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d'elles reste passive, elle ne constitue qu'un sentiment; puis un penchant, en devenant active. Ces deux modes se retrouvent, ainsi que dans les fonctions affectives, dans les fonctions intellectuelles, et c'est seulement par suite de la moindre énergie de ces fonctions qu'ils ne portent pas alors de noms caractéristiques.
A cette distinction des penchants et des sentiments, M. Ck)mte substitue celle des fonctions affectives, ou du oœur, en cœur proprement dit et en caractère. Une profonde analyse montre dans le langage la source de cette notion scientifique. Elle y est indiquée par les différais sens du mot caractère, et surtout du mot cœur, qui signifie, suivant les cas, tendresse ou énergie. Quand il est isolé, la signification du mot caractère, se rapporte certainement à Tensemble des qualités pratiques. Et avec toute justesse, car c*est la nature, le genre propre de Tactivité particulière à un individu qui le définit , le distingue des autres, le caractérise. Quant à la situation respective des organes, il est clair que les fonctions actives, ayant toujours besoin de connaître le but extérieur pour accomplir le dessein arrêté, sont plus liées que les fi>nctions affectives aux fonctions intellectuelles. Ainsi les organes de l'activité doivent être situés entre ceux du sentiment et de rintelUgence.
L'&me, composée d'abord du cœur et de l'esprit, le devient donc maintenant du cœur proprement dit, du caractère et de l'esprit La division du cerveau correspondante, leparta^ en parties postérieure, moyenne et antérieure. La première composée des organes du sentiment a» non avec le dehors* mais seulement avec les deux autres, des communications directes. C'est par celles-ci qu'elle reçoit les impressions d'où dépendent ses émotions et qu'elle transmet les impulsions émanées de ses désirs. Par les mêmes moyens de communication, servant ai:u;si aux actions inverses, elle stimule les fonctions spéculatives ou est réexcitée par les actes pratique&
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Quelque réel que soit le besoin d'exercice des facultés actives et spéculatives, elles sont incapables, par elles-mêmes, d'une activité soutenue tendant à un but déterminé. D'après la faible énergie de Tintelligence, son activité, quand elle n*est point subordonnée à une destination affective, n'aboutit qu*à de vagues et incohérentes contemplations. Mais une impulsion morale, soit personnelle, soit sociale, n'est pas seulement indispensable pour diriger et coordonner Texcrcîce intellectuel, c'est d'elle aussf que dépend toujours l'attention ou contention qu'il exige même dans ses moindres opérations.
Les fonctions affectives sont donc le principe nécessaire du consensus cérébral, mais en outre M. Comte les regarde comme la source de la continuité. L'intermittence est une loi générale de toute fonction animale : mais la S3rmétrie des organes du cerveau permet de concilier l'alternative d'action et de repos avec une continuité nécessaire à la constitution de l'individualité. D'après la liaison, avec les appareils des sensations et des mouvements , des fonctions spéculatives et actives, leur activité est comme celle des sens et des miiscles périodiquement interrompue : leur repos peut être d'ailleurs partiel ou total. Mais, complètement isolée dii dehors, la région affective peut et doit fonctionner sans cesse, même pendant le sommeil, les parties symétriques se reposant et fonctionnant alternativement.
Cette vie affective qui domine et coordonne donc toute l'existence, se décompose évidemment en égoïsme ou personnalité, et en altruisme ou sociabilité. Ce dernier penchant, si supérieur à l'autre en noblesse, est aussi moins général et le privilège d'une organisation plus compliquée. Mais s'il manque à un grand nombre d'êtres inférieurs exclusivement égoïstes, il se retrouve, comme chez l'homme, mais généralement à un moindre degré, parmi tous les animaux supérieurs.
Nécessaire à la conservation de Tindividu, Tégoïsme teibd naturellement à dominer Paltruisme , malgré le charme supérieur des émotions de ce dernier, si bien rendu par tant d'autres , mais aussi par Montaigne , quand il dit la joie, Taise, le repos, que lui cause la présence de son ami. La lutte entre Tégoîsme et Taltruisme, telle est donc toute l'histoire de la vie. Biais Texistence sociale que Tégoîsme tend toi^'ours à troubler, même à détruire , assure la satisfaction des besoins personnels convenablement restreints, et , en multipliant ses satisfactions, développe Taltruisme. Ce noble penchant qui unit intimement et confond presque le devoir et le bonheur, peut donc, gr&ce à elle, prendre sur la vie un empire de plus en plus grand , et , renversant Tordre primitif, complètement dominer Tégoîsme. Telle est la perfection, Tunité, le bonheur, facile au moins maintenant à concevoir, sinon à atteindre.
Quant aux sièges de la personnalité et de la sociabilité, comme Gall Ta démontré , les penchants personnels sont situés à la partie postérieure de la région affective, et les penchants sociaux à sa partie antérieure. L*altruisme, qui tend toujours à connaître de plus en plus Tètre extérieur objet de son affection, se trouve ainsi directement en rapport avec les fonctions intellectuelles. Et Tégoïsme, qui pour aimer n*a besoin d'inspirer ni de soutenir aucun effort, s'en trouve naturellement plus éloigné.
