télaboratlon d'Aristote avait épuisé reffieacité philosophique de la science antérieure ; aussi les hommes de génie qui lui succédèrent, se vouèrent an développement de la science spéciale qui devait nécessairement précéder et préparer de nouvelles constructions philosophiques. Alors surgirent, après les vrais philosophes, des théoriciens encore plus abstraits, qui, sous le simple titre de savants, élaborèrent la base positive de toute saine philosophie. Maïs entre cet essor intellectuel et le précédent, se plaça la fondation du célèbre musée d'Alexandrie.

Ce fut à la science, bien plutèt qu'à la littérature, que le meilleur successeur d*Alexandre consacra ce noble établissement, dont la seule création suffit pour indiquer combien le mouvement scientifique antérieur avait intéressé la population grecque Néanmoins le musée d'Alexandrie, bientôt envahi de

SCIENGB SOCIàLB 00 SOCIOLOGIE. 367

^^xm en plas par tes grammairiens, les rhéteurs et les sophis • tés, n^aasista jamais beaucoup les vrais savants. Arcbimède «t ApoUofiios n'eu profitèrent pas, et les principaux travaux d^Hipparque s^accomplirent ailleurs. Mais cette institution facilita beaucoup la propagation de la science grecque, soit par tiu enseigoement continu, soit en conservant les résultats obtenus. On lui dut aussi le développement de quelques sa- -vunts d*un génie secondaire, surtout d*^:ratosthène et de Ptolémée. En résumé, cette institution, résultat de la première évolution scientifique de la Grèce, fut Tauxiliaire de la se* coad&

Eudoxe de Cnide, qui embrassa avec un égal succès toutes les spéculations accessibles à Tesprit mathématique, et à qui furent dues la cubature de la pyramide et la détermination rigoureuse de Tobliquité de récliptique, fournit une transition normale entre les deux grandes phases théoriques de la Grèce. I^s le début de la seconde, le traité didactique d*£uclide témoigna la consistance décisive et Testime universelle acquises déjà par la géométrie. Mais si Tauteur eût été plus éminent, il aurait pu garantir le raisonnement géométrique des subtilités des dialecticiens, sans altérer le véritable esprit de découvertes dont Tenchalnement devait être alors plus facile à manifester qu*à dissimuler. . Les travaux caractéristiques d* Arcbimède consistèrent surtout dans, la rectification du cercle et des sections coniques, dans la quadrature de la sphère et la cubature des plus simples corps ronds. Par la théorie des centres de gravité il lia, à la géométrie, la mécanique qu'il tenta de fonder. Mais, sfins totions rationnelles sur le mouvement, il ne put établir la théorie abstraite de Téquilibre ; son principe du levier ne suffit que dans quelques cas particuliers, et son Induction hydrostatique sur la perte de poids éprouvée par tout corps plongé dans un fluide, n'aboutit qu'à poser de nouvelles questions géométriques dont la solution est nécessaire à la détermina*

tion de la situation d'équilibre d*UD corps flottant. Après Arcbimède, son digne successeur Apollonius compléta la géométrie grecque en découvrant les principales propriétés des sections coniques.

Les découvertes géométriques, à mesure qu*elles surgirent, furent promptement appliquées à Tastronomie, et déjà Apollonius se servit des épicycles pour expliquer les rétrogra* dations et stations apparentes des planètes. Mais aussi Tastronomie augmenta la consistance et la dignité de la géométrie en lui fournissant une destination générale qui la liait àTensemble de la philosopbie naturelle. Ératosthène, précunsear immédiat d*Hipparqu6, institua la mesure générale de la terre et en perfectionna la description en appliquant à la construction des mappemondes le théorème d* Apollonius sur la section antiparallèle du cône circulaire oblique. Avant lui, le procédé d*Aristarque de Samos, pour la détermination du rapport entre les distances de la lune au soleil et à la terre, avait fourni le type logique des comparaisons entre les distances planétaires. Les travaux d*Hipparque sont surtout caractérisés par deux grandes constructions connexes, Tuoe logique, l'autre scientifique: Tébauche décisive de la trigono- . métrie et la découverte de la précession dès équinoxes. La fondation grecque de la trigonométrie, qui d'ailleurs resta longtemps imparfaite, procura dès lors à Tastronomie sa constitution définitive dans laquelle les prévisions résultent de calculs et non plus de figures; et elle amena la découverte de la précession des équinoxes en permettant à Hipparqae de rapporter à Técliptique et non plus à Téquateur, comme Texigent les observations, la position des étoiles. Cette double découverte conduisit à la détermination rigoureuse des positions, c'est-à-dire des distances célestes et terrestres, les unes angulaires, les autres sphériques. Hipparque put ainsi compléter rétablissement, ébauché sous Thaïes, des relations générales entre les études célestes et leurs implications géo-

graphiques et maritimes. Relativement aux principaux mouvements planétaires, cette phase scientifique dévoila des anomalies assez complexes pour faire déjà sentir Timpuissance finale de Thypotbèse circulaire qu*on ne put conserver qu*en combinant, avec Texpédfent de Texcentrlclté, Tartiôce de Tépicycle. Quoique essentiellement instituée par llipparque, cette étude spéciale et minutieuse incomba au faible successeur qui tenta d*usurper sa gloire. Le principal mérite de Ptolémée se réduisit, en effet, k débrouiller et à régulariser la plupart de ces anomalies, surtout celles qui sont relatives à la lune.

Les influences sociales, intellectuellement rétrogrades, qui poussaient Tesprit grec à préparer la transition monothéique, ayant empêché le génie d'Hipparque d'effectuer la rénovation astronomique , elle fut réservée à Kopernlc et Kepler; et ces mêmes entraves qui arrêtèrent les progrès de l'astronomie retardèrent également Tavénement distinct de l'algèbre que leur rattachait directement la fondation de la trigonométrie. Ce fut seulement à la fin de cette phase scientifique que rélaboration isolée de Diophante établit nettement le véritable caractère du principal instrument de la déduction mathématique.

