‹ Exposition coloniale de Marseille: La Tunisie et l'œuvre du protectoratChapitre 22 sur 38 · CHAPITRE X L*état économique · texte numérisé non relu

CHAPITRE X L*état économique

L'exploitatioD deB forêts lioinanialea. — Progrès de la coloniiation agricole.

— Augmentation da nombre des centres rnranz. — Les cnltnres de céréales.

— La Tignobla et la mévente des rina. — Les plantations d'oliviers et lea CDltores Imitidres. — L'élevage dn bétail. — Les pêcheries maritimes. — Les richessea dn sons-aol. — Décadence des industries indigènes. — Etat actuel des indnstriea enropéennes. — Importance dn mouvement commercial.

Quoique suffisamment pourvue de ressources naturelles, la Tunisie était cependant, avant rocciipation française, considérée comme un pays pauvre et hors d'élut de nourrir une population nombreuse. On oubliait volontiers qu'au temps de l'ancienne Rome cinq ou six millions d'habilanls avalent vécu sur cette terre, les uns adonnés à l'agriculture, les autres utilisant les richesses de la mer ou exploitant les minéraux cachés dans le sous-sol.

Les mauvais jours vinrent, il est vrai, quand disparut cette savante organisation administrative qui fit longtemps régner la paix dans le monde méditerranéen. Alors, les mines et les carrières furent abandonnées, les trésors enfouis sous les eaux de la mer furent négligés, la terre elle-même redevint inculte en de nombreuses régions et le vide se fit dans les campngnes désolées. La sauvagerie des Turcs et l'hicurie des ministres beyiicaux perpétuèrent cet état de choses jusqu'en 1881, mais sous cette apparente pauvreté les Français surent retrouver la richesse latente. Vaillamment, ils se mirent à l'ouvrage, et leurs efforts bien conduits rendent peu à peu aux cantons qui semblaient les plus déshérités leur antique prospérité.

Une des premières préoccupations de l'Administration du Protectorat fut de préserver les taillis et les forêts qui avaient échappé aux incendies allumés pendant les guerres ou causés par la criminelle négligence des pasteurs arabes. Avec 500.000 hectares de boisements, dont moins de 100.000 en arbres de haute futaie, la Tunisie est particulièrement exposée au ravinement des collines et à l'irrégularité du débit des sources. L'aménagement des forêts avait

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donc, en un pays aussi dénudé, une impoKance toute particulière poui' la colonisation agricole, sans préjudice des béiiélices tjue pouvait en retirer le Gouvernement.

Les Lioisemenls les plus étendus, les seuls, à vrai dire, qui ont actuellement une véritable valeur économique,sont les massifsde Khroumirie, d'une contenance d'environ 100.000 hectares : forêts de Feïdja et d'Aîn-Draham, forêts des Netza et des Mogod, puis quelques bouquets isolés au nord de Béja.

On nesaurait cependant passer sous silence les bois de Zagliouan et (le Hammamet, ceux de la haute vallée de l'oued Miliane, les forêts de l.a Kessera, des Zlass, de Sidi-Yousselet de l'oued Metle};, la forêt de Nebeur, les massifs de Ilaïdra, les massifs tie Mactar, le tout ayant une contenance d'environ 30.000 hectares; la forêt de Feriana, d'une superficie de 50.000 liectares, et enliu les 15.000 hectares de Cheba, entre Mahdia et Sfax.ïl faut aussi signaler dans le sud le massif unique d'acacias gommifères de Thala.

Deux essences principales, le chêne-liège et le chêne zéen, couvrent les parties supérieures des montagnes du nord, dont les pentes inférieures sont peuplées de broussailles et d'oliviers sauvages. Le fond des vallées est occupé par l'aune, le saule, le peuplier blanc, le peuplier noir, le houx, etc. De maigres taillis de ihênes verts couvrent aussi les hauteurs moyennes.

Les boisements du sud sont en moins bon état, mais renferment encore de superbes massifs de pins d'Alep et de chênes verts, qui se dressent au milieu de buissons d'oliviei-s sauvages et de tliuyas.

En liège de reproduction, bois d'usuvre des massifs de chênes zéenSjécorce à tan, charbons de bois, etc., les forêts tunisiennes ont l'apporté, en i904, plus de 1. 100.000 francs, Umrlis que les dépenses du Service, y compris la fixation dos dunes domaniales, n'ont pas dépassé 583.200 francs, l^es bénéfices de l'exploitation serontencore plus considérables quand l'aménagement des massifs sera complètement terminé.

Dans les régions de steppes, les immenses étendues d'alfa font aussi l'objet d'une exploitation rationnelle très rémunératrice. L'alfa roussia s'exporte principalement en Angleterre pour la fabrication du papier, et l'alla maboul est surtout utilisé par les in-

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(iigènes pour les travaux lie sparterie. Des usines viennent d'être créées à Tunis et à Soiisse pour l'utilisation sur place de cette précieuse plante, dont l'exportation dépasse déjàun million de Trancs.

