‹ Exposition arrégée [i.e. abrégée] et populaire de la philosophie et de la religion positivesChapitre 30 sur 49 · MONOTHÉISME · texte numérisé non relu

MONOTHÉISME

^1, — Appr^ialiop générale du régime c^^holico-féodal.

La vie, rexlstenee des hommes libres que eourrissalt le tpavail des eselaves , fUt spéculative plus que toute autre ehose ches les Grées ; dans le régime romain, la vie de tous fut e»sentieliementaetive; au moyen âge, elle fut surtout affective. Mais nous avons déjà vu la doctrine monothéique se prêter en Jndée au régime théocratîque; plus tard^ en Orient, l'Islamisme eonsaera la vie guerrière i si donc en Oecident is*étab!li avec le monothéisme la prépondérance normale de la eulture du sentiment sur celle de rintelllgenoe et de Tactivité, ce résultat fut bien plutôt dû à Tinfluence de la situation qu^à celle de la doctrine elle-même. Mais ce progrès qu^elle n'apporta pas , elle le permit du moins. El diaprés la flexibilité propre aux croyances, qui, purement subjectives, sont sans réalité extérieure, elle se prêta longtemps à sanotionner et à seconder ies meilleures Inspirations suscitées par les otrcpa-' stances ainsi que les sages efforts du sacerdoce pour piller les lacunes et les dangers de ses dogmes fondamenlaux.

La discipline humaine instituée par la théocratie, était naturellement résultée de la domination BpoQtaBéé de la caste «aeerdotale t le clergé catholique au contraire, s^eflbrçant de systématiser la morale, tendit à instituer une discipline rationnelle. Il ne put Pappuyer que sur une doctrine insuffisante ; mais, en conséquence de ses eilbrts, le plus grand et le plus difficile de tous les problèmes, la systématisation de la morale humaine, resta pesé pour toutes les Intelligences. En outre les aspirations à Tuniversalité spirituelle qui déterminèrent le vrai nom du monothéisme occidental, et la direction que

d99 noisiÈME PAmnB.

prit naturellement la ^scipline catholique vers les classes sapérieures , jusqu^alors soustraites à tonte obligation invo* lontaire* furent très-propres à dév^opper Famonr nniversel. Enfin la transformation de la conquête en défense, rendant intermittente Tactivité militaire, le commandement, par suite discontinu, devint plus discutable et put se concilier avec la culture affective , assurant une obéissance plas volontaire. Ainsi, par suite des circonstances dans lesquelles elle surgit et prévalut, une doctrine, qui par sa nature détourne rhomme d'examiner et le dispose à s'isoler, a pa cependant diriger et répandre pendant plusieurs siècles Feiercice intellectuel et Tessor de la sympathie. Tels forent le caractère général et en aperça la destination du système social propre au moyen âge, dont nous devons actuellement examiner rapidement les principales propriétés et les plas importants résultats en commençant par les propriétés intellectuelles.

Quoique Aristote ait été justement préoccupé surtout deses constructions positives, la nécessité morale et mentale delà transition monothéique n*avait pu échapper à son génie pénétrant L'adapter le mieux possible aux besoins intellectnels, tel fut Fobjet de la concq[>tion accessoire par laquelle il s'efforça de réduire autant que possible le théologisme en y combinant une volonté suprême avec des lois immuables. Il érigea en ordonnateur général des lois réelles le dieu consenré, en Tassistant toujours de deux ministres seuls responsables, la Nature et la Fortune : entités destinées à représenter respectivement Tensemble des lois connues et celui des lois in* connues. Une telle conception restait d'ailleurs compatible avec la croyance aux êtres intermédiaires propres à seconder le gouvernement général du monde et de Thomme. Elle pouvait aussi comporter toutes les révélations qui deviendraient nécessaires ; mais une telle doctrine était trop abstraite pour ne pas rester toi]\jours bornée aux esprits cultivés.

Elle fut essentiellement adoptée par le vrai fondateur du catholicisme , saint Paul , à qui étaient profondément familiers les véritables penseurs delà Grèce, et qui rattacha leurs vues philosophiques à sa mission sociale. La théorie de lantagonisme entre la nature et la grâce, est en évidente relation avec la conception d'Aristote. Mais Fapôtre dut compléter le philosophe en spécifiant une réserve indispensable à l'efficacité morale de la doctrine monothéique. Elle consistait à conférer exclusivement à l'Être suprême le gouvernement direct des affections humaines, en laissant à ses ministres métaphysiques toute l'administration de Tordre extérieur. Quant à Tordre social proprement dit, il ne peut dogmatiquement exister pour le théologisme, toujours incapable de s'élever des coùsidérations individuelles au point de vue collectif. [Relativement à Tintelligence, qui lie nécessMrement le dedans au dehors, l'attribution dut rester indécise pendant toute la durée de la transition monothéique, mais avec une tendance croissante à faire prévaloir la nature sur Dieu , comme le prouve Textension continue de Tastrologîe.

Tel fut donc le monothéisme le plus rationnel. D'après la pluralité des anciens dieux, aucun d'euxne comportait la toutepuissance et chacun pouvait offrir dès lors des imperfections compatibles avec sa supériorité , caractérisée surtout par l'immortalité. Mais l'unité divine forçant d'instituer un type de perfection absolue, qui embrassait à la fois les trois attributs de THumanité , Taffection , la spéculation et l'action, cette conception devint nécessairement contradictoire, vu l'impossibilité de concilier l'omnipotence avec Tiiitelligence et la bonté pareillement infinies. Le monde ne devrait alors offrir aucune de ces imperfections dont les sophismes monothéiques ne purent Jamais donner une explication quelque peu satisfaisante. Et à vrai dire, nos facultés intellectuelles et morales ne pouvant avoir d'autre but que de satisfaire nos besoins, ToBinipotence exclut nécessairement toute sagesse et toute

9H TROisdsia PÀRTiCt

\»ntà. Par mite 4e ces diOeolté»* le manicbélwe tenta f arléter U coDceotration du poljthélsme aa «impie dittli»»^ entre le dieu du bien et celai du mal. Mais, aans pouvoir d*aiUeura contenter Te^rlt, il était, en ne permettant plus la coordination proTîsoire de la morale, direetement coniTJure aux nécessités sociales de la situation* 4nssi linstinot ooci'dental repoussa- t-il cette dangereuse hérésie.

