DE LA MÉDECINE
1. La première, Tunique vocation du médecin (1), est de rendre lassmté aux personnes malades; c'est ce qu'on appelle guérir.
2. Le beau idéal de Ta guérison consiste à rétablir la santé d'une manière prompte, douce et durable, à en«lever et détruire la maladie tout entière, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, en procédant d'après des inductions faciles à saisir.
(1) Sa mission n'est pas, comme Pont cru tant de médecins qui ont perdu leur temps et leurs forces k courir après la célébrité, de forger des systèmes en combinant ensemble des idées creuses et des hypothèses àur l'essence intime delà vie et la production des maladies dans Tintérieur invisible du corps, ou de chercher incessamment k expliquer les {phénomènes morbides et leur cause prochaine , qui nous restera toujours cachée, en noyant le tout dans un fatras d'abstractions inintelligibles, dont la pompe dogmatique en impose aux ignorants, tandis que les malades soupirent en vain après des secours. Nous avons assez de ces savantes rêveries » qu'on Appelle médecine théorique, et pour lesquelles on a même institué des chaires spéciales. Il est temps que tous ceux qui se diseut médecins cessent enfin de tromper les pauvres hu* siains par des paroles vides de sens, et qu'ils commencent k agir, c'est-kdîre k soulager et guérir réellement les malades.
lOA EXPOSITION
5. Quand le médecin aperçoit nettement ce qui est à guérir dans les maladies, c'est-à-dire dans chaque cas morbide individuel (connaissance de la maladie, indication) ; lorsqu'il a une notion précise de ce qui est curatif dans les médicaments, c'est-à-dire dans chaque médicament en particulier {connaissance des vertus médicinales) ; lorsque, guidé par des raisons évidentes, il sait choisir la substance que son action rend le plus appropriée à chaque cas (choix du médicament) y adopter pour elle le mode de préparation qui convient le mieux, estimer la quantité à laquelle on doit l'administrer, et juger du moment où cette dose demande à être répétée, en un mot faire de ce qu'il y a 4e curatif dans les médicaments à ce qu'il y a d'indubitablement malade chez le sujet une application telle que la guérison doive s'ensuivre ; quand enfin, dans chaque cas spécial, il connaît les obstacles au retour de la santé, et sait les écarter pour que le rétablissement soit durable, alors seulement il agit d'une manière rationnelle et conforme au but qu'il se propose d'atteindre, alors seulement il mérite le titre devrai médecin.
4. Le médecin est en même temps conservateur de la santé , quand il connaît les choses qui la dérangent^ qui produisent et entretiennent les maladies, et qu'il sait les écarter de l'homme bien portant.
5. Lorsqu'il s'agit d'efifectuer une guérison, le médecin s'aide de tout ce qu'il peut apprendre par rap- T>prt soit à la cause occasionnelle la plus vraisemblable de la maladie aiguë, soit aux principales phases de la maladie chronique, qui lui permettent de trouver la cause fondamentale de celle-ci, due la plupart du temps
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à un miasme chronique. Dans les recherches de ce genre, on doit avoir égard à la constitution physique du malade, surtout s'il est question d'une affection chronique, à la tournure de son esprit et de son caractère, à ses occupations, à son genre de vie, à ses habitudes, à ses relations sociales et domestiques, à son âge, à son sexe, etc.
6. De quelque perspicacité qu'il puisse être doué, Tobservateur exempt de préjugés, celui qui connaît la futilité des spéculations métaphysiques auxquelles l'expérience ne prête pas d'appui, n'aperçoit, dans chaque maladie individuelle, que des modifications accessibles aux sens de l'état du corps et de Fâme, des signes de maladie, des accidents, des symptômes, c'està-dire des dévialions du précédent état de santé, qui sont senties par le malade lui-même, remarquées par les personnes dont il se trouve entouré, et observées par le médecin. L'ensemble de ces signes appréciables représente la maladie dans toute son étendue, c'est-àdire qu'il en constitue la forme véritable, la seule que l'on puisse concevoir (1 ).
(i) Je ne comprends pas comment il a pu se faire qu'au lit du malade, sans observer avec soin les symptômes et diriger le traitement en conséquence, on ait imaginé qu'il ne fallait chercher et qu'on ne saurait trouver ce qu'une maladie offre à guérir que dans l'intérieur de l'organisme, qui est inaccessible à nos regards. Je ne conçois pas qu'on ait eu la ridicule prétention de reconnaître le changement survenu dans cet intérieur invisible, sans avoir égard aux symptômes, de le ramener aux conditions de Tordre normal par des médicaments (inconnus !), et de présenter cette méthode comme la seule qui soit fondée et rationnelle. Ce qui se manifeste aux sens par les symptômes n'est-il donc pas la makdie elle-même pour le médecin, puisqu'on ne peut jamais voir l'être spirituel, la force vitale, qui crée cette maladie, qu'on n^a jamais
7. Gomme, dans . une maladie à l'égard de laquelle il ne se présente point à écarter de cause qui manifestement roGcasionne ou Fentretienne (cotisa occasion nalis) (1)^ on ne peut apercevoir autre chose que les symptômes, . il faut aussi, tout en ayant égard à la présence possible d'un miasme et aux circonstances accèssoires {V. S), que les symptômes seuls servent de guide dans le choix des moyens propres à guérir. U ensemble des symptômes, cette image réflécÂiie au dehors de l'essence intérieure de la maladie, c'est-à-dire de l'affection de la force vitale, doit être la principale ou la seule chose par laquelle le mal donne à connaître le
besoin de Tapercevoir, et que rintuition de ses effets morbides suffit pour mettre en état de guérir? Que Teut donc de plus Tancienne école avec cette prima cotisa qu'elle va chercher dans Tintérieur soustraite nos regards, tandis qu'elle dédaigne le côté sensible et appréciable de la maladie, c'esl-k-dire les symptômes, qui nous parlent un langage si clair? c Le médecin qui s'amuse k rechercher des choses cachées dans
< rintérieur de l'organisme, peut se tromper tous les jours. Hais l'hoc mœopathiste, en traçant avec soin le tableau ûdèle du groupe entier € des symptômes, se procure un guide sur lequel il peut compter, et
< quand il est parvenu k éloigner la totalité des symptômes, il a sûre*
< ment aussi détruit la cause interne et cachée de la maladie. » (Rau, loc. cit., p. i03.)