Mais l'initiative privée a surtout porté son elTort sur les parties cultivables du sol de la Régence. Sans doute, la charrue n'a pas encore entamé toutes les régions susceptibles d'êti'e défrichées; l'œuvre de régénération est néanmoins commencée. Déjà l'on peut mesurer le chemin parcouru et constater l'importance des résultats acquis. Plaines du Khanguet et du Mornag, vallées de la Medjerda et de l'oued Miliane, collines du Gouhellat et du Cap-Bon, Sabet de Sousse et de Sfax, partout ta colonisation s'implante en maitresse, modifiant ia physionomie du paysage, empiétant sur la steppe, faisant même parfois reculer les sables du désert. L'indigène, étonné tout d'abonl, presque inquiet de ces progrès incessants qu'il re<{ardait sans comprendre, s'associe peu à peu à ce mouvement de conquête pacifique. A. l'exemple de ses voisins européens, il perfectionne ses procédés de culture et ses méthodes d'élevage. Les foires aux chevaux de Kairouan et les concours agricoles de Tunis, Sfax, Béja.Mateur, témoignent dès maintenant de la valeur de nos exemples.

A l'inverse de ce qui s'est passé en Algérie, les campagnes tunisiennes furent d'abord occupées par des pi-opriétaires français possédant de vastes supeilicies et capables de consacrer à la mise en valeur de leurs domahies des capitaux tinportants. Cette première forme de la culoiiisaUon eut poiu" effet la constitution dans le nord de la Régence de quol(iues îlots presque exclusivement alTectés aux plantations de vignes et à la culture des céréales. Un nombre restreint de nos compatriotes, aidés par une main-d'œuvre italienne ou indigène, vivait sur ces «henchirsft.On ne comptait, en 1885, que 136 propriétés françaises s'étendant sur 212.8H hectares. Encore est-il bon d'ajouter que le domaine de l'Enlida, appartenant à lu Société Marseillaise, ligure à lui seul pour cent mille hectares sur ce total. La promulgation de lu loi sur l'immatriculation foncière eut pour elTet d'accroître rapidement ce nombre dans les cinq années suivantes, et, en 1890, on trouve 505 propriétés françaises formant une étendue de JiSD.OOO hectares. Le progrès

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n'est guère sensible jusqu'en 1893, puis la mise en valeur des terres sialines marque une nouvelle étape; en ISO?, on compte un millier de propriétés Irançaises. Enfin, l'aliénation des autres teiTes domaniales, les concessions de liabous, les facilités de tous genres accordées par l'Administration afin de favoriser le peuplement des leires arables transforment peu à peu le mode primitif de coloiiis;it'on,provo(|uent la naissance de groiipemeids où domi-

LB GOUnBLLAT : HABITATION D UN COLON FRANÇAIS

nerit les moyens et les petits propriétaires, si bien qu'aujourd'hui on note l'existence de plus de 1 .600 domaines, d'une superficie totale de 637.000 hectares.

Pendant que se produisait cette évolution de notre système de colonisation agricole, les étrangers ne restaient pas inactifs, et 80.000 hectares passaient aux mains des Italiens et Européens de nationalités diverses.

Sous l'influence de ces multiples causes, les villages commencent

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à surgir dans les pays à céréales ou dans les régions de culture arbustive. Tantôt ces petits centres agricoles sont presque entièrement composés de Français : tel est le cas au Goubetlat, à La Mornaghia,"'à Bir-M'cherga,âOusseltia,à Maknassy,à La Merdja de Souk-el-Khemis, à Bir-Meroua, à Dar-Djendi et à Triaga, anciens domaines de l'Etat mis à la disposition de nos compatriotes par la Direction de l'Agriculture. Tantôt, au contraire, les groupements sont surtout formés par des paysans italiens installés sur des parcelles provenant du lotissement de vastes propriétés particulières. Ainsi furent constitués les centres de M'rira, Chaouat, Saîda, Oued-el-Lill, Zaïana, Birine, Sedjoumi, Bordj-el-Amri, Farcine, Reyville, Bou-Ficha, Semech et Nianou, etc. Mais dans l'un comme dans l'autre cas, c'est le démembrement des grands domaines qui a rendu possible l'installation sur le sol tunisien d'agriculteurs disposant seulement de modesies ressources.

Le long des voies ferrées, auprès des anciennes villes indigènes, se sont aussi réunisdes colons européens vivant surtout du travail de la terre, soit comme possesseurs du sol, soit comme métayers, fermiers ou même comme simples manœuvres. Ainsi s'explique le subit développement de Ghardimaou, Souk-el-Arba,Souk-el-Kliémis, Béja, Tebourba et tant d'autres points dont la fortune est toute récente. Le même phénomène se manifeste aux abords des stations de la ligne de Tunis au Kef,à peine ouverte à la circulation, et l'on n'a pas encore achevé la voie de Sousse à Aîn-Moularès que déjà des villages de colonisation, comme Sidi-Naceur-AUah, sont en création dans les endroits les plus favorables.

C'est le début d'une ère de prospérité pour la Régence, car la multiplicité des centres agricoles et l'incessante augmentation du nombre des villages auront pour etlet immédiat de hâter le peu* plement français, d'accroître les sources de production, par suite, dedonner au commerce local et au mouvement des échanges extérieurs des éléments de prospérité qui parfois encore lui font défaut.

Le caractère général de cette évolution apparaît nettement

0)11 y a aussi à La Mornaghia qd petit groupement de colons italieDS.

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quand on étudie la marche des emblavements et des plantations sur toute l'étendue de la Régence. On est amené, en elTet, à constater que non seulement les progrès de la colonisation ont eu pour conséquence de livrer à la culture des emplacements autrefois abandonnés, mais encore que les indigènes tendent aussi à diminuer dans une forte proportion les espaces jusqu'ici laissés on friche autour des douars. La mison en est que la présence des Européens les incite au travail et qu'ils ont en même temps des facilités plus grandes pour la vente de leurs récoltes ou de leurs bestiaux.

