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PeniJanl celle période, la Tunisie s'est dégagée des liens qui l'unissaienl trop élroitement à certaines puissances eti'angèresdonl elle était presque Iribulaiie au pointde vue économique. En 1896, les nouvelles conventions passées avec l'Angleterre, l'Italie et plusieurs autres nations lui rendirent sa liberté et lui permirent de faire encore un pas en avant vers l'union douanière avec la France. Les lariTs du 2 mai 18i)8 marquent, en efTet, une nouvelle étiipede cette politique, car ils ouvrent plus largement aux produits Ti-ançais le marché tunisien et complètent lieureusemerit la loi du 19 juillet 1890. Enfin, toujours dans le même ordre d'idées, un décret du 9 juillet 1904 a établi sur les céréales et leurs déiivés de provenance étrangère, à leur importation dans la Hégence, un droit de 7 francs par 1(X) kilos (tarif minimum français) et accorde la franchise entière aux produits Kimilaires de France et d'Algérie. Ce décret tunisien a été suivi, à la date du 19 juillet, d'une loi française qui, pour les céréales et leurs dérivés, établit désormais l'union douanière pure et simple entre la Tunisie d'une part, la France et l'Algérie de l'autre.
Le système des primes à l'importation, dont bénéficiait la minoleiie marseillaise et qui lui permettait de soutenir la concurrence des blés russes et d'écouler sur les marchés de la Régence pour 7 à 8 millions de farines chaque année, disparaissant par le fait de cette loi, il en est résulté un ralentissement dans les importations et un llécliissement correspondant aux exportations, par suite de l'impulsion imprimée à la minoterie tunisienne, contrainte de livrer à la consommation locale des quantités toujours plus grandes de semoules et de farines de blé tendre.
Il est encore difficile de préciser les effets de ces changements dans le système douanier, mais on peut, en tout cas, constater dès aujourd'hui que les éléments dont se compose le commerce exté-
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rieur de la Tunisie sont assez vai'iés, depuis le développement de l'imlustrie minière et des pêcheries maritimes, pour qu'une brusque transformation du régime fiscal appliqué aux céréales n'ait pu arrêter la progression des échanges.Oii note un accroissement de cinq millions de fi-ancs en 1904 par rapport à l'année précédente, et, chose digne de remarque, cette augmentation est presque entièrement au compte des marchandises d'exportation. Il est donc probable que les Compagnies <le navigation françaises, et particulièrement les Sociétés ayant leur siège à Marseille, ont dû retrouver presque immédiatement, sous une autre formelle fret fourni autrefois par les produits des minoteries de la métropole et brusquement diminué par suite des incidences de la toi et du décret de juillet 1904.
En décomposant te chilTre global de 1G0 millions de francs qui forme le total des échanges de 1904, on trouve à l'importation 83 millions 344.437 francs et à l'exportation 76.831.787 francs. Sans doute, la balance est en faveur des marchandises reçues du dehors, mais la différence entre les deux valeurs, ne dépassant guère 5 millions de fi-ancs, indique simplement que l'outillage de colonisation n'est pas encore completet que la Tunisie continue à faire d'importants achats de matériel pour la mise en valeur de son sol. C'est une preuve nouvelle de son activité et de son développement économique continus.
Si l'on examine seulement le tableau des expoilations, on s'aperçoit que, malgré les grandes oscillations dues à des séries d'années de bonne ou de mauvaise récolte, l'accroissement du mouvement de sortie des marchandises est de plus de lOOo/o pendant la période des treize dernières années. De 37 millions en 1892, on passe, en effet, à 76 millions en 1904.
Le phénomène caractéristique est l'incessante augmentation de la part proportionnelle des «produits autres que les produits agri* cotes». De 1894 à 1900, les produits agricoles figurent pour des sommes variant de 27 à 33 millions, avec des fléchissements à 24 et même 23 millions. Les « autres produits > passent de 9 à 18 millions. En 1901 , il y a égalité entre les deux rubriques : 19 millions de part et d'autre; enl902,20million3pour les produits agricoles,
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24 pour it;.s autres prolrtils; en l!*03, 43 millions pour la première caléyorie, 28 pour la seconde.
On peut ainsi se rendie compte que ia Tunisie n'est plus exclusivement tributaire de son agricnlture,et que l'exploitation mieux entendue, plus complète de son sous-sol, de ses pêcheries, de ses forêts, de ses salines, lui assurent un fret de sortie toujours plus considérable et la mettent chaque jour duvantnye à l'abri des conséquences d'une série de mauvaises récoltes.