Dans l'égoïsme, M. Comte distingue de l'intérêt qui concerne directement l'individu , l'intérêt indirect qui, ayant en vue des satisfactions personnelles, les cherche et les trouve dans les liaisons sociales et Tinfluence sur les autres. Ses organes, car il en comprend plusieurs, détaillés ci-après, occupent la partie supérieure de la région égoïste et c'est pai* eux que se fait la transition de l'égoïsme à l'altruisme.
L'intérêt direct de l'individu le pousse à l'amélioration comme à l'entretien de son existence ; de là les instincts
de la conservation et du perfectionnement, ce dernier ne manquant que dans les degrés inférieurs de Téchelle animale. L^lnstinct de la conservation individuelle suffit chez les animaux hermaphrodites à leur reproduction ; mais, dans les animaux supérieurs, & Tinstinct de la conservation de rindividu doit s'en ajouter un autre, et qui est même composé, directement relatif à la propagation de Fespèce.
Le premier élément irréductible de l'âme auquel nous arrivons est donc celui que M. Comte a appelé l'instinct nutritif; mais en spécifiant qu'il comprend non-seulement ce qui concerne la nutrition , mais encore tout ce qui se rapporte à la conservation de l'individu. En vertu même sans doute de sa prépondérance, Gall a méconnu ce penchant Mais sans hii aucun animal ne saurait subsister, et il augmente d'importance avec la dignité de l'individu, qu'il rappelle à la préoccupation de son existence dont alors le détournent des tendances puissantes et multipliées : son siège est dans le cervelet, et à la partie inférieure, le plus près possible des viscères végétatifs.
11 est presque évident que Tinstinct de la conservation de Tespèce doit donner deux fonctions irréductibles : l'instinct sexuel et l'instinct maternel. La série animale montre le premier existant seul chez des êtres où les sexes sont pleinement séparés, mais où n'existe aucune préoccupation des petits. L'organe de l'instinct sexuel se partage le cervelet avec celui de l'instinct nutritif, et l'organe maternel occupe la partie du cerveau qui en est la plus voisine, c*est-à-dire la partie inférieure de la masse cérébrale.
L'instinct de la conservation nous donne donc trois fonctions irréductibles, les instincts nutritif, sexuel et maternel. A ces instincts fondamentaux succède , comme nous l'avons dit, dans la série animale, un instinct plus élevé et moins général , celui du perfectionnement Cet instinct, qui pousse l'animal à améliorer sa position, en vue de sa propre coove-
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lumoe, peat se satisfaire de deux manières : par la destruction des obstacles , ou par la construction des moyens. De là donc rinstinct destructeur ou militaire, et Tinstinct constructeur ou industriel. Le premier explique le fait incontestable de la chasse sans besoin parmi les animaux, et la satisfaction qu'y trouve rhomme comme les autres carnassiers. Quant au second de ces penchants, il permet les constructions nécessaires à un grand nombre d'animaux pour la production et Téducation de leurs petits. M. Comte place rinstinct destructeur aux c6tés de Torgane maternel, et rinstinct industriel audessusL
L*égoîsme direct étant décomposé &i ses cinq fonctions irréductibles, nous arrivons maintenant à Pégoîsme indirect 11 comprend Torgueil ou besoin de domination, et la vanité ou beaoin d'approbation. Le premier pousse à commanderi le second à conseiller, convaincre, persuader. Ces inclina* tiens ayant toujours en vue des satisfactions personnelles sont donc encore de Tégoïsme, mais évid^nment d'un ordre supérieur à celui des penchants précédents. La vanité, qui vaut mieux que Torgueil, est le plussociable dés instincts personnels ; mais elle suppose et ne produit pas la sociabilité^ comme il a été dit Son organe est au-dessus et eelui deTo^ gueil, aux côtés de Torgane de la construction.
Toute la personnalité est maintenant passée en revue* et sa décomposition en divers éléments irréductil^es se montre comme le résultat, la conséquence nécessaire de toutes les variétés profondément analysées qu'elle présente effectivement. L'égoïsme indirect , essentiellement lié h l'existence sociale, nous amène au pur altruisme qui la produit Suivant la loi constante de ce classement, les fonctions élémentaires de la sociabilité sont tout à la fois les moins générales, les plus nobles et les moins énergiques. Toutefois, elles se trou* vent comme ohea l'homme et quelquefois môme à un plus haut degré, dans beaucoup de races animales ; et même plus
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prononcées dans quelques cas^ et mieux isolées des influences intellectuelles et sociales, c'est là qu'elles sont plus faciles & reconnaître et à apprécier, et que d^abord elles ont été ap* perçues, alors que la religion et la philosophie s'accordaient à en nier Texistence naturelle.
La propriété caractéristique, quant aux relations sociales, de ces nobles penchants est que, contrairement à Tégoïsme, leur essor le plus général et le plus complet est le plus sûr empêchement de tout conflit Sources du dévouement, ils poussent à satisfaire, plutôt que les nôtres, les besoins d'autrui; et* surmontant Tégoïsme, ils procurent au dehors à TindiTidu une destination infiniment plus satisfaisante pour lui que celle qui se rapporte à lui-même. Us deviennent ainsi le principe d'une unité plus complète, plus facile et plus durable que celle qui peut résulter de préoccupations habituellement personnelles.