Telle fut révolution, esthétique, puis surtout philosophique et scientifique, à laquelle fut vouée la population grecque. Mais cette appréciation du polythéisme intellectuel ne pourra se compléter qu'après Texamen du polythéisme social.

S 4. — Polytbéiime social ou romain. — Ses propriétés; son déreloppement historique. — Transition du polythéisme au monothéisme.

Nous avons vu que le polythéisme intellectuel résulta d'une situation qui, tout à la fois, d*une part poussait à Tactîvité guerrière et de l'autre l'empêchait d'arriver à sa des*tination : Textension de la société par la conquête. Le succès

S70 TROISIÈME PABTtE.

<Fnne telle activité fut donc nécessairement dû à des cireontances inverses, c'est-à-dire qui, poussant à Tactivfté militaire, lai permirent en outre d^atteindre son but Mais l'in- Huenee de telles circonstances' resta toujours limitée au début d*une entreprise dont le propre essor assurait le dé- \'elopperaent, et qui ne pouvait évidemment réussir que chez un seul peuple. Son territoire devait pouvoir le nourrir, mais cependant le pousser à s'étendre au debors au lieu de le retenir au dedans par Tattrait d'une existence trop Industrielle. Ensuite, le noyau de Tincorporation militaire devait être une cité voisine de la mer, et pourtant continentale; soit afin de devenir moins accessible, soit afin que Pactivité de la nation conquérante fût mieux condensée. I.es mêmes motifVi font reconnaître que sa situation , nécessairement occidentale , devait se trouver à Tune des limites méridionales du système européen. Enfin les centres respectifti des deux évolutions mentale et sociale, propres au polythéisme militaire, ne devaient être ni trop voisins ni trop distants, afin que fussent assurées leur Indépendance primitive et leur combinaison finale, également indispensables à leur commune destination. L*étude de leurs situations respectives montre donc que les destinées d'Athènes, de Kome et de Carthage devaient être ce qu'elles furent

Par suite des influences locales, et contrairement h ce qui eut Heu en Grèce, l'action prévalut donc à Rome sur la contemplation , et la pensée mémo des moindres citoyens y fut toujours dirigée vers l'activité collective. Une vie éminemment civique développa dans tons les rangs Tinstinct social, qui devfnt le principe implicite de la conduite habituelle. Mais, outre cette influence commune à tous les hommes libres, le régime romain disposa les citoyens d'élite, bien plus occupés d'ailleurs que !es chefe grecs, à goûter aussi les satisftictions théoriques, esthétiques ou scientifiques. Sî, quand l'activité dominante fut assez développée, et sep but soi-

•aimneot atteint, Rome fio vit point surgir de découvertes seientfflques, cela provint surtout de ce que cette disponibl- Itté ne survint que quand fut accompli un essor abstrait qui no pouvait se continuer qu*après une entière rénovation sociale. Mais tant que prévalut Tactlvité caractéristique du peuple romain, la réaction intellectuelle en dut surtout consister dans l'appropriation du polytbéismo à la destination eivique. La hiérarchie des dieux prit alors un caractère prononcé, au lieu de la vague constitution qui correspondait h Tanarchie grecque, et de Tindétermination nécessaire à la théocratie pour prévenir Toppression mutuelle des principaux sacerdoces. Les apothéoses, dont les deux régimes antérieurs avaient borné Tusage aux temps primitifs, furent gradaellement développées; et cette admirable institution , quMl ferait sans doute absurde de juger d*après ce qu*elle devint sous la décadence du régime romain , fut un puissant stimulant de la plus noble ambition , ainsi que la source des meilleures et des plus Justes récompenses. Si donc le polythéisme grec Alt esthétiquement supérieur, la supériorité philosophique appartint au polythéisme romain , où les croyances surnaturelles offrirent le caractère le plus rationnel en même temps que la meilleure application.

Tous les modes de la vie pratique sont tellement connexes quMls peuvent aisément se combiner ou se succéder; et cela est surtout vrai en partant du mode militaire, qui, d'après sa complication et sa généralité supérieures, se lie le mieux à Tensemble des diverses industries. Aussi les Romains n*eu-

rent-ils Jamais les sots dédains delà population grecque pour

toute activité productive; et Toccident guerrier offrit , par suite de leurs travaux, des constructions matérielles qui souvent surpassèrent, endlflaculté comme en utilité, celles de l'orient théocratique.

Due à Tactivité militaire , rinstitution de la monogamie se consolida et s'améliora à mesure qu'elle prévalut, et de là

vint la supériorité du mariage romain sar le mariage grec Quoique la matrone romaine ne soit pas encore la vraie compagne d^un époux fréquemment éloigné d^elle, il Tapprécie déjà comme la meilleure source- du soulagement et des consolations qu*exigent les travaux et les émotions de la vie publique. Il lui confiera surintendance de Téducation des enfants, dont riostruction spéciale est attribuée à des subalternes ordinairement esclaves. Ainsi que Tunion de Thomme et de la femme, Tactivité romaine, développant à tous égards les sentiments de vénération, augmenta le respect pour les vieillards : et Taccroissement que Tensemble des nécessités politiques procura naturellement à Tautorité de la naissance, n*empècba pas ce progrès. Quoique les deux principes se conciliassent spontanément au sein de chaque famille, ils se trouvaient souvent en opposition dans les contacta extérieurs, et la vieillesse y conservait son juste ascendant. Le développement de la vie publique fit profondément sentir le double titre que les services rendus et Pexpérience acquise donnent à la vénération. D'autre part, si Tautoritédu chef de famille ne comportait point encore des restrictions qjie la séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel peut seule rendre compatibles avec Tordre privé , cette autorité fut du moins plus digne et moins arbitraire quand elle devint implicitement une fonction sociale destinée à former des citoyens ou même des femmes capables d*en préparer.

Devenue la base individuelle de l'activité collective, Tinstitution de Tesclavage se trouva profondément incorporée à toute Texistence romaine. Chaque citoyen dut la respecter comme garantie privée de sa vie publique, et Tesclave luimême se sentit honoré de cette participation indirecte à la destination commune. Profondément incorporée à la famille, comme son nom seul le rappelle, Texistence des esclaves, comparable à celle des enfants, tout autant assi^gettis au chef commun, prépara naturellement la domesticité finale.

