ÉTAT MÉTAPHYSIQUE
S 4. — Ctrac^èrf géDèral du mouv«inenl nodrrat. — Apprèotolira. dei inOuencei qui concoururent à le produire. — Marche nécessaire de son accompHisement effeclir , el sa décomposilion en irols phases.
L*ét«t métaphysique qui , commençant au xiv* tlècle, est encore en Europe celui des sociétés modernes, n*est ptf, comme les précédents, un état régulier et défini, dominé ^ des croyances claires, intelligibles, acceptées de toos, «t susceptibles de présider à une certaine organisation sociale, d*allleurs plus ou moins parfaite. U ne eonstltue, en réalitif qu'une époque de transition, d^anarchie chronique quand elle n'est aigué, pendant laquelle un ordre précaire et Imparfait» maintenu surtout par la force, laisse surgir des mcsurs et dês opinions réellement susceptibles de devenir la base d*im nouveau régime. Il se trouve donc ainsi comporter constamment une double étude : celle de la transformation continue des éléments de Tancienne organisation, et celle de la marche ascendante des éléments de la nouvelle.
En réalité, le catholicisme avait fait subir aux croyances théologiques toute la réduction qu'admettait, dans la situation occidentale, leur efiScacité sociale; en sorte que, malgré les transactions vainement rêvées par les métaphysiciens, toute modification à ce système devait amener Tirrévocable élimination de tout théologisme. Dépassé par le mouvement intellectuel et, par suite, devenu rétrograde, le catholicisme, ne remplissant plus les conditions du véritable pouvoir spirituel, perdit sa moralité, et, quand les usurpations temporelles eurent prévalu, il échangea bientôt les derniers restes de son indépendance contre sa sécurité matérielle. Dès lors, au lieu
8CI£iNC£ êOÇUhM OU SOGIOiOGIfi. M
te régler iM f6rttt ndisoIpliM ne tendit qu*à leur soumettre «vouglément les faibles; le vague de ses 'doctrines lui per«* mettant aisément de leur donner une destination inverse de celle qui longtemps Tavait tant honoré. Bornée d^abord aux plue btutes puissances, cette servilité finit par s^étendre aux moindres foroes; et la corruption du clergé devint bien plutOt le résultat de son Impuissance et de son abaissement qu^elle n*en fut la cause.
Outre la nidation complète de toute croyance théologique, inspirée par Tétat positif, et toujours coneillable avec les ménagements qu*exige U situation temporelle « surgit alors une négation incomplète qui devint la source essentielle des troubles occidentaux. Ayant prévalu dès le xiii* siècle dans une éducation d^abord instituée pour le sacerdoce, elle aspira directement au gouvernement absolu de ruumanlté, en renouvelant les prétentions grecques de resprit à tous lespou* voirs sociaux. L*ambition politique des métaphysiciens oon« courut, avec leur impuissance, pour développer dans tout TOC* eident, une désastreuse hésitation entre la foi déchue et la foi positive, qui, seule, pouvait la remplacer. Toutefois, le demi-négation, ainsi répandue, seconda Indirectement la propagation de la véritable émancipation en y disposant les es* piits timides.
Le moyen &ge avait produit le fond général de la civilisa* tion moderne, en complétant institution du mariage occidental, émancipant les femmes , et amenant la libération des travailleurs. Il laissait à résoudre ce problème : remplacer la (oi monotbéique par des croyances démontrables, aboutis* saat à une morato universelle en état de régler la nouvelle existence sociale. H était alors nécessaire que la masse occi* dmitale intervint pour rappeler suIBsainment la destination sociale du mouvement intellectuel, et, pour cela, qu'elle parti* eip&tauflSsamment d Témancipation théologique. Or, une né^ gatioB complète supposait une culture supérieure à celle que
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lemoyenftgeavaitrendae universelle. Les occidentaux dorent donc accnellUr pendant quelques siècles les inconséquences métaphysiques, qui prétendaient consolider les principes monothéiques en détruisant toutes les institutions de régime, de culte, et même de dogme, dont dépendirent les services transitoires de ces principes. Malgré des e:^rances toujours déçues, cbaqne altération nouvelle d'une synthèse indivisible était d'abord accueillie comme une modification conaensttrice, et servait ainsi à faire espérer la réalisation du progrès cherché, en préservant du sc^ticisme absolu, si contraire aux plus impérieux besoins de la nature humaine.
Telles furent la nature et la destination du grand mouvement qui a conduit l'Occident du pégime catholico-féodalàia crise dans laquelle sont actuellement les sociétés modernes. Dans son étude nous trouvons d'abord À apprécia les influences générales qui concoururent à le produire, puis à examiner successivement les différentes phases qui résul^ tarent de la marche qu'il dut suivre.
En reprenant l'essor scientifique de la Grèce, on devait naturellement le concentrer d'abord aur le premier couple encyclopédique, mathématico-astronomique, jusqu'à ce qull eût produit les résultats décisifs que le théologismeempècba dans l'antiquité. Sans doute, l'attrait inspiré par une élaboration abstraite à hiquelle l'instinct occidental rattachait déjà l'issue de la révolution moderne, suscita des efibrts simultanés dans toutes les directions. Mais ceux qui concernaient les études supérieures ne produisirent que des matériaux souvent équivoques, tandis que les recherches opportunes aboutirent à des résultats certains. La restriction, longtemps nécessaire, de la culture scientifique au domaine institué par l'antiquité, ne ramena pas d'ailleurs l'esprit occidental au régime de la spécialité grecque. L'impulsion romaine et Tiufinence catbolico^féodale avaient irrévocablement subordonné la théorie k la pratique, et manifesté la destination sociale
SQIESCE SOCIALE OU SOCIOLOGIE. i\^i
des travaux spéculatifs de manière à discréditer les recherches oiseuses. En même temps, Pextension du domaine scientifique depuis l'introduction de la chimie complétée par Tébauche de Tanatomie, préservait les études mathématioo-astronomiques de leur ancien isolement Continuant sous l'entremise arabe les travaux d'Ârcbimède , d'Apollonius et surtout d*Hipparque, les médecins, à la fols alchimistes, astrologues et même algébristes, se replacèrent spontanément sous la disciplitie philosophique instituée par Thaïes, Pythagore et surtout Aristote.
L'essor scientifique réagit alors sur le mouvement de décomposition, en lui procurant à la fois plus de consistance et de sagesse. Sans un tel point d'appui, la critique incomplète et inconséquente des métaphysiciens n'eût comporté aucun succès durable. En même temps, l'influence scientifique préserva la raison moderne de la dégénération grecque, vers laquelle tendait directement l'ascendant provisoire que la situation occidentale procurait à l'esprit métaphysique.
Sous l'aspect temporel, la transition moderne se trouva surtout dominée par l'essor de l'industrie, et les habitudesd'ordre public et privé qui sont propres à la vie industrielle tendirent spontanément à la régler. Dans les cas les plus nombreux et les plus importants, la compression émanée des anciens pou^ voirs épargna aux producteurs les déviations inspirées par les antécédents militaires, dont leurs propres préjugés consacrèrent longtemps Finfluence.
Leur séparation effectuée, les entrepreneurs et les travailleurs concoururent, par des influences différentes, à l'organisation du mouvement moderne. La puissance croissante des directeurs du travail industriel, qui, seule, permit d'instituer de grandes opérations, tendit de plus en plus à trans^ former en collectif le caractère d'abord individuel de l'activité productive; et l'introduction graduelle des machines développa la puissance des entrepreneurs en même temps que
U^ TftOIflklIE PART».
lA dignité des travailleur*, k mesure que l'actlvitâ paolfl^tu s^acerut et se régulAriea , ses directeurs comprirent de plos en plus qu*à eux revenait surtout la solution du grsod problème légué par le moyen âge sur Tincorporation dapro* létaHat à la société moderne. Dans leurs aspirations spo0ta« nées à la suprématie politique, il n'y eut de vicieux que l*aveugle imitation des types féodaux et la tendance àdêdai> gnerleur propre classe au lieu d'en devenir les régulateurs : car d*ailleurs c'était bien à eux, effectivement, à remplacer lei anciens chefs temporels en écartant les intermédiaires équivoques auxquels ii restèrent trop longtemps subordonnés.
Quant aux travailleurs, leur influence sociale Tut plus morale que politique. De vicieuses aspirations les poussèrent à devenir entrepreneurs au del& des besoins que suscitait Tessor pratique. Mais quoique céh dispositions inditidutila tendissent à dissimuler la question sociale sous une solution illusoire, l'avortement nécessaire, dans la plupart des caii maintenait l'inflexible programme de Texistence moderne: rorganisation du travail assurant Texistence des travailleurs et la Juste satisfaction de leurs meilleurs besoins.