(1) Il va sans dire que tout médecin qui raisonne commence par éparterla cause occasionnelle ; le mal cesse ordinairement ensuite de luimême. Ainsi, on éloigne les fleurs trop odorantes qui déterminent la « syncope et des accidents hystériques, on extrait de la cornée le corps étranger qui provoque une ophthalmie, on enlève, pour le réappliquer mieux, Tappareil trop serré qui menace de faire tomber un membre en gangrène, on met à découvert et on lie l'artère dont la blessure donne lieu à une hémorrfaagie inquiétante, on cherche à faire rendre par le vomissement les baies de belladonne qui ont pu être avalées, on retire ies corps étrangers qui se sont introduits dans les ouvertures du corps ( le nez, le pharynx, Toreille, Purèthre, le rectum, le vagin), on broie la pierre dans la vessie, on ouvre Tanus imperforé du nouveau-né, etc.
oiédicament doAt il a besoin, la seule qui détermine le choix du remède le plus approprié. En un mot, la totalité (i) des symptômes est la principale ou la seule chose dont le médeeiii doive s'occuper, dans un cas morbide individuel quelconque , la seule qu'il ait à combattre par le pouvoir de son art, afin de guérir la maladie et de la transformer en santé.
8. On ne saurait concevoir, ni prouver par aucune expérience au monde, qu'après l'extinction de tous les symptômes de la maladie et de tout lensemble des accidents perceptibles, il reste ou puisse rester autre <Éiose que la santé, et que le changement morbide qui s'était opéré dans l'intérieur du corps n'ait point été anéanti (2).
(i) Ne sachant souvent k quel autre expédient recourir, Tancienne école a plus d^nne fois, dans les maladies, cherché à'combatlre et k supprimer par des médicaments un seul des divers s;ympl6mes qu^elles font naître. Cette méthode est connue sous le nom de médecine symptomatique. Elle a excité ayec. raison le mépris général, non-seulement parce qu'elle ne procure aucun avantage réel, mais encore parce qu'il en résulte beaucoup d^inconvénients. Un seul des symptômes présents n'est pas plus la maladie elle-même, qu'une seule jambe ne constitue rhomme entier. La méthode était d^aulant plus mauvaise, qu'en attaquant ainsi un symptôme isolé, on le combattait uniquement par un nmède opposé (c'est^k-dire d'une manière énanliopathique el pallia* tive), de sorte qu'après un amendement de courte durée on le vo3flût reparaître plus grave que par le passé.
9) Quand un homme a été guéri par un vériuble médecin, de ma* uière qu'il ne reste plus aucune trace, aucun symptôme de maladie, et que tous les signes de la santé aient reparu d'une manière durable» peut-on supposer, sans offenser l'intelligence humaine, quek maladie entière existe encore dans l'intérieur ? C'est néanmoins là ce que prétend l'un des coryphées de l'ancienne école, Hufeland, lorsqu^il dit que « Phomceopathie peut bien enlçver les symptômes, mais que la maladie « reste». Agit-il ainsi en dépit des progrès que i'homœopathie fait pour
9. Dans Tétat de santé, la force yitale qui anime dynamiquenient la partie matérielle du corps exerce un pouvoir illimité. Elle entretient toutes les parties de l'organisme dans une admirable harmonie vitale, sous le rapport du sentiment et de l'activité, de manière que Tesprit doué de raison qui réside en nous peut librement employer ces instruments vivants et sains pour atteindre au but élevé de notre existence.
10. L'organisme matériel, supposé sans force vitale, ne peut ni sentir, ni agir, ni rien faire pour sa propre conservation (1). C'est à l'être immatériel seul qui l'anime dans Tétat de santé et de maladie, qu'il doit le sentiment et Taccomplissement de ses fonctions vitales.
H. Quand l'homme tombe malade, cette force spirituelle, active par elle-même et partout présente dans le corps, est au premier abord la seule qui ressente l'influence dynamique de l'agent hostile à la vie. Elle seule, après avoir été désaccordée par cette perception, peut procurer à l'organisme les sensations désagréables qu'il éprouve, et le pousser aux actions insolites que nous appelons maladie. Ëtant invisible par elle-même
le bonheur du genre humain, ou parce qu'il a encore une idée grossière de la maladie, parce qu'il la considère, non comme une modification dynamique de l'organisme, mais comme une chose matérielle, capable de rester cachée, après la guérison, dans quelque coin de Tinlérieur du corps, et d'avoir un jour le caprice de manifester sa présence au milieu même de la santé la plus florissante? Voilà jusqu'où va encore l'aveuglement de l'ancienne pathologie! On ne doit pas s'étonner, d'après cela, qu'elle n'ait pu engendrer qu'une thérapeutique dont Tunigue but est de balayer le corps du pauvre malade.
(1}I1 est mort, et dès lors, soumis uniquement h, la puissance du monde physique extérieur, iltomte en putréfaction, et se résout en ses éléments chimiques.
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et reconnaissable seulement par les effets qu'elle produit dans le corps, cette force n'exprime et ne peut exprimer son désaccord que par une manifestation anormale dans la manière de sontir et d'agir de la portion de l'organisme accessible aux seas de l'observateur et du médecin, par des symptômes de maladie.
12. Il n'y a que la force vitale désaccordée qui produise les maladies (1). Les phénomènes morbides accessibles à nos sens expriment donc en même temps tout le changement interne, c'est-à-dire la totalité du désaccord de la puissance intérieure. En un mot, ils mettent la maladie tout entière en évidence. Par conséquent, la guérison, c'est-à-dire la cessation de toute manifestation maladive, la disparition de tous les changements appréciables qui sont incompatibles avec Tétat normal de la vie, a pour condition et suppose nécessai* rement que la force vitale soit rétablie dans son intégrité et T organisme entier ramené à la santé.
13. Il suit de là que la maladie, inabordable aux procédés mécaniques de la chirurgie, n'est point, comme les allopathistes la dépeignent, une chose distincte du tout vivant, de Forganisme et de la force vitale qui l'anime, cachée dans Tin teneur du cgrps et toujours matérielle, quelque degré de subtilité qu'on
(1)11 ne sérail d'aucune utilité au médecin de savoir comment la force vitale détermine Porganisme à produire les phénomènes morbides, c'est-à-dire commenlelle crée la maladie ; aussi rignorera-t-il élernellement. Le maître de la «e n^a rendu accessible k ses sens que ce qu'il lui était nécessaire elguCûsant de connaître, dans la maladie, pour en procurer la guérison.
veuille bien d'ailleurs lui attribuer. Un» pareilte^ idée ne pouvait naître que datis des têtes imbues des doctrines du matérialisme. C'est 'elle qui, depuis deis milliers d'années, 9 poussé la médecine dans tMfeis les fausses routes qu'elle a parcourues et où elle s'est écartée de sa véritable destination.