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Tous ces progrès furent d'autant plus propres à la civilisation romaine qu'ils furent toujours amenés par la situation sans aucune influence réelle des prescriptions officielles. Les vains règlements émanés d^une autorité nécessairement temporelle , dont le caractère spirituel ne pouvait qu^étre accessoire, ne comportèrent Jamais Tefficacité des préceptes par lesquels, sous la théocratie, le sacerdoce disciplinait la vie privée. Mais, sans aucune intervention des magistrats, le mariage romain fut peu troublé par les relations entre les maîtres et les femmes esclaves, Tensemble de la situatioii disposant au respect habituel des conditions respectives.

L^institution des noms de famille qui caractérise dès son début la civilisation romaine, résume Tensemble des considérations précédentes. Quoique directement due à Taccroissement; qu'éprouva Fautorité de la naissance, elle émanait indirectement de l'activité collective; car la vie civique, graduellement développée sous la direction d'une corporation héréditaire, dut bientôt inspirer aux principaux membres qui la composaient le désir de perpétuer par une appellation familière le souvenir des services rendus par eux et leurs ancêtres.

La civilisation romaine fut seule propre à réaliser complètement Finstitution de la Patrie, que son régime intérieur tendit toujours à consolider et son essor extérieur k agrandir, jusqu'à ce que, suivant sa destination normale, elle représentât l'Humanité. Le nom seul suffirait pour indiquer la restriction primitive de la Patrie à l'enceinte domestique, inspirant à l'homme un sentiment profond, et l'attachant au milieu où il a vécu. Ce lien du dedans au dehors précède et concourt à préparer Texistence sédentaire qui en devient ensuite la principale base. La Patrie concerne alors le lien qui rappelle les impressions morales et mentales dont nous sentons l'influence sur notre propre destinée. Limitée d'abord à la combinaison entre la famille et la maison, Tinstitution s'étend et

37/^ TROlSltMC PABTIE.

•8 eomplèto qniod, à la v!« purement affective, sneeède une ▼ie eiseiitieneinent aetKe, qui suscite, d'après une coopération sentie, des liens ptti^ étendus, mais assez restreints toatefois ponr comporter iSiie sniBsante intimité. La Patrie devient alors la cité, Hen natal des différents coopératenr?, Bon^senlement contemporains, mais aussi prédécesseurs et sucoesseurs. Pour les notules maîtres de lX)ooident, elle résidait nécessairement dans Tehceinte sacrée de la vflie éternelle. Rien n^est plus prenne à consolider les liens humains qne lenr concentration habitnelle autour d^nn siège matériel aussi convenable à représenter la continuité que la solidarité. La liaison de chacun à un même milieu, ralliant un nombre suffisant de cœurs et d*esprits, se trouve alors augmentée par les liaisons mutuelles qui, réciproquement, reçoivent un SQ^ croit de consistance et d*énergle de la liaison de tous an mtae milieu.

- Inséparable do celle de la Patrie, l'institution de la propriété en est le meilleur appui. Les richesses mobilières ne pourront Jamais être as^milées à celles qui résultent de la possession du sol ; et rappropriation d'une partie quelconque de la planète humaine procurera toujours un pouvoir pins oonsistant et mieux senti que la force inhérente aux fonctions qui s'y passent. L'opposition entre ces deux sources de puissance se manifesta dans la société romaine lorsque la conquête eut créé de nouvelles fortunes. L'institution des chevaliers eut alors surtout pour but d'ouWr h la richesse une Issue normale qui la détournât de lutter directement contre la naissance. Mais, pouvantrexercerles fonctions industrielles et financières que les sénateurs devaientVinterdire, les chevaliers devinrent finalement les principaux possesseurs. Le pouvoir temporel de la naissance s'effaça alors de plus eo plus devant celui de la richesse, de manière à préparer h constitution normale de la société.

La confiscation proprement dite qnî ne potivait exister

SCI£NC1 fOCULB 00 SOCIOLOGIE. S75

soua la tbéocfatio, vu rorifliie «untaturello des graados possessions, imnonça, dès les premiers temps de Romo, que la propriété n'y dérivait plus des sources divines et que désoriQais elle se trouvait humainement instituée* L*État s*attn'buant le pouvoir de transférer au âsc un domaine dont la eoncession émanait implicitement de la communauté, Tinterveotion sociale se trouva admise envers l'appropriation personnelle, qui, au moyen âge, sulMt de nouvelles conséquences de ce principe destiné finalement à la régénéra*.

Dans la société romaine, le caractère essentiellement temporel des magistrats ne leur permettait plus dMnvoquer seulenaent, ni même principalement, les consécrations surnaturelles. Forcés de motiver leurs arrêts devant un libre public, doot Topinion en devenait la meilleure garantie, Ils se trou< vèr«nt bientôt conduits à fonder teurs décisions sur Tapprédation directe des conséquences domestiques ou civiques ptùpreM à chaque acte. Tel fut le point de départ de Tadmirsblê système d'institutions Judiciaires propres à la constitutl(m romaine; et ainsi surgit graduellement une ébauche empirique mais décisive de la morale proprement dite. Cette oomtfuotion, conservée parmi nous et perfectionnée par une expMence de treise siècles, montre clairement que, dans la civilisation romaine, les plus importantes décisions sooiales étaient, en réalité, exclusivement fondées sur des con- ^dérations purement humaineset parfaitement indépendantes de toute croyance surnaturelle.