L'irrationnalité de la doctrine moDOtbéiqae et son infériorité p^me, à certains égards* vis-à-vis des doctrines antérieures n*einp^bent pas cep^dant qu'elle ne constitii&t un important l^rogrès. Pour le prouver, il suffirait dç la seule notion dt ^ racle qui, alors introduite, devait ôtre péceasair^Qentétr>i^ fère au polytliéisme. La sagesse du sacerdoce catiioliq^e senift^ nifesta d*abord en restreignant les miracles» çiais sans pouvoir les supprimer entièrement , parce qu*iJs spnt inséparal>le8 <i9 dogme monçtb^ique, où Tordre naturel n'est jainaî» eomfSf^ me par la volonté surnaturelle. En second lieu, le c^hçliçisoK réserva tous lee-oracles av chef visible de relise, ainsi de^ venu Tinterprète permanent des préceptes divins, et k i^^ fénéral de tous les occidentaux* Les révélations fargnt aisément contenues par un sacerdoce dont elles auraient coiU' iffomis Tasçendant, et qui, n*ét£^t jamais à court a'expU^' tiens régulières, put, au nom de la révélation commune, le> borner au^ cas secondaires. Enfin , en subordonnant i I» formation du corps i» création des âmes, auxquelles le p^ly^ Ibéisme reconnaissait généralement une etktenee indéfioiSi le oatbolicisme réduisit la vie théologique & ce qui était stri^^- Dément nécessaire.

Telle Ait une triple amélioration pblloBopbiqne des ofoyaoees antérieures* D'autre part, Tuniformité des explication n»* notbéiques tendait évidemment h comprimer tout essor i^éenlatif. Mais, la préparation grecque et la civilisatioa f^ jnaine préservant roceident d'un tel résultat, le régime o)^ juotbéique put seoonder le déreloppement théorique en eom-

SCIENCE SOCIALE OC SÔ(^tOLOGI£. $^

blûàiît tine salittâim dlsdiplîtie avôô une grande destioatlôiî. tû effert, soû impulsion. peManente éntrâfna les éêpritô â ta ré(ïhéf<5he d'une synthèse conipiête fondée emr la révélatlôli (ïoflÇUô comme devant suffire et dispenser de eonûaissancéâ féélleâ. Ces efforts, tendant toujours à un double but, l'un réel, l'autre chimérique (l'amélioration niofale cônduiëâiit à rïiltélîigénce dé Dieu), aboutirent â une étude approfondie de la fiaturè humaine.

En outre, dèâ son début, le catholicisme s*incôrporà lé principal ensemble de l'astronomie grecque en le liant â Sôïî culte. L'avènement dé Téxistence industrielle seconda ressôf décisif dé la Chimie; et là biologie fut mieux cultivée, (plând on eut ré(ablî rinhumàtiôri des morts, qui, consacrées pât là vie pacifique des peuples théocratîques, avait été ôuspélidué Chez les nations guerrières , obligées de brûler les corps pour en conserver quelques restes. Sous rimpulsîori dtï public et des gouvernements, le catholicisme encouragea, tant ^ue dura son véritable ascendant, les travaux des astrologues et des alchimistes, chez lesquels se concentrait alors la Culture de la philosophie naturelle. Enfin il facilita et répandît les progfès des connaissances positives tant qu'elles restèrent compatibles avec la foi, suivant la maxime de l'Iraitatîôû : Ofnnis ratîo et naturalîs investigatîo fidern sequi débet, non prsecedere nec infrîngcre.

Examiné au point dé vue esthétique, lé système catîiôlicofëodal remplit la condîtîoii fondamentale de l'essor de l*àrt en amenant dés mœurs idéalisables. Cet essor fut d'ailleurs mal secondé par une doctrine dans laquelle la révélation et le râfsoniîement s'accordaient à repousser l'imagination. Maïs les prfficîpaïes entreprises de l'activité guerrière devenue défensive, furent mieux susceptibles d'idéalisation que les luttes aUftéTleurés ; et en même temps le développement général de réxf^éfîce domeâtiqué devînt éminemment favorable à Pari L*éftcàCfté dé ces propfîétés esthétiques fut d'ailleurs grat^

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ment compromise par Finstabilité de la situation correspondante, et ia difficile élaboration des langues occidentales dut retarder Tessor poétique, toijyours impossible dans une Ungue morte. Un nouvel idiome inspirait encore tant de défiance à répoque de Dante que ses premières productions forent écrites en latin. Dans la dernière phase du moyen âge, les compositions chevaleresques témoignèrent de la tendance esthétique d'une civilisation mieux disposée que la précédente à s'incorporer Tart, et la constitution plus rationnelle du nouveau langage suscita un perfectionnement général du style poétique par Tintroduction de la rime. Les progrès des deux arts spéciaux, qui, moins précis que Tart général, poavalent se mieux lier au culte, furent alors très-marqués. Dans la musique tant instrumentale que vocale, surgirent d'importantes compositions. Quant à l'architecture, les constractions théocratiques furent seules comparables en puissance esthétique à ces sublimes cathédrales où la concentration monothéique rendit plus nette l'expression religieuse sans en altérer la migesté.

Les progrès pratiques accomplis sous le monothéisme défensif Airent à tous égards dus à l'influence de la situation, surmontant celle d'une doctrine incapable de consacrer ancune activité. Le monothéisme, exclusivement occupé de lier chaque homme à Dieu, fit complètement abstraction de notre existence matérielle, qui suppose toujours le concours social Mais la situation propre au moyen âge développa la double activité, défensive et industrielle, nécessaire alors pour conduire l'Humanité à son état normal

En elle-même, la doctrine catholique est encore plusdéfa* vorable à la sociabilité qu'à rintelligence. Vouant la vie terrestre à préparer Texistence éternelle, les affections altruistes y produisent tout au moins une dangereuse diversion, qu'au nom de ses meilleurs intérêts, nécessairement personnels i doit éviter le vrai dévot Mais ni Tégoïsme absolu du type

suprême, ni la négation dogmatique des afifections désintéressées, ni la consécration directe d'une desséchante personnalité, ne purent cependant empêcher le catholicisme de participer admirablement à révolution affective du moyen âge; et la grâce surnaturelle tînt lieu, quoique imparfaitement, des affections naturelles qu'il ne reconnaissait pas. La discipline permanente imposée aux instincts personnels par suite de la prépondérance des intérêts célestes sur les intérêts terrestres, seconda indirectement l'essor spontané des affections méconnues. L'amour divin, quoiqu'il ne pût jamais devenir vraiment désintéressé, fournit alors une issue & des sentiments qu'un exercice quelconque tend â développer. Mais le principal progrès consista dans la prépondérance normale que la culture des sentiments obtint alors sur Taccomplissement des actes. Tant que le sacerdoce avait pu directement prescrire la conduite, il n'avait point cherché à régler les affections qui l'inspirent. Mais quand les prêtres ne purent plus commander les actes, ils s'efforcèrent d'obtenir les volontés qui les produisent en faisant surgir les sentiments d'où elles-mêmes résultent Et tel fut le résultat -de la situation occidentale au moyen âge, où toute la puissance du sacerdoce vint des croyances et des sentiments qu'il détermina.

