‹ Exposition de la doctrine médicale homeopathiqueChapitre 35 sur 73 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

COUP D'OEIL SUR LES METHODES ALLOPATHIQUE ET PALLIATIVE DES ÉCOLES QUI ONT DOMINE lUSQU'A CE JOUR EN MEDECINE.

Depuis que les hommes existentsur la terre^ils ont été, individuellement ou en masse, exposés à l'influence de causes morbifiques^ physiques ou morales. Tant qu'ils sont demeurés dans l'état de pure nature, des remèdes en petit nombre leur ont suffi, parce que la simplicité de leur genre de vie ne les rendait accessibles qu'à peu de maladies. Mais les causes d'altération de la santé et le besoin de secours ont crû proportionnellement aux progrès de la civilisation. Dès lors, c'est-à-dire depuis les tecnps qui ont suivi de près Hippocrate, ou depuis deux mUle cinq cents ans, il y eut des hommes qui s'adonnèrent au traitement des maladies, chaque jour de plus en plus multipliées, et que la vanité conduisit à

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chercher dans leur imagination des moyens de les soulager. Tant de têtes diverses firent éclore une infinité de doctrines sur la nature des maladies et de leurs remèdes, qu'on décora du nom de systèmes, et qui étaient toutes en contradiction les unes avec les autres comme avec elles-mêmes. Chacune de ces théories subtiles étonnait d'abord le monde par sa profondeur inintelligible, et attirait à son auteur une foule d'enthousiastes prosélytes, dont aucun ne pouvait cependant rien tirer d'elle qui lui fût utile dans la pratique, jusqu'à ce qu'un nouveau système, souvent tout à fait opposé au précédent, fit oublier celui-ci, et à son tour s'emparât pendant quelque temps de la renommée. Mais nul de ces systèmes ne s'accordait avec la nature et avec l'expérience. Tous étaient des tissus de subtilités, fondées sur des conséquences illusoires, qui ne pouvaient servir à rien au lit du malade, et qui n'étaient propres qu'à alimenter de vaines disputes.

A côté de ces théories, et sans nulle dépendance d'elles, se forma une méthode qui consiste à diriger des mélanges de médicaments inconnus contre des formes de maladies arbitrairement admises, le tout d'après des vues matérielles en contradiction avec la nature et l'expérience, et par conséquent sans résultat avantageux. C'est là l'ancienne médecine, qu'on appelle allopathie.

Sans méconnaître les services qu'un grand nombre de médecins ont rendus aux sciences accessoires de l'art de guérir, à la physique, à la chimie, à l'histoire naturelle, dans ses différentes branches, et à celle de l'homme en particulier, à l'anthropologie, à la physiologie^ àl'anatomie, etc., je ne m'occupe ici que de la

partie pratique de la médecine, pour montrer combien est imparfaite la manière dont les maladies ont été traitées jusqu'à ce jour. Mes vues s'élèvent bien au-dessus de cette routine mécanique qui se joue de la vie si précieuse des hommes, en prenant pour guide des recueils de recettes, dont le nombre chaque jour croissant prouve à quel point est malheureusement encore répandu r usage qu'on en fait. Je laisse ce scandale à la lie du peuple médical, et je m'occupe seulement de la médecine régnante, qui^ s'imagine que son ancienneté lui donne réellement le caractère d'une science.

Cette vieille médecine ' se. vante d'être la seule qui mérite le titre de rationnelle, parce qu'elle est la seule, dit-elle, qui s'attache à rechercher et à écarter la cause des maladies, la seule aussi qui suive les traces de la nature dans le traitement des maladies.

Toile causant ! s'écrie-t-elle sans cesse ; mais elle s'en lient à cette vaine clameur. Elle se figure pouvoir trouver la cause de la maladie, mais ne la trouve point en réalité, parce qu'on ne peut ni la connaître, ni par conséquent la rencontrer. En effet, la plupart, l'immense majorité même, des maladies étant d'origine et de nature dynamiques, leur cause ne saurait tomber sous les sens. On était donc réduit à en imaginer une. En comparant, d^un côté, l'état normal des parties internes du corps humain après la mort (anatomie) avec les altérations visibles que ces parties présentent chez ' les sujets morts de maladies (anatomie pathologique), de Fautre, les fonctions du corps vivant (physiologie) avec les aberrations infinies qu'elles subissent dans les innombrables états morbides (pathologie, séméiotique), et tirant de I9 des conclusions par rapport à la manière