L'autorité des chefs, regardés comme issus des dieux, eut, ■sans doute, à Toriglne, un caractère essentiellement théooratiquo^ comme le prouvent soit les charges pontificales qui les préparaient aux dignités guerrières, soit les fonctions religieuses qu'ils exerçaient à la tête des arm^s. Mais la source de l'autorité dut graduellement se modifier à mesure que Taccomplissement de la destination militaire faisait surgir le mérite plébéien appuyé d'une suffisante richesse. Alors les

376 TBOisiim PABTif.

considérations purement humaines tendirent de plus en plus à se substituer aux titres divins pour faire naître la vénération, base de toute discipline. Mais Tinfluence directe de la vie active fut plus profonde encore sur les supérieurs, car seule elle régla Tautorité, les prescriptions théologiques n*ayant jamais pu, dans toute Tantiquité, qu'imposer la soumission. Sous Timpulsion pratique, l'hérédité sénatoriale ne pouvait garantir qu'une autorité collective , et le crédit de chaque patricien dépendit surtout de sa propre conduite. La naissance eut alors principalement pour effet de permettre à chacun de mieux se prépa,rer à sa destination sociale, sans procurer directement aucun pouvoir imp<Hl;ant

Quant aux dispositions aivers les vaincus, ce fut uniquement chez les Romains que se trouvèrent les mœurs qu'exigent l'agrégation forcée, préparant la libre convergence de populations distinctes. L'admirable vers de Virgile : Parcere subjeciis et debellare superbos^ caractérise parfaitement la politique romaine, inspirée par des sentiments sans lesquels le système de conquête eût nécessairement avorté. Mais la sagesse des vues concourut ordinairement avec la libéralité des sentiments pour assurer l'empire de l'Occident à ceux qui devaient y préparer directement la civilisation finale. Le sénat romain accueillit toujours avec respect les divinités des populations soumises, même de purs fétiches, et la tendance conciliante de la caste dirigeante fut constamment partagée par l'ensemble de la population.

Tels furent les principaux caractères et les admirables propriétés du régime romain. Nous devons maintenant rapidement examiner dans quel ordre dut s'accomplir la grande incorporation qu'il réalisa, et quelles influences secondaires concoururent & le modifier. Mais il faut auparavant reconnaître quelles furent les limites nécessaires de Tempire ainsi formé.

Toute l'extension possible de l'incorporation militaire dut

d*abord se réduire aux populations sédentaires, seules susceptibles d'être vraiment conquise comme de conquérir. Mais la conquête , en rétrécissant le territoire qu*elles pouvaient occuper, poussa les populations nomades à se domicilier, avant que leur libre développement les y conduisît. En outre, parmi les peuples domiciliés, un système de conquête ne peut règlement embrasser les populations purement théocratiques. D'après leur caractère pacifique, ces nations sont aisément vaincues ; mais, loin de devenir jamais assimilables, elles tendent toujours à modifier leurs conquérants en leur ofi'rant, outre une force d'inertie insurmontable, les séductions d*uné meilleure existence. Parmi lej théocraties organisées, Rome n'en réunit jamais que de petites comme celle de l'Étrurie, qui fournit peut-être le seul exemple de la complète assimilation d'uae théocratie avec une population guerrière. L'agrégation de la Gaule ne réussit que d'après l'insuffisant essor du régime théocratique dans cette vaste région, où les guerriers tendaient à prévaloir sur les prêtres quand la conquête s'accomplit Le domaine romain reste donc finalement circonscrit aux nations purement militaires dont chacune aspirait à devenir le centre du système occidental qui devait directement préparer la conception et l'avènement de l'Humanité^

Le régime romain dut nécessairement comprendre deux périodes, dont les caractères propres sont bien tranchés et distincts* Dans la première, qui fut celle d'accroissement, l'empire se forma par Tagrégation successive des peuples qui devaient en faire partie; dans la seconde, la conservation prévalut sur Taccroissement ; et elle fut principalement consacrée à répandre, parmi tous les peuples conquis, la meilleure civilisation et les plus hautes lumières que l'époque comportât.

La première période se décompose en trois phases essentielles, suivant que Tincorporation s'étendit à Tltalie entière.

S78 TMIflÈlfB FAUT».

]ttis& rEq[)agae, enflai la Gaule. SU malgré la proxiiiilté« la Ganle ne fut conqoiae qa'aprës l'Espagne, ce fut par suite de rattnit qu'inspirait celie-ci, dont le climat était meilleur, et dont la possession assurait la libre navigation de la Méditernnée et de TOoéan* Une population plus divisée facilitait d*anie«ir8 cette conquête, préparée par diverses colonisadou. Au contraire la possession de la Gaule offrit tfabord peu d'intérêt, si ce n^estsur les c6tes méridionales. En même temps la soumission d*une nation belliqueine et unie par llnfluenoe théocratique, qui, loin de pouvoir détourner des expéditions, y provoquait afin de retarder TimmlnaMe prépondérance des guerriers sur les prêtres, présentait de grandes difficultés. Enfin les colonies gauloises qui dominerait dV bord dans l'Italie septentrionale concoorur^it À diriger vers TEspagne les armes romaines.

ce fut surtout dans ia première phase de leur esaor, plus prolongée que l'ensemble des deux autres et aboutissait à la conquête de Titalie, que les Romains développèrent au debors comme au dedans les qualités qui devaient assurer leur domination. La lenteur du développement ganmtissait sa consistance; mais cette gradation convenait surtout aux réac* tiens intérieures tant domestiques que civiques qui devinrent le principal résultat du système de conquête. Son début dut être dirigé par une concentration monarchique seule capable d*imprimer à la population primitive une suffisante homogénéité, néanmoins Texpulsion des rois devint bientôt la principale condition de la continuité du développement de Tactlvité militaire, qui ne pouvait s'établir que sous une corporation héréditaire, où cette activité dominait le caractère sacerdotal, tendant à prévaloir chez un chef unique. La lenteur des premières conquêtes consolida la prépondérance aristocratique en disposant les patriciens aux concessions et les plébéiens à la soumission. En même temps, des expéditions voisines et de courtes campagnes ne permettaient point an

SGIENG2 iOGULE OD SOCIOLOGIE. 379

emsamifsmmt miUliire 4e méeonnattre VÈÊùnnômi ciylciiie. Quoi^Be la tmdmoB éteeâve sàtérU déjà Tautonté de U iuii0- •asee , les ehoix du peupla pestèrest* pendAQl la |M*einière I>haae» concentréa cbas les patriciens, de «mlère à stûmiler l6«r aèle indiridiiel «aae àimiwie^ leur ascendaat eolleetif.