14. De tous les changements morbides invisibles qui surviennent dans l'intérieur du corps, et dont on peut opérer la goérison, il n'en est aucun que des signes et des symptômes ne fassent reconnaître à l'observateur attentif. Ainsi l'a voulu la bonté infiniment sage du sottverain conservateur de la vie des hommes.
15. Le désaccord invisible pour nous de. la force, qui anime notre coi^ps ne fait qu'un, en effet, avécrensamble des symptômes que cette force provoque dans Torganisrae, qui frappant nos sons, et qui représentent la maladie existante. L'organisme est bien Tinstrument matériel de la vie ; mais on ne saurait pas plus l€^ concevoir non animé par la force vitale sentant et gouvernant d'une manière instinctive, que cette force vitale ne peut être conçue indépendamment de Torganisme. Tous deux ne font qu'un, quoique notre esprit partage cette unité en deux idées, mais uniquement pour sa propre commodité.
16. Notre force vitale étant une puissance dynamique ,rinfluence nuisible sur l'organisme sain des agents hostiles qui viennent du dehors troubler l'harmonie du jeu de la vie, ne saurait donc l'affecter que d'une manière purement dynamique. Le médecin ne peut donc non plus remédier à ces désaccords (les maladies) qu'en
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faisant agir ' sur elle dm substances douées de forces modificatrices également dynamiqueé ou virtuelles, dont elle perçoit Timpression à l'aide de la sensibilité nerveuse présente part-out» Ainsi, les médicaments ne peuvent ré^ tablir et né rétablissent réellementila santé et Fiiarinonie de la vie qu'en agissant dynamiquement sur elle, après que rol;)servation att^tive çles changements accessibles à nos sens dans Tétat du sujet (ensemble des symj^tôipes) a procuré au médecin des notions sur la maladie aussi complètes qu'il avait besoin d'en avoir pour être en mesi^ris de la guérir.
17, La guérisoh qui succède à Tànéàntissement de tout l'ensemble des signes et accidents perceptibles de la maladie, ayant en .même temps pour résultat la disparition du changemept intérieur sur lequel cette dernière se fonde, c'estrà^dire, dans tops les cas^ la destraction du total .de la maladii^ (1), il est clair d'après cela que leimédécin n'a qu'à enleyer la somme des symptômes pou^.' faire «ipiukanément disparaître le cbangement intérieur du corps el cesser le:(JésaccQr4 morbide
(1) Un songe , uiî prèssenlîihcnl ', iirie prétendue vision enfantée par une iroagioalion superstitieuse, une prophétie solennelle de mort infaillible à un certain jour ou à une certaine heure, ont souvent produit tous les symptômes d'uae maladie commençante et croissante , les signes d'une mort prochaine , et la mort ellc-m^me au moment indiqué , ee qui n'aurait pu avoir lieu s'il ne s'était opéré dansTinlérieiir du corps un chaBgement correspondant k l'état qui s'exprimait au dehors. Par la môme raison , dans des cas de cette nature , on est quelquefois parvenu, fcoit en trompant le malade, soit en lui insinuant une conviction contraire, à dissiper tous les signes morbides annonçant Tapprcobe de la mort , et h rétaj;^ subitement la sauté , ce qui n'aurait pu arriver , si le remède moral n'avait fait cesser les changements morbicjfs internes et externes dont la mort devait être le résultat.
de la force vitale, c'est-à-dire pour anéantir le total de la maladie, la maladie elle-même (1). Mais détruire la maladie, c'est rétablir la santé, premier et unique but du médecin pénétré de T importance de sa mission, qui consiste à secourir son prochain, et non à pérorer d'un ton dogmatique.
18. De cette vérité incontestable que, hors de Fen- «emble des symptômes, il n'y a rien à trouver dans les maladies par quoi elles soient suse-eptibles d'exprimer le besoin qu'elles ont de secours, nous devons conclure qu*il ne peut point y avoir d'autre indication du remède à choisir que la somme des symptômes observés dans chaque cas individuel.
19. Les maladies n'étant donc que des changements dans l'état général de l'homme, qui s'annoncent par des signes morbides, et la guérison n'étant possible non plus que par la conversion de l'état de maladie en celui de santé, on conçoit sans peine que les médicaments ne pourraient guérir les maladies s'ils n'avaient la faculté de changer l'état général de l'homme, consistant en sensations et actions, et que c'est uniquement sur cette faculté que repose leur vertu curative.
(1) Le souverain conservateur des hommes ne pouvait manifester sa sagesse et sa bonté dans la guérison des maladies qui les affligent , qu'en faisant clairement apercevoir au médecin ce qu'il a besoin d'enlever à ces maladies pour les détruire et rétablir ainsi la santé. Que devrionsnous penser de sa sagesse et de sa bonté si , comme le prétend Técole dominante, qui affecte de plonger un regard divinatoire dans Tessence intime des choses, ce qu'il est nécessaire de guérir dans les maladies se trouvant enveloppé d'une obscurité mystique et renfermé dans l'intérieur caché de l'organisme, l'homme était par cela même réduit à fimpossibûité de reconnaître le mal, et par conséquent k celle aussi de le guérir?
20. Il n'y a pas moyen de reconnaître en elle-même, par les seuls efforts de Tintelligence, celte faculté cachée dans l'essence intime des médicaments, cette aptitude virtuelle à modifier l'état du corps humain, et par cela même à guérir les maladies. Ce n'est que par l'expérience, par l'observation des effets qu'elle produit en influant sur l'état général de Téconomie, qu'on parvient à la connaître et à s'en faire une idée claire. ,
21.L'essencacurative des médicaments n'étantpoint reconnaissable par elle-même, ce que personne ne sera tenté de contester, et les expériences pures, faites même par les observateurs doués de la plus rare perspicacité no pouvant rien nous faire apercevoir qui soit capable de les rendre médicaments ou moyens curalifs, sinon cette faculté de produire des changements manifestes dans Tétat général de l'économie, surtout chez Thomme bien portant, où ils suscitent plusieurs symptômes morbides bien caractérisés, nous devons conclure de là que, quand les médicaments agissent comme remèdes, ils ne peuvent également exercer leur vertu curative que par cette faculté qu'ils possèdent de modifier Tétat général de l'économie en faisant naître des symptômes particuliers. Par conséquent il faut s'en tenir uniquement aux accidents morbides que les médicaments provoquent dans le corps sain, comme à la seule manifestation possible de la vertu curative dont ils jouissent, si Ton veut apprendre, à l'égard de chacun d'eux, quelles maladies il est en état de guérir.