LMnfluence de l'activité productive, indépendamment de celle qui fût propre aux classes industrielles, eut pour effet direct de fortifier et même de régler le mouvement de décomposition du régime du moyen âge. Elle disposa les Occidentaux à Témancipation complète en faisant graduellement prévaloir la recherche de la loi sur celle de la cause, et le bonheur terrestre sur le salut céleste. Dans les conflits politiques que détermina la transition moderne, rinterven' tion des chefs industriels tendit ordinairement à assurer le succès du meilleur parti , d'après leur prédilection naturelle pour l'influence la plus progressive. En même temps, la vie pratique contint les impulsions subversives émanées de Témancipation Incomplète; et la fatale rupture avec U« traditions du moyen ftge fut essentiellement atténuée par
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la reconnaissanee spontanée dea elassea iadustrielles pour la transition qui les fit surgir. Cette reconnaissance se déve* loppa surtout chez les travailleurs , oubliant moins leur anct^i esclavage que les entrepreneurs dominés par les préoo* cupatlons qu'apportent la responsabilité et la fortune, et même par le vain désir de dissimuler leur humble origine. En outre , tandis que la science tendait à systématiser Tindustrie, celle-ci lui procurait une destination inépuisable, d*oû surgissait dès lors une discipline spontanée propre à détourner des spéculations oiseuses. Les théoriciens trou«vèrent ainsi dans les praticiens le milieu le mieux disposé à seconder la rénovation de la raison humaine.
Ainsi que la science et Tindustrie, l'art concourut à assister Tensemble du mouvement moderne, quoique, faute de dfreotlon générale et de destination sociale, il ne pût exercer une action correspondante à Tadmirable développement quMl reçut alors. Maîtrisé par une situation irrésistible, malgré son caractère toujours organique et syntliétique, son influence sociale fut, dësTorigine, essentiellement négative, surtout spirituellement ; mais, en secondant le mouvement de déeompo* sition, il y put moJiiîer heureusement les influences matéria* listes du mouvement scientifique, et les tendances égoïstes de Pessor industriel.
Parmi les influences qui, émanant directement ou Indirectement du^ régime déchu , agirent sur Tensemble du mouve^ ment moderne, celle du pouvoir temporel fut le plus souvent salutaire tant par son action répressive que par son action directrice. Tandis que les travailleurs manifestaient une répugnance instinctive pour la vie guerrière, Tambltion des entrepreneurs les poussait à de vicieuses conquêtes, d^abord destinées à subordonner les campagnes au:r villes, mais bientôt dirigées contre lés cités rivales. Or cette dégénération que permit en Italie la dispersion de l'autorité, se trouva naturellement contenue, dans tout le reste de POceidênt, par la eem-
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pression politique coostamment émanée des anciens pouvoirs, qui s*y concentraient de plus en plus. Dans les contrées où la caste aristocratique perdit son importance et son autorité politique, elle exerça une heureuse réaction morale sur la transition moderne en lui fournissant longtemps des types de noblesse et de dévouement qui manifestèrent la dernière efficacité de Tancienne hérédité.
L'influence théologique, quoique moins salutaire parce qu*e11e ne put s'exercer qu'en résistant, seconda cependant ju8qu*àun certain point le mouvement moderne. Dans sa réaction scientifique, Topposition catholique servît à détourner les théoriciens des sciences morales et politiques, que les irapulsions ontologistes les disposaient à cultiver avant que leur préparation encyclopédique pût être suffisante : nous avons vu que l'étude positive ne pouvait commencer pour une classe quelconque de phénomènes, avant qu'elle fût instituée pour tous ceux qui sont plus généraux et moins compliqués.
La principale direction effective du mouvement moderne, en réalité déterminée et réglée par ces diverses influences, appartint en apparence à deux classes connexes, mais distinctes, celle des légistes et celle des métaphysiciens, qui surgirent pendant la dernière phase du moyen âge avec un caractère également équivoque et furent seulement propres à remplir un office négatif. Issus de la féodalité comme les métaphysiciens du clergé, les légistes méritèrent longtemps, par la généralité de leurs vues politiques, la confiance que leur accordèrent l'ancien pouvoir temporel et la puissance industrielle. Organes passagers d'une fonction mal définie qui confondait Tappréciation spirituelle et la répression temporelle, ils furent par cela même incapables de commander et seulement propres à fournir d'utiles instruments aux forces susceptibles de prévaloir. Leurs corporations secondèrent spontanément le meilleur parti dans les princi-
paux conflits, jusqu'à ce que leurs succès politiques les fissent tendre vers une domination qui, aussi impossible qu'elle eût été vicieuse, ne put leur échoir. Sous l'aspect moral, poursuivant dignement la grande élaboration que l'antiquité leur avait léguée par l'entremise du moyen âge, les légistes modernes s'efforcèrent d'instituer empiriquement des règles de conduite privée et publique indépendantes de tout motif surnaturel.
Quant aux métaphysiciens, qui furent toujours, comme aujourd'hui, bien plutôt littérateurs que philosophes, ils ne servirent qu'à propager dans toutes les classes l'émancipation incomplète, et à répandre une logique destinée à lier provisoirement nos abstractions.
Examinant actu^lement la marche de la décomposition du régime catbolico-féodal^ il est d'abord évident qu'elle dut longtemps rester spontanée avant de devenir systématique . et que les croyances antérieures durent être ébranlées, l'incrédulité même exister, avant qu'elle fût consacrée et proclamée comme un droit. Loin donc que la doctrine négative ait eûgendré la révolution, elle n*a pu surgir que d'après un suflfisant accomplissement de cette révolution elle-même, qu'elle tendit alors à systématiser et à hâter.
Dès le XIV* siècle, les luttes entre les principaux éléments spirituels et temporels de la constitution catholico-féodale, prolongement à tous égards de celles qui précédèrent la fin du moyen âge, déterminèrent graduellement la décomposition du système ancien. Le régime catholique se trouva d'abord radicalement dissous , le culte et le dogme restant intacts. Mais une telle situation dut naturellement propager l'émancipation parmi les esprits convenablement disposés. Lorsque cette disposition intellectuelle devint générale et assez prononcée, ce fait fut converti, sous l'impulsion métaphysique, en un dogme éternel, et le principe fondamental de la doctrine négative, le droit absolu de libre examen, se
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troora dtreetementposé, n^attendant plus pour «argtr qu^ise occasion favorable. Il se compléta natureUemmit, pendant les deux crises politiques (raffranchlssement de la Hollande et la révolution anglaise), qne suscita son avènement, par les deux dogmes généraux de la souveraineté populaire et de régallté sociale. Outre les services Immédiats que rendirent ces dogmies révolutionnaires en neutralisant les tendances rétrogrades , il est certain que , sans leur triomphe passager, roocident n*aurait pu tendre irrévocablement vers son régime normal, ni même en découvrir nettement le principe fondamental.
La révolution moderne offrit donc ainsi deux modes ou degrés successifs : Tun spontané, propre à ses deux premiers siècles ; Tautre ftystématique , pendant les trois derniers. La phase Initiale fut nécessairement commune à tout TOccident, et n^offrlt d*une nation à Tautre que des différences secondaires. Mais, rexploslon protestante ayant manifesté la dissolution consommée, 1 Occident se trouva naturellement divisé suivant quQ la doctrine négative y fut accueillie par suite des convenances politiques et des nécessités de Tessor pratique, ou repoussée par Tinstinct moral. Telles furent les tendances respectives du nord et du midi de TEurope conformément à Tensemble de leurs antécédents, avant et depuis Tavénement de la république occidentale. En France, le catholicisme prévalut officiellement, mais après une lutte asses prolongée pour y disposer bientôt à rémanelpation complète.
Ainsi, la décomposition de l'ancien régime fût d^abord spontanée, puis devint systématique. Mais, en comparant à la première la seconde partie de la révolution, on reconnaît que celle-ci dut comprendre deux phases successives. En effet, la décomposition, étant devenue systématique, comporta naturellement des degrés, puisque la doctrine négative ne présenta d'abord qu'une émancipation incomplète diverse-
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ment dl^jrosée ensuite h se oompléter. L6 protestantisme, triomphant dans le nord de rEurope, institua une compres» sfon aussi Iiosrile à 1:^ régénération finale que la résistance catholique des gouvernements méridionaux. Mais, quoiqu'elle ait semblé d*abord s'arrêter au vain déisme, qui ne diffère du christianisme décomposé qu'en rejetant la révélation , base nécessaire de tout monothéisme applicable, la France en réalité passa directement de Tétat catholique à la pleine émancipation.
La période révolutionnaire se partage donc en trois phases successives : elle se divise d'abord suivant que la décompo* sition de l'ancien régime demeure spontanée ou devient systématique; puis cette seconde partie se subdivise ensuite selon que la décomposition reste incomplète ou dévient complète. La première phasecomprend les xiv*et xv« siècles; la deuxième aboutit au triomphe simultané du gallicanisme et de rangllca< nlsme, vers la fin du xvir siècle; la troisième conduit jusqu'à l*<ivénement delà crise française. Quoique la distinction de ces trois phases ne semble Ici fondée que sur le mouvement de dé» composition, l'examen ultérieur démontrera qu'elle convient également au mouvement de recomposition , qui, en maintenant la république occidentale contre les influences perturbatrices, indiqua de plus en plus Taptltude finale des éléments de la civilisation moderne à devenir la base d*une réorganisation générale.
S 2. «^ Premlèra et deuxième pbaiet du mouvement moderne i déeompoliUon iponianée, puis tj»(èm«iique du régime du moyen lt«; triomphe du proies vaoïisme \fl du gaUicaDismç.