Entre cette première phase et la solyante, la transitioii se fit natareUeneai par les luttes relatlres aux établissements earthaginois est Sicile et surtecut en £spa«^« siège essentiel de la grande collision qui Hxa le sort de Toccident Qiioiipe le résultat de la lutte entre nome et Cartfaage ne fût point douteux, il exigea longtemps des efforts iminenifs qui aeberèrent de développer dsns le caraetère romain les trois qualités actives, courage, prudence et fermeté. Pendant cette seconde pliase, l'extension et la diflteulté des expédlNifons dével^pèreut les prétentions plébéiennes et leur fom*nii^ent d'ailleurs un appui continu soit pur raecroissenièntdes richesses indépendantes de la naissance , soit même en disposant déjàies généraux àsepopulariser contre leur propre caste. Foreé d'ouvrir au peuple Taceès des principales magistratures tanttiviles que militaires, ce fut alors surtout que le sénat mit en avant ses attributs sacerdotaux pour éluder pendant quelques années cette concession décisive, premier signe de #a décadence.

A.près la destruction de Carthagé, un entraînement spontMié poussa les Romains vers Torient, et, la arèce donijuisë, ils se précipttèr^t aveu^ément en Asie sur les traess d'Alexandre, qu'ils n'y purent Jamais effacer. Une semblable erreur politique les conduisit, après avoir détruit Carthage, h recueillir et même à étendre leur autorité sur les nomades qui l'entouraient.

Mais des perturbations plus profondes concoururent avec ces diversions À retarder la conquête de la Gaule, qui termine et earaotérise la troisième phase de l'essor romaio« Les intér4to patriciens, qui ,dans1alongUeconquètederitalle, s'étaient

380 TBOISlftlfE PAETIE.

noblement identifiés etoc les destinées de la république, s'en sépurèrent de plas en plus après la ruine de Garthage ; et, les ambitions personnelles prévalant, les chefs aspirèrent surtout à conquérir au loin de vastes domaines ou de rîcbes gouvernements. En même temps, le sénat, fier d'une puissance qu^il attribuait surtout à lui, repoussa davantage les meiUeures prétentions du peuple, qui, de son côté, lui devint gradudlement hostile et tendit toujours à étendre les concesitois antérieures sur Tavénement des plébéiens à toutes les magistratures. Au lieu de conquérir la Gaule comme le peuple le désirait, le sénat préféra des expéditions lointaines plus favorables à son orgueil et surtout à sa cupidité. D'autre part, la crainte d'avoir à partager avec d'autres familles la suprématie aristocratique l'empêcha d'accueillir à temps les justes prétentions des provinces itali^mes, qui, demandant à compléter leur incorporation par l'affiliation directe à la cité romaine, ne l'obtinrent qu'après une guerre courte mais honteuse. Ainsi surgirent de violents déchirements, à partir des troubles caractéristiques suscités par les Gracques à l'occasion des terres conquises; et ils montrèrent les intérêts plébéiens trouvant d^a, dans les familles patriciennes, des organes dévoués. Mais Tavénement de Marins annonça mieux encore quelle serait l'issue de la crise terminée bientôt après par César son neveu* La subordination du poavoir du sénat à l'ascendant d'un dictateur perpétuel était devenue aussi nécessaire à l'ordre qu'au progrès, depuis que la domination se trouvait assez étendue pour que dussent prévaloir les sollicitudes de conservation et les besoins d'application.

La transformation dictatoriale de la constitution romaine devait naturellement émaner du chef qui venait d'étendre la domination guerrière jusqu'à son complément normal. César, organe de ce double progrès, se trouva plus qu^aucun autre grand homme au niveau de sa mission. Pleinement

émancipé du théologisme, il pressentit Tavénement du règne de l'Humanité, déjà confusément entrevu par Scipion; et le dictateur, qui semblait exclusivement propre aux succès militaires, se disposait à transformer Tactivité militaire en essor industriel , comme Tattestent d'admirables travaux et d'immenses tentatives , lorsqu'un meurtre aussi Insensé qu'odieux termina sa carrière. Ce crime, que malgré ses préjugés Dante sut dignement flétrir, fut nécessairement impuissant à ré-tablir un régime fini. Dans les luttes qui suivirent, le parti rétrograde tendit toujours à s^appuyer sur les populations africaines et surtout orientales, qui, par suite d'une insuffisante conformité d*idées et de mœurs, ne pouvaient être vraiment assimilées. Aussi l'armée vaincue était-elle en réalité essentiellement étrangère aux mœurs romaines, qui constituaient la principale force des vainqueurs en leur faisant instinctivement sentir la légitimité et l'opportunité de leurs elTorts.

La constitution impériale fût profondément différente de celle qui précéda le régime aristocratique, malgré les efforts intéressés du parti patricien pour les confondre en exagérant leur ressemblance apparente. Au fond, l'empire resta essentiellement électif, seulement le choix appartint suivant les circonstances soit à l'armée, soit à l'empereur désignant son successeur quelquefois en dehors de sa propre famille; et cette transmission élective de la dignité impériale annulait d'avance les efforts tentés pour procurer aux empereurs un caractère théocralique. Sous cette dictature, la tendance empirique des juristes vers une doctrine sociale indépendante de toute théologie devint plus prononcée quand leur influence, développée à mesure que décroissait l'essor militaire, se concentra dans le suprême organe de la justice universelle. Les empereurs romains, pressentant l'avènement de la vie industrielle et Tabolition de l'esclavage, les préparèrent en facilitant les émancipations individuelles, en protégeant les

319 TBMttàXE »ÈM!nst,

Sujets contre tes naltres, etsutoatea boaott&lles lim» dikL Eifta A» 8'attaclièrettft96aér»kment à répandre «lia(^ croître Iq9 bienleits de la etritailioii»

Apfài la sabfltitotîoa de Byanee à Roofô ei FaaeeodiiU légal du moaelliélsDie sur le poljrtbéisDe» Tétai romaîiiinit réeUeanenl disparOy quoiqiiele régime soîTant&'eût paseneore netteneot préra^ La deaxièaie période ds régime in^ire propre à Fantiquité paieime se rôdeit àxmc à trais âècle» Hiceessivemeiii caractérisés par le proloagemieot de l'ascefr 8kn militaire, la eons^vatk» effectlret et la ééeoisposition spontaBée.