L'afi«ection se décompose d'abord suivant que sa destination est spécis^e ou générale. L'aff'ection spéciale, évidemment plus énergique et moins noble que toute sympathie plus ou moins générale, comprend deux penchants distincts : rattachement entre égaux, et la vénération qui est le sentiment de l'inférieur pour le supérieur. Le nom même du premier indique son énergie , plus grande encore parmi beaucoup d'animaux que chez l'homme; et quant à la vénération, son important efiîet est de disposer à la soumission volontaire. L'afiection ou la sympathie générale, la bonté proprement dite est, elle, indécomposable. Mais ce penchant supérieur comporte des degrés, sinon des divisions, et c'est de lui que résulte toute affection collective. Tour à tour il a produit rattachement à la tribu, ou h la peuplade, puis l'amour de la Patrie, qui a inspiré tant et de si sublimes dévouements, et Joué un si grand rôle dans le progrès affectif; enfin il arrive maintenant à Tamour universel, embrassant le genre humain tout entier et de là son nom ^^ humanité. Ces pen-
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chants sont situés : la bonté dans la partie médiane supérieure du cerveau, la vénération derrière, et rattachement à coté de la vénération, maison relation directe, dit M. Comte, avec la vanité, de manière à maintenir la continuité de la région affective malgré Tinterposition des organes du caractère entre ceux de Tégoïsme et de Taltruisme. C'est donc, comme déjà nous pouvons le voir, par la bonté que se lient les régions spéculative et affective.
Telle est donc, complète maintenant, Tanalyse du cœur. Et aussit(^t elle nous explique les plus importantes différences qui distinguent les hommes, et le classement que fait d'eux la sagesse vulgaire. Nous voyons comment la prépondérance de Taltruisme ou de Tégoîsme produit les bons ou les méchants ; comment le plus grand nombre, ni bon ni méchant entièrement , flotte de Tun à l'autre. Enfin combien Torgueil et la vanité n'expliquent-ils pas, à eux seuls, d'actes, de conduites et de natures?
Du cœur proprement dit, nous avons distingué le caractère, dont nous avons maintenant à nous occuper. Sa décomposition est très-simple et très-facile, ses forces élémentaires étant tout de suite mises en évidence par l'observation des animaux, chez qui les influences intellectuelles et sociales ne les compliquent pas. Le caractère comprend d'abord l'activité, d'où émanent les opérations, puis la persistance, qui les fait aboutir. L'activité se compose de deux forces, le courage et la prudence, dont l'une pousse et Tautre retient. Telles sont les trois qualités nécessaires à la vie active représentant les trois phases de toute opération : le courage qui fait entreprendre; la prudence qui permet d'exécuter; et la fermeté qui conduit l'entreprise jusqu'à son terme. Quant aux sièges, M. Comte place la fermeté sur la ligne médiane du cerveau entre la vénération et la vanité, à ses côtés la prudence ou circonspection, et le courage aux côtés de l'organe impair de la vanité.
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II ne nous reste plus qu*à parler de Tesprit, la seconde des parties fondamentales que donne la première décomposition de rame. Mais ici la difficulté grandit. Pour Texacte détermination des forces élémentaires de Tintelligence, ce n'a pas été trop du génie de M. Comte et de sa connaissance approfondie de tous les travaux de Tesprit humain. Dans cette recherche, la tentative de Gall put à peine lui servir et le guider, et l'analyse de M. Comte s'éloigne presque autant de cette imparfaite ébauche que de la théorie des philosophes métaphysiciens. En effet, c'est surtout la nature et la marche des fonctions intellectuelles que ne peut faire connaître l'observation de riudividu. De tels phénomènes sont trop faiblement prononcés, trop peu caractérisés dans révolution personnelle, pour que leurs lois y soient appréciables. Le mouvement de l'esprit humain par suite de l'existence sociale pouvant seule les faire connaître, il fallait donc qu'il fût lui-môme véritablement connu, c'est-à-dire que la sociologie fût fondée, pour que l'analyse de l'intelligence devint possible.
Antérieurement à Gall, les philosophes regardaient comme des attributs élémentaires de l'entendement les facultés, mal définies, d'attention, d'observation, de jugement, de mémoire, d'imagination et de volonté. Mais le fondateur de la physiologie cérébrale démontra que ces facultés étaient aussi incapables d'e^^pliquer les différences individuelles que de présider à la division des travaux de l'esprit; et il en fit des attributs généraux, des modes d'action, communs à toutes les fonctions cérébrales, tant affectives qu'intellectuelles. Or, quant aux premières, sentir et désirer, sont leurs seules fonctions tant actives que passives : des émotions d'où résultent des impulsions, telle est toute leur vie. Et la volonté, qui n'est que le dernier état du désir sanctionné par la raison, leur appartient essentiellement.