Le mouvemeut'les marchandises importées, sansdépendre aussi directement de la situation a-rricole que le commerce d'exportation, subit cependant en Tunisie le contre-coup ^les bons ou des mauvais résultats obtenus sur leurs terres par les agriculteurs européens et musulmans.
En cas <Ie bonne lécolte, les indigènes acliètent volontiers les étoiles de coton, de soie ou de laine nécessaires à la famille, renouvellent leurs ustensiles tie ménage, font même parfois quelques provisions de denrées coloniales. C'est ainsi que l'année 1898, 1res favorable aux cultivateurs de céiéales, a accuse pour l'importation des tissus de coton une plus-value de 2,000 000 de francs par rapport à l'année précédente."'
Au contraire; l'année 1902 « présente un déficit de plus de 000.000 francs par rapport à l'année 1901 n.
D'autre part «le marasme dans lequel se trouve le pays pendant les années de nfianvaisc production agiicolea une répercussion sur l'industrie locale, au développement de laquelle il cause un certain ralentissement». On peut aussi s'en rendre compte en comparant àdivcrsos dates les quantités impoitées de soies grèges et moulinées, fils de coton, laine et soie, teintures préparées, qui servent presque exclusivement à alimenter les petits ateliers indigènes.
C'est ainsi, parexemplo, que, pour ces seuls articles, on note une dillérence de plus de 800.000 francs entre 1902 et lO^jau profit de cette dernière année.
Sous le bénéfice de ces observations, il faut néanmoins constater rimporlancecroissanteilucliiffredes importations qui ne sauraient,
(1) Rapport au Président de la République (1001).
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du resle, subir d'arrêt sérieux, en raison même du mouvement de l'immigration européenne et de l'exécution du plan des grands travaux décolonisation. Les Itesoins de la Tunisie en matériel de tonte sorte sont encore tels que pendant de longues années les marchandises importées seront supérieures en valeur aux marchandises expédiées au dehors. C'est, du reste, le cas ordinaire de tous les pays livrés à la colonisation.
Pour bien mettre en reliel'les progrès accomplis au point de vue commercial, nous ne saurions mieux faire que de donner la statistique ortîcielle des marchandises importées ou exportées pendant les dix dernières années :
Imporlattons ExporlalioDS
18î(5 Fr. 44. 08,".. 945 41 .246.887
liWl 6i.682.5fi7 39. 127.547
La France et l'Algéiie ont bénéficié dans une large mesure de ces pruj,n(.'S constants du commerce esléiîeurde la Réyenco. Uans les dix deinièies années, leur pai'ticipation à ce mouvement d'écliangesa atteint parfois (i5o/o, pourdoscendie excepLioniielJemcut à58»>/o et se maintenir depuis trois ansàOi"/o-
En 190i, cinquante pour cent des éponges et des laines, les sept huitièmes des huiles d'olives, la presque totalité des bestiaux, des blés, des orges et des vins ont été dirigés sur la France et sur l'Algérie. En échange, la Tunisie a reçu des matières premières pour l'industrie locale, soies gièges, moulinées et teintes, fils de toute sorte, des bois non équarris, des denrées coloniales, des farines et semoules,dcs métaux bruts et ouvrés, des machines et mécaniques, des peaux préparées, des tissus de colon, etc., oiTrant ainsi de plus
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en plus un défjonelié appréciable pour les produits de l'industrie métropolitaine.
Il ne s'ensuit pus que l'uveiiit' commercial de la Tunisie soit tout entier dans le développement de ses relations avec la France. Sans doute, l'Union douanière entre la Métropole et le pays de protectorat est désirable en tous points; on ne saurait oublier cependant c|ue, de part et d'autre, certaines branches de la production agricole sont similaires. La Régence a donc intérêt à chercher des débouchés en pays élrangers, pour ses vins, ses huiles, ses fruits et bcsprimeurs.C'estaussien Angleterre, en Haiie, en Belgique qu'elle peut écouler la majeure partie de ses phosphates et de ses minerais. Tonte convention diplomatique qui lui fei'meruit l'entiée de ces pays mai-querait un recul du mouvement de colonisation et une diminution des échanges. La formule à appliquer pour donner tout à la Tois satisfaction aux besoins du commerce de la Tunisie et aux légitimes désirs des négociants et industriels delà Fiance, consiste en une Union douanière entre les deux pays permettant toutefois à la Régence de pratiquer à l'égard des nations éti'angères, sinon la politique de la porte ouverte, au moins un régime de concessions réciproques ménageant les droits de la Métropole, mais assurant aux agriculteurs et industriels tunisiens les débouchés commerciaux dont ils ont tant besoin.
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