Pendant la première phase du mouvement moderne, le pouvoir spirituel est vaincu dans sa lutte contre le pouvoir temporel,- et l'un des éléments, monarchique ou aristocratique, du pouvoir politique se subordonne à Tautre. Cette double révolution amène nécessairement une dictature tem-
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porelle qui malotlent Tordre matériel au milieu du désordre intellectuel et moral et permet de préparer la réorgsmisatioB finale. Au xiv* siècle appartient surtout la dissolution spirituelle , et au siècle suivant la concentration temporelle.
A Tusurpation éphémère des papes du xiii® siècle sur le vain empire d'Occident, succéda Tascendant décisif des rois de France sur la papauté dégénérée, assujettie pendant deux générations à la plus évidente dépendance. Sa déchéance occidentale se manifeste par Tinanité de ses efforts pour empêcher les déplorables guerres que suscite alors une ambition dépourvue de frein normal. Quand les papes recouvrèreot leur liberté nominale, ils avaient assez senti Tirréparabie déclin de Tancien pouvoir de la papauté pour s'attacher désormais à leur principauté locale, qui n'inspirait auparavant qu^un intérêt secondaire. Chaque église nationale, reconnaissant alors Timpuissance occidentale du prince romain, accepta la présidence spirituelle du pouvoir temporel de qui dépendait son existence matérielle. Dès le début du xv« siècle, les différents clergés se coalisent contre le sacerdoce central , qu'ils s'efforcent de soumettre au contrôle périodique d'une assemblée insurrectionnelle. Mais rautorité nationale du sacerdoce ne put survivre à son influence occidentale , et, privé de destination sociale par la perte de son indépendance spirituelle, il dégénère et socorrompt déplus en plus. De là résultèrentles aspirations unanimesduxv« siècle à Tirrationnelle rénovation qui devait régénérer le catholicisme en maintenant sa constitution fondamentale.
La décomposition temporelle consiste alors dans l'accroissement nécessaire des forces qui, seules capables de préserver roccident d'une entière anarchie, durent concentrer en elles tous les pouvoirs sociaux» La dictature qui s*ensuivit comporta deux modes généraux, l'un monarchique, l'autre aristocratique. Le premier fut seul pleinement normal, parce que la constitution féodale tendait spontanément à faire prévaloir
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le pouvoir central sur le pouvoir local , ne fût-ce que par suite des confiscations propres au régime des fiefs. Cette tendance primitive se développa graduellement à mesure que Tanarchie spirituelle fit ressortir Turgence de là concentration temporelle, que seconda toujours en France la masse de la nation. Mais la concentration aristocratique du pouvoir temporel convint aux populations maritimes, mieux préservées que les autres de la guerre et plus disposées aux conquêtes commerciales qui permettaient d*associer les chefs industriels à la puissance aristocratique. Ce cas exceptionnel, dont Venise fournit le premier type, dut surtout se développer en Angleterre, où la conquête normande avait amené la formation d'une classe intermédiaire qui servit à lier la noblesse et la bourgeoisie.
L'institution d'armées soldées qui devinrent bientôt permanentes fut graduellement développée dans tout le cours de cette phase, et elle fournit un témoignage général de la décadence des mœurs militaires et de la prépondérance de Tacti'^ vite pacifique. La noblesse commença sa dégradation morale en acceptant un office qui la convertissait en instrument passif plulOt que de se placer à la tête des classes agricoles en dirigeant' ses domaines ruraux. Les dépenses suscit('3es par cette institution déterminèrent Tavénement des impôts continus, qui tendirent bientôt à lier spontanément les fortunes privées aux besoins publics.
Pendant cette phase, les légistes, et les juges surtout, en aidant la concentration temporelle, surent contenir par leurs règles empiriques les tendances arbitraires de la dictature qu'ils secondaient. Leur influence contribua à maintenir le respect de la propriété, que le principe des confiscations , désormais privé des garanties féodales, menaçait d'une instabilité incompatible avec le développement de Tactivité productive. Mais ils ne purent prévenir ou repousser ce danger qu'en rétablissant le droit individuel indépendant de tout contrôle
ASO TROnifeMB PAIITIB.
fOClal* Quoique ce retour à Fabsolu théocratique devînt, comparativement au moyen ftge, une véritable rétrogradation, il était alors imposé par une situation où nulle autre garantie ne pouvait surgir. Dans cet avènement de la dictature temporelle, Tanarcliie mentale et la corruption morale •e mani restèrent par la matérialité croissante des inspirations politiques, oA présida de plus en plus un égoïsme avoué. Quoique cette dégradation n'ait été sj'stématlsée qu'en Italie, la dispersion propre à ce cas exceptionnel, où la grandeur des résultats ne dissimulait plus la bassesse des moyens, suffit à montrer combien une telle disposition était devenue universelle.
tes résultats scientifiques acquis pendant cette première phase du mouvement moderne , se bornèrent , outre le développement de la chimie et l'essor de Tanatomie humaine . à l'extension connexe de l'algèbre et de la trigonométrie, dans laquelle, les Arabes ayant substitué les sinus aux cordes, les Oceidentaux introduisirent les tangentes. La constitution à la fois dogmatique et personnelle du mouvement théorique, 86 résume alors dans la culture simultanée de Tastrologle et de l'alchimie concentrée chez les médecins. Les audacieux projets qui surgirent pour le perfectionnement matériel de r Humanité témoignent de la puissance de ce régime encyclopédique. Il tendit à modifier le système général de la raison humaine en développant mieux qu'au moyen ftge l'ascendant du nominalîsrae sur le réalisme. Un tel triomphe constitue la préparation la plus décisive de la saine philosophie nécessairement fondée sur la distinction entre les conceptions subjectives et la réalité objective. Outre qu'il annonçait la transition de la cause à la loi , 11 indiquait le pressentiment d'une synthèse subjective, d'après l'importance accordée à la logique artificielle comme lien provisoire de toutes nos pensées.
Au début de cette phase, l'essor esthétique du génie mo-
éêtu» produisit radmirable poéffie do Danto, qui, ayant pour but ridf^Ùsation du catholicisme, fut cependant dominé par rimpulsîoQ révolutionnaire. Outre des témoignages plus spéciaux, cette impulsion y est surtout marquée par l'audace d'uno conception générale qui suppose évidemment le déclin de croyances ainsi soumises au jugement estliétique : le siècle précédent eût repoussé comme sacrilège une semblable usurpation des jugements réservés au chef invisible de réglise. Mais l'impulsion qui résulta de ce dé!iUt ne put surmonter les entraves que Tart trouva bientôt dans une situation instable et confuse. L'inspiration y fut d ailleurs altérée par les tendances classiques qui faisaient préférer les Grecs aux Romains^ dont les légistes seuls sentaient la supé* rioritë. Néanmoins le génie catholique, absorbé dans le slèele précédent par le gouvernement spirituel, et occupé, dans le suivant, de controverses défensives, put faire alora surgir d*admirables tableaux mystiques qui, malgré leur apparence théorique, rentrent essentiellement dan» le domaine de Tarr. Entre toutes ces compositions se place, hors ligne, celle â*A4Lempis. Il suffit de remplacer Dieu par rilumanité dans cette sublime peinture de la nature humaine pour y reconnattre le pressentiment de notre existence normale, le dévouement à autrui; et quand cette substitution devient im» possible, on vérifie aisément que cela tient seulement au earactère égoïste dé la systématisation provisoire que ne put complètement effacer Tadmirable nature morale de Tauteur.
Dans le développement industriel propre à cette première pbaie des temps modernes, la fabrication prévalut non-*seU'' leraent sur Fagriculture, mais aussi sur le commerce^ du moins extérieur. Cette prépondérance, naturellement accordée à rindustrie la plus centrale et la mieux caractérisée, devint favorable à la coordination générale de l'activité pa* eiûque. A mesure que la permanence des armées soldéea
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rendit moins générale l'activité militaire, la séparation entre les entrepreneurs et les travailleurs spécialement propre à la fabrication reçut son développement décisif.
Toutes les découvertes et toutes les nouvelles institutioDs de cette époque concourent à la consolidation de Texistence industrielle. Le changement radical que subit alors le système des armes, simplifiant extrêmement Papprentissage militaire, répondait ainsi aux besoins de populations où l'activité pacifique devenait continue et la guerre exceptionnelle. Malgré ses difficultés, la découverte de Timprimerie, prépsurée par les progrès antérieurs de rindustrie,put alors s'accomplir; et les aspirations générales de roccident à rinstruction, poussant à simplifier les transcriptions et à multiplier les copies, la firent efl<ectivement surgir. En ayant égard aux connaissances acquises depuis Télaboration grecque et propagées dans tout TOccident au moyen âge, on reconnaît que Tusage de la boussole et ses réactions nautiques s'établirent quand en vint l'opportunité. Le développeaient intérieur excitant à chercher des débouchés extérieurs, qui, par suite des perturbations de TOccident, ne pouvaient se trouver qu'au loin , un siècle d*essais aboutit à la découverte de l'Amérique et d'une route maritime vers l'Inde. Le progrès arithmétique propre à cette phase confirme la tendance des améliorations pratiques à naître d'après leur opportunité sociale. 11 consista dans la prépondérance simultanée qu'obtinrent alors le calcul décimal et la notation arabe ou plutôt indoue. Familier aux esprits d'élite dès le début de la troisième phase du moyen âge , ce double perfectionnement ne dut devenir vulgaire que trois siècles après, quand l'existence industrielle en manifesta la principsde destination.