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invisible dont les changements s'effectuent dans Tintérieur de l'homme malade, on arrivait à se former une image vague et fantastique, que la médecine théorique regardait comme la cause première de la maladie (1), dont on faisait ensuite la cause prochaine et en même temps l'essence intime de cette maladie, la maladie même, quoique le bon sens dise que la cause d'une chose ne saurait être cette chose elle-même. Maintenant, comment pouvait-on, sans vouloir s'en imposer à soi-même, faire de cette essence insaisissable un objet de guérison, prescrire contre elle des médicaments dont la tendance curative était également inconnue,

(1) Leurconduile aurait élé plus conforme à la saine raison el à la nature des choses, si, pour se mettre en état de guérir une maladie, ils avaient cherché h. en découvrir la cause occasionnelle , el si , après avoir constaté Tefficacité d'un plan de traitement dans les aiTections dépendantes d'une même cause occasionnelle], ils avaient pu ensuite l'appliquer aussi avec succès k celles dont l'origine était la même, comme, par exemple, le mercure, qui convient dans tous les chancres vénériens, est approprié également aux ulcères du gland déterminés par un rapprochement impur; si , dis-je , ils avaient découvert que.loules les autres maladies chroniques (non vénériennes) ont pour cause occasionnelle l'infection récente ou ancienne par le miasme psorique, et trouvé d'après cela une méthode curative commune , modifiée seulement par les considérations thérapeutiques relatives k chaque cas indivi* duel , qui leur permit de les guérir toutes. Alors ils auraient été en droit de dire qu'ils avaient sous les yeux la seule cause des maladies chroniques, non vénériennes, à laquelle on dûtavoir égard pour les traiter avec succès. Mais , depuis tant de siècles , ils n'ont pu guérir les innombrables affections chroniques, parce qu'ils ignoraient que le miasme psorique en fût la source , découverte qui appartient à l'homcBopathie, el qui l'a mise en possession d'une méthode curative efficace. Cependant ils se vantaient d'être les seuls dont le traitement f ill rationnel et dirigé contre la cause première de ces maladies , quoi- (ju'ils n'eussent pas le moindre soupçon de cette vérité si utile , que toutes elles proviennent d'une origine psorique , et qu'en conséquence ils ne pussent jamais les guérir réellement.

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du moins pour la majeure partie d'entre eux^ et surtout accumuler plusieurs de ces substances inconnues dans ce qu'on appelait des formules ?

Cependant le sublime projet de trouver . à priori une cause interne et invisible de la maladie se réduisait, du moins chez les médecins réputés les plus raisonnables de Tancienne école, à rechercher, en prenant il est vrai aussi pour base les symptômes, ce que Ton pouvait présumer être le caractère générique de la maladie présente (!)• On voulait savoir si c'était le spasme, la faiblesse ou la paralysie, la fièvre ou l'inflammation, l'induration ou l'obstruction de telle ou telle partie, la pléthore sanguine, l'excès ou le défaut d'oxygène, de carbone, d'hydrogène ou d'azote dans les humeurs; l'exaltation ou l'affaissement de la vitalité du système artériel, ou veineux, ou capillaire; un défaut dans les proportions relatives des facteurs de la sensibilité, de l'irritabilité ou de la nutrition. Ces conjectures, honorées par l'école du nom d'indications procédant de la cause, et regardées comme la seule rationalité possible en médecine, étaient trop hypothétiques et trop fallacieuses pour pouvoir jouir de la moindre utilité dans la pratique. Incapables même, quand elles eussent été fondées, de faire connaître le meilleur remède à employer dans tel ou tel cas donné, elles flattaient bien l'amour-propre de celui qui les avait laborieusement enfantées ; mais elles l'induisaient la plupart du temps en erreur, quand il prétendait agir d'après elles.

(1) Toul médecin qui traite les "maladies diaprés des caraclères si généraux, s'arrogeàl-il même le lilre d'homœopalhiste , n'en est pas mofhs dans la réalité un aliopalhiste généralisaleur; car on ne peut pas concevoir d'homœopatliie sans Tindividualisalion la plus absolue.

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C'était plutôt par ostentation qu'on s'y livrait que dans l'espoir sérieux de pouvoir en profiter pour parvenir à la véritable indication curative.

Combien n'arrivait-il pas souvent que le spasme ou la paralysie semblait exister dans une partie de l'organisme, tandis que l'inflammation paraissait avoir lieu dans une autre ?

