‹ Exposition coloniale de Marseille: La Tunisie et l'œuvre du protectoratChapitre 24 sur 38 · CHAPITRE XI Tunis et sa Banlieue · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Tunis et sa Banlieue

Aspect général de Tnnis. — Lei quartiers indigàneg. — La transformatian de la Tille européenne. — Le port. — Jardins et Mnsées dn Bardo. — La Goalette. -- Lee mines de Carthage. — Sur la colline de Sidi Bon>SaId. — Hammam-Lit et le Bon-Konrnîne.

Tunis, la capitale de la Régence, est située sur les bords d'une lagune peu profonde, la Haliira ou e petite mer», qui la sépare du golfe (le Carthage. La population, composée d'éléments très divers, n'a jamais été recensée exactement. On l'évalueàSOO.OOO habitants environ,doiil I00.000musulmans,50.000 Israélites tunisiens.lO.OOO Français, 37.000 Ualiens,5. 000 Mallais, SOOGrecs, 1.000 Levantins, Syriens, etc. Sans olïrir au touriste le splendide panorama d'Alger, la ville arabe de Tunis, mollement étendue sur une colline aux faibles ondulations, où elle se déploie comme un blanc burnous, charme davantage les yeux par un caractère nettement oriental. «De cette grande tache de maisons pâles, écrit Guy de Maupassant, surgissent les dômes des mosquées et les clochers des minarets. A peine distingue-t-on, à peine imagine-t-on que ce sont là des maisons, tant cette plaque blanche est compacte, continue, rampante. Autour d'elle trois lacs qui, sous le dur soleil d'Orient, brillent comme des plaines d'acier. Au nord, au loin, la sebkha Errouane ; à l'ouest, la sebkha Sedjoumi, aperçue au-dessus de la ville; à l'est, le gi-and lac Bahira; puis, en remontant vers le nord, la mer, le golfe profond, pareil lui-même à un lac dans son cadre éloigné de montagnes. Par un jour de plein soleil, la vue de cette ville couchée entre ces lacs est la plus saisissante et la plus attachante peut-être qu'on puisse trouver sur le bord du continent africain.»

Telle est aussi l'impression qu'a ressentie M.Paul Dumas, dans Zézia, ce livre charmant qui est en même temps un délicieux roman et un hommageéloquentà l'œuvre de régénération accomplie par la France en Tunisie. Comme une vision de rêve, Tunis lui ap-

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paraît «lentement couchée, accablée de volupté, blanche à la croire évanouie, sur la pente, douce comme une épuute amie, qui la pose au bord de sa lagune».

«Pour la bien voir,dit-il,il faut gravir les allées du grand jardin que nous avons fait dans sa banlieue, Elle apparaît là, au Tond de l'évasement des verdures, dans la vasque molle de ses petites collines subitement cabrées sur la large flaque bleue, et qui soutiennent dans l'extase, comme des flambeaux autour de son grand et pâle sommeil, de vieux forts arides et de miraculeuses koubbas coiffées d'écaillés vertes. De là on voit aussi le célèbre horizon où restent ensevelis Moloch et Eschmoun.avec les fastes puniques; le pays est plat, le marais est immobile, mais au loin La Goulette flotte en illusion vénitienne entre cette eau morte et l'eau vivante de la mer, mais Byrsa dresse une vision d'acropole, Sidi-bou-Saîd — une aile de colombe cassée à un revers de la falaise — celle de Megara,el par un formidable elTort de ses confins, l'immense et doux pays soudainement se soulève, fait la montagne des Deux- Cornes, la montagne de Plomb et la montagne des Eaux, trois blocs tout bleus taillés dans la pierre translucideet dressés comme des autels.

c II faut la voir aussi du côté opposé, des hauteurs de Manoubia, d'où l'on découvre derrière elle, à rinfmi, la nappe luisante de la sebkha Sedjoumi et les vastes étendues colonisées qu'arpentent encore des lignes d'aqueducs parmi les fermes, les villas arabes et

les gros palais beylicaux Là, on est tout près d'elle, on distingue

ses arêtes murales, les crevasses de ses ruelles et de ses cours, l'œil descend à loisir, de marche en marche, jusqu'au quartier français,

jusqu'aux mâtures du port La belle pensée de notre conquête

et l'image de notre protectorat sont là : une cité européenne très vivante, très haute et très fière.s'édiAe promptement, pas toujours également heureuse et parfois un peu incohérente en ses créations, mais toujoui*s protectrice et généreuse, s'accommodant des fondrières béantes pour y lancer ses rues droites, plutôt que de se jeter en minotaure sur la fragile et tremblante orientale livrée à sa merci t

Descendons de notre colline et pénétrons dans la cité indigène.