A l'appui de celte assertion, il suffit de citer les chiffres donnés par les rapports officiels, a Des pluies abondantes, dit un de ces documents, étant tombées à la lin de l'hiverlSQO-lOOO, avaient encouragé les indigènes à faire d'importantes semailles de céréales. Les surfaces emblavées ont été, en eiïel, de 429.288 hectares pour lo blé et de 3'f0.137 hectirespour l'or^'C, soit, comparativement à l'année précédente, une augmentation de 0l.5iK hectares pour le blé et de 20.762 hecUires pour l'orge, n Cinq ans plus lard, sans changement appréciable ilans tes conditions atmosphériques, les sni'faces emblavées sont de 493.015 hectares pour le blé et 482.058 hectares pour l'orge. On constate aussi que les ensemencements en avoine ont été chaque année en augmentant considérablement, passant de 8.012 hectares, en 1900, à 20.735, en 1903, et 48.181 en 1904. Enlin, il semble que les indigènes, encouragés par les résultats obtenus, se préoccupent d'imiter les colons européens et de pratiquer également cette culture si rémunératrice.

Si l'on songe que la superficie des terres susceptibles d'être mises en valeur par l'agriculture et l'élevage est d'environ huit millions d'hectares,"' on se rendra compte, par les chilîres précédents, des progrès déjà réalisés. Plus d'un million d'hectares emblavés dans un pays où partout le système des jachères est en usage, cela représente, en elïet, au moins deux millions d'hectares alternativement atïectés au pâturage et à la culture.

a Le vignoble comportait, d'autre part, au début de l'année 1900,

mNotkcp.l.

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une supterficie de 16.000 hectares en chilTresromls; les plantations d'oliviers, 220.000; de palmiers, 19.000; etc. » Les espaces vides diminuent ainsi peu à peu d'étenilue devant la patiente énergie du colon ; mais que de mornes solitudes encore à conquérir par la charrue! que de plaines dépoin'vues de véf<étation arbustive, de collines aux flancs décharnés à recouvrir de richeH plantations !

C'est au moyen de la vigne et de l'olivier que cette œuvre si intéressante a été surtout entreprise. La Tunisie est, en efTet, par son sol comme par son climat à saisons tranchées, le piiys de prédilection des cultures arhnstives. De plus, les ravages .du phylloxéra

LE MUNCHAR ; UNF. 1>

en France eurent pour conséquence de provoquer un vériljihie engouement pour la vigne dans toute l'Arrique française du Nord, car l'on espérait y échapper à la poursuite du redoutable insecte et combler par la production algéro-tunisienne le déficit des récoHes de la métropole.

En quinze ans, on planta en Algérie près de cent mille hectares. Sans doule, l'efTort accompli dans la Régence ne sauniit être compiiré à celui de la colonie voisine, où la population agricole était plus dense; mais en 1882 le vignoble européen n'occupait guère que 1CXJ hectares sur le territoire de la Tunisie ; dix ans après, on pouvait noter l'exploitation d'un vignoble de5.475hectares,et enfin,

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en 1904, on comptait 14.107 hectares en plein rapport, auxquels il faut ajouter environ 1.700 hectares appartenant à des propriétaires indigènes, soit au total 16.000 hectares, pouvant donner, dès maintenant, environ 300.000 hectolitres de vin. On signalait cette même année que, « par suite de l'état pléthorique du marché français et des grèves qui avaient entravé les envois, la vente des vins avait été particulièrement dilficile et que les cours moyens n'avaient guèredépassé 8 àlO francs l'hectolitre. B Doit-on voir là un (ait accidentel ou, au contraire, les conséquences de la reconstitution du vignoble métropolitain ? La persistance de cette baisse de prix tend à prouver qu'il s'agit bien d'un phénomène économique d'ordre général. Les colons tunisiens auront désormais quelque peine à écouter leurs produits sur le marché français, à moins que, suivant les conseils des maîtres expérimentés en la matière, ils ne se décident résolument à faire choix pour leurs plantations d'espèces pouvant donner des vins de coupage ou des vins liquoreux. Reste, il est vrai, le marché extérieur, et particulièrement les pays de l'Europe septentrionale ; mais l'adoption de nouvelles mœurs commerciales est nécessaire pour pénétrer dans ces milieux encore mat connus de nos compatriotes. Souhaitons que la crise de mévente soit l'occasion de cette transformation si désirable de nos méthodes de propagande commerciale à l'étranger.

On peut, en résumé, répéter aujourd'hui ce qu'écrivait il y a dix ans M. Paul Bourde ; «L'histoire de la viticulture en Tunisie (celle de la viticulture algérienne est la même) se partage en trois phases : période d'engouement pendant laquelle ont été constitués ces immenses et beaux vignobles dont quelques-uns ont plus de 200 hectares (le plus grand en a 500) ; période de découragement causé par l'abaissement du prix des vins qui a déçu les espérances des planteurs, mats qui, en Tunisie du moins, n'a amené aucune catastrophe, car tous les colons ont tenu bon quand même ; enfin, période qu'on pourrait appeler période de progrès et de sagesse. La marge des bénéfices s' étant rétrécie, on s'ingénie à la réélargir en améliorant la culture et en améliorant la vinification > et aussi, pouvonsnous ajouter, en choisissant mieux les cépages, en créant des types de vins différents de ceux de ta métropole. « Si l'on n'en est plus

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aux rêves d'il y a quinze ans, on envisage l'avenir avec confiance.