Ni la science, ni l'art, ni l'industrie ne pouvaient recevoir d'impulsion systématique tendant à faire naitre et à faciliter les créations correspondantes, que d'après un développement capable d*inspirer et de diriger une telle intervention. Aussi
leur triple essor fut-il essentiellement spontané, et il se produisit en dehors des encouragements artificiels, émanés soit du public, soit du gouvernement, qui ne devinrent possibles qu'après cet essor même.
La décomposition systématique du régime catholico-féodal commence au xvi* siècle, caractérisé par Tavénement de la doctrine protestante. Repoussée au midi de l'Europe, elle triomphe dans le nord , où cependant le développement intellectuel, surtout esthétique, était moins avancé et moins général Mais, en réalité, le monothéisme oriental avait accompli depuis neuf siècles tous les changements essentiels que les tfois fondateurs du protestantisme, Luther, Calvin et Socin inaugurèrent successivement. Aussi les lettrés du midi dédaignèrent-ils une prétendue réformatioû qui, négativement envisagée, était loin de consacrer leur degré d'émancipation, tandis que, sous Taspect positif, elle instituait l'inconséquence. Les scènes subversives qui suivirent l'explosion critique firent promptement connaître aux gouvernements ses dangers politiques; et les peuples méridionaux repoussèrent d'eux-mêmes une doctrine dont les diverses sectes ne s'accordaient qu*à rejeter les meilleures institutions du catholicisme : le purgatoire, le culte des saints, et surtout l'adoration de la Vierge.
En réalité , les Allemands se trouvaient au xvi* siècle les moins cultivés de tous les Occidentaux, et les mœurs guerrières étaient naturellement plus conservées parmi eux que partout ailleurs. Mais, en Allemagne comme en Angleterre, les convenances politiques et les besoins sociaux influèrent bien plus que les motifs intellectuels sur l'accueil qu'obtint la doctrine protestante; et, indépendamment, pour chaque peuple en particulier, des motifs plus spéciaux , son succès fut surtout dû au besoin de se soustraire aux derniers restes de la domination papale, qui, devenue essentiellement italienne, pesait plus au nord qu'au midi.
hfA TROISIÈME PARTIE.
Le principe fondamental de la doctrine négative, accordant à chacun la décision snprème des questions religietisés, fut nécessaire à son avènement même. Le régime cathoHqtie se trouvant dissous, le culte, puis le dogme, furent bientôt attaqués. Mais un complément Social devint néc^Sàlre, ^n que la doctrine négative pût systématiser sufllsaminetit les aspirations de TOccident à Tinstallation d*un nouveau régime. Pour soustraire la Hollande au joug de rÈspagûe fut posé le principe de la souveraineté populaire. Après avoir consacré raffranchissement extérieur, la doctrine ûégative s'appliqua à la rénovation intérieure d'après le dogme de Tégalité, qui sanctionna et dirigea en Angleterre tmé teu^ tative de régénération avortée, mais caractéristique. Chez les populationsrestéesnominativement catholiqueiâ, uiie teûdancè analogue se fit sentir en suscitant des hérésies nâtionaléâ, aussi contraires que les dogmes protestants à là constitution spintuelle du moyen âge.
La doctrine critique héritait ainsi dés émiâétités attributions morales auxquelles le catholicisme renonçait essentiellement. Ses principes, en éfiet, établirent seuls alors, avec une suffisante énergie, les droits réels" de ceux auxquels la morale officielle ne savait plus parler que de leurs devoirs. Le vrai sens, le sens profond du dogme fondamental de la liberté de conscience, était la grande ôbUgatîon inorale, d'abord établie par le catholicisme, mais qu'il avait alors si complètement méconnue, de n'employer que la persuasion pour déterminer les opinions. Dans l'ordre purement politique, le dogme de la souveraineté populaire établissait énergiquement la subordination nécessaire de tdus les pouvoirs sociaux à l^intérêt commun, sacrifié par la doctrine catholique â l'ascendant des grands. Le dogme de régàlité relevait la dignité humaine, directement méconnue par un esprit de caste, alors dépourvu de destination sociale, et affranchi de tout frein normal. Enfin te dogme de Findé-
SCIENCE fOGIAiiE OB SOCIOLOGIE. ifSS
petidftiiee nationale ponvâit seul ^ après la dissolution des a&eiens liens catholiques, inspirer un respect efficace {tour TeKistence des petits États et imposer quelques restrictions mdralès à l'esprit d'incorporation matérielle.
Le principal effort de la résistance catholique consista dans la tentàtire du jésuitisme pour régénérer la papauté^ dont roftcd spirituel était vraiment devenu vacant^ depuis sa transformation eii principauté temporelle. Le noble en^ tiiousiaâte qui fonda cette institution , s'annonçant à la fois comme le défenseur du catholicisme et Tadorateur de la Yiei^e^ s'efibrçaj sous un titre modeëte, d'institum" à côté du prince romain un véritable pape, chef d'un nouveau clergé, capable de maîtriser le protestantisme en réorganisant le eàtholieistnèi Attribuant Timpuissanee de la réformation franciscaine à êe que les efforts y furent trop dispersés et trop subàlt^nes, il institua son ordre de manière à y réunir là prédication à la confession et le dégagea du chef nominal de réglis^ i$our le mieux subordonner au ëbef réel. îl s'efforça dé lui faire partout transférer le vrai sacerdoce en lui procuràrit lâ direction générale d'un^ éducation adaptée aut vœux de l'époque, et la surintonéaneë dos niissibns exté'^ t*ieures que rtitiivérselle expansion do !» OiVilisation occidentale semblait alors inotireh L'énergie des dootriheé ihi^ tîales contre Tusurpatîon temilorëllê, suffirait setilè pour ëonstater \ê proftfild sëâtiiiiënt des besoins sociaùt^ et le dévouement qui inspirèrent cette grande teiltativo; Mais quoique les fondateurs dti jésuitisme ne pussent appréciei» rimpdssibilitê de régénérer le câthoiicistee, leurs suecessetii^s flè tardèrent pdiut à la sentir et se bornèrent dès lO!*s à sjsté* matiser une résistance rétrogradé* Le principe de cette opposition reposa bientôt èur un vaste système d'hypocrisie^ diaprés lequel tous les esprits émancipés, encore gént^àletteiit concentrés dans les Classés cultivées^ dèvî^ént setïbiidér lés efforts des Jésuites contre ràffranchissemënt po^-
pulaire. Mais, outre la haine qu*il inspirait aux protestants, ce jésaitisme final se trouva toujours entravé profondément parmi les populations catholiques. Sa prétention de renouveler le clergé, tant régulier que séculier, lui valut Tanti-* pathie naturelle des franciscains et des dominicains respectivement pourvus en Italie, presque autant qu^en Espagne, de la direction des églises nationales. Ainsi réduits à la France, les rivaux métaphysiques-des religieux de tous ordres apportèrent à son principal développement des obstacles plus décisifs.
N'admettant plus d*autorité spirituelle et faisant prévaloir Texamen individuel, le protestantisme ne pouvait éviter une entière anarchie qu^en rejetant la division des deux pouvoirs et soumettant TÉglise à TËtat. Mais le catholicisme subit alors un assijyettissement presque équivalent, quoique la séparation des deux pouvoirs n*y fût jamais désavouée. La différence réelle entre les deux modes de dégradation se réduisit à ce que, chez les catholiques, les principaux degrés du sacerdoce émanèrent seuls du gouvernement, en conservant leur influence hiérarchique, tandis que les protestants étendirent l'usurpation temporelle jusqu'aux moindres grades. Dans les deux cas, la dictature moderne s'empara de la principale attribution du clergé, la suprême direction de l'éducation publique tant spéciale que générale.
Favorable à la monarchie ou à Taristocratie, suivant qu'il fut épiscopal ou presbytérien, le protefttantiiane inspira bientôt à la royauté britannique, comme à la noblesse française* l'espoir de réparer leur décadence politique. Ainsi surgirent, en Angleterre, de longs conflits : la puissance papale y étant oflGiciellement transférée à la royauté, la noblesse put difficilement la réduire à la nullité politique à laquelle tendait à l'amener la phase précédente. En France, le même principe ne suscita de troubles que par suite des fluctuations que produisirent les inclinations aristocratiques d*une cour mal dis-
posée à seconder l'énergique instinct de la population parisienne qui préserva du protestantisme le centre occidental. Néanmoins, de part et d'autre, le mode de dictature institué sous la première phase prévalut complètement à la fin de la deuxième, en continuant à développer la décomposition spontanée dePancien système politique. Dès le début du xvi' siècle, une excessive accumulation d'attributs incohérents fit surgir le pouvoir ministériel, qui, complété par la diplomatie, tendit bientôt à dominer la royauté, réduite à la représentation, auparavant dédaignée par les dignes organes de la concentration temporelle. Dans la dictature aristocratique, Texerclce des fonctions gouvernementales subit une transformation analogue, quoique plus tardive et moins prononcée.