En réalité, l'observation, le jugement, la mémoire, l'îma-
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gioation , ne sont ni des facultés ôlômentaires, ni des attributs généraux , mais des résultats composés dus au concoors» à Tactivité synergique des facultés qui sont vraiment irréduc* tibles. Une analyse profonde de nos connaissances montre d'abord qu'entre Tobservation et le jugement ou le raisonnement, il n'y a pas de séparation possibla Toute notion acquise résulte d'une réalité extérieure et d'une création in* térieure, et suppose donc une source objective et un travail subjectif. Dans la moindre appréciation extérieure, l^esprit produit toujours une conception satisfaisant àl'enssmbledes impressions qu'il a reçue43. Et, quand le jugement est fortement désiré, l'action du cœur sur l'esprit modifie les impressions de manière à les y approprier. A cette distinction de l'observation et du jugement, M. Comte substitue, comme on le verra ci-après, celle de la contemplation et de la méditation,
Il en est de la mémoire comme de Tobservation ; et pour se reproduire , une impression primitive , qui se trouve alors nécessairement affaiblie, doit toujours se compliqua d'indnctlonset de déductions, indispensables à tout véritable souvenir. Enfin l'imagination résulte de combinaisons de même nature, quoique moins abstraites, que les méditations scientifiques; et qui , souvent même d'ailleurs , sont plus difficiles et plus compliquées. Soit dans les combinaisons pratiques soit dans les conceptions scientifiques ou esthétiques , les opérations et la marche de l'intelligence restent toujours les mômes, et telle est la considération qui doit dominer la décomposition de Tesprit.
C'est d'abord en expression et en conception qn'il se divise Bien des observations difiTérentes montrent la réalité de cette distinction , et l'existence de l'expression comfflô force distincte. Dans l'éducation elle se développe toi^ours avant le raisonnement , et l'instruction commence pàf des formules qui souvent restent toujours incomprises. U com-
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parateOQ desi hommes et des races animales montre trèsdistinctes les aptitudes d'expression et de conception; et les mieux doués quant à Fune sont souvent trè»-inférieurs quant à Tautre.
L'office propre de Texpression est d'inventer des signes qui résultent toujours de la décomposition des cris ou gestes spontanés qu'emploie d'abord l'individu pour obtenir sympathie ou assistance. L'expression est plus liée qu'aucune autre fonction intellectuelle aux organes affectiflB; mais Tassistance de la conception lui e3t indispensable pour que les signes qu'elle invente aboutissent à un véritable langage pouvant faire connaître les sentiments et les pensées. M. Comte regarde l'expression comme une force simple, même dans notre espèce. Quant à son siège, il ne pourrait être indiqué maintenant avec une suffisante clarté ; il le sera en même temps que celui des organes de la conception.
Celle-ci se divise d'abord en contemplation et en méditation. La première est la source des idées ou images qui résultent dés perceptions suites des impressions du dehors sur les sens. La méditation , combinant les matériaux qui lui sont ainsi fournis, crée les pensées. Quoiqu'elles y soient moins puissantes que chez Thomme, ces facultés se retrouvent aussi certainement chez les animaux supérieurs. Devant se trouver plus près des sens, la contemplation est située dans la partie antéro-inférieure du cerveau ; et la méditation audessus, de manière à être directement en rapport avec la région affective.
L'esprit apprécie ou des êtres ou des phénomènes ; dans la contemplation il y donc deux modes à distinguer : l'un synthétique, concret, concerne les êtres, et est particulier; Tautreest analytique, abstrait, il apprécie les évéments, et donne des notions générales, mais plus ou moins artificielles. La contemplation abstraite, moins liée aux impressions extérieures, est placée sur la ligne médiane, et la
contemplation concrète, qui a un organe douMe symétrique, il ses côtés, au-dessus de Toeil.
Connaissant les faits particuliers, Tesprit, ou passe aox faits généraux , ou revient logiquement des faits généraux aux faits particuliers. De là la décomposition de la méditation en induction et en déduction. La première compare, généralise , trouve les principes ; la seconde , découvre les conséquences, coordonne, systématise. La logique déductive a un organe impair, au milieu de la partie supérieure du cerveau. Touchant à la bonté, Torgane qui relie, se trouve ainsi en contact avec le penchant qui rallie. La logique inductive a un double organe situé de chaque côté de celui de la déduction. L'organe du langage, qu'il nous reste à placer, doit être en communication directe avec tous les autres organes intellectuels : avec ceux de la contemplation ayant à trouver les noms des substances et des propriétés, et avec ceux de la méditation qui doivent lui fournir des moyens de comparaison et des procédés de coordination. Il se trouve alors néceasairemeot situé à chaque extrémité latérale de la r^ion spéculative commençant au milieu des bords antérieurs de la région frontale et s'étendant ensuite vers les tempes : il est ainsi équidistant de l'œil et de ToreiDe, ses principaux auxiliaires.
Telle est la théorie positive de Tentendement humain, qui dévoile enfin Tinconnu de la fameuse devise : nihilest in miellectu quod non prius fuerit in sensu^ nisi intellectus ipsc Et elle permet de se rendre le compte le plus satisfaisant de toutes les diversités et inégalités que Tobservation montre ontre les hommes. La prépondérance, la plus grande énergie de tel ou tel organe de Tlnduction ou de la déduction par exemple, dira pourquoi Tun, comme Kepler, s'est plus dis* tingué par la sagacité pénétrante, par Taudacieuse hardiesse de son génie; un autre, comme Lagrange, par une force supérieure, une coordination plus vigoureuse, une systémati-
sation plus sûre et plus suivie. Eofio, pour en venir à des observations plus faciles et plus vulgaires, la supériorité de Tappareil contemplatif chez les femmes et du méditatif chez les hommes, dira pourquoi ceux-ci pensent davantage tandis que les femmes observent phis et mieux. La supériorité de Finduction chez elles et de la déduction chez les hommes, dira pourquoi elles sont plus fines et plus pénétrantes, et pourquoi les hommes raisonnent mieux. Ces exemples pourraient se multiplier à l'infini, et ils comportent une muftitude de nuances et de variétés quMndique assez la combinaison possible de Fénergie supérieure d'un ou de quelques organes avec une moindre des autres.