ï Conduite avec la prudence que réclame toute entreprise agricole, Taite avec le souci de ne rien négliger des perfectionnements révélés par l'expérience, la viticulture, remise à son rang après ces hauts et ces bas > continueraà nous apparaître comme une des industries les plus propres c à attirer et à fixer dans notre possession les colons français » '"

L'olivier est pour le centre tunisien ce que la vigne est pour le nord. S'il est téméraire d'affirmer avec la légende que l'introduction de cette plante précieuse chez les Liby-Phéniclens soit due à Annibal, il est hors de doute en tout cas que les Carthaginois retiraient déjà d'énormes revenus des olivettes qui couvraient le pays. Plus lard, quand les Romains établirent leur domination sur l'Afrique, la culture de l'arbre consacré à Minerve gagna toute la Byzacène. Une immense forêt d'oUviers s'étendait du Sahel de Sousse et de Sfax jusqu'aux montagnes de Tébessa et du Kef Partout sur le vaste territoire compris entre ces divers points se dressent les ruines d'innombrables huileries. Çà et là quelques îlots d'arbres centenaires subsistent même encore, muets témoins des invasions passées. Ce sont les pasteurs arabes'^* qui ouvrirent ces énormes brèches à travers les rangs serrés des vieux plants si respectés des anciennes populations ; c'est devant les troupeaux que peu à peu la culture arbustive disparut pour faire place aux herbes de la steppe. Sur quelques points seulement les populations vivant de l'olivier réussirent à se maintenir,particulièrement le long du httoral. ^fais telle était l'importance de cette forêt si vantée que ses débris suffisent encore aujourd'hui à classer la Tunisie comme le premier pays oléicole du monde.

Près de dix millions d'arbres* ont été recensés pour l'établis-

(1) Voir dans La France «irHn(ïte,publiéesous la direction de Louis Olivier: ■ La Viticulture eo Tunisie *, par Paul Bourde, p. 160.

t!) Et aussi ta sauvage méthode défensive des Berbères de la Kabéna, reine des tribus de l'Aurèa, (3) Biact«ment 9.526.567, se décomposant ainsi :

Sauvageons 711 .586

Gi-effés, âgés de moins de 20 ans 1 .5S2.326 Greffés, âgés de plus de 20 ans . . 7.232.655

TOTAt 9.526.567

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sèment de l'impôt ccanoun» "à percevoir pendant l'année 1902. La production et la culture varient selon les régions. Rien n'est plus différent d'aspect qu'une olivette du nord de la Régence et un des grands vergers du Sahel de Sfax. D'une pari, des plantations serrées comptant jusqu'àlSO et même 150 arbres à l'hectare ; de l'autre de larges espaces intercalaires ménagés le long des rangées d'arbres dans le but de favoriserle développement des racines et la croissance (les branches, mais ne permettant guère de planter que 18 à 20 unités à l'hectare. "' Les olivettes du Sahel de Sousse, qui comptent jusqu'à 60 pieds à l'hectare, forment comme une sorte de transition entre les deux systèmes précédents.

Pour s'expliquer une telle diversité dans les méthodes de culture, il suffit de sonper que le régime des pluies est essentiellement variable selon les régions, et que le degré d'humidité du sol est beaucoup moindre dans les environs de Sfax qu'autour de Tunis.

On a constaté aussi que les plantations du noi-d sont en général assez mal entretenues. Longtemps on attribua ce fait à la nature de l'impôt perçu, consistant en une dîme sur le produit de la récolte au lieu d'une taxe par pied d'arbre, comme dans le sud. On distinguait ainsi les pays d'achour et les pays de kanouti. Dans ces derniers seulement, disait-on, l'agriculleur était encouragéâsoigner ses arbres. En réalité, les causes fiscales ne suffisent pas à expliquer l'état d'infériorité des olivettes de la Tunisie septentrionale' Les raisons de ce phénomène résident dans le grand nombre de biens habous soustraits à la vigilance de leurs propriétaires, dans rinsuffisance de la Ghaba''' à remplacer l'initiative privée, dans un mode défectueux de plantation serrant les arbres à tel point qu'ils ne peuvent être suffisamment aérés et rendent plus difficile le labour; la taille elle-même est mal comprise, et la cueillette des olives se fait par gaulage au lieu d'être effectuée à la main.

De là, des rendements insuffisants que l'administration s'est efforcée d'améliorer par une réforme de la Ghaba, l'emploi de nouveaux procédés de taille, une surveillance plus efficace des cultures

(1) OrdiDairemeot dix-sept.

(2) AdmiDistration des forêts d'oliviers.

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et de la cueillette, puis en dernier lieu la suppression de l'achour et son remplacement par le kanoun.

Duiis les olivettes duSahel de Soussc,qui compte environ quatre millions d'arbres, l>ien des perfectionnements ont éLé aussi réalisés. L'indigène est bon cullivateur ; il soigne ses arbres avec amour, et partout où la terre, trop forte, menace de se fendiller sous l'action de la sécheresse, il s'ingénie par un système de levées en terre furmant déversoirs, à ne rien perdre des eaux du ciel.

d'ouviebs a sfax

Mais c'est autour de Sfiix que la culture est incontestablement la plus perfectionnée. Des hauteurs de Bokkal-cI-Beïda, aussi loin que s'étend la vue, on aperçoit des files d'arbres admirablement alignées, séparées les unes des autres par un terrain soigneusement labouré et débarrassé de toutes plantes parasites. On estime que, depuis douze ans, prés d'un million d'oliviers sont venus s'ajouter à la forêt ancienne par les soins de la colonisation européenne.