D'une autre part, d'où pouvait-il sortir des remèdes assurés contre chacun de ces prétendus caractères généraux? De pareils moyens n'auraient pu être que les spécifiques, c'est-à-dire les médicaments analogues à l'irritation morbifique dans leur manière d'agir (1) ; mais l'ancienne école les proscrivait comme très-dangereux (2), parce qu'en effet l'expérience avait démontré qu'avec les fortes doses consacrées par l'usage, ils compromettaient la vie dans les maladies, où l'aptitude à ressentir des irritations homogènes est portée à un si haut degré. Or l'ancienne école ne soupçonnait pas qu'on pût administrer les médicaments à des doses très-faibles et même extrêmement petites. Ainsi on ne devait et on ne pouvait pas guérir par la voie directe et la plus naturelle, c'est-à-dire par des remèdes homogènes et spécifiques, puisque la plupart des effets que

(1) Appelés atyourd'hui homœopalhiques.

(2) « Dans les cas où l'expérience avait révélé la vertu curative ^ de médicaments agissant d'une manière homœopathique , dont le « mode d'action était inexplicable , on se tirait d'embarras en les dé- « clarant spécifiques, et ce mot, à proprement parler vide de sens, « dispensait désormais de réfléchir sur l'objet en question. Mais il y a « déjà longtemps que ces stimulants homogènes, c'est-K-dire spéciû- € ques ou homœopathiques , ont été interdits comme exerçant une in- « fluence extrêmement dangereuse. * (Rau, Ueber d. komœopath. Heilverf. Heildelberg , 18^ , p. 401 , 102.)

les médicaments produisent étaient et demeuraient inconnus, et que, quand bien même on les eût connus, on n'aurait jamais pu, avec des habitudes semblables de généralisation, deviner la substance qu'il était le plus à propos d'employer.

Cependant l'ancienne école, qui sentait fort bien qu'il est plus rationnel de suivre le droit chemin que de s'engager dans les voies détournées, croyait encore guérir directement les maladies en éliminant leur prétendue cause matérielle. Car il lui était presque impossible de renoncer à ces idées grossières ; en cherchant soit à se faire une image de la maladie, soit à découvrir les indications curatives, pas plus qu'il n'était en son pouvoir de reconnaître la nature, à la fois spirituelle et matérielle, de l'organisme pour un être si élevé que les altérations de ses sensations et actions vitales, qu'on nomme maladies, résultent principalement, presque uniquement même, d'impressions dynamiques, et ne pourraient être déterminées par nulle autre cause.

L'école considérait donc toute matière altérée par la maladie, qu'elle fût ou seulement turgescente, ou rejetée au dehors, comme la cause excitatrice de cette mailadie, ou du moins, en raison de sa prétendue réaction, comme celle qui l'entretient ; et cette dernière opinion, elle l'admet encore aujourd'hui.

Voilà pourquoi elle crqyait opérer des cures portant

sur les causes, en faisant tous ses efforts pour expulser

du corps les causes matérielles qu'elle supposait à la

. maladie. De là son attention à faire vomir, pour

évacuer la bile dan^ les fièvres bilieuses (1), sa mé-

(i) Rau {loc, cit. y p. 276) , dans un temps où il n'était point encore

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thode de prescrire des vomitifs dans les affections de l'estomac (1), son empressement à expulser, la pî-

parfaitemenl initié h riiomœopalhie , mais où cependant ii avait Fintime eonvicliondu caractère dynamique de la cause de ces fièvres, les guérissait déjà par une ou deux petites doses d'un médicament homœopalliîque» sans administrer aucun évacuant, ce dont il rapporte deux cas remarquables.