Spécialement envisagée, la discipline catholique de Texistence individuelle se rapporta surtout au plus perturbateur de tous nos penchants. Dans notre imparfaite nature, où les tendances sont mal proportionnées aux résultats que nous avons à atteindre, l'instinct sexuel est plus susceptible qa*aucun autre d'une vicieuse persistance. Sa répression dut spécialement inspirer la sollicitude d'un sacerdoce que le célibat poussait à régler, surtout chez lui-même, ces puissantes tentations. Après ce pas décisif, la nécessité sociale de discipliner les forces humaines poussa le catholicisme à régler les sentiments qui, après avoir amené le développement

aia TAOlSliU PàlTIl.

d« ces forcea, «m détermioaieut alors les priocipaux aboi» lia* uiiuct catholique osa dignement ériger Torgueil et la vanité «D infirmités radicales de la nature humaine* Enfin un troi<- •ième progrès consista dans linterdlctlon générale du suicide : une règle aussi contraire aux mœurs antérieures ne pouvait résulter que d une doctrine ou cbacuo , dépeuda&t directement de la suprême domination, devenait coupable en brisant à son gré les liens providentiels.

Dans l'existence domestique, les deux éléments spirituel •t temporel de la transition affective concoururent à ameoer deux améliorations d une extrême importance : rémaocl* pation des femmes et le règlement de Tautorité paternelle 9t conjugale. Quant à la première, le catholicisme n'y coatribua qu'en consacrant la pureté. Les mœurs romaines indiquaient assez, depuis la transformation de la république en empire, que, sans ce progrès, la libération privée du leze affectif, au lieu de permettre Tessor de la vraie tendreiM* aurait suscité des désordres universels. Mais, cotte base poeée» le santinient féodal présida seul aux principaux perfection*' nements de la monogamie occidentale, à laquelle le eatbe- Ucisme préféra le célibat en traitant lo mariage comnos une oonoee^ion exigée pai* noire vicieuse nature Relativement à la discipline intérieure de la famille, Tinfluence du catholicisme surpassa celle do la féodalité. L'intervention normale du aaoerdoco dans les relations domestiques fut d'ailleurt indépendante de la doctrine et due seulement à la séparation des deux pouvoirs temporels et spirituels. Mais U régime o^tholico-féodal dura asses pour que Tautorité ib« solue des chefs de famille, conservée dans toute la civilisation romaine, fût, en principe, Irrévocablement rejetée et dSe^ tivement restreinte.

La doctrine catholique est , en elle-môme, directement Incompatible avec lexistenoe iociale. Aussi le type de rexi^ tence chrétienne ne fut pleinement réalisé que ptf los i^

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litalres de laThébalde, qut, réduisant autant <)U6 possible leurs besoins matériels, y pourvoyaient par leur propre travail, et , sans remords comme sans diversion , se vouaient ensuite librement à leur salut éternel. Mais le sacerdoce sut, au moyen âge, empiriquement consacrer les devoirs pratiques de chaque croyant, et contenir la tendance de la doctrine à susciter un ascétisme où le pieux oisif oubliait le monde par lequel II était le plus souvent gratuitement nourri. L*amour divin et le progrès moral secondèrent d*ailleurs Tessor de la sociabilité, qui profite nécessairement, une fols qu'elle est déterminée par une cause ou une autre, de raméiiora* tien affective.

Mais Tadmlrable particularité que présente le catholicisme romain, c'est que tous les dogmes, et ceux mêmes, en apparence les plus arbitraires, qui dans sa doctrine compliquent tant le pur monothéisme, furent toujours déterminés ou par sa mission morale, ou par 1 indépendance spirituelle qu'exigeait son efficacité. Nous avons déjà vu comment, dès son origine, le besoin de séparer les deux pouvoirs pour systématiser la morale détermina le caractère qui distingue sa révélation. Or rincamation qui fut alors nécessaire, entraîna les dogmes qui devaient la motiver et la compléter : d'une part la chute et la rédemption ; de l'autre la trinlté et le mystère eucharistique. L*ensemble de ces cinq dogmes constitue une doctrine indivisible dont chaque partie concourut spécialement au but social. En même temps que la trinité perpétuait la conformité, établie, par rincamation divine, entre l'adorateur et les êtres adorés, la consécration eucharistique, résumant à la fois le dogme, le culte et le régime, permettait d'établir une profonde démarcation entre les laïques et le clergé, le moindre prêtre pouvant ainsi accomplir une sublime transformation interdite au plus puissant seigneur.

Une semblable appréciation historique s'étend également

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aux institutions secondaires. Ainsi le célibat des prêtres était alors nécessaire pour prévenir Thérédité des fonctions sacerdotales évidemment Incompatible avec les conditions du véritable pouvoir spirituel, et, par suite, avec la séparation des deux pouvoirs. Sans rinfaillibilité du pape, si amèrement reprochée au catholicisme, les contestations inépuisables journellement suscitées par le vague et la flexibilité des doctrines théologiques, eussent indéfiniment troublé la société. La confession, suite naturelle de Tadmirable système d'éducation générale organisé par le catholicisme, et répondant à deux grands besoins moraux de la nature humaine, répanchement et la direction, fournissait au sacerdoce ses informations élémentaires et ses premiers moyens répressifs. Dans Tapplication sociale du catholicisme, le purgatoire a été certainement un trèS' heureux correctif de Péternité des peines futures, qui, autrement, eût déterminé un dangereux relâchement ou un efCroyable désespoir également funestes Tun et rautreàTiodividu et à la société. Enfin, si Tobligation de damner Homère, Aristote, etc., devait être bien pénible pour tout catiiolique instruit, le culte des saints put maintenir un certain sentiment de la continuité. Et d'après les sages précautions introduites par le catholicisme pour que la béatification, remplaçant Tapothéose, atteignit plus sûrement sa destination sociale, cette noble récompense fut toigours décernée à des hommes plus ou moins éminents, mais constamment dignes et choisis avec impartialité dans toutes les classes, depuis les plus élevées Jusqu'aux plus inférieures.