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Les Français, notamment, ont fait de grandes acquisitions de terres sialines et, soit en employant des métayers indigènes, connus sous le nom de m'r/iarçi,soiten confiant àun gérant ta direction de leurs domaines. Ils ont développé l'oléiculture au point que la zone connplantée s'étend aujourd'hui à plus de 50 kilomètres de la ville.

M. Bourde a dit justement que «sans aucun ensei(,'nement du dehors, par le seul effet de ses observations, l'intelligente et laborieuse population de Sfax est arrivée à porter la culture de l'olivier à un degré de perfection tel que la science agricole européenne n'a rien à corriger ni rien à ajouter à ses procédés d.

En effet, 12 ou 20 arbres à l'hectare donnent au Sfaxien un leven u plus grand que SOdans le Sahel ou 100 à 120dan3 le nord. S'il ii'entre pas dans le cadre de cette étude de passer en revue tous les soins dont un olivier peut être l'objet dans la région de Sfax, il est bon de dire que l'ingéniosité des habitants n'a rien négligé pour placer l'arbre dans les meilleures conditions d'air, de lumière, d'humidité et de chaleur, et obtenir ainsi le maximum de rendement.

Plus au sud, la forêt d'oliviera n'est plus continue, mais on remarque encore d'importants massifs de plants à Djerba, dans le gouvernement de l'Arad, dans les oasis du Djerid et même en quelques points du centre, autour de Kairouan par exemple. 11 n'est pas .jusqu'au Kef et à Mactar où cet arbre si utile n'apparaisse comme une appréciable ressource pour les habitants.

Les deux à trois cent mille hectolitres d'Iiuile annuellement produits par la Tunisie doivent donc être considérés comme un minimum suceptible d'être considérablement augmenté dans un avenir prochain.

Là qualité des huiles d'olive tunisienne s'est améliorée également beaucoup par l'emploi des procédés perfectionnés en usage dans les grandes usines du littoral. A Sfax, comme à Sousseet à Mahdia, on est parvenu à se débarrasser des mai^arines en excès qui ôtaient aux huiles leur limpidité et les rendaient parfois impropres à l'industrie des conserves.

La Tunisie peut désormais fournir au commerce d'exportjitioii un liquide capable de rivahser en bonté avec les meilleures huiles de Nice.

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Dans l'extrême Sud, l'arbre par excellence est le dattier. Recouvrant de ses hautes palmes flexibles un triple otage de végétation, qu'il protège des brûlantes ardeurs du soleil, il fournit en même temps aux habitants des oasis les matériaux nécessaires à consolider leurs habitations, les fibres dont ils se servent pour leurs travaux de sparterie, les fruits qui aident à la nourriture de leurs fannilles. Les plus belles espèces de dattes, notamment la variété € deglat-en-nour »,sont réservées pour l'exportation. Elles proviennent surtout du Djerid. Sur quinze cent mille palmiers que l'on a recensés en Tunisie, il y en a moins de trente mille donnant les fruits transparents si recherchés enEurope, mais le nombre de ces derniers s'accroît assez rapidement, en raison même de l'extension prise par le commerce des dattes depuis l'ouverture du chemin de fer de Sfax-Gafsa et l'annonce de son prolongement jusqu'à Tozeur.

La plupart des arbres fruitiers du midi et du centre de l'Europe prospèrent aussi dans la Régence. Le figuier y donne des fruits particuUèrement réputés; il en est de même de l'amandier. Dans tout le bassin méditerranéen,tes pistachiers de Sfax sont célèbres. A Hammamet et à Nabeul, il y a profusion de citronniers et d'orangers.

La culture des fleurs à parfum est aussi en voie d'extension, et l'on peut signaler la création en Tunisie de fabriques dirigées par des Européens qui obtiennent, par distillation des plantes, diverses essences de qualité très supérieure aux eaux de rose et de fleurs d'oranger apportées sur le marché par les indigènes.

Enfin, un Syndicat d'initiative des Primeuristes, institué sur le modèle de celui qui fonctionne avec tant de succès à Oran, est en train de révolutionner les cultures maraîchères et fruitières. L'émulation des producteurs, surexcitée par la certitude aujourd'hui acquise de pouvoir écouler leur récolte à l'étranger, en Suisse particulièremenl, ainsi que dans toute l'Europe centrale et septentrionale, a pour effet de les pousser à la recherche des espèces nouvelles, tout en améliorant par une technique plus savante la qualité des fruits et légumes qu'ils savent déjà convenir au sol et au climat.

Diverses cultures sarclées, comme celles des fèves, des pommes

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de terre, du lin, elc, plus rarement celle du tabac, sollicitent é-ialement dans certains cas l'activité du colon.'"