22. Mais comme on ne découvre, dans les maladies, autre chose qu'il faille leur enlever, pQur les convertir
en santé, que Tensemble de leurs signes et symptômes, comme on n'aperçoit non plus dans les médicaments rien autre chose de curatif que leur faculté de produire des symptômes morbides chez des hommes bien portants, et d'en faire disparaître chez les malades, il suit de là que les médicaments ne prennent le caractère de remèdes, et ne deviennent capables d'anéantir des ma* ladies, qu'en excitant certains accidents et symptômes, ou, pour s'exprimer plus clairement, une certaine ma* ladie artificielle qui détruit les symptômes déjà existants, c'est-à-dire la maladie naturelle qu'on veut guérir. Il s'ensuit aussi que, pour anéantir la totahté des symptômes d'une maladie, il faut chercher un médicament qui ait de la tendance à produire des symptômes semblables ou contraires, suivant qu'on a appris par l'expérience que la manière la plus facile, la plus certaine et la plus durable d'enlever les symptômes de la maladie et de rétablir la santé, est d'opposer à ces derniers des symptômes médicinaux semblables ou contraires (1).
(i) La manière autre que ces deux-là dont ou peut eucore employer les médicaments contre les maladies, est la méthode allopathique, celle dans laquelle on administre des remèdes produisant des symptômes qui n'ont aucun rapport direct avec l'élat du malade , n'étant ni semblables, ni opposés, mais absolument hétérogènes. J'ai démontré, dans rinlroduction , que cette méthode est une imitation grossière et nuisible des efforts imparfaits qu'une impulsion aveugle et purement instinctive pousse la force vitale troublée par quelque fâcheuse influence à tenter pour scsauver k tout prix en excitant et entretenant une maladie dans Torganisrae; car l'aveugle force vitale n'a été créée que pour entretenir l'harmonie dans l'organisme, lantqucdure lasanté, et, une fois désaccordée, elle n'est pas plus apte k se rétablir dans l'état normal, que les symptômes ne constituent la maladie elle-même. Cependant, quelqueinconvenanlequ'pllesoit,ons'en sert depuis si longtemps dans l'école
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25. Or, toutes les expériences pures, tous les essais faits av^ soîd, nous apprennent que des symptômes morbides continus , loin de pouvoir être effacés et anéantis par des symptômes médicinaux opposés, comme ceux qu'excite la méthode antipathique, énantiopathique, ou palliative, reparaissent, au contraire plus intenses qu'ils n'avaient jamais été, et aggravés d'une manière bien manifeste, après avoir semblé pendant quelque temps, se cahner. {V. 58-62 et 69.)
24. Il ne reste donc d'autre manière d'employer avec avantage les médicaments contre les maladfes, que de recourir à la méthode homœopathique, dans laquelle on cherche, pour le diriger contre l'universalité des symptômes du cas morbide individuel, celui d'entre tous les médicaments dont on connaît bien la manière d'agir sur l'homme en santé, qui possède la faculté de produire la maladie artificielle la plus ressemblante à la maladie naturelle qu'on a sous les yeux.
25. Mais le seul infaillible oracle de l'art de guérir l'expérience pure (1), nons apprend, dans tous les es-'
actuelle, qu'il n'est pas plus permis au médecin de la passer sous silence, qu'à l'historien de taire les oppressions que le genre humain a supportées pendant des milliers d'années sous des gouvernements ahsardes et despotiques.
(i) Je n'entends pas parler d'une expérience semblable à celle dont nos praticiens vulgaires se vantentaprès avoir, pendant de longues années, combattu avec un tas de receltes compliquées une multitude de maladies qu'ils n'ont jamais examinées avec soin , mais que, fidèles aux errements de l'école , ils ont regardées comme suffisamment connues parles noms qu'elles portent dans la pathologie, croyant apercevoir en elles un principe mo^fique imaginaire ou quelque autre anoinahe interne non moins hypothétique. A la vérité, ils y voient toujours quelque chose, maisjls ne savent pas ce qu'ils Toient, et ils
sais faits avec soin, qu'en effet le médicament qui, en agissant sur des hommes bien portants, a pu produire le plus de symptômes semblables à ceux de la maladie dont on se propose le traitement, possède réellement aussi, lorsqu'on l'emploie à des doses suffisamment atténuées, la faculté de détruire d'une manière prompte, radicule et durable, T universalité des symptômes de ce cas morbide, c est-à-dire (F. 6-16) la maladie présente tout entière ; elle nous apprend que tous les médicaments guérissent les maladies dont les symptômes se rapprochent le plus possible des leurs, et que, parmi ces dernières, il n'en est aucune qui ne leur cède.
26. Ce phénomène repose sur la loi naturelle de Fhomœopathie, loi méconnue jusqu'à présent, quoiqu'on en ait eu quelque vague soupçon, et qu'elle ait été dans tous les temps le fondement de toute guérison véritable, savoir, qu'une affection dynamique, dans F organisme vivant, est éteinte d'une manière durable par ttne plus forte, lorsque celle-ci, sans être de même espèce qu'elle, lui ressemble beaucoup quant à la ma-nière dont elle se manifeste (1).
arrivent h desrésnllHls qu'un Dieu seul pourrait débrouiller au milieu d'un si grand concours de forces diverses agissant sur un sujet inconnu, résultat dont il n'y a aucune induclion à tirer. Cinquante années d'une pareille expérience sont comme cinquante ans passés h regarder dans un kaléidoscope, qui, plein de choses inconnues et variées, tournerait continuellement sur lui-même : on aurait vu des milliers de ligures changeant à chaque instant, sans pouvoir se rendre compte d'aucune.