Cependant, malgré ces diverses Influences, les grands résultats moraux du régime catholico-féodal n'auraient pu être obtenus si l'impulsion du milieu, outre sa réaction sur lo dogme, n'avait directement contribué à les déterminer. Quoique la règle générale de conduite de la chevalerie n'ait été formulée qu'au xvi' siècle par son dernier représentant, cette sublime devise : fais ce que dois^ advienne que pourra^

SCIENCI 80CIALI OU SOCIOLOGIE. AOi

caractérlBaft toute la civilisation féodale. Elle ftit la première manifestation denotredisposition àsacrifier, en systématisant le dévouement et Tabnégation, nos intérêts à nos devoirs. Toutes les tendances de la morale chevaleresque résultèrent surtout de la transformation de Tactivité militaire d'ofliBnsive en défensive. C*est elle qui fit irrévocablement prévaloir le respect continu de la vérité, le scrupuleux accomplissement des promesses et Thorreur de toute trahison.

Conciliant le concours et Tindépendance, le régime féodal, qui résulta de la décomposition hiérarchique du commande* ment, Institua la plus juste réciprocité entre Tobéissance et la protection. L'activité militaire étant devenue défensive et, par suite, intermittente, ses meilleurs organes purent, quand ils se trouvèrent disponibles, vouer leurs forces individaelles et collectives à la libre répression ou réparation des iniquités sociales. Mais si la chevalerie dut surgir sous Timpulsion militaire, elle se conciliera mieux avec Texistenoe industrielle, qui la reproduira certainement, qu'avec Tactivité destructive.

Dans Tordre purement occidentai, le catholicisme concourut, avec la féodalité, à rétablissement et au maintien des relations sociales les plus étendues qui furent la conséquence naturelle d'une foi commune, régie par un même sacerdoce, en même temps qu*une semblable activité défensive et la conformité de mœurs produisaient un régime analogue. Mais, hors de l'Occident, la foi catholique consacra, par son caractère exclusif, la haine et Toppression des populations qui la . rejetaient Quand un autre monothéisme non moins absolu eut partagé l'ancien domaine romain entre deux' cultes in« conciliables, Tessor simultané de la chevalerie chez ces deux nations, prouva bientôt que la similitude, même imparfaite de leur situation sociale, y secondait mieux que la foi i^amique ou catholique, l'universalité vers laquelle tendait le régime humain.

M TBOISlftlIS PARTIE,

Ml€s formt las prinelpalos propriétés d«s crojmom «t d« la •Itoation qui produisirent le régime géuériU du inoyta A^re» Bn «uiiniiiant actuellement la marche des évéa<imeoti ca^ raetérittiquea qui n'y passèrent ^ noua reconnaîtrons qu'ils m résult&rent nécessairement.

$ s.— Examen biilorique du rdgioie caibolico-féodaU •— Sa décomposiiioo

nécessaire.

Le tt* siècle, qui lie le moyen âge à TantiquHé, fut inauguré par un double symptôme de la transformation qui s'acçom* plissait, Tadoption légale du monothéisme et le déplacement officiel du centre politique» I^e vers de Dante sur Gonataatia ; Per céder ai panar êi fece greco^ témoigne combien Leur connexité était sentie au moyen ftge. Les trois siècles antérieurs ayant suffisamment élaboré le dogme» le culte et même le régime du système catholique, ses principales institutions durent alors surgir. Mais leur développement fat toujours arrêté tant qu'une sanction légale manqua à une doctrine incapable, par elle-même, de surmonter les obstacles que lui suscitait la discussion; La centralisation qu'exigeait Torganlsation de la foi nouvelle, dignement présidée par le grand Théodose, fit alors ajourner jusqu'à la an du siècle le partage officiel de Tempire. Mais il devint ensuite irrévocable, et non** seulement l'Orient se trouva séparé de l'Occident, conformément à Tensemble de leurs différences antérieures, mais» on outre, le monde romain se décomposa en États de plus en plus indépendants* A cette époque, les invasions nomades qui avaient pu auparavant aboutir à des transactions volontaires, se convertirent en usurpations violentes du territoire occidental. Les deux éléments généraux du monothéisme dôfensif, le catholicisme et la féodalité, qui surgirent pendant ces mou* vements, contractèrent, en outre, leur longue alliance* Seule autorité pleinement reconnue, le sacerdoce occidental cott« sacra dignement alors toutes les tendances sociales» tant au

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dehors qu^au dedans; et, meilleur représentant des mcetin romaines que le pouvoir officiel, Il sut néanmoins sympathiser avec les Instincts germaniques, qu'il s'efforça de régler dV vance par des missions souvent périlleuses.

A partir du v* siècle, toute la période historique compr^ nant le moyen ftge se divise naturellement en trois phases, chacune d'environ trois siècles et successivement caractérisées : la première, par rétablissement de la nouvelle occldentalité; la seconde, par la consolidation de cette- organisation et le développement de la guerre défensive contre les populations polythéistes; enfin la troisième qui termine la fondation de la république occidentale, par son activité collective ayant pour but la répression des invasions de populations naonothélstes qui ne pouvaient être, d'ailleurs, ni conquises, ni converties. A cette succession correspond naturellement celle des trois dynasties françaises ; chacun de ces grands changements de destination sociale entraînant la chute de l'ancienne et Tavénement d'une nouvelle.

Les invasions résultèrent nécessairement de l'extension de la domination romaine, qui, restreignant de plus en plus le territoire des populations nomades, les poussa vers l'existence sédentaire avant que leur propre évolution les y conduisît spontanément Pour devenir agricoles , elles quittèrent les lieux peu favorables où la pression romaine les avait graduellement reléguées, afin d'obtenir en Occident, par dés concessions libres ou forcées, un sol plus convenable et mieux préparé. Ces peuplades accomplirent alors avec un succès ci'oissant des Invasions auparavant Inconnues, ayant cette fois pour but de conquérir pour s'établir. Ce résultat obtenu, elles durent organiser parmi elles la guerre défensive, afin de résister efficacement aux compétiteurs attirés parleur exemple. Ces invasions doivent être finalement regardées comme favorables à Tensemble do l'évolution affective, qu'elles rendirent plus facile et même plus prompte tant spl-

IM TKOIflklIE PAIITU.

rituellement que temporelleinent. L*exagératiou qui attribue aux populations envahissantes la constitution féodale, repose sur leur affinité spontanée pour ses principales dispositions: la transformation de Tesclavage en servage et la décomposition hiérarchique du commandement, plus facilement adoptées quand on n*aspire point aux conquêtes que quand on y renonce. Tout le régime du moyen âge n'offre de vraiment propre aux origines germaniques que Tusage du duel, qui, provenu d'un insuffisant épuisement de Tessor militaire, fut d'autant plus tenace que Finvasion fut plus tardive, comme le témoigne indirectement la tendance processive de la province française envahie la dernière.