Avec les céréales, la vigne et l'olivier, l'élevaye constitue une source de proFitâ importants pour la population tunisienne. Les fourrages naturels sont, en efTet, abondants dans presque tous les pays du nord, t où le sol se recouvre, en hiver, d'une végétation spontanée qui permet d'engraisser un nombreux bétail et peut, consenée par l'ensilage, fournir en été une nourriture fraîche aux animau.v. »'-' Dans la région du Haut-Tell et dans les steppes .Ui centre on entretient aussi des troupeaux considérables de moutons et de chèvres. Malheureusement, les procédés d'élevage sont encore très défectueux : manque d'abris, absence de soins vétérinaires, mauvaise méthode de croisement et de sélection, nul approvisionnement de fourrage en prévision de la saison sèche. II en résullf une elfrayanle mortalité lorsque la chaleur ou le froid soni excessifs, et de brusques diminutions des elfeclifs d'animaux sur toute l'étendue de la Régence. «

On a vu, eu moins de six aimées (1805-1001), le nombre des mou* tons tomber de 1.200.000 à GOO.OOO environ, puis remonter bienlôl vers le chilTre primitif, pour atteindre 1 . HW.OOO en 1904. Pareille fluctuation a été observée pour les chèvres et pour le gros bétail. On évalue à près de GOO.OOO le nombre de chèvres, à environ 1 50.000 celui de chameaux, mais il y a moins de 200.000 bovins, et on ne compte guère que 3Ô.000 chevaux, Ifl.OOO mulets et 200. 000 ânes. Les porcs ne dépassent pas 10.000.

I^ troupeau tunisien n'est donc pas considérable. Aussi le Gouvernement s'esl-il préoccupé de prendre une série de mesures tendant à favoriser les éleveurs. Il les encourage par des primes et des récompenses diverses à améliorer les l'uces existantes et à introduire des types nouveaux. C'est ainsi qu'aux moutons à grosse queue s'est substitué en certaines régions le mouton à queue ("me dont la viande est plus recherchée et la laine plus délicate. Pareillement, la sélection et le croisement ont donné de bons résultats dans l'élevage du cheval barbe.

(I) .\utiee,[i. l'3.

G) Notice, p. tu.

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Les indigènes ont été, de la sorte, encouragés à augmenter le nombre des animaux. De leur côté, les colons, a dont l'installation u tout d'aboi'd constitué, en général, un obstacle pour le développement des troupeaux appartenant aux indiffènes, paraissent vouloif se mettre à pratiquer l'élevage. » Ils ont même créé récemment une « Association des Eleveurs du Nonl de la Tunisie »; cette so-

PO.NKï UIÎS NEl'ZJ

ciété s'occupe surtout de la défense des intérêts des éleveurs de porcs, mais n'en est pas moins l'indice d'une transformation prochaine des méthodes, « susceptibles d'atténuer heureusement les variations considérables constatées, selon que les conditions naturelles sont favorables ou non, dans TelTectif des troupeaux. ï"'

La faune marine constitue aussi pourles habitants une ressource qui n'est pas à dédaigner, car les eaux du littoral tunisien sont ex-

II) Bapport au Président de la République, 11)04, p. %.

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trcmeraent riches en espèces animales. Depuis les temps les plus anciens, la pèclie y est une industrie llorissante. Il suflit, pour s'en convaincre, d'admirer les mosaïques du Bardo où sont retracées de si curieures scènes de la vie maritime à l'époque romaine.

Aux populations indigènes des côtes sont venus se mêler peu à peu des pêcheurs grecs, siciliens ou maltais qui font la cliasse aux espèces migratrices ou s'occupent de la cueillette des éponges. Les pêches maritimes continuent à êti'e une des richesses de la Tunisie. Outre les espèces communes avec l'Algérie, les eaux tunisiennes contiennent d'autres ressources qui font l'objet d'importantes exploitations.

Les thons y afiluent, et plusieurs madragues ont été installées sur divers points du littoral pour les capturer. Ces établissements, qui n'ont pas de similaires en France, constituent de véritables usines munies de tous les perfectionnements modernes pour la mise sous huile du poisson. Certains arrivent à préparer en vingt-quatre heures jusqu'à 800 thons d'un poiils moyen de 80 kilogrammes chacun.

La madrague de Sidi-Daoud, calée dans le golfe de Tunis, à 57 kilomètres de La Goulette, est l'établissement de ce genre le plus important qui existe sur le littoral île la Régence.

Il y a été capturé, en 1904, iO.800 tlions, pesant 803.610 kilogrammes, valant à l'état frais 200.000 francs. La plus grande partie du produit «le la pèche est consei-vée à l'huile.

Tant en mer qu'à terre, le personnel employé pendant la saison de pêche, qui dure d'avril en juillet, est de 260 hommes.

Les thonaires de la Régence ont capturé, pendant la campagne de pêche 1904,29.000 thons, pesant 2.'404.5lX) kilogrammes.

Les fonds desilesde LaGalitesont riches en langoustes. La production a été de 8L500 kilogrammes en lOOi.

Autrefois très active, la pèche du corail a été abandonnée par suite de l'abaissement du prix dû à la fabrication du faux corail.

Sur les bancs des îles Kerkenna,les poulpes sont abondants. Les pêcheurs indigènes en consomment une partie sur place. L'autre partie est séchée et expédiée en Grèce, où ce mollusque constitue, à l'époque du carême de la religion orthodoxe, la nourriture presque

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exclusive de la population peu fortunée. En 190i, l'exporlation des poulpes secs s'est élevée à 342.000 kilogrammes, d'une valeur de 327.000 francs.

Le golfe de Gabès recèle de vastes gisements d'épongés que l'on pèche au trident, au scaphandre ou à la gangava. En 1904, la pèche des éponges a produit 106.500 kilogrammes, d'une valeur marchande de 2.200.000 francs.