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R LEÇON DANS LA (iUANUlî MOS^l'HE UB TfSlS

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Elle est partagée en quatre quartiers distincts : au centre laKetinia avec ses mosquées et ses medeiça, ses palais et ses rues voûtées, sa paisible population de taleb et d'ouléma, de commerçants, de fonctionnaires et de rentiers, puis la Harat, sorte de ghetto où grouille la foule sordide et misérable des Juifs tunisiens. Impossible de se faire une idée de ce labyrinthe de ruelles étroites où circule, s'agite et pullule le plus extraordinaire mélange de types humains qu'il soit possible d'imaginer, a On voit passer le citadin musqué au sortir du bain, l'oreille fleurie d'un jasmin, avec sa jebba de soie, son burnous d'une souple élégance, sa nuque soignée et son turban immaculé autour de la tache rouge de sa chéchia; de fins visages aux barbes courtes que le rasoir dessine, le juge et son turban en coupole et son étole de cachemire, sa robe de moire jaune et ses doubles sandales, dans la procession compassée de ses huissiers et de ses notaires ; le paysan égaré, balourd, les yeux grands ouverts; l'aveugle en loques, geignard infatigable, et les femmes, singulières vraiment avec leur masque noir dans toute leur lingerie pudibonde, les bourgeoises surtout sous l'étrange auvent qu'elles se lont d'une longue étoffe de soie noire ; les Juifs, qui portent sans noblesse la veste orientale, leurs épouses poussives et molles, les enfants, d'espiègles joliesses ; des nègres qu'on croirait manchots dans la cachabia; des portefaix, maintenant sur leur front des charges monstrueuses ; des gens du Sahel qui s'enveloppent d'immenses capes de bure ; des marchands d'huile assis, dégouttants, sur des chevaux endiablés; des porteure d'eau coulés en bronze sous l'outre poilue qui les inonde et d'une telle allure qu'on voudrait

les fixer sur le mai'bre, à quelque délour de square »

Les rues de l'Eglise et de la Casba, qui relient la citadelle au quartier européen, sont les deux artères principales sur lesquelles viennent s'embrancher d'innombrables et tortueux passages, tanlùt bordés, comme le souk El-Hout, de maisons basses avec une simple porte, sans fenêtres, tantôt, comme la rue du Pacha, s'allongeant entre des édifices plus élevés, percés d'ouvertures, protégés par de forts grillages. Partout de sombres impasses, des ai'ceaux jetés d'un bord à l'autre des ruelles, des colonnades soutenant des constructions lourdes et massives. Aucun plan n'a été suivi dans la cons-

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Iriiction de la ville indigène ; elle s'est développée au gré du caprice et de la fantaisie de ses habitants. Une grande avenue circulaire portant les noms de rue Al-Djazira, boulevard lîab-Djedid, boulevard Bab-Menara, boulevard Bab-Benat, rue Bab-Souika,rue Babf Jirtliagina, rue des Maltais, sépare le centre de la ville indigène des fauboui^s de Bab-al-Djazira et de Bab-Souika, au delà desquels fut reportée par les beys husseînites la ligne des fortificalions. Cosl dans ce dernier quartier, près de la mosi|i]ée du Sahab-el-Taba (^-ai-de des sceaux), sur la place Halfaoïiiiie et dans les rues avoisinantcs, que les indigènes organisent tes fêtes et réjouissances Iiabitueltes du mois de ramadan.

1 Les monuments les plus intéressants de la Tunis arabe sont, du reste, les mosquées, dont la principale est la djamd Ez-Zitounn (mosquée de l'olivier), siège d'une université mustdmane fréquontée par plusieurs centaines d'étudiants. Son minaret n'est anti'e que la tom* carrée du Maghreb et contraste par sa masse avec l'élég;mce un peu gracile de la tlèche qui sui'monte le sanctuaire consacré h SidibeiiAious. Plus loin s'arrondissent les multiples coupoles de la mosquée de Sidi-Mahrez, qui voisinent avec les palais en mines. Bien d'autres édifices, tels que le Tourbel-el-Bey (tombeau des beys) et l'ensemble dos constructions encadrant la place et le square du Dar-el-Bey, sollicitent également l'attention du visiteur, sans compter l'étonnant spectacle qu'olTrent les souks, c'est-à-dire les rues voûtées où se débitent les parfums, où l'on brode les merveiUeuses étoiïes et les riclies hai'nachements, où l'on fabrique les lourds bijoux dont se parent les femmes indigènes. « Chaque corporation a sa rue, et l'on voit tout le lung de la galerie, séparés par une simple cloison, tous les ouvriers du même métier travailler aveclesmêmesgestes. L'animation, la couleur, la gaieté de ces marchés orientaux ne sont point possibles à décrire, car il faudrait en même temps en exprimer l'éblouissement, le bruit et le mouvement. Quand le soirvient,tout le quartier des souks est clos par de lourdes portes à l'entrée des galeries, comme une vïUe précieuse enfermée dans l'autre. »"'

11) GuT DE Maupassant : La Vie eri-ante.

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