Voilà donc achevée maintenant la décomposition de Tâme. Tel est le dernier mot, le suprême résultat de la science moderne et, certes, aussi intéressant et important à connaître que difficile à trouver. Le point de départ et la première condition de toute découverte pour Tesprit humain , c'est d'apprécier la similitude ou la différence des. phénomènes, et de reconnaître le genre de comparaison, de rapprochement qu'ils comportent soit entre eux , soit avec d'autres : c'est par là que doit nécessairement commencer leur étude positive , conduisant finalement à la connaissance de leur vraie nature, de leurs relations exactes, en un mot de leurs lois. Or, dans aucun autre cas, ils n*étaient ni aussi mêlés, ni aussi compliqués, et, par conséquent, ne pouvaient être aussi difficiles à suivre et à analyser. C'est pourquoi, comme nous l'avons vu, la morale positive n'a dû venir qu'après toutes les autres sciences, qu'après la physiologie où elle trouve sa base, son point de départ, et qu'après la sociologie qui la prépare directement et lui fournit sa méthode.
A83 pVATRltel PART».
§ 3. — Ba concouri dei dilférentes fonettons de rorgtnisme.-^DéfioitioD et théorie de l'unité; aptitude etcluslte dee tfltotloni symptlhiquei i la coaititner.
Nous venons de roir la déeompositton de l*&me en dix-huit facultés élémentaires, entraînant comme conséquence celle du cerveau en autant d'organes. Mais Tanalyse ne doit jamais être faite qu'en vue de la synthèse, et ici surtout plus que partout ailleurs. Principe du consensus, intimement lié à Tensemble de Torganisme, et en dépendant étroitement, le cerveau ne peut être étudié ni compris isolément Toutes les phases, toutes les circonstances, toutes les nécessités de la vie, ont sur lui leur influence et leur contre-coup nécessaires. Pour tout individu, soumis aux circonstances générales deson organisation, le cerveau Test, en outre, à toutes les dispositions accidentelles et particulières .dans lesquelles il se trouve. Qui ne sait, qui n'a observé chez soi-même et chez les autres, rinfluence des fonctions végétatives sur les fonctions intellectuelles et morales? SMl est donc vrai que, dans la détermination des relations précises du cerveau ou de Tàme et du corps, il reste encore beaucoup à découvrir, il Test aussi que cette étude délicate et compliquée ne peut Jamais que mieux faire comprendre et expliquer Tincontestable dépendance où ils sont Tun de Tautre.
Mais la dépendance est bien plus étroite encore entre les différentes parties du cerveau qu'entre lui et le reste de Torganisme, quelque réelle et intime que soit cependant celle-cL Notre âme est composée de forces distinctes dont la connaissance est indispensable à rintelligence de Tensemble : car souvent, trèsHsouvent, elles sont en opposition les unes avec les autres, se combattant et poussant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Mais ces forces distinctes sont en rela* tiens directes et étroites les unes avec les autres, et le moindre acte exige toujours le concours d'un grand nombre d'entre elles. Nous avons donc à reconnaître lesquelles doivent
ôtre dominantes, et comment peut s'établir leur accord et l'unité dans la conduite.
C'est au cœur qu'appartient la plus grande partie du cer^ veau, et c'est pourquoi il domine et doit dominer la vie. L'esprit, dont l'énergie est si faible comparée à la sienne, ne pro» duit véritablement qu'excité et soutenu par lui. Son suprême effort c'est, suivant la formule de M* Comte, d'être le ministre et non Vesclave du cœur. Quand il est ministre, il croit ce qui est vrai; quand il est esclave, 11 croit ce qu'il convient au cœur qu'il croie. Dans le premier cas il éclaire le cœur, et, comme science est puissance, il lui indique les moyens d'obtenir l'effet qu'il a en vue; dans le second cas il trompe, amène les croyances chimériques, les illusions, finalement l'impuissance, résultat naturel et légitime de l'erreur. Enfin quand l'esprit est ministre, osant aborder les véritables difficultés, il sent bien quelle est la source et le but d'efforts alors trop pénibles et trop difficiles pour qu'il puisse se faire illusion. Mais quand il est esclave, s'enorgueillissant aisément des créations chimériques ou insignifiantes de sa facile activité, il s'imagine être le maître et travailler sans peine, par suite de sa puissance spéculative, dans la seule vue de con* tenter une noble curiosité. On peut être sûr alors que domi*nent souverainement, non véritablement l'esprit, mais les plus vulgaires passions.