Dès cette première phase et avant même qu^aient cessé les invasions, les mœurs féodales sont déjà devenues pleinement appréciables. Le siècle qui s'ouvrit par le saccagement de Rome se termine par la noble domination du grand Tbéodoric. Le caractère social du nouveau régime politique surgit tellement, même à l'égard de la propriété, que des chefs puissants acceptent et même sollicitent des domaines purement temporaires. Une prédilection spontanée pour la vie rurale seconde l'émancipation des femmes et des travailleurs en facilitant l'appréciation du sexe affectif et la transformation de Tesclavage en servage , qui constitue la véritable origine de la vie industrielle. En effet, l'esclave, toujours susceptible dêtre vendu, dépourvu de toute relation domestique, et même étranger au culte commun, représentait une institution aussi durable que le système de conquête qui reposait sur elle. Au contraire, la position du serf, incorporé au sol, admis à la vie de famille et participant à la foi commune, devait être nécessairement passagère et bientêt conduire à une entière libération secondée par les opinions et les mœurs. La phase Initiale suffit pour que cette situation intermédiaire développât l'apprentissage général de la vie industrielle en liant le travail à l'indépendance comme l'exige

SCIENCE SOCIALE OD SOCrOLOGIE. UOS

l'antipathie qn^il inspii-e d^abord. Toutefois raflVanchissement des serfs agricoles se trouva retardé par Tessor moins actif et le caractère moins social de leur industrie et surtout par la résidence rurale des chefs temporels, qui le rendait à la fois moins urgent et plus difficile. Cet inconvénient secondaire fut d'ailleurs compensé par Tépuration que cette vie seigneuriale détermina dans la masse des populations urbaines. Tous ces plébéiens oisifs que le patriciat romain devait amuser et nourrir devinrent les hommes d'armes des chefs féodaux , quand ils ne furent point réduits en escla- Tage ; or les invasions germaniques pouvaient seules accomplir cette heureuse transformation.

L'intervention spirituelle ne comporta jamais autant de noblesse et de pureté ni même d'efficacité que pendant cette première phase. En même temps que le clergé, alors toi^ours romain, était ainsi plus disposé à protéger les vaincus au* près des maîtres étrangers, ceux-ci subissaient plus facilement Tascendant de l'organe respecté d'une civilisation dont ils sentaient la supériorité. Son action fut secondée non-seulement par l'assistance féminine naturellement favorable à un culte qui s'adressait surtout au sentiment, mais, d'une manière plus spéciale, par les institutions monastiques. Quand l'existence comtemplative trop oiseuse chez des solitaires peu subordonnés, eut été réglée par saint Benoît, elle rendit de précieux services moraux, intellectuels et même matériels. Au dedans, cette institution alimenta noblement le clergé séculier, tandis qu'au dehors elle développa l'admirable système de missions dans les contrées qui devaient alors s'ajouter à l'occidentalité romaine. Pendant cette phase, l'existence ecclésiastique reposa presque autant qu'à l'origine sur de libres donations le plus souvent privées. L'indépendance qui en résulta pour le clergé lui permit une intervention domestique plus difficile et plus importante que ses triomphes politiques, et il put imposer aux nouveaux chefs

ftOS nOiSiÈMB FÂBTie.

lii eondltions esientlôlles du mariage oocldantal, milgré leur prédileotton naturelle pour l^bérésle aricone bien moins favorable que la doctrine orthodoxe à l'indépendance du pouvoir spIrltueL A la môme époque, le sacerdoce byuntin trouvait dans les chefs temporels de Pemplret malgré leur vaine orthodoxie, une résistance invincible à la division à» deux pouvoirs, qui ne put jamais se réaliser dans FégliM grecque, ainsi séparée du catholicisme longtemps avant ion schisme officiel. Mais, entretenant en Orient la culture spéculative et conservant les résultats acquis, le clergé grec rendit alors d'utiles services, en compensant la suspension que les besoins sociaux imposaient à Tessor intellectuel derooeident, Pendant le dernier siècle de cette phase, Mahomet institua le monothéisme islamique qui combinait profondément les deux caractères essentiels du moyen âge : laspiration I Tuniversalité religieuse , et Tinstallation d'une population nouvelle. Ayant confusément senti, d*après la nullité du sacerdoce grec et Tinsuffisance de Téglise romaine, rinoompi* tibillté de la séparation des deux pouvoirs avec le principe théologique, le grand prophète maintînt la concentration du pouvoir, et il se préserva des tendances théooratiques par le earactère militaire et la simplicité de son dogme. Cette combinaison étant éminemment propre à instituer un peuple de praticiens en état de régir des populations subjuguées, M aussi convenable à l'est , que le catholicisme romain Tétait à Touest En effet, si les Latins, toujours disoiplinables, avaient besoin d^un sacerdoce indépendant, qui pût faire prévaloir la morale universelle sur les volontés pratiques, les Grecs, jamais disciplinés, réclamaient une énergique concentration que rislamisme pouvait seul systématiser. Mais, après avoir tenté d*absorber aussi l'Occident, l'islamisme dut l'abandonner au catholicisme, en se bornant à la domination orientale, qnc sans doute il doit conserver jusqu'à ce que les différents monothéismes aient disparu dans la religion positive.

La défense des établissements formés pendant la première phase contre les invasions que les succès antérieurs tendaîeirt à perpétuer, et Texti^nsion à la vie publique de Tinfluence morale du sacerdoce , essentiellement bornée jusqu'alors à l'existence privée, déterminèrent le second mode de la sociabilité propre au moyen âge. Le caractère particulier que dût prendre alors l'activité défensive, et les nouvelles attributions du sacerdoce, déterminèrent pendant cette seconde phase, dans chacun des deux pouvoirs, une concentration qui la distingue profondément de la précédente. L'indépendance y fut remplacée par une dictature indispensable au concours défensif, posant un terme irrévocable à des invasions toujours imminentes; et la constitution catholique dut se condenser plus qu'auparavant autour de la papauté, qui seule pouvait procurer la consistance et la continuité de son action.