(i) Dans une affection gastrique qui survient d'un manière prompte, avec des rapports continuels et répugnants d'alimenls corrompus, et en général avec abattement du moral, froid aux pieds et aux mains^ etc., la médecine ordinaire ne s'est occupée jusqu'à présent que du contenu altéré de l'estomac. Un bon vomitif doit, suivant elle, être donné pour procurer l'expulsion des matières. La plupart du temps , on remplit cette indication au moyen du tartre slibié , raélé ou non avec de ripécacuanlia. Mais le malade recouvre-t-il la santé aussitôt qu*il a vomi? Oh! non. Ces affections gastriques d'origine dynamique sont "ordinairement engendrées par quelque révolution morale (contrariété, ehagrin , frayeur), par un refroidissement, par tin travail d'esprit ou de corps auquel on s'est livré immédiatement après avoir mangé. L'émétiqueel ripécacuanlia ne sont point propres k faire cesser ce désaccord dynamique , et le vomissement révolutionnaire qu'ils déterminent ne l'est pas davantage. En outre, les symptômes morbides particuliers dont eux-mêmes provoquent la manifesftation , ont porté une atteinte de plus k la santé, et le désordre s'est mis dans la sécrétion biliaire, de sorte que si le malade ne jouit pas d'une constitution ' très-robuste, il doit se ressentir pendant plusieurs jours encore de ce prétendu traitement dirigé contre la cause , quoique la totalité du contenu de l'estomac ail été expulsée d'une manière violente. Biais si, au lieu de ces évacuants qui lui portent toujours préjudice, on fait respirer une seule fois au malade un globule de sucre, gros comme un grain d« moutarde, et qui a été imbibé de suc de pulsatille Irès-étendu, ce qui infailliblement ramène Tordre el4'barmonie dans l'économie entière et dans Teslomac en particulier, il se trouve guéri en deux heures de temps. Si quelques rapports ont lieu^ncore , ils sont dus à des gaz dénués de saveur et d'odeur; le contenu de l'estomac n'est plus altéré , cl au prochain repas le sujet a recouvré son appétit habituel , il est bien portant et dispos. Voila ce qu'on doit appeler une véritable cure qui a détruit la cause. L'autre ne porte ce litre que par usurpation ; elle ne fait que fatiguer le malade et lui nuire.

Les médicaments vomitifs ne sont jamais réclamés par un estomac

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tuiteet les vers dans la pâleur de la face, laboulimîe, les tranchées et l'enflure du ventre chez les enfants (1),

gorgé d'aliments, même difficiles àfligérer. Eq pareil cas, la nature sali se débarrasser du trop-plein parles vomissements spontanés qu'elle excite, et qu'il est tout au plus permis de hâter au moyen de titillations mécaniques exercées sur le voile du palais et Tarrière-gorge. On évite ainsi les effets accessoires qui résulteraient de l'action des médicaments vomitifs, et un, peu dec^fé à Teau suffit ensuite pour faire passer dansFinteslin les matières qui resteraient encore dans Testomac.

Mais si , après avoir été rempli outre mesure , l'estomac ne possédait pas, ou s'il avait perdu Tirritabililé nécessaire à la manifestation spontanée du vomissement, et que le malade, tourmenté par de vives douleurs<'i l'épigastre, n'éprouvât pas la moindre envie de vomir, dans une semblable paralysie du viscère gastrique, un vomitif n'aurait pour effet que de déterminer une inflammation dangereuse ou mortelle des voies digestivcs , tandis que de petites doses fréquemment répétées d'une forte infusion de café ranimeraient dynamicfuement l'excitabilité affaissée de l'estomac, et le mettraient en état de pousser seul par haut ou par basles matières contenues dans son intérieur, quelque grande qu'en fût la quantité. Ici encore le traitement que les médecins ordinaires prétendent diriger contre la cause n'est point k sa place.'

L'usage existe aujourd'hui, même dans les maladies chroniques, lorsque l'acide gastrique devient surabondant et reflue h la bouche, ce qui n'est point rare, d'administrer un vomitif pour débarrasser Testomac de sa présence. Mais, dès le lendemain, on quelques jours après, le viscère en contient tout autant , sinon même davantage. Les aigreurs cessent d'elles-mêmes , au cpntraire, lorsqu'on attaque leur cause dynamique par une très-petite dose d'acide sulfurique extrêmement étendu, ou mieux encore d'un remède an tipsorique homœopalliique aux autres symptômes.

Cest ainsi que , dans plusieurs des traitements qui , au dice de l'ancienne école, sontdirigés contre la cause morbifique , le but favori est d'expulser péniblement et au détriment du malade le produit matériel " du désaccord dynamique sans qu'on s'inquiète le moins du monde de reconnaître la source dynamique du mal, pour la combattre homœopathiquement, elle et tout ce qdi en découle , et de traiter ainsi les maladies d'une manière rationnelle.

(i) Symptômes qui dépendent uniquement d'un miasme psorique , et qui cèdent aisément, sans vomitifs ni purgatifs, h de doux anlipsoriques (dynamiques).