Les efforts de l'esprit sont donc déterminés par la disposition de cœur qui remporte. Quant au caractère, il se met indifféremment au service des bonnes et des mauvaises passions, et sert les unes comme les autres. Mais les premières, toutefois, sont bien plus favorables à son plein développement
Reste la lutte entre les éléments du cœur, la lutte entre les passions; et celle surtout entre Tégoïsme et l'altruisme, la personnalité et la sociabilité, est, comme tout le monde le sait, l'éternelle histoire de la vie. Cette lutte pose le grand problème humain : arriver à la prépondérance de la sociabi-
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lité; faire dominer Taltmisme; faire en sorte qae, non Tégoîsine, mais le dévouement, le vrai dévouement, inspire, dirige et gouverne la conduite. Et ces généreux fondateurs du catholicisme, dont, après dix-huit siècles de souvenir, la gloire, la véritable gloire est à peine naissante, car ce n'est qu'en compagnie des autres grands hommes, leurs pairs, qu'ils peuvent vraiment recevoir des hommages dignes d'eux ; ces généreux fondateurs du catholicisme, dis-Je, ce sont eux qui, les premiers, ont posé et presque résolu le problème. Le plus grand de tous, saint Paul, établit pour la première fois le dualisme, en opposant Dieu à Satan ; à la nature, la grâce. Lagrftcel enfin maintenant nous savons donc ce que c'est: sans doute, quand, venant d'être reconnue, elle dut être expliquée, il fallut bien alors la regarder comme la capricieuse foveur qu'une inexplicable volonté accordait à quelques-uns; dès lors tout se bornait à la demander à cette même volonté. Puis, quand , à force de la désirer et de l'étudier, on entrevit ses lois, elles devinrent les conditions auxquelles elle s'accordait et indiquèrent ce qu'il fallait faire pour la mériter et l'obtenir. Mais maintenant le voile est déchiré ; les lois de la grftce, les lois du sentiment sont non-seulement admises en principe, mais encore connues, certainement au moins, quant aux plus importantea La grâce soumise ainsi que l'intelligence à des lois, c'est là la découverte que nous annonçons, que nous proclamons, que nous prouvons, mettant an défi de la contredire. L'intelligence et la gr&ce soumises à des lois! mais alors elles sont donc indépendantes de Dieu? Sans doute et forcément, même malgré nous , nous sommes conduits à croire que le Dieu qui ne peut du paratonnerre détourner la foudre, est aussi sans puissance sur nos intelligences et nos cœurs. Mais nous n'y perdrons rien, et ces progrès, les plus sublimes de tous, ces progrès intellectuels et moraux que nous attendions de sa volonté, désormais dépendront de la nôtre.
J'ai assez dit par quelle suite de degrés, la science parve* naît à cet empire suprême ; et tout ce livre la montre, s*avançant par une insensible progression, jamais ne faisant un pas en avant que le précédent ne soit bien assuré. Maintenant la voilà au terme de sa course, au sommet de 1 échelle : elle a rois le temps, mais elle est arrivée, et d*autant plus sûrement qu'elle a marché plus lentement Et sa dernière et meilleure découverte est que les affections bienveillantes, innées en nous, inhérentes à notre nature, sont l'heureux privilège de- notre organisation délicate et compliquée. Mais, c^est aussi vrai à dire que triste à penser, après tant d'autres si insignifiantes en comparaison, et si bruyamment applaudies, cette découverte suprême est encore négligée, à peine sue, à peine remarquée, presque même incomprise et contestée. Et pourtant, si elle n'intéresse pas, quoi donc intéressera? Que m'importe d'être sûr de tant d'autres choses, si làdessus Je nesaisà quoi m'en tenir ? Ah l qu'on en parle donc ou qu'on se taise ; quand une telle découverte est annoncée, il ne peut être question d'autre chose qu'on ne soit d'abord fixé à son égard. Mais, à vrai dire , le problème est résolu. Vous laissez notre solution à l'écart : franchement, en face vous n'osez la combattre. Vous avez vos raisons. Pour nous, répandons-la donc et tirons-en les conséquences.
Innés en nous, prcfn^iétés de notre organisation, l'attachement, la vénération , la bonté, sont donc les fonctions d'une partie de notre être. Voilà ce qui, cherché si longtemps, si longtemps inconnu, est maintenant trouvé, et ce qui enfin permettra de résoudre la question du bonheur. L'attachement, la vénération, la bonté, fonctions de trois organes de notre cerveau : quelle lumière! quelle satisfactionl Sans doute ces sublimes fonctions des plus nobles organes ne sont pas également réparties à tous. Qui ne sait que tous les hommes ne sont ni des saint Vincent de Paul, ni des William Penn? Heureux qui est mieux partagé! Mais si de l'un à l'autre
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le degré diflère, ce D*est plus de Dieu , c'est de chacun qu*il dépend d*aQgmeiiter ce qu'il en a, et de devenir ainsi constamment, tout à la fois, plus vertueux et plus heureux. Car, dans notre espèce, ces précieuses qualités sont tellement communes que celui qui, par malheur, peut ea être presque privé, n^est plus alors un homme, mais une anomalie, un ^ monstre exceptionnel.