Dès le dôbut de cette phase, la consultation demandée au pape Zacharie sur le changement de dynastie que l'aristocratie française avait reconnue nécessaire au développement de Tactivité défensive, témoigne l'extension normale du pouvoir spirituel. Dans cette occasion se manifesta pleinement le caractère social que là politique occidentale avait acquis pendant la transition romaine. En effet, les motifs de la réponse furent aussi humains que ceux de la demande, et de part et d*autre l'hérédité fut regardée comme une garantie d'aptitude et de sécurité, et non comme un droit absolu et surnaturel. Mais une morale purement individuelle, où l'existence domestique n'était rentrée qu'empiriquement, se trouvant incapable d'embrasser directement la vie politique, cette extension du catholicisme dut essentiellement reposer sur l'ascendant social de la papauté. Comme elle ne pouvait devenir eflScace que d'après une suffisante indépendance, il lui fut annexé par la sagesse des chefs occidentaux une domination territoriale dont la nécessité pouvait alors êtro

A0$ TROISIÈMS PARTIE.

sentie sans que l*on [>ût en prévoir les dangers ultérieurs. Ils consistaient surtout à rendre impossible Tunlté politique de ritalie sous un seul gouvernement dont les papes seraient naturellement devenus les vassaux; puis à amener, par la richesse (tout évéché et toute abbaye essayant d'obtenir des concessions analogues), la corruption morale du sacerdoce. Pendant cette seconde phase, le catholicisme se compléta par le développement du culte des saints. Ainsi furent réglés le genre et le degré de polythéisme qu'exigea la destination populaire de la foi monothéique. Les notions historiques naturellement attachées aux biographies des saints, furent ainsi vulgarisées , et la célébration de leurs fêtes familiarisa les occidentaux avec les principales phases de la catholicité.

Le premier système de guerre défensive propre au moyen ftge compléta, pendant cette phase, Toccidentalité par Vadjonction et la conversion des polythéistes nomades, contraints à devenir sédentaires sur le sol qu'ils occupaient, quelque peu favorable qu'il fût d*ailleurs. Un admirable concours de compression et de concession put seul terminer une suite d'invasions qui menaçait d'ajourner indéfiniment Pessor de l'activité pacifique. Aux populations germaniques , en retour d'une civilisation qu'elles apprécièrent bientôt, incomba spécialement la repression des invasions septentrionales; et les expéditions ultérieures des nomades polytliéistes, dès lors émanés surtout de la race jaune, furent dorénavant dirigées vers l'Est Ces guerres défensives, quoique intéressant l'ensemble de l'Occident, durent être entreprises par le peuple central, seul assez consistant déjà pour les terminer heureusement Presque aussi grand que César, Charlemagne, le héros de ces guerres, fut mieux placé : sa suprématie politique , dont il ne s'exagéra point la portée , fonda la république occidentale, en consacrant, malgré les réclamations grecques, rirrévocable destruction de l'empire d'Occident;

et ses succès militaires n'altérèrent jamais sa prédilection personnelle pour Tactivité pacifique. Toutefois le grand Alfred fut un type plus pur des tendances morales de la nouvelle sociabilité.

InteUectuellement, le génie occidental fut alors capable d'élaborer son nouveau langage, dont les contacts antérieurs avaient suffisamment fixé les conditions fondamentales. Ce travail s'accomplit, comme sous la théocratie, par le concours continu de la spontanéité populaire avec la systématisation sacerdotale , qui sut y combiner heureuseocent les occidentalités nouvelle et ancienne. Quant à la culture spéculative théorique et même esthétique , d'après les exigences supérieures de la situation correspondante qui absorbaient tous les grands efforts intellectuels, elle dut alors rester suspendue en Occident. Mais l'islamisme put à cet égard, d'après la simplicité de son dogme et de son organisation sociale, compenser l'impuissance du catholicisme mieux que ne fit pendant la phase précédente le monothéisme byzantin. Le double essor, seul alors possible, de l'architecture sacrée et du système astronomique, résulta bientôt des tendances du génie musulman vers l'art et la science. Le perfectionnement de toutes les études cosmologiques, émané d'un jeune prince, Albategnius, prouve, d'une manière éclatante, la oonsécration que le monothéisme islamique procura à la philosophie naturelle. Avant la fin de cette phase du moyen âge, les écoles de Séville et de Cordoue étaient assez appréciées, même des prêtres catholiques, pour que les meilleurs d'entre eux, surmontant les antipathies théologiques, allassent y recevoir un complément d'éducation qui ne pouvait se trouver ailleurs.

En Occident, les éléments généraux de l'ordre final commencèrent directement alors leur évolution décisive. L'émancipation des femmes se consolida et se développa ; et l'abolition du servage dans les villes et les bourgs détermina le premier avènement des classes industrielles. Mais la servi-

MO TROISIÈME PARtlB.

tttde rurale, qui ne put cesser qu*en s'appuyant sur cet afff ancblssement, persista; et, dans les villes , les entrepreneurs restèrent confondus avec les travailleurs. L'Industrie manufacturière se borna aux opérations déterminées par une demande spéciale, quoique le commerce établît déjà de vastes relations et Ilôt, par l'intermédiaire de l'Espagne, les principaux centres catholiques aux cités musulmanes. La restriction du travail primitif se trouva d'ailleurs compensée par une sécurité matérielle qui permit aux mœurs Industrielles de mieux s'établir.

La troisième phase du moyen âge qui comprend les xi*, XII* et xiii* siècles, s*ouvrit, cogpme la précédente, par un changement de dynastie dans la monarchie centrale, dont le chef devait se transformer désormais en président de la hiérarchie féodale mieux caractérisée en France que partout ailleurs. Cette admirable institution, parfaitement appropriée aux besoins permanents de l'activité défensive, oiDre encore le seul modèle de Torganlsation normale du pouvoir pratique, consistant dans la coordination graduelle de forces Indépendantes. Une telle orgitnisation suppose d ailleurs radmlssion générale d*une doctrine commune et la division des deux pouvoirs spirituel et temporel, qui ftit mieux appréciée et mieux comprise au moyen âge par les praticiens que par les théoriciens. Tandis que la subordination féodale Instituait le concours, l'indépendance se consolidait grâce à l'hérédité des flefs préparée par la transformation graduelle des bénéfices militaires, qui, d'abord temporaires, étaient devenus viagers, la vraie nature de cette succession héréditaire, comme garantie d'aptitude et de fixité, se manifesta surtout par les obligations Imposées â la possession territoriale ; obligations entraînant une confiscation régulière, qui fut souvent appliquée quand elles n'étalent pas remplies. Ces conditions nouvelles étalent devenues tellement opportunes, qu'elles se développèrent surtout par une transformation volontaire des alleux en fiefs,

SCIENCK SOCTALK Olf iSOCtOLOGIE. i^li

la'quelle remplaçaft un Isolement fUasolre et périlleux par une dIscJplîne normale et protectrice.