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sa coutume de saigner dans les hémorrhagies (1), et principalement l'importance qu'elle attache aux émissions sanguines de toute espèce (2), comme indication prin-

(i ) Quoique presque toutes les^hémorrhagies morbides]dépendent uniquement d'un désaccord dynamique de la force vitale , cependant l'ancienne école leur assigne pour cause la surabondance du sang, et ne peut s^empêcher de prescrire des saignées pour débarrasser le corps de ce prétendu trop-plein. Les suites fâcheuses qui en résultent, la chute des forces et la tendance ou même la transition au typhus , sont mises par elle sur le compte de la maladie , dont souvent alors elle ne peut triompher. En un mot, lors même que le 'malade n'en réchappe pas , elle croit s^étre conduite en conformité de Tadage causam toile, avoir accompli , pour parler son langage, tout ce qu'il était possible de faire pour le malade et n^avoirrienà se reprocher quant àFissue.

(2) Bien qu'il n'y ait peut-être jamais une seule goutte de sang de trop dans le corps humain vivant, l'ancienne école n'en regarde pas moins une prétendue pléthore, ou surabondance de sang, comme la cause matérielle principale des inflammations, qu'elle doit combattre par les saignées, les ventouses scarifiées et les sangsues. Cest Ik ce qu'elle appelle agir d'une manière rationnelle, et diriger le traitement contre la cause. Elle va même, dans les fièvres inflammatoires générales, daas les pleurésies aiguës, jusqu'à considérer la lymphe coagulablc qui existe dans le sang, ou ce qu'on appelle la couenne, comme la matière peccante, et elle s'efforce d'en faire sortir le plus possible par des saignées réitérées, quoiqu'il ne soit pas rare de voir cette couenne devenir plus épaisse et plus dense à chaque nouvelle émission sanguine. C'est de cette manière que, quand la fièvre inflammatoire ne veut pas céder, elle verse souvent le sang jusqu'au point de tuer presque le malade, afin de faire disparaître la couenne ou la prétendue pléthore, sans soupçonner que le sang enflammé n'est qu'un produit de la fièvre aiguë, de l'irritation inflammatoire morbide, immatérielle ou dynamique, que cette dernière est l'unique cause du grand orage qui a lieu dans le système vasculaire, et qu'on peut la détruire avec une dose minime d'un remède homosopathique, par exemple avec un globule de sucre imbibé de suc d'aconit ou déciUionième degré de dilution, en évitant les acides végétaux ; de telle sorte que la plus violente fièvre pleurétique, avec tous îes symptômes alarmants qui l'accompagnent » se trouve complètement guérie dans l'espace de ving-quatre heures au plus^sans nulle émission sanguine, sans le moindre antiphlogistique.

cipale à remplir dans les inflammations. En agissant ainsi, elle croit obéir à des indications véritablement

et qu'un pSu de sang tiré alors de la veine, par forme d'expérimentation, ne se couvre plus d'une couenne inflammatoire, tandis qu'un autre malade, en tous points semblable, qui a été traité d'après la méthode prétendue rationnelle de l'ancienne école, s'il échappe à la mort, après de nombreuses saignées et des souffrances cruelles, languit souvent encore des mois entiers avant de pouvoir, amaigri et épuisé, se tenir sur ses jambes, et que, dans beaucoup de cas, il succombe k une fièvre lypheuse^ k une leucophlegmatie ou k une phthisie ulcéreuse, suite fréquente d'un pareil traitement.

Celui qui a touché le pouls tranquille du sujet une heure avant le frisson qui précède toujours la pleurésie aiguë, n'est pas maître de sa surprise lorsque, deux heures après, quand la chaleur s'est déclarée, on cherche k lui persuader qu'une énorme pléthore alors existante rend nécessaires des saignées réitérées, et il se demande quel miracle a pu infuser les livres de sang dont on réclame l'émission, dans les vaisseaux du malade, qu'il a vus deux heures auparavant battre d'un mouvement si calme. On ne peut cependant pas avoir dans ses veines une once de sang en sus de celui qui s'y trouvait deux heures auparavant lorsqu'on se portait bien 1

Ainsi, quand le partisan de la médecine allopathique pratique ses émissions sanguines, ce n'est point un superflu de sang qu'il enlève au malade atteint de fièvre aiguë^ puisque ce liquide ne saurait jamais être en excès ; il le prive de la quantité de sang normale et indispensable k la vie, au rétablissement de la santé, perte énorme qu'il n'est plus en son pouvoir de réparer. Cependant il s'imagine avoir traité d'après l'axiome causam toUe, auquel il donne une si fausse interprétation, tandis que la seule et vraie cause de la maladie était, non une surabondance de sang, qui n'a pas lieu réellement, mais une irritation inflammatoire dynamique du système sanguin, comme le prouve la guérison qu'on obtient en pareil cas par l'administration, k des doses prodigieusement faibles, du suc d'aconit, qui est homœopathique k cette irritation.