Daos la premik^e de ces trois nouvelles pliases» &k Tert« de nmpolsioa aotériewe, le cours de la^ grande incoipen^ tkm se ponneàt acoesBoirraientySwtQVtaiiDerd, etaoèM IVsimilîrtion ée la Genoanie et de la Sretagos préparée ptf Gésan Peadant ee aîèeley qn^que Tari 00 pâl ^àan Mn surgir aucun nom comparable à ceux d'Homère et d'Esdi]^ sa e»ltiffe suscita flkt» de produfitioiia eaUmables et fts goûlspko proBoncés que n*amt pu lé îaàre le pelgrMisBS grec.

Nenra inaugura la seconde phase es tetrodnisaDt la saccessiOB adoptire, d'où résuma pour Templre lemsin bd^ suite, nnlqne dans Thistoire, de eitefii énHneiriau Malslfsrc^ Aurèle, le dernf» d'entre eux, nécomamt, en faveur â'tf indigne fils^ le salutaire principe auqud il devaH sa propf^ élévatiOB. L^origine espagnde de Trajan , te p!us grasd 4e tous, est bien f^opre à montrer combla é<aât alor» seesv* plie une incorporation qui permettait a« ebef nmmi^ de préférer un snccesseur d*une telle naîssimce. Pendant «^ dernière pbase, îes solli^ftwdes relatives- ft la eonserrsô^ du territoire romain absorbent telfement les «entati^^e»^^ tension , que les expéditions, d*aflleur» cowtes et rare^ ^ viennent, malgré les apparences, pluttMs défensive»^»**' sires. L^exhitencepuMique commence alors à se trtHwi'W^

5CI£!fG£ fiOCtAtiE 00 SOCleLOGIlS* M

et l^aetivité pntiûtpse, qod déjà présTdd à d'imuftfasesrtravftaz tant publiés qqe privés, prévaut de pkis en plus. Disposé» aux vues synthétiques par nne noble activité, les Romains dédaignèrent toujours les exercices philosophiques que le sage scepticisme deCfcéron avait déjà discrédités; et ils surent distinguer entre les véritable penseurs et les purs dlscdnrenrs qn'îW se bornaient à regarder lutter. Thaïes, Pythaore, Aristote^ lurent mieux apprécia à Rome que chea les Grecs, qui leur préfânafont souvent de vains sophistes. Quant à la scfence proprement dite, surtout mathématfqne, élIeAK alors plus goûtée et plus propagée qu'auparavant. Préparée par la vie eiîîqne, la pensée romaine introduisit en histoire \ une tendanee màr^tlée â saisir toujours la vraie fiilatîoB des \ événements humains, Polybe, développé sous rascendant de Rome à laquelle il 8^neorp<»*a noblement et dont llmpulsloa lui procura Tuniversalité qui fe caractérise, servit de trai^itiGfn entre le mode gînec et le mode romatn. Mais la deuxième phase (Hctatoriale vit surgir Tacite, resté le plus grand des historiens, malgré les graves altérations qne les préjugés patriciens apportèrent sauvent à sa profonde reètitude.

Dans la troisième phase, lés expéditions offensives on défensives cessent de pouvoir contenir les invasions croissantes des populations nomades ; et les émperenrs sont contraints de leur accorder de vastes territoires de plus en plus rapprochés du centre de l'empire. Quant aux progrès intérieurs, cette phase présente seulement un développement de la précédente, dont fîmpn&ion théorique et pratique se trouve toutefois affaiblie par les èiscordes civiles et les inquiétudes extérieures.

TeHe fut la seconde période de la domination militaire. Pour avoir terminé l'exarnen du poljrthéîsme intellectuel et social, il ne nous reste plus qu'à rcconnaftre comment il dut nécessah'ement aboutir au régime cathoIicoH-f8odal carac^ térisé par la séparation des deux pouvoirs spirituel et tetn-

38Â TBOISliUE PÀRTU.

poreL La filiation du catholicisme, qui constitue le lieu essentiel entre l'antiquité et le moyen âge, fut plus prononcée que celle de la féodalité ; c'est donc cette filiation qu'il faut surtout apprécier.

Parvenu à ses dernières limites pendant les trois ^ècles de la dictature romaine, le désordre intellectuel et moral appelait nécessairement une réaction qui y mît un terme. L'esprit grec, accordant la prépondérance au discours sur la pensée, avait amené une profonde dégradation de rinteillgence et du cœur. L'essor guerrier étant devenu stationnaire, sa réaction morale cessa, alors qu'une immense accumulation de richesses disposait les grands, que le déclin de la foi polythéique laissait sans croyances et sans frein, à s^abandonner aux dérèglements qu'inspire l'existence oisive. Quoique le désordre fût moindre dans les rangs inférieurs, la funeste influence de l'oisiveté nationale s'étendait cependant à l'ensemble des hommes libres, que les riches devaient nourrir et distraire {panem et circenses). Il en résultait nécessairement, pour la masse des populations incorporées, une oppression croissante qui leur faisait sentir le besoin d'une morale universelle destinée à régler des forces théoriques et pratiques dont le libre exercice devenait intolérable.

L'évolution spéculative s'était prolongée jusqu'à ce qu'elle eût embrassé toutes les théories positives pouvant s'accorder avec l'ascendant officiel de toute synthèse fictive, même monothéique. De même l'évolution active avait persisté tant que les diverses populations sédentaires et non théocratiques n'étaient pas suffisamment agrégées à la cité dominante Mais la prépondérance de l'activité pacifique et l'avènement de la religion positive, seul terme du mouvement humain, exigeaient encore, avant de surgir, l'émancipation domestique des femmes et la libération personnelle des travailleurs, qui ne pouvaient résulter que d'un régime directement consacré à la culture du sentiment.