Pendant cette phase, une ambition vicieuse ternit irrévocablement le caractère honorable que les métaphysiciens et les légistes manifestèrent d'abord. Le pouvoir judiciaire, s'attribuant, surtout en France, l'avènement d'une dictature qu'il avait seulement secondée, s'efforça de concentrer dans son sein, à mesure qu'elles devenaient prépondérantes, les fonctions ministérielles. Il tenta même d'instituer, au moyen de la vénalité des offices, une caste dominatrice, en se rapprochant de la noblesse, dont il reprit les prétentions politiques. Mais les rois surmontèrent aisément cette nouvelle résistance, tant qu'ils conservèrent un caractère progressif. Quant aux métaphysiciens, leurs succès contre le clergé pendant la phase initiale, les conduisit alors à devenir les organes systématiques de la résistance au jésuitisme, en développant les hérésies nationales qui la rendaient dogmatique. Mais leurs inconséquences, paralysant leurs efforts, déterminèrent bientôt la tendance rétrograde que, comme les légistes, ils développèrent finalement.
L'accomplissement du mouvement de recomposition avait été spontané pendant la phase précédente; mais, dans celleci, des encouragements de plus en plus systématiques furent
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donnés i révolution théorique, esthétique et prftttqQ«, A cet égard, cette phase se distingue de la suivante par le inotif qui les inspira : la dictature n'eut d'abord en vue que le développement de sa gloire et de sa puissance, naturellement amené par ces encouragements, tandis qu*ensulte ils Itii furent imposés par Topinlon comme un devoir social Le mode de concentration des difTérents pouvoirs inflaa beaucoup sur la nature et Tefficacité d'une telle intervention, qui dut procurer au mouvement plus d'ordre ou pins de liberté suivant qu'elle émana de la monarchie ou de l'arlsK)oratle.
Tout le mouvement intellectuel de cette phase est dominé par la grande révolution astronomique qui résulte delà conception du double mouvement de la terre. Kepler en déduisit d'abord la constitution définitive de la géométrie céleste incompatible avec rimmobilité de la planète humaine. Galilée, complété par Huyghens, fut alors conduit à fonder la mécanique rationnelle; puis Newton, la mécanique céleste, quand elle eut été suffisamment préparée par l'opportune et puissante hypothèse des tourbillons cartésiens et le développement de l'analyse. Le premier couple encyclopédique, ma* thématlco-astronomique, se trouvant constitué, la physique s'intercala entre l'astronomie et la chimie. A la rénovation astronomique se rattache aussi la révolution que Descartes accomplit en mathématique en fondant la géométrie générale. En effet, le perfectionnement de l'algèbre étant alors devenu indispensable au développement de la science céleste, ce M après l'avoir assez institué que le génie systématique de Descartes sentit les moyens naturels que cet Instrument logique pouvait fournir pour généraliser et coordonner les conceptions géométriques. La création décisive de la géométrie analytique constitua la philosophie mathématique, en établissant une relation générale entre l'abstrait et le concret, qui ne tarda point às'étcipdre de l'étendue au mouvement L'analyse
dôvint «lors le lien général dQ la sçiencç fondjtmentalet mais eUe avait dû auparavant se compléter par la fondation du calcul inflnitésimalt qui permità la généralisation cartéaienne d^embPaisi^ les questions géométriques les plus anciennes et lee pl<H( directes*
PbiJosppbiqueqient, le mouvement terrestre ruina le tbéo^ lûgisme et, par suite, Tontologisme, en substituant la notion relative dumonde A la eonception absolue de Tunivers. Notre groupe planétaire étant reconnu n'avoir d'importance qu'au point de vue bumain» le subjectif et le relatif prévalurent enfin dans la philosophie naturelle. L'influence logique de Baeon concourant avec l'ensemble des découvertes scienti-^ fiquea, il en résulta la constitution d'une première ébauche de la saine philosophie dont les lacunes étaient mieux signa* lées, toutefol9, par des conceptions que par des préceptes. Desoartes sentit alors asse^ la nécessité d'une synthèse subjective pour tenter de l'instituer déj4; mais il la rendit illusoire et môme rétrograde, en la fondant sur l'intuition person* nelle, tandis qu'elle doit reposer pur Fobservation collective. Hobbes en entrevit bientôt la vraie nature, et, en établissant la domination de la force nécessaire à la formation et à la première extension de la société humaine, il fit faire à la seienoe sociale le seul progrès qu'elle eût enoore fait depuis Aristote. Leibnite etBossuet la préparèrent ensuite directe^ ment 2 Vun en concevant à la fois le dualisme dans l'appréeii^on du monde par l'homme, et l'alliance de la philosophie avec l'histoire ; l'autre par son admirable appréciation de ^ensemble du passé.
LMmpulsion de la phase précédente produisit pendant eelle^i un admirable mouvement esthétique dans toute l'Europe; l'Allemagne exceptée, par suite de Tagitation prêtes^ tante et surtout de la tardive élaboration de sa langue. Dans une épopée sans exemple, où se combinaient la vie privée et la vie publique, Arioste représenta le mojen âge en faisant
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profondément ressortir son caractère cbevaleresque. Le Tasse fut alors conduit à entreprendre TidéaUsation des croisades, qui n*est, d'ailleurs, complètement possible qu'en appréciant à la fois équitablement le catholicisme et rislamisme. Cervantes rattacha ensuite, dans une merveilleuse composition , toutes les alTections de famille à rindividualité la plus excentrique et ébaucha la vraie théorie de la folie. Ainsi préparés, les meilleurs tableaux de Galderon idéalisèrent Teosemble des liens domestiques et firent sentir leur aptitude à constituer la principale base du bonheur humain. En Angleterre le génie original de Shakespeare s'efforça de combiner la vie privée et la vie publique en attribuant à celle-ci sa Juste prépondérance. Mais son milieu protestant le détournant du moyen ftge , et même Tempéchant d*apprécier asses l'antiquité, ce libre peuseur se trouva forcé de réduire ses principaux tableaux à des temps trop rapprochés pourcoisporter une suffisante idéalisation. L'essor décisif de la poésie historique fut ainsi réservé au grand Corneille, qui retraça dans une admirable s^ie de drames toutes les phases essentielles de la civilisation romaine , mieux idéalisable alors qu'aucune autre. Après une telle représentation du passé, la vie privée pouvait seule permettre au mouvement moderne une suffisante manifestation de son caractère critique et de sa tendance organique. Sentant la vraie nature, plus intellectuelle que sociale, de la révolution occidentale, Molière s'efforça, sous l'impulsion cartésienne, de discréditer les métaphysiciens et de corriger les médecins. Enfin Milton, complètement rendu à la vie domestique après l'avortement d'une crise prématurée, et ne pouvant trouver autour de lui de dignes types de la vie privée, fût forcé de placer une idéalisation indéterminée sous le dernier patronage de la foi théologique.
Relativement aux arts spéciaux, cette deuxième phase n'offre un essor vi^iment éminent que dans le triple art de la
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forme. Sous l'impulsion de Tltalie, la Hollande» TEspagne et la France produisirent une longue suite de compositions vraiment durables quoique rexécutlon en constitue le principal mérite. Une tendance rétrograde à retracer sans enthousiasme ni conviction des types militaires ou théologiques au milieu d'une civilisation industrielle et scientifique , ne permit à Fart une véritable originalité que dans la représentation de la vie privée.
Les encouragements systématiques alors donnés, indépendamment des sympathies personnelles des chefs, b, la science et à Tart, furent surtout inspirés aux dictateurs aristocratiques ou monarchiques par le désir dMllustrer leur gouvernement. Mais la protection accordée à Tindustrie fut, au contraire, essentiellement due aux nouveaux moyens qu*elle fournissait pour augmenter la puissance politique en procurant des richesses devenues indispensables à Tascendant militaire. D'abord les déplorables guerres relatives à la possession de ritalie, ensuite les luttes plus honorables suscitées par l'ébranlement religieux, poussèrent, pendant toute la seconde phase du mouvement moderne, à développer les armées au delà de ce que comportaient les ressourcesantérieures des gouvernements. Forcés de recourir au public pour subvenir à des dépenses qu'ils ne pouvaient plus supporter, comme au moyen âge, avec leurs propres domaines, les chefs occidentaux tant monarchiques qu'aristocratiques devinrent nécessairement les directeurs responsables de la fortune nationale. La propriété privée , que les légistes représentaient comme absolue, tendit elle-même vers sa constitution sociale, non-seulement en reconnaissant l'autorité du trésor public sur les richesses particulières, mais en subissant aussi le contre-coup de la responsabilité morale unanimement appliquée à l'État D'autre part, les efforts même des chefs modernes pour développer de plus en plus l'industrie ayant manifesté leur inaptitude à cet égard, inhérente à la nature
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militaire de leur autorité, on sentit dès lors que la constitution temporelle subissait, depuis l'abolition du serrage, une transformation qui substituait la richesse à la yiolence comme base de la discipline active, et subordonnait toute coopération au libre consentement : les luttes industrielles devant se réduire toujours à Tantagonisme normal entre la richesse et le nombre. Maïs, pendant cette phase, les chefs industriels, s'efforçant de s^incorporer, comme les légistes, à l'aristocratie dégénérée à Talde des mariages et même des anoblissements, dédaignèrent de plus en plus la classe d'où ils étaient sortis. Quant aux travailleurs, leur antipathie pour Texistence militaire devint telle que, pendant les guerres qui terminèrent cette seconde période du mouvement moderne, l'accroissement des armées introduisit partout le recrutement forcé.