L'ancienne école ne se fait pas faute non plus d'émissions sanguines partielles, et surtout d'applications copieuses de sangsues, dans le traitement des inflammations locales. Le soulagement palliatif qui en résulte dans les premiers moments n'est point couronné par une guérison rapide et complète : loin de Ik, la faiblesse et l'état valétudinaire auxquels r^ste toujours en proie la partie qui a été traitée de cette

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déduites de la cause et traiter les malades d'une manière rationnelle. Elle s'imagine également, en liant un polype, extirpant une glande tuméfiée, ou la faisant détruire par la suppuration déterminée au moyen d'irritants locaux, disséquant un kyste stéatomateux ou mélicéritique, opérant un anévrysme, une fistule lacrymale ou une fistule à l'anus, amputant un sein cancéreux 6û un membre dont les os sont frappés de carie, etc. , avoir guéri les maladies d'une manière radicale, en avoir détruit les causes. Elle a la même croyance quand elle fait usage de ses répercussifs, et dessèche de vieux ulcères aux jambes par l'emploi des astringents, des oxydes de plomb, de cuivre et de zinc, associés, il est vrai, à des purgatifs, qui ne diminuent point le mal fondamental, et ne font qu'affaiblir; quand elle cautérise les chancres, détruitlocalement les fies et verrues, et repousse la gale de la peau par les onguents de soufre, de plomb, de mercure ou de zinc ; enfin quand elle fait disparaître une ophthalmie par des dissolutions de plomb et de zinc, et qu'elle chasse les douleurs des membres au moyen du baume Opodeldoch , des pommades ammoniacées ou des fumigations de cinabre et d'ambre. Dans tous ces cas elle s'imagine avoir anéanti le mal et opéré un traitement rationnel dirigé contre la cause. Mais quelles sont

manière, souvent même aussi le reste du corps, démontrent assez combien on avait tort d'attribuer Tinflammation locale à une pléthore locale, et combien sont tristes les résultats des émissions sanguines^ tandis que cette irritation inflammatoire, d'apparence locale, qui est purement dynamique, peut être détruite d'une manière prompte et durable par une petite dose d'aconit, ou, suivant les circonstances, de belladone, moyen à la faveur duquel la maladie se trouve guérie sans .qu^on ait besoin de recourir à des saignées que rien ne justifie.

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les suites ? Des formes nouvelles de maladies, qui se manifestent infailliblement, soit plus tôt, soit plus tard, qu'on donne, quand elles paraissent, pour des maladies nouvelles, et qui sont toujours plus fâcheuses que Taffection primitive, réfutent assez hautement les théories de Técole. Elles devraient lui ouvrir les yeux, en prouvant que le mal a une nature immatérielle plus profondément cachée, que son origine est dynamique, et qu'il ne .peut être détruit que par une puissance dynamique.

L'hypothèse que l'école a généralement préférée jusque dans les temps modernes, je pourrais même dire jusqu'à ce jour, est celle des principes morbifiques et des âcretés, qu'à la vérité elle subtilisait beaucoup. De ces principes, il fallait débarrasser les vaisseaux sanguins et lymphatiques, par les organes urinaires ou les glandes salivaires ; la poitrine, par les glandes trachéales et bronchiales ; l'estomac et le canal intestinal, par le vomissement et les déjections alvines ; sans quoi on ne se croyait point en droit de dire que le corps avait été nettoyé de la cause matérielle excitant la maladie, et qu'on avjait opéré une cure radicale d'après le principe toile causant.

En pratiquant à la peau des ouvertures que la présence habituelle d'un corps étranger convertissait en ulcères chroniques (cautères, sétons), elle s'imaginait soutirer la matière peccante du corps, qui n'est jamais malade que dynamiquement, comme on fait sortir la lie d'un tonneau en le perçant avec un foret. Elle croyait aussi attirer les mauvaises humeurs au dehors par des vésicatoires entretenus à perpétuité. Mais tous ces procédés, absurdes et contraires à la nature, ne

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