(i) C'est aussi de cette manière qu'on traite )es maux physiques et moraux. Pourquoi le brillant Jupitef disparatt-il , dans le crépuscule du matin, aux nerfs optiques de celui qui le contemple? parce qu'une puissance semblable, mais plus forte, la clarté du jour naissant , agit alors sur ses organes. Avec quoi est-on dans Tusage de cal-
27. La puissance curativc des médicaments est donc fondée [V. 12-26) sur la propriété qu'ils ont de faire naître des symptômes semblables à ceux de la maladie et surpassant en force ces derniers. D'où il suit que la maladie ne peut être anéantie et guérie d'une manière certaine, radicale, rapide et durable, qu'au moyen d'un médicament capable de provoquer Tensembie de symptômes le plus semblable à la totalité des siens, et doué en même temps d'une énergie supérieure à celle qu'elle possède.
28. Comme cette loi thérapeutique de la nature se manifeste hautement dans tous les essais purs et dans toutes les expériences sur les résultats desquelles on peut compter, que par conséquent le fait est positif, peu nous importe la théorie scientiGque de la manière dont il a lieu. J'attache peu de prix aux explications
mer les nerfs olfactifs ofifensés par des odeurs désagréables? avec du tabac, qui afTecle le nez d^une manière semblable, mais plus forte. Ce n'est ni avec de la musique , ni avec des sucreriç^ , qu'on pourrait guérir le dégoût de Todorat, [)arce que ces objets sont relatifs aux nerfs d'autres sens. Parquet moyen étouffe-t -on dansToreille compatissante des assistants les lamentations du malheureux condamné au supplice des verges? par le son glapissant du fifre, marié au bruit du 'ambour. Par quoi couvre-t-on le bruit éloigné du canon ennemi, qui porterait la terreur dans l'âme du soldat ? par le retentissement de la grosse caisse. Ni cette compassion, ni cette (erreur n'auraient pu être réprimées, soit par des admonitions , soit par une distribution de brillants uniformes. De même la tristesse et les regrets s'éteignent dans Titme h la nouvelle, fût-elle même fausse, d'un chagrin plus vifsun'enu h une autre personne. Les inconvénients d'une joie trop vive sont prévenus par lecafé,qui , de lui-même , dispose Tàmeaux impressions agréables, fla^falluque les Allemands, plongés depuis des siècles dans Tapatbie et l'esclavage , fussent écrasés sous le joug tyrannique de l'étranger, pour que le sentimentale la dignité de Tliomme se réveillât en eux, et qu'imc première fois enfin, ils relevassent la tête.
que Ton pourrait essayer d'en donner. Cependant celle qui suit me semble être la plus vraisemblable, parce qu'elle repose uniquement sur des données fournies par Texpérience.
29. Toute maladie qui n'appartient pas exclusivement au domaine de la chirurgie, ne provenant que d'un désaccord particulier de notre force vitale, sous le rapport de la manière dont s'accomplissent les sensations et les actions, le remède homœopathique attire à cette force une maladie médicinale ou artificielle analogue, mais un peu plus forte, qui se met à la place de la maladie naturelle. Cédant alors à l'impulsion de l'instinct, la force vitale, qui n'est plus malade que de l'affection médicinale, mais qui l'est un peu plus qu'auparavant, se trouve obligée de déployer davantage d'énergie contre cette nouvelle maladie ; mais l'action de la puissance médicinale qui la désaccorde ayant peu de durée (1), elle ne tarde pas à en triompher, de sorte que,
(i) Le peu de durée de raclion des puissances aptes à produire des maladies artificielles, auxquelles nous donnons le nom de médicaments, fait que, malgré leur supériorité sur les maladies naturelles, la force vitale a cependant beaucoup moins de peine à Iriomplier d'elles que de ces dernières. Ayant une durée d'action très-longue, la plupart du temps aussi étendue que la vie elle-même (psore , syphilis , sycose) , les maladies naturelles ne peu vent jamais être vaincues par la force vitale seule. Il faut, pour les éteindre, que le médecin affecte plus énergiquement celle-ci, au moyen d'un agent capable de provoquer une maladie trèsanalogue, mais doué d'une puissance supérieure (remède homœopathique). Cet agent, introduit dans Pestomac , ou respiré par le nez, fait en quelque sorte violence à l'aveugle et instinctive force vitale, et son impression prend la place de la maladie naturelle jusqu'alors existante » de telle sorte que la force vitale ne reste plus désormais qu'atteinte de la maladie médicamenteuse , k laquelle toutefois elle ne demeure en proie que peu de temps , parce que l'action du médicament (on le
comme elle avait été débarrassée en premier lieu de la maladie naturelle, elle est maintenant délivrée aussi de la maladie médicinale artificielle subiAituée à cellelà, et par conséquent capable de remettre la vie de l'organisme dans la voie de la santé. Cette hypothèse, qui est très-vraisemblable^ repose sur les propositions suivantes.
50. Les médicaments, sans doute aussi parce qu'il dépend de nous d'en varier la dose, paraissent avoir un pouvoir de désaccorder le corps humain bien supérieur à celui des irritations morbifiques naturelles ; car les maladies naturelles sont guéries et vaincues par des médicaments approj^riés.
51. Les puissances* ennemies, tant physiques que morales, qui portent atteinte à notre vie ici-bas, et qu'on appelle influences morbifiques, ne possèdent pas d'une manière absolue la faculté d'altérer la santé (1) ; nous ne tombons malades, sous leur influence, que quand notre organisme est suflisamment prédisposé à
cours de la maladie déterminée par lui, ne dure pas longlenips. La guérison de maladies datant déjà de plusieurs années, que procure (f^. 46} Tapparition de la variole et de la rougeole (qui n'ont toutes deux qu'une durée de quelques semaines) , est un pliénomène du même genre.
(i) Quand je dis que la maladie est une aberration ou un désaccord de l'élat de santé , je ne prétends point donner une ^[explication métaphysique delà nature intime des maladies en général , ou d'aucun cas morbide quelconque en particulier. Je veux seulement dési|$nerpar là ce que les maladies ne sont pas et ne peuvent point être, c'est-k-dire exprimer qu'elles ne sont pas des changements mécaniques oa^chimiques de la substance matérielle du corps, qu'elles ne dépendent point d'un principe morbifique matériel , et qu'elles sont uniquement des altérations spirituelles ou dynamiques de la vie.
ressentir l'atteinte des causes morbifiques, et à se laisser mettre par elles dans un état où les sensations qu'il éprouve et le» actions qu'il exécute soient différentes de celles qui ont lieu dans l'état normal. Ces puissances ne font danc naître la maladie, ni chez tous les hommes, ni chez un même homme dans tous les temps.