Les résultats spéciaux de l'essor industriel, qui avalent été auparavant relatifs surtout à la fabrication, concernèrent alors principalement le commerce. Cette direction prépondérante de Tactivité pacifique résulta naturellement du développement universel du système colonial dont la fondation avait terminé la phase initiale. La marche de la colonisation dut être, chez les différentes nations européennes, plus systématique ou plus spontanée, suivant qu'elle se trouva dirigée parla monarchie ou l'aristocratie. On retrouve les suites de ce contraste dans l'institution aussi funeste que précaire de l'esclavage colonial, qui, soumettant le travailleur & Tentrepreneur, dégrade également l'un et Tautre. Mais le vice radical s'en manifesta surtout dans la colonisation aristocratique et protestante^ qui échappa davantage au contrôle spontané de la morale moderne, mieux exercée sous la centralisation monarchique et catholique. Toutefois cette tache compléta dans les deux cas la dégradation sociale du clergé occidental , devenu incapable d'appliquer sa propre doctrine, et disposé même à seconder Toppression par d*absurdes sophismes. Enfin quoique l'expansion coloniale parût d'abord rajeunir
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le thôolo^lsme et la guerre en leur offrant un nouveau champ, elle ne tarda paa à discréditer Tun et à dénaturer Pautre, en représentant l'état positif comme seul convenable à Tensemble de notre espèce.
§ s. -» Troisième phsie da monvemenl nodenie; st coneentrttion en France. «~ lévolutiop firançalM, -«- Avénemenl d» U pbiloiopbie poti* tiye.
La troisième et dernière phase du mouvement moderne commence à la fin du xvn* siècle. Les dictatures monarchiques ou aristocratiques, qui avaient successivement concentré les pouvoirs répartis dans les différents éléments du régime détruit, devinrent alors généralement rétrogrades. Mais ce Ait surtout la demi-satisfaction procurée par le protestantisme au besoin d'affranchissement qui détermina un point d*arrêt dans le mouvement négatif que chacun prétendait réduire à ce qu'il lui avait convenu de rejeter. L'éloignement général des entrepreneurs pour les travailleurs se développa alors spécialement en Angleterre, où les craintes amenées par Tappa-* rition des niveleurs déterminèrent l'union de la bourgeoisie et de la noblesse. Toutefois la politique rétrograde y fut surtout consolidée par un système complet d*égoisme national , que l'aristocratie vénitienne avait pu seulement ébaucher en un temps où l'industrie demeurait trop restreinte. Il corrompit Jusqu'à Tinstinct populaire en remplaçant dans ses aspirations la rénovation sociale par la conquête industrielle.
La continuation du mouvement moderne ne pouvait consister que dans un égal rejet du protestantisme et du catholicisme. Elle se concentra alors nécessairement dans la France, recouvrant l'initiative que la seconde phase du mouvement avait semblé lui enlever. D'éminents penseurs, surtout Hobbes, avaient systématisé la combinaison entre la liberté spirituelle et la dictature temporelle qui caractérise le vrai régime convenant à la transition moderne. L'ef-
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fort qui restait à faire se trouvait donc réduit à développer et surtout à vulgariser cette coordination négative ; ce qui transféra la présidence révolutionnaire à la classe des littérateurs. Mais, soit d'après leur propre état, soit afin de ménager la faiblesse qu'ils supposaient aux peuples, ces écrivains se bornèrent à prolonger Témancipation incomplète, en ne dépassant le protestantisme que par le rejet de la révélation. Surtout préoccupés de la démolition du christianisme, afin d'éviter Tanarchie complète qui serait résultée d'une simultanéité d'ébranlement religieux et politique, ils conservèrent le système de dictature temporelle alors existant , malgré le caractère rétrograde qu'il avait acquis principalement en France. 11 était cependant impossible que le déisme, aspirant à la domination universelle, élud&t les applications temporelles d'où le protestantisme avait tiré sa principale force. Mais cette extension finale exigea de nouveaux organes. A leur tour, ceux-ci, par le même motif inversementappliqué, respectèrent la constitution spirituelle , en développant un déisme plus rapproché du christianisme, tandis que celui de leurs prédécesseurs tendait davantage vers le positivisme. Telles furent les deux écoles de Voltaire et de Rousseau : l'une plus rationnelle, Tautre plus passionnée, et toutes deux contradictoires, croyant protéger lesystèmequ'ellesdémolissaient Mais, dansune dernière école doDt Diderot futlechef,rémancipation
complète poussait nécessairement à la réorganisation. GeU^ ci domine tellement la troisième phase du mouvement moderne que la coordination décisive de la doctrine critique émana d'un de ses membres secondaires. Le principe du libre examen individuel , l'égalité sociale, et la souveraineté populaire, consacrant la brutale domination du nombre, exigent logiquement que les intelligences soient regardées comme intérieurement égales, en attribuant aux influences extérieures toute la diversité des résultats, et que la morale repose exclusivement sur la personnalité. L'éloquent sophiste
qui popularisa la politique négative se borna donc à développer ringénieuse élaboration d'H^vétius, résumé naturel de la^ métaphysique moderne, dont Diderot seul sentit alors le vice radical.
G*est aussi à Técole organique du xviii* siècle que doivent être rattachées les deux branches spéciales de la doctrine critique qui, offrant partiellement un caractère organique , conservent encore quelque crédit. La principale consiste dans la tentative des économistes pour découvrir les lois de Texistence matérielle des sociétés, en l'étudiant Isolément de Tordre intellectuel et moral. Malgré son avortement nécessaire une tentative aussi vicieuse concourut à Tébranlement décisif, en discréditant justement le système adopté par les gouvernements occidentaux pour encourager Tactivlté productive. En second lieu, les études relatives à la législation et surtout à la législation pénale, contribuèrent à manifester , Turgence d'une complète réorganisation.
Le désordre intellectuel se manifesta principalement alors par le peu d'attention accordé systématiquement au point de vue historique. Les deux écoles incomplètes Técartèrent : celle de Voltaire, en systématisant la réprobation du moyen âge; celle de Rousseau, en faisant ouvertement abstraction de tout passé, ou du moins en n'y prenant que ce qui lui paraissait propre, d'après une vicieuse appréciation de l'antiquité, à accréditer ses utopies subversives. Le déisme, après avoir développé les atteintes du protestantisme au régime domestique jusqu'à méconnaître tout mariage, altéra directement la morale personnelle en autorisant le suicide, et en préconisant l'orgueil et la vanité. Politiquement, il acheva de discréditer la division des deux puissances, temporelle et spirituelle, de manière à ne laisser d'autres garanties d'ordre matériel que la violence et la corruption.
Malgré tous ses vices, et en vertu de sa seule opportunité, la métaphysique négative obtint alors sur la dictature rétro-
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grade, trois triomphes earaetéristiques, annonçant et prépa< rant la grande crise. Le premier et le plus décisif consista dans Tabolition officielle du jésuitisme, qui, quoique directoment émané des rivalités catholiques, ne put réellement proiiter qu*à rébranlement philosophique, ainsi secondé par ses propres adversaires. On vit ensuite Técole encyclopédique directement appelée à gouverner, son principal praticien arrivant au pouvoir : mais le court ministère de Turgot fit profondément sentir le besoin dMne commotion sociale , seule capable de dissoudre la coalition qui s'opposait à tout progrès. Enfin la métaphysique négative acquit une consécration po> pulaire en présidant à la crise américaine, dont la principale portée dut consister à consommer Tirrévocable dissolatfon du régime colonial lié alors à la rétrogradation.
Pendant cette phase, la protection sociale de révolntion théorique, esthétique et industrielle, cesse d*offHr seulement aux gouvernements un moyen facultatif d*augmenter leur gloire et leur puissance, et elle leur est, par ropinion, imposée comme un devoir.
Le progrès de la philosophie devint Indépendant des acquisitions de la science, et s'accomplit directement Le concours spontané de deux dissertations capitales : d*abord celle de Hume sur la causalité; puis celle de Diderot sur les deux cas principaux des intelligences privées d'un sens, fit faire & la substitution du relatif & Tabsolu un pas décisif. La part de Kant & cette conception se borna réellement à résumer tardivement le résultat de cette double élaboration en instituant les formules les plus propres à caractériser le dualisme fondamental, entrevu par Hume et saisi par Diderot, entre le spectateur et le spectacle, le subjectif et Tobjectif.
Le concours des exigences sociales, avec les besoins intellectuels, amena alors un ensemble d'elTorts tendant à constituer rétude générale de l'Humanité. Sous l'aspect statique, Ips aperçus de VIco et le travail de Montesquieu manifestèrent
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déjà le sentiment profond des lois sociologiques. Mais cette double élaboration méconnaissait la nature et Timportance prépondérante de Fétude du mouvement humain. Cependant la conception du progrès continu avait déjà été préparée par la grande controverse sur le mérite comparé des anciens et des modernes. Elle résulta essentiellement de Timpulsion scientifique représentée alors par Fontenelle , qui sentait déjà Tenchaînement des découvertes et la possibilité de vraies prévisions concernant le mouvement théorique. Cette préparation de la notion du progrès, d'abord purement intellectuelle, fut ensuite complétée, au point de vue social , par la comparaison générale établie par Hume entre la civilisation industrielle des modernes et la sociabilité militaire de l'antiquité. D'un autre côté, le même philosc^he ébaucha la réfutation, rendue décisive par Georges Leroy, de la métaphysique égoïste : en sorte que la raison théorique reconnut enfin, d'accord avec le bon sens pratique, l'existence naturelle des penchants altruistes. Ainsi furent consolidés les efforts de Vauvenargues tendant à établir la prépondérance normale du cœur sur Tesprit.
