PRÉFACE. IX
me la feraient mieux connaître^ que les cours et les livres qui m'avaient été imposés.
C'est qu'en effet , parmi tous les professeurs dont j'avais suivi les cours^ soit à l'École polytechnique^ soit avant d'y entrer^ l'un d'eux que j'avais rencontré presque dès le début de mes études mathématiques ne m'avait semblé comparable à nul autre. Le caractère et l'esprit de son enseignement le rendaient entièrement différent du leur. Je me sentais irrésistiblement entraîné vers ce professeur : mais il n'était pas de l'Académie des sciences, et sa position officielle^ son rang dans le monde savant étant inférieurs à celui de la plupart des autres^ on trouvait^ quand je le disais plus grand qu'eux , mon dire ridicule , et fort impertinente ma prétention de vouloir juger autrement que tout le monde, et que les plus savants. Cependant mes émotions en l'entendant professer avaient été trop profondes pour que ma croyance pût être ébranlée, et le génie de M. Comte ^ foi de toute ma vie, fut l'ineffaçable impression de ma jeunesse , presque de mon enfance.
Ce professeur que j'avais trouvé si différent des autres avait écrit. Livré à moi-même, son livre, le Cours de Philosophie positive y fut le premier que j'achetai. Et, comme je récrivais il y a quelques années dans ma correspondance privée, il sera pour moi à jamais regrettable de n'avoir eu que si tard à ma disposition ce livre, qui m'a donné, avec des clartés de tout, l'amour, je pourrais presque dire, la passion du travail.
En effet , dès que je pus l'étudier, ce fut pour moi une véritable révélation. Je compris alors ce que c'était que la