.52. Mais il en est autrement des puissances morbi* tiques artificielles que nous appelons médicaments. En effet, dans tous les temps, dans toutes les circonstances^ un véritable médicament agit sur tous les nommes, excite en edx les symptômes qui lui Sont propres, et en provoque même qui tombent sous les sens, quand on le donne à des doses assez fortes ; de sorte que tout organisme humain vivant quelconque doit être, en tout temps et d'une manière absolue, attaqué et en quelque sorte infecté par la maladie médicinale ; ce qui, comme je l'ai dit tout à l'heure, n'est point le cas des maladies naturelles.
53. Il résulte donc incontestablement de toutes les observations (1) que l'organisme humain a beaucoup plus de propension à se laisser désaccorder par les
(1) Voici un fait remarquable de ce genre; lorsqu'avant l'année 1801, la fièvre scarlaline lisse de Sydenham régnait encore de temps en temps d'une manière épidémique parmi les enfants, elle attaquait, sans exception , ceux qui ne Tavaient point eue dans une épidémie précédente; mais, dans l'épidémie dont je fus témoin à Kœnigslutler, tous les enfants qui prirent assez à temps une très-petite dose de belladonne, furent exempts de cette maladie e:itrémement contagieuse. Pour que des médicaments puissent préserver d'une maladie épidémique, il faut que leur puissance de modifier la force vitale soit supérieure à la sienne.
puissances médicinales que par les influences morbifiques et les miasmes contagieux ; ou, ce qui revient au même, que les influences morbifiques n'ont qu'un pouvoir subordonné, et souvent même très-conditionnel, de provoquer des maladies, tandis que les puissances médicinales en ont un absolu, direct et infiniment supérieur,
54. Une intensité plus grande des maladies artificielles à provoquer par le moyen des médicaments n'est cependant pas la seule condition exigible pour qu'elles aient le pouvoir de guérir les maladies naturelles. Avant tout il faut, pour qu'une guérison s'effectue, qu'il y ait la plus gi*ande similitude possible entre la maladie qu'on traite et celle que le médicament a l'aptitude de susciter dans le corps humain, afin que cette ressemblance, jointe à l'intensité un peu plus forte de l'affection médicinale, permette à celle-ci de se substituer à l'autre, et de lui enlever ainsi toute influence sur la force vitale. Cela est tellement vrai, que la nature ellemême ne peut guérir une maladie déjà existante en y ajoutant une nouvelle maladie dissemblable, quelque forte que soit celle-ci, et que le médecin n'a également plus le pouvoir d'opérer des guérisons quand il emploie des médicaments qui ne sont pas susceptibles de faire miître , chez l'homme en santé, un état morbide semblable à la maladie qu'il a sous les yeux.
33. Pour faire ressoi'tir davantage ces vérités, nous allons passer en revue trois cas différents; savoir, la marche de la * nature dans deux maladies naturelles dissemblables qui se rencontrent ensemble chez un
même sujet, et le résultat du traitement médical ordinaire des maladies par des médicaments allopathiques, incapables de provoquer un état morbide artificiel semblable à celui dont il s'agit d'opérer la guérison. Cet examen démontrera, d'un côté, qu'il n'est pas en la puissance de la nature elle-même de guérir une mala(Ûe déjà existante par une autre maladie dissemblable, même plus forte ; et de l'autre, que les médicaments, même les plus énergiques, ne sauraient jamais procurer la guérison d'une maladie quelconque, quand ils ne sont point homœopathiques. '
56. I. Si les deux maladies dissemblables qui viennent à se rencontrer chez l'homme ont une force égale, ou si la plus ancienne est plus forte que l'autre, la maladie nouvelle sera repoussée du corps par celle qui existait avant elle, et ne pourra s'y établir. Ainsi un homme, déjà tourmenté d'une affection chronique grave, ne ressentira pas les atteintes d'une dyssenterîe automnale, ou de toute autre épidémie modérée. Suivant Larrey (1), la peste du Levant n'éclate pas dans les lieux où règne le scorbut, et les personnes qui portent des dartres n'en sont point non plus infectées. Le rachitisme empêche la vaccine de se développer, au dire de Jenner. Hildenbrand assure que les phthisiques ne se ressentent pas des fièvres épidémiques, à moins que celles-ci ne soient très-violentes.
57. De même, une maladie chronique ancienne ne cède point au mode ordinaire de curation par des mé-
(1) Mémoires et obser cation s, clans la Description de t Egypte^ tom. 1.
DE LA DOCTRINB HOMOEOPATHIQUE. 123
dicaments allopathiques, c'est-à-dire ne produisant pas chez l'homme en santé un état analogue à celui qui la caractérise. E31e résiste aux traitements de ce genre^ prolongés même durant des années entières, pourvu qu'ils ne soient pas trop violents. Cette assertion se vérifie chaque jour dans la pratique, et n'a pas besoin d'être appuyée par des exemples •
58. IL Si la maladie nouvelle, qui ne ressemble pointa Tan'cienneyii est plus forte que cette dernière, elle la suspend jusqu'à ce qu'elle-même ait achevé son cours ou soit guérie ; mais alors l'ancienne reparaît. Tulpius nous apprend (1) que deux enfants, ayant contracté la teigne, cessèrent d'éprouver des accès d'épilepsie auxquels ils avaient été sujets jusqu'alors, mais que ces accès revinrent après la disparition de Texanthème à la tête. Schœpf a vu la gale s'éteindre à la manifestation du scorbut, et renaître après la guérison de cette dernière maladie (2). Un violent typhus a suspendu les progrès ^d'une phthisie pulmonaire ulcéreuse, qui reprit sa marche aussitôt après la cessation de rafiFection typheuse (3). La manie qui se déclare chez un phthisique, efface la phthisie, avec tous ses symptômes; mais la maladie du poumon renaît et tue le malade si l'aliénation mentale vient à cesser (4). Quand la rougeole et la petite vérole régnent ensemble, et qu'elles
(1) Obs. medicm, lih. I, ohs. 8.
(2) Dans- le Journal de Hufeland, XV, ii.
(3) Chevalier dans les Nouvelles Annales delà Médecine française <i6Hufe1and,U,p. 192.