En conséquence de cette organisation de la société féodale, la première phase du moyen âge ayant fondé les mœurs de chftteau, dans la seconde surgirent celles de cour. La double influence privée et publique des femmes se trouvant alors assez préparée, la troisième phase acheva de la constituer en résultat de la combinaison des mceurs de chftteau et de cour dans chaque résidence féodale où se mêlaient les familles. En môme temps, la tendance chevaleresque se développa dans une classe nombreuse et régulièrement instituée. Le principe féodal, concentrant les flefs chez les aînés, afin d'en assurer le service et d'en garantir l'intégrité, et laissant par suite beaucoup de nobles dépourvus de richesse et de fonctions, dut disposer les meilleurs d'entre eux à vouer leur temps et leur courage à la répression ou réparation des abus de la force. Enfin Texistence privée se compléta par Textension et Tamélioration de la domesticité dès lors compatible avec tous les rangs, soit pendant Téducation, soft par suite de la liaison établie entre elle et d'ém inentes fonctions.

A cette pleine constitution de la féodalité correspondit celle de la papauté, centre nécessaire du catholicisme. L'indétermination des attributions et du pouvoir de l'empereur devenu germanique, par suite des nécessités défensives, suscita alors de graves collisions, parce que la nouvelle situation ne pouvait être assez comprise dans ni l'un ni Tautre des deux camps. Néanmoins l'ascendant papal se développa tant qu'il conserva une destination vraiment sociale, et Grégoire vn put devenir le principal organisateur de la véritable papavté du moyen âge. Dans le môme siècle, saint Bruno s*ef!brça en vain de régénérer les institutions monastiques, qui ne purent servir alors qu*à seconder la papauté dans la consolidation du célibat ecclésiastique. Cette consolidation dut d'ailleurs oflfHr de grandes difficultés en un temps où la tendance universelle

AiS TROISliME PAKTIE.

vers rbérédité devait aisément s'étendre jnsqu^au clergé, surtont d'après raccroissement continu de ses richesses. Dans le siècle suivant, saint Bernard fournit, à tous égards, le meilleur type du catholicisme complet; et enfin, après lui, saint François tenta vainement la seule réforme que comportât le catholicisme, en s'efforçant de substituer un clergé nécessairement pauvre au sacerdoce déplorablement enrichi.

Une importante modification surgit alors dans le culte catholique. Depuis le double essor de Tinfluence féminine et des mœurs chevaleresques, la Vierge mieux que Dieu, représentait THumanité, ol^et réel des hommages occldentaui. Saint Bernard sanctionna raspiration vers la prépondérance de son culte en s'efforçant de le systématiser et de modifier sagement le caractère mystique qui en compromettait l'efficacité sociale. En faisant habituellement prévaloir l'adoration de la Vierge, on tendait à réparer le vice fondamental qu*apportait à la doctrine catholique Tomnipotence de l'Etre suprême, ainsi remplacée par une influence directement impuissante et purement médiatrice qui ne représentait que Tamour.

Dans cette troisième partie du moyen âge, la république occidentale acheva de se constituer, en développant son activité collective , fondée sur la hiérarchie féodale. La répression des invasions musulmanes fit naître une suite d'expéditions dans lesquelles la défense dut prendre un caractère qui semblait la transformer en une conquête rêvée en effet par les ambitions secondaires. Mais les croisades restèrent essentiellement défensives, suivant l'admirable prévision de Hildebrai^d, qui, même avant sa papauté, les conçut systématiquement comme devant déterminer, au nom de la foi, la réaction décisive de Toccidentalité contre une imminente oppression. En les considérant ainsi, leur succès fut incontestable, puisque à la fin du douzième siècle TOccident se trouvait délivré de toute sérieuse inquiétude. Elles ne se prolon-

nrftill mWf

gèrent ensufte qu*en vertu de Timpulsion donnée» et en devenant de moins en moins conformes aux dispositions universelles. Rassuré du Côté de TOrleot, l'Occident le fut bientôt contre les invasions méridionales, par le succès de la résis-. tance espagnole, qui, après ses victoires en Andalousie» n'eut plus à redouter la domination musulmane. Ce double triomphe du catholicisme sur Tislamisme devint finalement aussi nuisible à Tune qu'à l'autre de ces deux synthèses provisoires, en mettant en évidence Timpuissance des aspirations de chacune d'elles à Tuaiversalîté.

L'accélération des mouvements esthétique, philosophique et même scientifique, suffirait seul pour distinguer profondément cette phase de la précédente. Dès lors Paris se dessine nettement comme le centre intellectuel de la république occid^itale ; et Tessor philosophique concourt à consolider et à développer sa présidence. Mais, reproduisant une métaphysique épuisée, cet essor ne comportait d'ailleurs aucun résultat théorique. Il en était autrement de celui de la science, qui, bien que des créations décisives ne fussent pas encore possibles, fit déjà surgir au sein du sacerdoce trois noms éminents : Albert le Grand, Roger Bacon, et entre eux saint Thomas d'Aquin. Continuant linitiative islamique de la phase précédente , le génie catholique tendit à perfectionner toutes les parties de la philosophie naturelle, surtout Tastronomie et la biologie, et il développa la science chimique, qui, destinée à les unir, était déjà étroitement rattachée à la nouvelle activité. La combinaison permanente entre la philosophie et la science résulta naturellement, dès le début de la transition affective, de la destination sociale du sacerdoce, ainsi conduit aux vues synthétiques. Ayant à régler la vie humaine, il dut bientôt sentir la relation nécessaire entre les lois morales, les lois physiques et les lois intellectuelles. Cette tendance générale se trouvaspécialement fortifiée par Favénement de l'existence industriellej qui, faisant sentir Fimportance de la prévision rationnelle,

i^ilk TROISIÈME PARTIE.

poussait à fonder la philosophie sur la science. Subissant eett« double Influence, la lutte dunominalîsme contre le réalisme, qui constitue nécessairement la crise décisive de la philoso^ phie métaphysique, Indiqua de plus en plus une dispositioo confuse à faire reconnaître et prévaloir Tunité purement subjective de notre appréciation de la réalité, et à remplacer les causes par les lois. Au xiii* siècle, quand les écoles annexées aux cathédrales se transformèrent en universités, on fut ainsi conduit à sanctionner l'Introduction de la science dans la constitution d'un enseignement d'abord destiné seulement aux ecclésiastiques. LequadrIvium scientifique s*ajotita alors au trivium littéraire et métaphysique dans la préparation tbéologlque, et on ne se dispensa de ce complément, qui se bornait toutefois à des études rudimentalres, laissant inconnus les grands théoriciens de Tantiquité , qu'après le moyen âge, quand le sacerdoce dégénéré restreignit son Instruction habituelle.