Avant le positivisme, la vertu a été asses Justement définie le sacrifice de soi en fca^emr des autres, La morale positite est maintenant en état de donner les explications indii^sables à Tintelligence et à Tefflcacité de cette définition trop vague, et de résoudre ainsd les difDcultés qu^elle laisse, par suite de Timparfaite connaissance de la nature humaine à répoque où elle f^t donnée. Le sacrifice de soi qu'elle doit avoir en vue, n*est pas un sacrifice complet, mais seulement la restriction des satisfactions personnelles à ce qu'exige le service d^autrul. Ce sacrifice ne peut donc concerner l'ai* truisme , qui fait bien aussi partie de nous, et qui est, en réalité, la seule source possible du sacrifice de Tégoïsme. Loin donc que Taltrulsme puisse et doive être sacrifié, c'est lui qu'il faut affermir, étendre et développer par tous les moyens qu'une étude positive et profonde peut mettre enfin à notre disposition. Mais bien plus, après avoir ainsi rendu cette définition de la vertu si complète et si satisfaisante, le positivisme démontre que là seulement peut se trouver le bonheur.
En eff'et , sans unité il n'est pas possible. Ce qui dans la fie constitue l'unité, c'est une conduite toujours assurée, tendant à un but fixe, bien compris, bien déterminé, dont toutes les actions fassent approcher. Tel peut être, dans le christianisme, le salut éternel; et, dans la religion positive, être utile aux autres et mériter, conquérir leur estime. L'u*nlté atteinte, il en résulte un état de Vtme qui permet de se conduire dans toutes les circonstances qui se présentent
MORALE KMITITS. AS7
d6 telle sorte que le passé laisse sans remords et mim» sans regrets : savoir toujours oe que Von a à faire, être assuré que Ton fait bien, que Ton iq>proche de sou but, sont donc les conditions essentielles de Tunité. N'est-il pas évident que sans elle on ne peut être heureux? Peut^il Tètre celui qui toujours embarrassé et Incertain ^ hésite et balance tois^ours; celui dont les passions, en perpétuelle opposition les unes avec les autres, constamment se combattent et se disputent la conduite 7 celui enfin qui, suivant que momentanément Tune ou l'autre remporte, regrette le lendemain ce que la veille il a fait?
MaisTunité» maintenant, comment es^elle possible? Eh étudiant les passions égoïstes, il est aisé de voir que, sans même les opposer aux penchants altruistes, elles sont anta» gonistes les unes des autres , et que leurs tendances se contrarient L'instinct de la consm*vation, par exemple, est la source de Tavarice, de la cupidité, égoïsme si vulgaire et si connu. Eh bien 1 s'il est en même temps libertin , quelle vie ce sera que celle de Tavarei d*un c6té ne verra-t-il pas toutjours sa fortune, sa santé exposées, de l'autre la privation de ses jouissances chéries? et si peu ensuite qu'il soit vaniteux, dans un moment d*entraînement il pourra encore oublier le mépris général ; mais après, mais toujours, y sera-t^il insensible? il se cachera; oui, mais quelles que soient les apparences, sa fortune, sa position peut^tre, il ne pourra le faire sans se sentir, au fond du cœur, avili et dégradé. Ne rien faire que (tavouable : telle est la maxime fondamentale de la nouvelle morale personnelle, et c'est une condition essentielle du bonheur comme du devoir.
Mais une telle complication de passions prononcées n'est pas même nécessaire pour rendre à jamais malheureux. Sans doute, un individu exclusivement avare est à peine possible, et tout le monde sait combien rend malheureux ce triste défaut fortement prononcé. Mais que celui qui est avare, même
à on degré très-commnn, soit en outre seulement orgueilleux ou vaniteux, comme il n'est que trop facile d'en trouver tant d'exemples, ne le voilà-t^il pas constamment partagé entre les soins opposés de la fortune et de la domination ou de Tapprobation? S'il dépense , 11 diminue , ou n'augmente pas assez sa fortune; s'il ne sait à propos ni rémunérer, ni donner, il devient sans influence, sans autorité , et se fait mépriser. Embarras et incertitude dans la conduite quand vient le cas d'agir; après l'acte fait, regrets et remords; voilà toute sa vie.
Mais je n'ai pas besoin d'insister sur un tel tableau. Qui n'en a observé, je ne dis pas sur soi, les passions aveuglent, mais sur ses voisins, bien plus que je n'en pourrais dire? La cupidité et le libertinage, voilà donc les deux variétés fondamentales de régoisme que viennent nuancer plus ou moins d'orgueil et de vanité. A propos de la famille, j'aurai à m'étendre sur l'instinct maternel. Linstinct destructeur est évidemment la ^ase de l'envie, et, en général, de la disposition critique, malveillante, comme aussi du mauvais caractère. Quanta l'instinct constructeur» quoique n'ayant en vue que les convenances personnelles, comme les autres penchants égoïstes, il se prête mieux qu'eux à servir celles d'autrui, et est donc propre à être opposé à ces penchants.