[Al) Mania phthisi superveuiens eam cum omnibus suis phœnomenis aufert^ veruni mox redit phthisis et occidit^ aheunte mania. Reil, Memor. clin4corum, fasc. III, V, p. 17i.
ont attaqué toutes deux le même enfant, il est ordinaire que la rougeole déjà déclarée soit arrêtée par la variole qui éclate, et ne reprenne son cours qu'après la guérison de celle-ci ; cependant Mangel a vu aussi (1) la petite-vérole , pleinement déclarée à la suite de Finoculalion , être suspendue pendant quatre jours par une rougeole qui survint, et après la desquammation de laquelle elle se ranima , pour parcourir ensuite ses périodes jusqu'à la fin. On a même vu Téruption de la rougeole, au sixième jour de TinoCulation , arrêter le travail inflammatoire de cette dernière , et la variole n'éclater que quand Tautre exanthème eut accompli sa période septénaire (2), Dans une épidémie rubéolîque, la rougeole éclata, chez beaucoup d'inoculés, quatre ou cinq jours après l'insertion, et retarda jusqu'à son entière disparition l'éruption de la petite- vérole , qui se fit seulement alors et marcha ensuite d'une manière régulière (3). La véritable fièvre scarlatine de, Sydenham (4) , avec angine , fut effacée au quatrième jour par la manifestation de la vaccine , qui marcha jusqu'à sa fin , et après la terminaison seulement de laquelle on vit la scarlatine se manifester de nouveau. iMais , comme ces deux maladies paraissent être de force égale , on a vu aussi la vaccine être suspendue, au huitième jour, par l'éruption d'une véritable scarlatine,
(1) Dans Edinè^med, comment,, 1. 1, i.
(2) Jean Ilunter, Traité des maladies vénériennes,
(3) Rai nay , dans Med, commuent . of Edinb., lif , p. 480.
(4) Elle a élédécrileforl exaclement par Wilberinget Pleaclz. Mais elle diiïëre beaucoup de la m iliaire pourprée (ou du /{ooeft;onA?), auquel on se plaisail à donner le nom de fièvre i|carlatine. Ce n'esl que dans cesdernières années que les deux maladies, originairement forl différenles, sesonl rapprochées Tune de Taulre par leurs symptômes.
et son auréole rouge s'effacer jusqu'à ce que celle-ci eût terminé son cours , moment auquel elle reprît le sien et Vacheva régulièrement (1). Une vaccine élaîi sur le point d'atteindre à sa perfection , au huitième jour, quand éclata une rougeole, qui la rendit sur-lechamp stationnaire, et après la desquammation seulement de laquelle elle reprit et acheva sa marche, de manière qu'au rapport de Kortum (2), elle avait, le seizième jour , l'aspect qu'elle présente ordinairement au dixième. On a vu la vaccine prendre au milieu même d'une rougeole«déclarée , mais ne commencer à parcourir ses périodes que quand l'autre affection fut passée ; c'est ce que nous apprend également Kortum (3). J*ai eu moi-même occasion de voir une angine parotidienne disparaître aussitôt après l'établissement du travail particulier à la vaccine. Ce fut seulement lorsque la vaccine eut achevé son cours, et que l'auréole rouge des boutons eut disparu , qu'un nouveau gonflement, accompagné de fièvre, se manifesta dans les glandes parotides et sous-maxillaires , et parcourut sa période ordinaire de sept jours. Il en est ainsi de toutes les maladies dissemblables ; la plus forte suspend la plus faible, à moins qu'elles ne se compliquent ensemble, ce qui arrive rarement aux affections aiguës; mais jamais elles ne se guérissent réciproquement.
59. L'école médicale ordinaire a été témoin de ces faits depuis *des siècles. Elle a vu la nature elle-même impuissante à guérir aucune maladie par l'addition
(1) Jenner, dans Medizinische Ànnalen. 1800, août, p. 747.
(2) Dans le Journal de Ikifeland, XX , Ili, p.* 30. (5) Loc* cit.
d'une autre, quelque intense que fût cette dernière, lorsque celle qui survient n'est point semblable à celle qui déjà existe dans le corps. Que doit-on penser d'elle, puisqu'elle n'en a pas moins continué à traiter les maladies chroniques "phv des moyens allopathiques, c'està-dire par des substances qui, la plupart du temps, ne pouvaient provoquer elles-mêmes qu'un état maladif non semblable à F affection dont la guérison était en problème ? Et quand bien même les médecins n'eussent point jusqu'alors observé la nature avec assez d'attention, ne leur eût-il pas été possible de juger, d'après les tristes effets de leurs procédés, qu'ils étaient sur une fausse route, propre uniquement à les éloigner du but? Ne s'apercevaient-ils pas qu'en ayant, selon leur coutume, recours à des moyens allopathiques violents contre les maladies chroniques, ils ne faisaient que créer une maladie artificielle non semblable à la pnmilive, qui réduisait bien celle-ci au silence, et la suspendait pendant tout le temps de sa propre durée, mais la laissait reparaître dès que la diminution des forces du malade ne permettait plus de continuer à saper le principe de la vie par les vives attaques de l'allopathie 7 C'est ainsi que des purgations énergiques et souvent répétées nettoient réellement assez vite la peau de l'exanthème psorique ; mais , quand le malade ne peut plus supporter l'affection dissemblable qu'on a violemment fait naître dans ses entrailles, quand il est obligé de renoncer aux purgatifs , l'éruption cutanée l'cparaît telle qu'elle existait auparavant, ou bien la psore interne se manifeste par un symptôme fâcheux quofconque, attendu qu'outre l'affection primitive, qui n'est diminuée en rien j le malade a maintenant sa di-
•DE LA DOCTRINE HOMOBOPATfflQUB, 127
gestion troublée et ses forces anéanties. De même, quand les médecins ordinaires produisent et entretiennent des ulcérations à la surface du corps , croyant détruire par là une affection chronique , jamais ils n'atteignent au but qu'ils se proposent , c'est-à-dire que jamais ils ne guérissent , parce que ces ulcères fectices sont tout à fait étrangers et allopathîques au mal interne. Cependant, comme l'irritation causée par plusieurs cautères est souvent un mal supérieur, quoique dissemblable à l'état morbide primitif, U lui arrive par^ fois de réduire celui-ci pour quelque temps au silence; mais elle ne fait que le suspendre , en épuisant par degrés le malade. Une épilepsie , qui avait été supprimée pendant nombre d'années par des cautères, reparaissait constamment , et plus violente que jamais , quand on cherchait à supprimer l'exutoire , comme l'attestaient Pechlin (1) et autres. Mais les purgatifs ne sont pas plus allopathiques à l'égard de la gale , ou les cautères par rapport à r épilepsie, que les mélanges d'ingrédients inconnus dont on fait usage dans la pratique vulgaire, ne le sont relativement aux autres formes innombrables de maladies. Ces mélanges ne font non plus qu'affaiblir le malade et suspendre le mal pendant un laps de temps très-court , sans pouvoir le guérir, outre que leur emploi répété ne manque jamais d'ajouter un nouvel état morbide à l'ancien.