Le monothéisme, évidemment, conrenait seul à la co* ordination de la morale universelle : la pluralité divine n^aurait jamais permis cette systématisation provisoire, obtenue en mettant chacun directement en rapport avec Tètre suprême dans Tunique vue de son salut éternel. Pour se réduire au monothéisme , le polythéisme n'a qu*à subir une concentration générale que la plupart des esprits peuvent ébaucher spontanémeht quand ils s'y trouvent fortement poussés par les nécessités morales et sociales. Dans tout polythéisme, en effet, le dogme du Destin représente naturellement une puissance centrale, dont les attributions modifient chacun des départements divins. Or, en rendant cette in*fluence plus complète et plus active, on est aisément conduit à faire prévaloir ce dieu général sur les^ dieux spéciaux, qui deviennent alors de simples ministres.

La transformation effective du polythéisme en monothéisme se trouva secondée par les discoureurs grecs, qui depuis Socrate et Platon préparaient vaguement la transition monothéique en s'^nparant de Tunité divine et de la vie future, comme s'ils avaient fondé ces deux dogmes, qu'ils se bornaient à développer. La situation romaine^ en forçant d'élaborer le monothéisme sous Tempire du polythéisme, suscita dès le début la conception et la réalisation effective de la séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel qui ne fut aussi maintenue au moyen âge que par la pression du milieu, le clergé y aspirant toigours à la théocratie. Tout pouvoir, en effet, ne cherche à modifier les volontés que s'il est dépourvu d'autorité sur les actes. Or telle fut nécessairement la situation du sacerdoce monothéique né sous la domination romaine, et dès lors conduit, malgré sa doctrine absolue» à la véritable attitude des théoriciens indiquée depuis longtemps par l'exemple des vrais philosophes de la Grèce.

Pour s'adapter à sa destination morale et sociale, le monothéisme occidental, né de la discussion et pourtant incapa-

blé (Ty résiiter^ «xigeall d**borâ «ne tiftvélatôda stfi^fttiu^e. MAIS 90D AygUM, devant fiécessàlremé&t cOâsfl^îres' k éifl* skMi de» deox pourohis hnmalnd, devftft, paf «oftê^ âftte lé p!tt9 possible en barmofii^ atôc ôelte diirisfoft et inseitwïr te fi()â6 de révélation )e pltts propre à garantir riûdépendance do si- ^rdoee. La coinfnunk;atio& sornaturèlle destinée à fondéf h croyanoe iodiseutable , ne ponvait pla» alors s'hccm^^ pf l'intermédiaire d'nif agent spécialement chiffgé de h mmmettre à Teneemble des fidèles; mais elle devait devefiif ^' recte et résulter d'une incarnation assez iM'olongée pùûfqne le type divin pététro censé avoir personneliement posé les bases dn dogme, du cuite et même dn régime.

Ainsi se trouve expliqué le caractère propre (consisiaït dans ia séparation des poavof rs spirituel et temporel) dn mo* nothéisme occidental ou romain quf dévint plus tard le c> tbdicisfifie. Ce earactète fut le résultat , la conséqaencte nécessaire des clrcofistanoes dans les^elles il dut surgir, eff un mot, delà ^tnation; et le dogme s'y approjMla. Deot inflnences primeipttles secondèrent et bâtèrent son avénemetit. lA première, collective, a s» source dans rexeeption ffiODO' tbéfqne propre à la tbéoeratié juive incorporée au monde romain sons ki demièfe pbase ^ Fascenslon militaire, maB familière aux Grecs defmis la fondation d'Alexandrie. V\r& isolée (ja^attcmie antre d'après sa M spéciale, cette nttian attendait depuis longteanps un triomphe absolu. Prenant si^ sèment un caractère qui permettait une sorte de coufosion avee Textension complète 6e sa nationalité, les cmnmtme^ aspirations au monotbéisme universel semblèrent réaliser ^ prophétieSr Outre Tavanlage de mieux éluder une discussion insurmontable , le calfaolieisme trouva ainsi la concentration d» polythéisme accomplie d'avance dans la construcfian du monothéisme hébraïque. Les livres juffe foumiroot tcwjours* la phllosoiphie de t'hlslolre la meiBetrre sottrte pottr étudier U tnuMKinailSon d^ dieux en anges, parée que eésffiotn'Wt

SCIENCE 80CULB OU SOCIOLOGIE. t$7

ministres y e(m8erveiit use inportanee qui permet de receiw Battre làor iad^eiHlaxiee pritnitiire. Le mosatsme fournit eiieere an eatholiéisme ses principales fêtes, ainsi que rfn«> stittttion de la semaine, qui, malgré son nniversallté, ne fut, p^idantrantiquité, réellement complète qu^en JMée. L'ensemble des antécédents hébraïques disposait même à mîeui eoneevoir la séparation monothéique des deux pouvoirs ; ear, les guerriers ayi^t prompt^nent prévalu sur les prêtres dans cette ttiéocvatie ^[ceptionnelle, les prophètes, qui sur» girent ensuite, offraient un type théorique plus conforme à Tattitude catholique que les philosophes grecs, quoique ceuxci fussent plus rapprochés du earactère normal du véritable pouvoir spirituel.

