XLVI DOCTRINE DE HAHNEMANN
d'où relèvent des faits d'un autre ordre, les faits iotel-* lectueis et moraux.
Cette force est un être. On ne peut, en effet, la concevoir autrement. Comme force, elle est un pouvoir ; c'est d'elle que procèdent les actions vitales ; elle a donc puissance de les engendrer, de les entretenir et de veiller à la conservation de l'ensemble. Sa permanence, au milieu des métamorphoses que subit l'oi^anisme , implique son existence essentielle ; car, c'est là précisément le trait distinctif entre Y être et le phénomène. Le phénomène est passager , variable , toujours différent. L'être est permanent, toujours semblable à luimême, et ne cesse d'agir un seul instant, s^s cesser d'exister. La force vitale est permanente jusqu'au moment où la mort nous frappe ; elle ne varie pas dans les caractères qui lui sont spécifiques. Elle est donc un être.
Cet être est immatériel : c'est la condition de toutes les forces. L'attraction, l'affinité sont dans le même cas. La vie se manifeste ; mais elle ne se touche , ni ne se voit, ni ne se flaire, ni ne se goûte. Quand donc voudra* t-on croire que rien ne se produit au dehors sans une cause qui le produise , et que c«tte cause est mieux qu'un mot , mais un fait î Quand donc sentira-t-on que la réalité n'a pas pour limites les bornes étroites du visible, et du tangible î
rV. Voici donc la pensée fondamentale de Halmemann, la pierre angulaire du système. Ceux qui voudront comprendre ses écrits , se rendre maîtres de sa doctrine et l'appliquer heureusement, devront réfléchir
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sur elle. Et selon qu'ils la compi^ndront mieux et l'accepteront plus franchement, rhomœopathie attendra davantage de leurs succès et de leurs efforts, pour les développements qui lui restent à acquérir^ Ceux qui voudront sérieusement la combattre et en finir avec elle^devront l'attaquer sur ce terrain : autrement, leurs critiques sont impuissantes et passent à côté de la question en litige.
Pour ces derniers, ils feront bien de peser leurs objections avant de les produire, et de réfléchir à la faiblesse des arguments dont ils ont prétendu appuyer Vùrganicisme^ à k fiiiblesse de leurs connaissances en physiologie. Qu'ils restent bien convaincus que nous ne sommes plus au temps où les phénomènes d0 la vie s'expliquaient par l'existence décile ou telle partie, la circulation du sang par la présence du cœur, les sécrétions par celle des glandes, la génération par celle des organes reproducteui*s, la digestion par la présence des organes digestifs. Ils devront alors suivre Hahnemann dans toutes les déductions légitimes de sa pensée première, et le poursuivre jusqu'en ses derniers retranchements.
Pour cela faire , qu'ils continuent attentivement la lecture de YOrganon, afin de bien saisir l'économie du système. Que s'ils commencent par l'étude des questions pathologiques, trois pensées les frapperont, sans aucun doute : f La manière dont Hahnemann conçut Fétiologie ; 2^ ses vues sur la symptotmitologie; 3^ les conclusions diagnostiq^s qu'il tire de ces deux éléments.
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Quelle que soit la cause qui engendre une maladie, elle n'agit f)oint par son mbstratum matériel, mais par sa virtualité, par la force dont elle est douée. Le genre de modification [que les choses du dehors impriment à l'être vivant, dérive de la puissance qu'ils- récèlent et qui fait leur individualité. Ce qu'on nomme le chaud et le froid, le sec et l'humide, ne consiste pas seulement dans l'élévation ou l'abaissement de la température , non plus que dans les qualités de sécheresse ou d'humidité. Ce sont là des effets de certaines forces physiques; et ce sont ces forces qui impressionnent le dynamisme vital d'une façon harmonieuse ou désharmoniense. Les qualités matérielles ne sont ici que les enveloppes et les conducteurs de ces puissances. Ainsi, un galeux touche un* autre galeux, ce n'est pas le pus contenu dans les pustules qui l'infecte, mais le miasme que ce pus récèle. Un enfant sain est atteint de scarlatine : selon Hahnemann, il en a puisé le germe dans le miasme scarlatineux contenu dans l'atmosphère à certaines époques de l'année et dans certaines conditions, dont les unes sont assez bien connues et dont les autres sont ignorées. Ainsi des autres maladies.
Toute l'étiologie de Hahnemann repose donc sur la théorie du dynamisme vital. Elle en est la conséquence rigoureuse. Il faut l'accepter du moment où on aura consenti les prémisses. Concevi*ait-on, en effet, l'existence d'un principe vital sur lequel repoise la condition d'engendrement, de développement et de conservation d'un organisme , qui ne ressentirait pas tout d'abord l'action des causes morbides? Et comment cet être im-
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matériel pourrait-il être modifié autrement que par un autre être de même ordre que lui?