Enfin, les grands lacs salés du littoral tunisien ont été amodiés à des industriels qui les exploitent d'une façon plus rationnelle et ont ainsi réussi à en augmenter la production dans des proportions considérables. Le lac de Tunis, par exemple, qui du temps de la pèche libre fournissait à peine 200.000 kilogrammes de poissons, en a jeté, en 1904, 609.000 kilogrammes sur les marchés de Tunis et de France.

L'industrie extractive contribue pour une large part au développement industriel de la Régence.

Les mines de plomb et de zinc, dont les plus importantes sont : IedjebelReças,leKhanguet-Kef-Tout,Sidi-Ahmet,Fedj-el-Adoum, Sidi-Youssef, Fedj-Asséne, djebel Ben-Amar, djebel Touila, etc., occupent à elles seules un personnel total de 3.500 ouvriers, dont le salaire annuel dépasse 2 millions de francs ; elles produisent annuellement 58.000 toimes de minerais divers, dont la valeur, aux points d'embarquement, est supérieure à 7 millions.

Récemment encore concentrée à Gafsa, l'exploitation des phosphates donne lieu, de son cùté, à une exportation annuelle de plus de 500.000 tonnes, représentant une valeur de 9 millions à la sortie de lu Régence. Ce chiffre d'exportation est appelé à s'accroître rapidement, par suite de la mise en exploitation des importants gisements de phosphates de Kalaat-Senane, Kalaat-Djerda, du Redeyef et d'Ain- Mou I ares qui vont ajouter leur important contingent au tonnage des gisements du Metlaoui.Plus de 2,000 ouvriers sont occupés à riieure actuelle par celte industrie, pour un salaire annuel de près de 2 millions.

L'extraction de la pierre à bâtir, des matériaux de ballast et d'empierrement et des autres produits de carrière fournit annuellement 900.000 tonnes de matériaux, dont la valeur aux lieux d'emploi est

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- leode 6 à 7 millions. Environ i .500 ouvriers sonl occupés par cette industrie.

Enfin, d'importants gisements de fer et de manganèse, découverts dans ces dernières années, vont être mis sous peu en exploitation. On peut, dès à présent, évaluer à 500.000 tonnes au minimum l'appoint que fourniront les seuls gisements du Zrissa et du Siata au chiffre d'exportation annuel des minerais de provenance tunisienne.

Les sources minérales et thermales sont très nombreuses. Les plus renommées sont celles d'Hammam-Lif et de Korbeus, où l'on soigne les maladies de la peau, les affections syphilitiques, les douleurs rhumatismales. Spécialement aménagée par les soins d'une Société concessionnaire, la source de Korbeus, déjà si fréquentée par les indigènes, est appelée à devenir un centre curatir de premier ordre pour les Européens.

Quelques salines concédées à des particuliers sont également en exploitation. Les trois principales sont celles de Ras-Dimas, qui exporte environ 7.000 tonnes ; de Zouïla, avec2.(XX) tonnes, et deSidi- Salem, avec 4.000 tonnes.

Dans l'évolution économique de la Tunisie, le fait le plus important de ces dernières années est le subit développement des exploitations minières. Une véritable fièvre s'est emparée des habitants après les découvertes successives de gisements de phosphates, de zinc et de plomb ayant enrichi les inventeurs et donné de magnifiques bénéfices aux sociétés concessionnaires. Des milliers de demandes de permis de recherches affluèrent à la Direction des Travaux publics. Mais cette Administration, soucieuse du bon renom de la Régence et désirant aussi éviter à de nombreux solliciteurs les désillusions si fréquentes en matière de prospection, ne délivra ses permis qu'à bon escient. Hle fut amenée cependant à en distribuer plus de 500 en 1901 et, l'an dernier, elle donna encore plus de 100 autorisations.

Les conséquences immédiates des progrès accomplis par l'industrie minière ont été la formation de nouvelles compagnies et l'importation en Tunisie de capitaux considérables appartenant à des Français ou à des Italiens. La construction des voies ferrées

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dans la direction des Nefza, du Kef, de SbeïUa n'a été possible que par l'octroi des concessions de mines ou la mise en adjudication des gisements de phosphates. En sorte que la colonisation agricole elle-même a été singulièrement facilitée par la mise en valeur du sous-sol. L'Etat Tunisien a ressenti les bons efTets de cette activité en recueillant immédiatement des plus-values d'impôts auxquelles s'ajouteront plus tard les redevances fixées par les contrats passés avec les Compagnies minières.'*'