Le mouvement scientifique présente alors trois aspects principaux : la systématisation complète de la science céleste, l'avènement décisif de la chimie, et la préparation directe de la biologie.
Au premier point de vue , se rattachent le développement de la mécanique rationnelle et l'extension du calcul : la théorie générale de la gravitation, dont Newton avait découvert le principe à la fin de la phase précédente, fut alors établie. L'extension de la loi de Newton à Taction mutuelle des diverses planètes ne pouvait devenir légitime et décisive qu'à la condition d'expliquer par ces influences secondaires, les perturbations du mouvement elliptique et la la vraie figure des astres. Mais l'influence encyclopédique de la troisième phase, consista surtout dans l'avènement de la
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chimie, qui complétala constitation de la cosmologie et la préparation de la biologie. D'une part, la relativité s'introduisit ainsi dans Tétude intime de la constitution matérielle, même à regard des éléments qui devinrent des substances indécomposées, mais non plus indécomposables. En second lieu, l'analyse générale du milieu terrestre, tant solide que fluide, laissa surgir les conceptions fondamentales de la biologie. Avant cette dernière préparation, la comparaison à la fois statique et dynamique des corps vivants se trouvait déjà îDstituée, et Linnée, préparé par Bernard de Jussieu, avait fondé la théorie générale des classifications, à laquelle BuffoD, malgré son opposition empirique, concourut indirectement, en y rappelant l'esprit synthétique et la destination subjective dissimulée sous l'analyse objective. En même temps, Hal- 1er et Vicq-d'Azyr donnèrent une meilleure direction aux études anatomiques et physiologiques de la phase précédente, de manière à seconder d'avance l'impulsion régénératrice de Bichat
Le progrès esthétique pendant cette phase se borna au développement des compositions précédemment introduites sous l'impulsion indirecte du moyen &ge, et destinées à l'idéalisation de l'existence privée, tant personnelle que domestique. Dans les arts spéciaux la musique dramatique prit alors un essor décisif; et, se dégageant des liens théologiques, elle se consacra sous l'impulsion de la poésie à l'expression de tous les sentiments humains. Le développement universel que reçut rinstitution des théâtres indique l'irrésistible tendance qui poussait l'Occident à une nouvelle existence.
Les deux phases précédentes avaient successivement développé la fabrication et le commerce : celle-ci fit surgir la banque qui, malgré les germes introduits au moyen âge, était restée jusqu'alors trop peu distincte par suite d'un champ insu£Eisant Cette suprême industrie obtint, dès lors> un caractère politique en se rattachant à l'essor du crédit public. En
même temps , riostîtutlon des machines acquit, par suite des connaissances théoriques et pratiques, une extension supérieure au développement qu'elle avait reçu depuis que Tabolition de Tesclavage Tincorporait à Texistence occidentale; et les guerres, toujours déterminées par les intérêts commerciaux que suscitèrent les expansions coloniales, manifestèrent à la fois le rôle subalterne de Tactivité militaire et Tascension industrielle.
A la fin de la phase déiste, le monde révolutionnaire se partageait en trois écoles. Organique, quoique nécessairement vague, récole encyclopédique de Diderot avait fourni plus d'hommes éminents qu*aucune autre; elle conserva ce privil^;e en produisant alors Danton et Gondorcet Mais cette suprême école, toujours invoquée dans les principales difficultés, était trop incomplète et trop méconnue pour prévdoir habituellement La présidence révolutionnaire devait donc flotter entre Técole philosophique de Voltaire et Técole politique de Rousssau : Tune plus sceptique, proclamant la liberté ; l'autre, plus anarchique, Tégalité : toutes deux incapables de rien construire. Néanmoins celle de Rousseau dut bientôt dominer^comme possédant seule une doctrine apparente, et pendant quelques années le Contrat social inspira plus de confiance et de vénération que n'en obtinrent Jamais la Bible et le Koran.
A Torigine de la (aise, la première théorie appliquée fut celledu gouveroement parlementaire. Les abus et le caractère rétrograde de la dictature monarchique avaient fait assesgénéralement admettre depuis Montesquieu, comme type de gouvernement, une imitation plus ou moins parfaite de celui de l'Angleterre, mal compris et mal analysé. La décomposition du régime du moyen âge avait amené dans ce pays la concentration de tous les pouvoirs sociaux dans les mains d'une aristocratie fortement constituée, très-influente sur l'opinion, soutenue par elle et cumulant, avec le pouvoir temporel, les
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ftUrilmti oonMU do pouvoir spiiitoeL Le roi, ii'»jftat pas, sur la direction des aOUfM, me influaoee bien sensiblement sapérieure à eeile de Ton qu^oonqae des membres de œttç aristocratie, n'en fol que le chef nominal ; et les oirçonsteneei donnèrent à ce gouvernement» en f6aUl6 dietatore oUgvr^ chique, la forme parlem^taire. Méconnaissant son oaraieti^ essentiel, et les conditions spédales qui le ridait propre h TAngleterre, on conçut son principe comme consiatsiit dans la pondération (mais chimérique et impossible) des diverses fractions du pouvoir temporel. Pour Timpopter es France, on s'efforça alors d^instituer une sorte d^ariatocratte, tentative que repoussaient les mœurs et les idées âéveloppées par tout le passé français ainsi que les instincts les plus profondément enracinés dans la nation. Cet empinsme fit d*abord méoonnattre le caractère repu Weain de PébranlSf mentf et, seule ensuite, Pécole Dantonlenne de Diderot dÀ> veloppa les traditions françaises en concevant la irituation républicaine comme.destinée à ranimer Taseendant du pou* voir central, au lieu de faire triompher un pouvoir repréi* sentant des influMices dispersives et locides. Cette école domina pendant les dix mote eompris entre rexpnlslon né.cessalre des diseoureurs et le sanguinaire triomphe des déistes. Ceux-ci manifestèrent alors, par Tapplioation la plus déei« sive, le caractère subversif d'une théorie exigeant autant Toppression des éléments du nouveau système que celle des débris de Tancien. Suivant le système du déiste Robespierre, et pendant sa dictature, l'athéisme et la noblesse conduisaient également à Téehafaud, et la notion du progrès, naturelle* ment incompatible avec Timmobilité nécessaire des droits de rhomme, fut alors rejetée ou méconnue. En réalité, ce quMl fallait alors c'était fonder la vraie religion en ralliant autour d'un centre unique nos sentiments, nos pensées, nos actions. La tentative des Dantoniens essayant, pour répondre h ce besoin, d'instituer le culte de la Raison, montra une profbnde
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tniéi\\geo»e de la situation, et elle offre un progrès notable sur tout ce qui avait été fcilt antérieurement, car on y cesse d*adorer le monde extérieur pour faire prévaloir le type hu* main. Mais cette substitution du subjectif i Tobjeetif ne pou* vait suffire, parce qu'elle inaugurait l'attribut le plus indi* viduel, incapable par lui-même de produire un véritable lien social.
Après la chute du régime conventionnel, ranarohie croissante, naturellement amenée par un second essai du gouvernement parlementaire^ dut nécessairement conduire à Hnstallation d*une dictature militaire dont le caractère rétrograde ou progressif devait dépendre de la disposition personnelle de celui qui en serait honoré. Elle échut mal; et la tendance rétrograde de plus en plus maîtresse de la situation, put sembler aller jusqu'à rétablir tout le système théologique et militaire. Les écarts du pouvoir ftirent alors secondés par une funeste et coupable aberration de Topinion française, accueillant longtemps avec enthousiasme des guerres sanglantes et prolongées , sans but, sans résultat possible. Puis lorsque de douloureux revers, conséquence naturelle et châtiment mérité de Tinlque oppression de TEurope, eurent amené la chute de la dictature militaire, la vicieuse intervention des gouvernements occidentaux dans les affaires intérieures de la France lia provisoirement la nationalité française au souvenir de la tyrannie rétrograde. Telle fût la première cause et le point de départ de la funeste méprise qui transforma le despote militaire en représentant général des tendances révolutionnaires.
A la chute de l'empire, on revint encore, pour la troisième fois, h une tentative d'imitation du régime parlerbeùtaire propre h l'Angleterre, auquel les débris mélangés de l'ancienne noblesse et du système Impérial semblaient pouvoir fournir une sorte d'élém^t aristocratique susceptible de consistance. Mais cette troisième épreuve, plus paisible, plus
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prolongée et, par suite, plus décisive qu'aucune des précédentes, fit mieux ressortir le caractère irrationnel et antin»r tlonal d'une telle utopie politique. En France, où rensemble du passé avait toi:^ours développé depuis le moyen âge la décadence de Faristocratie en concentrant tous les pouvoirs dans la royauté, Fannulation réelle de celle-ci par le codtréle continu d'une assemblée régulièrement toute puistante sur le choix des ministres, était en profond désaccord avec les traditions et les instincts de la masse de la nation. Daos la pratique effective du gouvernement, Tunité de direction disparut nécessairement sous le tiraillement des forces opposées qu'introduisait cette organisation , et la corruption systématique devint le seul moyen de prévenir une complète anarchie et de faire vivre au jour le Jour ce système précaire.