Ainsi, nous voyons l'opposition 4es passions égoïstes entre elles. Mais, en outre, elles peuvent encore bien moins s'accorder avec tout altruisme, et d'autant moins que l'ordre de la personnalité est plus inférieur. Tout ce que l'égoïste pourra avoir de sentiments bienveillants, constituera encore évidemment une source de trouble et d'hésitation pourlui\ toujours partagé alors entre le désir de satisfaire ses passions, et, en tant que c'est en son pouvoir, les besoins ou les convenances de ceux auxquels il sera attaché. Et à vrai dire, ce qu'il aura de mieux à faire, ce sera de n'aimer personne, car sûrement personne ne l'aimera. Peut-être y en aura-tril qui
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par intérêt, calcul ou faiblesse, pourront faire à peu près comme s'ils Faimaient ; mais quels seront ceux , fussent-ils ses proches, qui du fond du cœur aimeront un avare ou un libertin, et môme un homme à un haut degré envieux, or* gueilleux, vaniteux, pu tout au moins Taimeront autant que s*il n'avait de tels défauts?
Des penchants altruistes, il en est tout autrement que des penchants égoïstes. L'attachement, la vénération, la bonté, bien loin d'être en opposition, s*entr'aident et se fortifient naturellement Ce que l'un de ces penchants inspire, les autres l'approuvent et y applaudissent. Poussant tous à des actes de même nature et concourant au même but , ils produisent dans la vie une harmonie autrement impossible. Sans doute, ces nobles penchants sont moins énergiques que ceux de régoîsme, mais quel charme supérieur dans leurs émotions ! Qui est plus heureux, de l'avare augmentant sa fortune, ou de cdui qui oblige, ou seulement revoit après quelque absence, une personne véritablement aimée?
Mais, si du point de vue individuel nous passons au point de vue collectif, nous verrons Tégoïsme bien plus défavorable encore à Tentente générale, qu'à l'harmonie particulière. Ce n'est en effet qu'aux dépens de ceux des autres que les. penchants personnels des uns peuvent se satisfaire. Si chacun tire à soi tant qu'i] peut, quelle source inépuisable de misères et de malheurs! que ce soit dû ou non, à votre naissance, ou à votre mérite, à votre habileté, peu importe, mais tout ce que vous attirez à vous manque à d'autres, que votre superflu, vos besoins excessifs et multipliés privent du nécessaire. Tant pis pour eux, sans doute: mais êtes-vous bien sûr que ce n'est pas aussi, dès à présent même, tant pis pour vous, et que plus tard cela ne puisse encore le devenir d'une autre manière?
L'altruisme, au contraire, est évidemment la source la plus sûre comme la plus solide garantie de tout accord et de toute
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entente. On a dit que la lociété n'était due qii*à IHatMt bien •ntMdo, qu'elle réiultait d\in cMitrat. Ah ) ii, pour ra^^roeber les liommes, 11 n'y avait en que llntéfèt, bien, très-bien entendu» jamais la société n'eût été possible, jamais elle n*eût existé et jamais surtout elle ne se fût perféctionnéa Qoe rhistoire vraiment doit paraître bisarre k oem qoï ne crwent pas au dévouement ) Quelle étrange manière de compreodre leurs intérêts avaient ees héros de la Grèce et de Rome, Godrus, Léonidas, liégulus, les Gracques et tant d'autres; puis ees martyrs chrétiens en nombre infini qui sans doute poovalent faire leur salut sans courir aux supplices; enfin tous oeux qui ont souffert pour la science, la philosophie, les idées modernes, pour le pro^i^, en un mot, de Galilée à GondoroetT Nous croyons donc, nous, que c^est Taltruisme qui a ivoduit la société, Ta maintenue, et la maintient encore au milieu des déchirements que suscitent des dis»* dences infinies el profondes sur les points les plus impo^ tants, sur les points nécessaires. C'est l'altruisme qui neus sauve, ou plutiM, c'est hii qui nous sauvera, car ce n'est pas encore Ikit : mais un peu plus tôt, un peu plus tard, il saura bien enfin nous tirer de ces doutes, de ces divergences qui finiraient par rendre toute société impossible.
Si les diiSIrents égolsmes se compriment mutuellem^t, mais en se combattant, il en est tout différemment de l'altruisme, car celui des uns excite celui des autres. Aussi c'est de son phis vaste essor, de son plus complet dévelof^ment que doit et peut seulem^t résulter le bonheur général, comme celui de chacun en particulier. Car l'accroissement, non sans doute Illimité, smis indéfini des nobles penchants de la sociabilité, en énergie et activité, eettoi^ours postale, et ne dépend que de notre ToloBté, sachant demander à la science positive les moyens de le pre- (hûre. Nous pouvons constamment approcher, sans pcavoir cependant l'atteindre jamais, de tel ^pe moral convenable*
ment choisi. Les éléments de Taltruisme, rattachement; la vénération , la bonté, étant les fonctions de trois organes de notre cerveau, sont soumis, en cette qualité, à toutes les lois de la vie. Or la plus sûre, et la plus importante, de ces lois est que Texercice fortifie les organes de la vie animale et que Tinaction les affaiblit. Ainsi donc plus on a aimé plus on aime, phis on est capable de le ftiire, et l'égoïsme dompté va toujours s^affaiblissant.
Cette loi que la solenee morale établit avee une si irrésistible évidence, est la base indestructible de Part morai, doat il BOUS reste à parier»
4192 QUATRlàMC PAJIT1£.