En dehors de l'oi^anisation du travail dans les mines, on ne peut guère signaler en Tunisie de grandes industries. L'absence de houille et la pénurie des eaux courantes se sont opposées jusqu'à ce jour à la naissance de véritables cités industrielles hérissées de hautes cheminées d'usine et abritant une nombreuse population ouvrière. Les indigènes n'en sont guère qu'au stade de l'industrie familiale et sont tous des gens de petits métiers, artisans groupés en corporations moyen nageuses, avec un € aminé » à leur tête, et soumises à d'étroites et minutieuses réglementations. Fabricants de chécliias, moulineurs et tisserands de soie, de coton ou de laine, teinturiers, selliers, forcerons, menuisiers, parfumeurs, orfèvres, potiers ou tanneurs, emploient des procédés rudimentaires qui ne leur permettent plus guère de soutenir la concurrence des ouvriers d'Europe. Le tannage, par exemple, est si long et si coûteux, que l'indigène tunisien a un avantage évident à exporter les peaux et les cuirs à l'état brut. Le Iravail du cuir ne nourrit plus l'ouvrier, si bien que la fameuse corporation des selliers voit diminuer de jour en jour le nombre de ses représentants. A Kairouan, où se fabriquent ces tapis si universellement réputés pour la solidité de leur tissu, leurs teintes inaltérables, la beauté de leurs dessins, on a imaginé en certains endroits de substituer les couleurs [d'aniline aux couleurs végétales pour compenser la baisse des prix. Sans doute, les frais généraux de fabrication ont été diminués, mais aux dépens de la valeur du produit. La réforme est d'autant plus malheureuse qu'il s'agit en quelque sorte d'une industrie de luxe, moins exposée à la concurrence européenne, et pouvant encore exporter ses produits dans le monde entier.

(U V. Tableau des concessions de mines, page 189.

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Les céramistes i!e Nal)eiil,qiii livrent au commerce dés poteries communes ou des vases curieusement émaillés, ont modifié leur fabrication et leurs modèles d'après les indications d'artisans français, mais les fabricantsd'essences ou de savonnerie persistent dans l'emploi de méthodes absolument surannées. Presque partout on constate ainsi l'impuissance des artisans musulmans à renouveler les procédés que leur ont transmis les ancêtres. Certaines industries indigènes n'ont plus guère qu'un intérêt de curiosité. Peut-être fundrait-il, non pas tenter de les vivifier à nouveau et de maintenir arbitrairement certains usages, mais apprendre aux jeunes générations la pratique des métiers européens, seul moyen d'amener la tiansformation du régime actuel et de donner aux colons la maind'œuvre indispensable à un développement rationnel et continu de l'industrie.

Peu de métiers, en effet, sont encore exercés par les Européens, mais presque tous visent exclusivement à satisfaire les besoins locaux. Fabriques de pâtes, minoteries, brasseries, distilleries, usines métallurgiques travaillent uniquement pour les consommateurs tunisiens. Seules les grandes huileries modernes du Saliel de Sousse et de Sfax, de Tunis ou de Tebourba se préoccupent des besoins <le la clientèle extérieure. Quelques industriels traitent aussi les giigiinns par le sulfure de carbone; ils ont à leur disposition environ r>0.(X)0 tonnes de matière première chaque année. Dans presque tontes les huileries on se livre également à la fabrication du savon, et déjà la Tunisie fournit des produits renommés.

Il semble que la vinification devrait également trouver sa place dans une énumération des industries tunisiennes, mais, en réalité, la fabrication du vin, telle qu'elle est actuellement comprise, est plutôt une branche de l'économie rurale. Chaque domaine a sa cave, son chais et transforme lui-même plus ou moins scienlifiquement les produits du vignoble. Ce qu'on peut signaler ici, c'est l'emploi de plus en plus général des moyens perfectionnés pour régler la fermentation des moûts, comme pour fouler et égrapper le raisin. Certains domaines ont des installations de premier ordre, avec des macliines permettant d'écraser jusqu'à 100 et 120.000 kilos de raisin par jour, des cuves de 100 hectolitres, des appai-eils de réfrigé-

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i-ation par circulation d'eau froùle, des laboratoires munis des instruments les plus délicats. '"

Ce sont du reste les produits agricoles ainsi transformés, huiles, vins, qui, avec les céréales et le bétail, constituent encore les principaux objets d'échange de la Tunisie avec les pays étrangers. Mais, d'année en année, s'allonge la liste des marchandises à l'importation comme à l'exportation, et cet accroissement du commerce générai de la Régence doit être considéré comme une conséquence des réformes administratives et comme un indice très sùrdes progrès du mouvement de colonisation.

Pendant la période 1875-1880, le commerce total, importation et exportation réunies, atteignait à peine 2'2.900.(XX) francs comme moyenne annuelle. En 1887-1889 on relève déjà le chiffre de 50 militons, supérieur au précédent de plus du double. Deux ans après, en 1891,1a valeur des échanges n'est pas moindre de 77 millions et ce chiffre reste la moyenneannuelle entre 1891 et 1894. La cause de ce relèvement du mouvement des échanges est dû à l'application de la loi du 19 juillet 1890 qui facilite les relations entre la France et permet aux colons d'écouler sur le marché métropolitain les principaux produits soumis autrefois à des droits d'entiée presque prohibitifs. Les vins, par exemple, taxés à raison de 4 fr. 50 parheclolitre.jouissent désormais de la franchise, ainsi que les céréales, les huiles, les animaux de boucherie, etc. Dès lors, un fort courant commercial s'établira entre Tunis et Marseille.

En l&^, le mouvement général des importations et des exportations est de 85 millions de francs. Par suite d'une mauvaise récolte, on constate expeptioimellement, en 1896, un mouvement de recul qui ramène à 80 millions la valeur des échanges, mais la marche en avant reprendra aussitôt, et depuis huit ans on a constaté une augmentation de plus de 00 o/o, ainsi qu'en témoigne le tableau suivant:

Commerce extérieur : Importations et exportations :

1897 Fr. 90 . 55 1 . 541

(i)Tels sont les domaines de Potinville.Ci-é téville,Ksar-Tyr, Schuiggui,EnniIa-

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1899 Fr. i05.2H.701

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