Le concours national de la nation juive & la construction 4u catholicisme se trouva noblement personnifié en saint Paul» à qui elle fut Yéritablement due. QuoiquMl n'ait écrit que des lettres, elles sont assez décisives pour démontrer que seul il saisit alors Tensemble d*une doctrine qui ne comporta Jamais que des traités partiels, parce qu'elle devint nécessairement contradictoire quand sa destination sociale ne rectifia pas ses vices intellectuels. Toutes les conceptions essentielles du catholicisme se trouvent déjà caractérisées dans ces ojpuscules, et le vague mental et moral des livres plus vénérés dont on les entoure, en fait mieux ressortir le mérite. Dans sa théorie de notre copstitutlon, saint Paul posa directement le problème humain , d'après l'antagonisme permanent entre la nature et la grâce transformé, dans la religion positive, en une lutte continue entre Tégoïsme et Tal* truisme. La nécessité d'une révélation divine dans la construction du monothéisme occidental afin d*y assurer la séparation des deux pouvoirs , exigeait absolument que le véritable foudateur se subordonnât à quelqu'un de ceux, nombreux alors, qui tentaient Tinauguration monothéique en aspirant, comme leurs précurseurs grecs, à la divinisation

388 TROISIÈltK PimTIC.

penoonéUe. Saint Paol fat ainsi conduit à se raUier, après FaTOir d'abord dédaigné» à celui de ces prophètes qui put soutenir le mieux un tel caractère. Et les facilités mêmes qui en résultèrent pour raccomplissement de sa mission finirent par le pénétrer d'une yénération réelle et profoode pour un type désonnais idéalisé.

Telles furent les influences qui secondèrent ravénement du catholicisme. Parmi celles qui le retardèrent, une des principales fut certainement la fatale antipatliie qu'il inspira si longtemps aux meilleurs romains, aux plus grands d'esprit ou de cœur. Mais il est maintenant aisé de comprendre que cette fatale méprise fut inévitable. Abstraitement examinée , sans aucun égard au milieu correspondant, la doctrine catholique devait en etét inspirer d'invincibles répugnances aux théoriciens et aux praticiens dont l'esprit touchait à la pleine poâtivité, tandis que le cœur avait déjà pressenti le règne de ruumanité. Directement contraire, comme tous les monothéismes, aux progrès du sentiment, de l'intelligence et de l'activité» le catholicisme développa davantage cette triple imperfection en faisant prévaloir au plus haut degré la perspective du salut éternel , qui , chez les Romains et même les Juifs, avait seulement secondé les impulsions humaines. Hostile à la solidarité» la nouvelle foi choquait plus directement encore' la continuité, puisqu'elle disposait ses adeptes à maudire l'ensemble de leurs prédécesseurs véritables, qui étaient les Grecs et les Romains et non les Juifs. Quant à l'intelligence, elle tendait évidemment k comprimer tout essor théorique sous la stérile uniformité que la concentration divine apporte nécessairement auxeipiications théologiques des divers phénomènes. L'optimisme IM*ovidentiel s> trouvait pareillement incompatible avec le développement de l'existence industrielle, tandis qu'une vague fraternité tendait à réprouver toute activité militaire. Enfin, quand les chrétiens s'en attribuèrent le privilège, le

pardon des injures avait été pratiqué par Alexandre et César bien mieux que par leur divin modèle, proscrivant à jamais toute la nation juive pour venger une seule victime. Et la puérile fiction où Tabnégation ccmsistant à subir la mort avec la certitude de. ressusciter trois jours après, pouvaitelle satisfaire ces Romains qui depuis plusieurs siècles admiraient familièrement le dévouement effectif de Gurtius et de Décius?

Bfafs rhéroïque persévérance de ceux qui se sentaient chargés des destinées morales de l'Humanité surmonta les obstacles qu'une telle doctrine dut naturellement susciter; et le catholicisme naissant eut plus de peine encore à se dégager du second genre d'entraves quMl devait rencontrer. Ces entraves vinrent delà foule croissante des sophistes et des rhéteurs, plus dangereux comme auxiliaires que comme ennemis, que suscita rélaboration grecque. C'est surtout là que naquirent les subtiles hérésies à travers lesquelles durent surgir les inspirations sociales émanées de l'impulsion romaine.

Qua^t à Torganisation politique du moyen ftge, elle dériva spontanément des modifications croissantes de la sociabilité romaine pendant Iks trois siècles dictatoriaux. Cette liaison historique est évidente relativement au principal caractère, la transformation de Tattaque en défense. De là provinrent les deux autres dispositions générales qui distinguèrent essentiellement le régime féodal de l'ordre romain. D'une part, en effet, l'esclavage dut se transformer en servage proprement dît, à mesure que décroissait l'essor militaire, et qu'approchait Tavénement industriel. La restriction de la traite à l'intérieur de l'empire, quand la conquête eut atteint ses limites naturelles, poussa de plus en plus à fixer au sol les familles esclaves dont le renouvellement devenait difficile. En second lieu, par suite du besoin de multiplier les centres de résistance, la décomposition de Toccidenten États

TteisiàMB WÀMm.

ifMptûàtmU da pli» en plutpetili derml mie a^tre etimi^ QQQiice de TanieBd^t graduel de la délense sur l'attaque*

Ainsi» en e'adaptant à leurs exigeoees respectives, le po- Ijrtbéisme progressif comprit deux éVQlutfons successires, Tuoe iat^ilectuelle » Tantre seeiale, qiU surgirent d'abord en Grèce» puis à Rome. La première, prioùtlvmiieiltesthtHiAU^f finalement théorique, prépara les bases ^éculatives de Tétat normal par l'essor décisif du génie scientifique et abitrait, 'jQIM^mpj^tible avec la théocratie. La seconde tendit. (Uroetei^ent à instituer l'existence définitive en faisant irrévoçi^biem^t lurévalQir l'aetipn sur la contemplation par un suffisant 4évalQppement lie la seule activité eoUective qui fût ^ors jç^sibl^ Pour compléter l'éducation occidentale, une troi- ^me période direeteinent consacrée k la QuUure du sentir mfat 4(alt nécessaire. H^is pette trapaitlf^n aOeotîYo dut «manef de la transition active plutôt qne de la trwisiticiii i^^Oulative, qni en troubla ravénqinent plua qu'elle m le «eimnda, GeUerçt ne trouva sa vraie ctesUoatien que quand V^ puisement du monothéisme défensif fit reprendre, à la fia do WJ^ â|;e , l'élaboration de la «cienee abstraite, longtemps mpendUQ W^ i^ nécessités so^ialea

SCIENCE tOeiALE 00 MCIOLOGIC. Ml

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