Tel est donc le mode d'action des causes. Quelles sont-elles ? Leur énumération est le point de départ de la division nosologique indiquée par Hahnemann. L'homme, dit-il, est soumis à des influences atmosphériques et telluriques : il est soumis à l'action des miasmes. De ces derniers, les uns sont des miasmes aigus, les autres sont des miasmes chroniques. Leur signe différentiel et caractéristique est, que les premiers parcourent dans l'organisme certaines périodes après lesquelles ils s'éteignent et cessent de faire ressentir leur influence; tandis que les seconds, étant abandonnés à euxmêmes, ont une marche incessamment envahissante ; qu'ils n'abandonnent l'organisation qu'après l'avoir complètement détruite, et que, dans leurs métamorphoses, ils se transmettent à travers les générations, acquérant toujours une intensité nouvelle : ce sont les miasmes chroniques. De là, résultent trois ordres de maladies : les maladies aiguës, provenant des influences atmosphériques ou telluriques, sont appelées maladies sporadiques ; les autres, résultant de la présence d'un miasme aigu, sont appelées maladies épidémiques. Les maladies chroniques surgissent de trois sources différentes que Hahnemann a parfaitement dénommées par les mots de psore, syphilis et sycose.
En vue de justifier le cadre nosologique dont je viens de retracer les linéaments, Hahnemann a fait appela son expérience et à la tradition. Il reste encore beaucoup à éclaircir, beaucoup à justifier à cet égard ; mais
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rien ne peut être contredit; on peut désirer beaucoup, nier est impossible.
La symptomatologie de Hahnemann repose sur deux principes : V Toute maladie est individuelle ou spéci* fique y ce qui est pour lui une seule et même chose ; 2"* une maladie se traduit, s'exprime par Turdversalité de, ses symptômes.
L'individualisation absolue des maladies joue un grand rôle dans la doctrine homœopathique. Sans vouloir accorder à ce principe une valeur qu'il serait difficile de justifier en théorie, il faut reconnaître qu'en fait y il est, aujourd'hui, le meilleur guide dans les études pathologiques. Le langage médical est d'une telle imperfection, qu'il convient à tout médecin qui veut rentrer dans la vérité et dans la sphère de l'observation, de briser, avant tout, les dénominations admises, et de ne plus croire à la valeur des expressions phlegmasies, névroses, goutte, rhumatisme, etc. C'est là tout ce que Hahnemann a voulu dire. Mais il n'a pas prétendu renoncer à gi'ouper entre elles les espèces morbides, à les ranger selon leurs affînités et leurs différences; et la preuve, c'est que lui-même a tracé l'es^ quisse d'une nosologie nouvelle.
Broussais a dit avec énergie que les symptônes étaient le cri des organes souffrants. Dans un langage moins métaphorique, mais plus exact, Hahnemann les a considérés comme l'expression des désordres de la force vUale. Qu'en résulte-t-il î C'est que le médecin doit tenir compte de tous , du plus minime comme du plus important ; car, la force vitale ne saurait avoir de symp-
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tomes inutiles , et tous, à des degrés différents , sont indicateurs du médicament à employer. Tenir compte de Yunivèrsalité des symptômes, n'est donc point, dans la pensée de Hahnemann, une précaution de naturaliste qui enregistre tous les phénomènes dans Tunique but de compléter un tableau ou une description ; c'est la pensée du praticien, qui va chercher dans chaque symptôme et dans tous leur signification pratique. Que de lumières ne doivent pas iijBJaillir sur la pathologie et sur la thérapeutique de cette manière d'envisager les maladies 1
Je l'ai dit : les symptômes n'ont pas tous une égale importance. Il faut les coordonner entre eux. C'est l'œuvre du diagnostic. Dans cette partie de la doctrine hahnemanienne/ on trouve beaucoup à recueillir dans les considérations dont il a fait précéder la description des propriétés de chaque médicament. Ce n'est donc pas à r Organon, mais à la Matière médicale pure qu'il faut aller demander les opinions du maitre sous ce rapport.
Y. Les maladies une fois connues dans leurs causes, dans leur espèce et dans leurs symptômes , tout médecin doit faire un travail correspondant sur la Matière médicale. Qui révélera au médecin les propriétés réelles, positives, des agents de guérison ? Hahnemann répond : l'expérimentation pare. Il est dans les vues de la nature que tout médicament développe sur l'homme sain une maladie artificielle de même ordre que celle qu'il a puissance de guérir. C'est un fait: on ne dispute pas avec les fiûts. Que les ennemis de l'hoiaœopa-