L*activité productive continua également sa marche aseen* dante. Dès le premier siècle de cette phase, les corporations industrielles obtinrent une existence civique consacrée par leur adjonction à la hiérarchie féodale. Leur émancipation politique devint même vicieuse en suscitant parmi elles des aspirations rétrogrades à la vie militaire ; et tel fut le cas en Italie, où elles se trouvèrent exemptes de la compression aristocratique A cette époque, l'élaboration sociale dô l'Industrie consista surtout dans une séparation décisive entre les travailleurs et les entrepreneurs. L'avènement de ceux-ci résulta spontanément de la phase précédente, pendant laquelle la libération des travailleurs dut souvent aboutir à la réalisation, par quelques-uns d'entre eux , d'accumulations sufBsantes pour leur permettre d'ordonner et de diriger te travail des autres. Le commerce parvint à cette séparation avant la fabrication, qui , s'interposant normalement entre la production des matériaux et la distribution des téstAtâtSf

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oonstitoa le noeud principal dd Torganisation Industrietlêé sagement réglé par d^émlnems négociante , dignea précu^seora de ]a systématisation finale, les relations du commerce italien avec la ligne germanique s^aocomplirent par Pentre^ mise des villes flamandes après la merveilleuse création de la Hollande. La transformation des chefs féodaux en directeurs industriels des domaines agricoles, restant contraires à leurs mceurs comme aux préjugés universels , rabolition du servage rural en fut naturellement retardé. Néanmoins, ce com* plément de la libération personnelle s'accomplit spontanément d*après le concours des impulsions morales avec les conditions industrielles, quand le prix des libérations put se convertir en acquisition des produits fabriqués danslês villes. La bulle trop célèbre sur Tunlverselle abolition de l'escla* vage occidental, se réduisit à consacrer une transformation essentiellement accomplie, que ses vagues motifs aidèrent peu.

Au xni* siècle commence déjà la décadence du système catholico-féodaî, qui, à partir de ce moment, se décompose de plus en plus. Le catholicisme n'avait même pu réunir spirituellement toutes les populations que la domination romaine avait réunies tentporellement , et sa lutte avec risla*mismc étei^it finalement Tenthouslasme qu'entretenait, des deux parts, Te^poir d'obtenir la communauté d'opinion et de mœurs. Le mouvement intellectuel, s'éloignant du catholicisme, tendit de plus en plus vers la science positive, et II fut directement secondé par l'évolution industrielle poussant à la fois à négliger l'avenir céleste, d'après les sollicitudes terrestres, et à substituer aux volontés arbitraires des lois immuables , seule source d'une prévision susceptible de régler Taction. Cette universelle disposition des esprits se manifeste au xîii* siècle par l'ascendant qu'acquiert, sur celai de saint Paul, le monothéisme d'ArIstote, qui Jamais auparavant n'avait été si honoré ni si populaire. La prépon-

Ai6 TAOISIÉMB PARTIE.

dérance de ce monothéisme Intellectuel détermine r6XteDil(m crolseante de Tastrologie, dans laquée rentrent bientôt les princifiaux départements des deux ministres métaphysiques, la Nature et la Fortune, qu*Aristote accordait au moteur suprême. Dans les attributions mêmes que saint Paul réserva spécialement à Timpulsion divine, en opposant la gr&ce àl& nature, Tinfluence astrologique commence au xiii* siècle à intervenir grandement, comme le témoigne tout le poème de Dante.

D'autre part, Torganisation féodale perdant sa destination défensive, son inaptitude pour la conquête ne lui permettait plus qu'un vague et stérile exercice plus individuel que collectif, qui tendit bientôt à devenir perturbateur. Les chefs féodaux ne purent pas même se transformer en entrepreneurs agricoles, à plus forte raison en banquiers, seuls susceptibles pourtant de régler Tindustrie. Les mœurs occidentales consacrèrent même longtemps une tendance inverse encore sensible aujourd'hui, et les r^is, surtout en Angleterre, s'eforcèrent de maintenir Tactivité militaire afin de prolonger leor dictature. La transformation industrielle de rexisteuce féodale devînt ainsi impossible, et TOccident se trouva aussi dépourvu de chefs pratiques que de guides intellectuels tant que le nouvel essor temporel et spirituel ne put acquérir une suflSsante généralité, et par suite faire surgir en dehors des classes existantes un nouveau gouvernement

A la dissolution respective du catholicisme et de la féodalité se joignit alors Taltération de leur harmonie. Quand le but commun fut assez atteint, la papauté du xiii* siècle, aspirant directement à la domination absolue, institua des croisades intérieures pour seconder ses usurpations. Soutenus par Topiniou dans la répression de ses empiétements, les chefs temporels se trouvèrent à leur tour entraînés à des déviations inverses qui, moins dangereuses, furent couronnées de succès. Les deux vices opposés se rencontrèrent exceptionnelle-

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ment dans la célèbre corporation que les besoins des croisades avaient fait instituer, et où Tadmirable discipline établie par saint Bernard combinait Tactt vite guerrière avec le caractère sacerdotal. Premier exemple de rémancipation théologique, par suite de leurs contacts avec les musulmans , les Templiers, doublement livrés à la corruption morale, déve* loppèrent bientôt une ambition efTrénée à la fois temporelle et spirituelle, plus subversive que celle des papes, mais plus aisément réprimable.

Le développement nécessaire des nombreux éléments de la sociabilité moderne, philosophie, sciences, beaux^arts, industrie, qui n^aurait pu s'eflTectuer sous le régime du mo}'en âge, dut amener inévitablement, à partir du xiv* siècle, une anarchie croissante .pendant laquelle le système théologique et militaire paraissait toujours subsister. Mais enfin la révolution française, qui n'est pas encore terminée, et dont la seule issue est Tavénement de la religion po^tive, vint montrer ce qu'il en était. Le double mouvement continu qui Ta produite, de création d'une part, et de décomposition de Pautre, nous reste à apprécier.

M moisiàm mutib.

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