Cependant l'extension complète du désordre intellectuel et moral faisait de plus en plus ressortir l'urgence d'une reconstruction spirituelle et le besoin d*une dictature temporelle. Résolvant toujours chaque difficulté nouvelle, d*aprèsune nouvelledissolution, la métaphysique négative, s'étant étendue de l'examen des pouvoirs politiques à l'étude des liens sociaux, avait produit les utopies subversives concernant la famille et la propriété. Mais les inconséquences et les contradictions se développaient aussi bien dans le camp rétrograde que parmi les révolutionnaires. Dieu se trouvait également invoqué des deux côtés : les catholiques acceptaient la souveraineté du peuple et les déistes reniaient le programme du XVIII* siècle : incorporer le prolétariat à la société moderne et substituer une foi démontrable aux croyances surnaturelles. Scindant la question occidentale, les révolutionnaires firent alors consister la systématisation industrielle dans le renversement de la seule base possible de l'organisation du travail : la division générale entre les entrepreneurs et les travailleurs qu'avait spontanément amenée l'ensemble du
passé. £t la fraternité chrétienne étant incapable de sanctionner les vœux légitimes des travailleurs, ils furent forcés de recourir à Tabsurde et ânarcbique égalité de Rousseau qui dégrade leurs sentiments en développant Tenvie contre toute élévation et la défiance envers toute autorité.
Mais en même temps que se poursuivait si tristement le mouvement de décomposition , celui de recomposition se continuait également et aboutissait à son terme. Au milieu de la tempête» le dernier représentant de Técole encyclopédique entreprit avec un admirable dévouement de fonder la politique sur Tbistoire. Mais, la biologie n^ayant point surgi, le génie de Gondorcet ne put compenser une telle lacune ; et ses tendances révolutionnaires contribuèrent à le faire échouer en ranimant d*une haine aveugle contre le passé qu'il voulait expliquer. L'ensemble de son essai devint ainsi contradictoire, en représentant le progrès final comme précédé d^une suite de rétrogradations. Cette incohérence motiva, au début du XIX* siècle, l'avènement d'une nouvelle école philosophique, inaugurée par de Maistre. Elle apprécia dignement le moyen âge, au moins pour le spirituel, et elle discrédita systématiquement la doctrine négative, en prouvant que ses vices politiques, empiriquement sentis, loin d'offrir aucun caractère fortuit, en étaient les conséquences nécessaires et se reproduiraient chaque fois qu'elle prévaudrait De là résulta, chez les âmes honnêtes, une hypocrisie analogue à celle de Kant, qui , malgré ses démontrations décisives contre la réalité des croyances surnaturelles, s'efforça sincèrement de les rétablir au nom de leur nécessité. La difficulté consistait alors, pour construire la doctrine sociale, à concilier les deux impulsions opposées de Gondorcet et de de Maistre, Tune foumissantla pensée principale : la notion du progrès continu; Tautre son complément essentiel : la division du pouvoir en temporel et en spirituel qui est la condition fondamentale du progrès.
A5A TftOisiÉiii Pànvi.
Pmdint que se |H<p«rftit cette éotiililÉftliK>& , Biâliat^ qui pnt enfla 8*app«yer sttr led bas» que Itti fb«niU«alt là ëtainiiei nmdatt la biolcigte) Gabani«), 0$A elBronMls le eoffli^ièreBt Lamark avilit eondeiiflé lea traràtft préliminaires sur la eomparaison générale des tsorpe Vivants $ eA 8*effbrçant âe eoni^ilief la spontanéité titàle àreé rinfltteBce an milieu Jiift}u*alors tnéeonnoe, mais qn*il exagéra; ifaprès une telle préparation, Biehat Institua directement la eonceptiOn fondamentale de la tle, en en combinant les âeax flspeets stdtique et dynamique. Ayant d'aboîHl séparé les Tied tégétatlTo et animale » son génie compléta eetie base physhHogique en èféant rànatoraie rationnelle psu* Taémfrable théorie des tissus. OU put dés Idrs oonêèToir Tensemble des étndes tltalés^ eodMsttiit toujours à ëévèlopper rhàrmonie nécessaire entre les Actes et les agents Mais^ dans TinsMttition d'une telle sy^fthëse, Kehat ne Ait pas suivi ; et elle émana seulement dé là philosophie po^tire régédérant la sdience. L'appréciation générale de Texist^c^ normale se trotita bientôt complétée par Broussais, étÉltissant que toute la différence de Tétat pathologique à l'état physiologique devait se borner à rintenslté de phéhOiHètiéâ dont la nature reàte IntaHable. SnrtBonlànt les in^ii^tim métaphysiques , Qabanis fit sentii' Tinanité des étodés eu lêà fonctions intellectuelles et morales sont isolées des àtftr^ attributs de rorgfanismé } sa scmt)iileuse ^àbofati«^ établit même la connexité (Complète en indiquant lés lienâ ihvef^ Ainsi préparée, la Conception de Oàll perihit enfin rfinstituer la théorie positive de là hattii^ hiilhalne, en édmb^itaiit la pluralité nécessaire des facultés supéilëtif^ i taât iS^ tivès que mentales, avec lêfur commune ï^sidencé dafié Vip pareil cérébral. De la sorte fut consaèi^ scientiflkjuemeHt la rectification des aberrations théologiqties et itfétaph/siqoes, rectification empiWquèment émanée dé Georges Lei^y; efe rexistence naturelle des instincts sympathiques , dôsoftoais
SCIENCE SOGtAl^e Otf SOCIOLOGIE. k^b
rattachée à la coiiâtitatibn du cerveau^ se tfotivà irrévoda^
Telle fut donc la préparation sclentlfîc(ue qui, sotis la double impulsion de Gondorcet et de de Mâîstre, éonduiêiit M. Comté h ]fSL fOndâtfdti dé Ift sCletîce èdCiàle, dont toute cette ti'oisiètne partie à eu pour but d'exposer les points principaux, Dàn* son résultat le plus géné^al et le plus important^ elle nioliti*é le progrès accompli par chaque génération, pi*éparé par celui de là précédente et lé ContihUant , déVe&ant & soi! tour la base et lé point de départ du pfogTès qttô réalisé la suivante. Destiûéô à être le guidé înfiiillible dé la politique eii dé- Gonvfafat Tavetilr, elle commence d'abord par expliquer le passé.
Ainsi, nous ayant montré la vie épécûlÉtive chei les 6i*ecsj active chez les Romains , affective au moyen âge, elle nous montre aussi comment la vie peut et doit maintenant devenir, à la fois, mieux spéculative , tout autant quoiqu*autrement active, et surtout enfin bien plus affective qu'elle n'a pu jamais Têtre. Tel est le résultat général du labeur accumulé des générations qui nous ont précédés, la conséquence des richesses de toute nature, scientifiques, esthétiques, industrielles actuellement existantes. Sans doute, Jusqu'à ce jour, les divers coopérateurs qui par tant de travaux de genres si différents ont concouru à le produire n'avaient pu que vaguement et confusément entrevoir cet admirable résultat de leurs efforts. Mais maintenant la philosophie positive l'a mis en évidence, à Tinexprimable satisfaction de l'esprit et du cœur, avec toute la clarté, la certitude, la précision possibles. Est-il trop de dire qu'elle convie par cela même irrésistiblement à poursuivre l'œuvre commencée, à se dévouer aux autres comme les autres se sont dévoués à nous, à faire sciemment ce que nos prédécesseurs ont dû faire sans avoir au juste conscience de ce qu'ils faisaient? Et combien n'est-elle pas propre à stimuler, à encourager nos efforts, cette claire
aperception du progrès, qui en est le but; cette certitude scientifique, qui est le sublime privilège de notre époque, de pouvoir éviter tout écart, toute méprise, tout retard, par suite enfin tout mécompte.
Lors de la première fondation de la science sociale, la morale s*y était trouvée implicitement contenue d*après Tétroite connexité qui lie naturellement les lois du sentiment à celles de rintelligence, et en général, tous les phénomènes sociaux. Mais, par suite de Textrème importance et de la difficulté supérieure de cette science suprême, le propre développement des conceptions de M. Comte le conduisit ensuite à Ten séparer et à la constituer en science dictincte à la fols terme et résumé de la science abstraite. Elle est Tobjet de la quatrième et dernière partie de ce livre.
ases
MORALE POSITIVE. RELIGION POSITIVE OU RELIGION DE L'HUMANITÉ. CX)NCLUSION.
(Deuxième parlie de la philosophie morale.)
Que Teux-je savoir ? Que m'importe-t-ilde connaître, ? Les choses qui ont ayec moi les rapports les plus nécessaires sans doute? Et où trouYerai-je ces rapports sinon dans Têtode de moi-même et la connaissance des hommes , qui sont l'unique fin de mes actions et l'objet de toute ma vie? Mes plaisirs, mes chagrins , mes passions , mes affaires , tout roule sur eux.
Vautenargues.
Non y non , la science ne chassera pas Famour : bien au contraire, l'étudiant lui-même, elle l'augmeutera , le multipliera ; ef , se mettant à son service, elle lui donnera aii^si des forces infinies, inconnues au passé.
(Page 554).