40. III. Il peut arriver aussi que la nouvelle maladie, après avoir agi longtemps sur l'organisme, finisse par s allier à l'ancienne affection, malgré le défaut de si-
(4) 0b9% phys. med., lia. % obs, 30.
militude entre elles , et que de là résuUe une maladie compliquée , de telle sorte cependant que chacune occupe une région spéciale dans Torganisme , et qu'elle s y installe dans les organes qui lui conviennent, abandonnant les autres à celle qui ne lui ressemble pas. Ainsi un vénérien peut devenir encore galeux, et réciproque* ment. Les deux maladies étant dissemblables, elles ne sauraient s'anéantir et se guérir Tune Fautre. Les symptômes vénériens s effacent dans le principe , lorsque Féruption psorique commence ; mais, avec le temps, la maladie vénérienne étant au moins aussi forte que la gale , les deux affections s'allient Tune avec l'autre (1), c'-est-à-dire que chacune s'empare uniquement des parties de l'organisme qui lui sont appropriées, et que le sujet devient par là plus malade et plus difficile à guérir.
En cas de concurrence de deux maladies aiguës contagieuses qui n'ont point de ressemblance ensemble, par exemple de la variole et de la rougeole, ordinairement l'une suspend l'autre, comme il a été dit plus haut. Cependant il s'est trouvé quelques épidémies violentes où, dans des cas rares, deux maladies aiguës dissemblables ont envahi simultanément un seul et même corps, et se sont, pour ainsi dire, compliquées Tune l'autre pendant un court espace de
(j) Deseipériences précises et des giiérisons que f ai obtenues de ces sortes d''afrections compliquées, m^ont convaincu qu'elles ne résultent pas d'une amalgamation de deux maladies, mais que celles-ci existent simultanément dans Téconomie, occupant chacune les parties qui sont en harmonie airec elle. En effet, laguérison s'opère d'une manière complète en alternant à propos le mercure et les moyens propres h guérir la gale, administrés tous aux doses et sous le mode de préparation convenables.
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temps. Dans une épidémie où la petite vérole et la rougeole régnaient ensemble , il y eut trois cents cas où l'une des deux maladies suspendit l'autre, où la rougeole n'éclata que vingt jours après l'éruption de la variole, et la petite vérole dix- sept à dix-huit jours après celle de la rougeole, c'est-à-dire après l'écoulement total de la première maladie; mais îl s'en trouva un dans lequel P. Russell (i) rencontra simultanément ces deux maladies dissemblables chez le même sujet. Rainey (2) a observé la variole et la rougeole ensemble chez deux petites filles. J. Maurice (3) dit n'avoir rencontré que deux faits de ce genre dans sa pratique* On trouve des exemples semblables dans EttmuUer (4) et quelques autres encore. Zencker (o) a vu la vaccine suivre son cours régulier conjointement avec la rougeole et la fièvre miliaire pourprée, et Jenner la vaccine parcourir tranquillement ses périodes au milieu d'un traitement mercuriel dirigé contre la syphilis.
41 . Les complications ou coexistences de plusieurs maladies chez un même sujet, qui résultent d'un long usage fle médicaments non appropriés, et doivent naissance aux malencontreux procédés de la médecine allopatbique vulgaire, sont infiniment plus fréquentes que celles auxquelles la nature elle-même donne lieu. En répétant sans cesse l'emploi de remèdes qui ne conviên-
(i) Transactions of a soc, for tke [improv. of med, and chir. knoupledge, U.
(2) Med. Comment of Edinb., III, p. 4S0.
(3) Med, àndphys. Journal, i805.
(4) Opéra métiica, II, P. I, cap. iO.
(5) Dans le Journal de Hufeland, XVIf.
nent pas , on finit par ajouter à la maladie naturelle qu'on a en vue de guérir les nouveaux états morbides^ souvent très-opiniâtres , que ces remèdes sont appelés à provoquer par la nature même de leurs fistcultés spéciales. Ces états ne pouvant guérir par une irritation analogue, c'est-à-dire par homœopathie, une affection chronique avec laquelle ils n'ont aucune similitude, s'associent peu à peu avec cette dernière , et ajoutent ainsi une nouvelle maladie factice à l'ancienne, de sorte que le sujet devient doublement malade et bien plus difficile à guérir, souvent même incurable. Plusieurs faits consignés dans les journaux ou dans les traités de médecine viennent à Fappui de cette assertion. On en trouve une preuve aussi dans les cas fréquents où la maladie chancreuse vénérienne , compliquée surtout avec r affection psorique, et même avec la gonorrfaée ou la sycose , loin de guérir par des traitements longs ou répétés avec des doses considérables de préparations mercurieUes mal choisies , prend place dans l'organisme à côté de la maladie mercurielle chronique, qui se développe peu à peu (1) et forme avec elle une monstrueuse complication, désignée sous le nom de syphilis larvée, qui, si elle n'est pas absolument incurable, ne peut du moins être ramenée à l'état de santé qu'avec la plus grande difficulté.
(1) Car indépendamment des symptômes analogues à ceux <le la maladie vénérienne, qui lui permettent de guérir homosôpalhiquement cette dernière, le mercure en produit encore beaucoup d'autres, qui ne ressemblent pas à ceux de la syphilis, et qui, lorsqu'on l'administre à hautes doses, surtout dans la complication si commune avec la psore, engendrent de nouveaux maux et exercent de grands ravages dans le corps.
DE LA DOCTRINE HOMOEOPATSfQUB. 131
42. La nature elle-même, comme je l'ai dit, permet quelquefois la coïncidence de deux et de trois maladies spontanées dans un seul et même corps. Mais il faut bien remarquer que cette complication n'a lieu qu'à l'égard des maladies dissemblables, qui, d'après les lois éternelles de la nature, ne peuvent s'anéantir et se guérir réciproquement. Elle s'effectue, à ce qu'il parait^ de façon telle que les deux ou trois maladies se partagent pour ainsi dire l'organisme, et que chacune d'elles y occupe les parties qui lui conviennent le mieux, par^ tage qui peut se faire sans nuire à l'unité de la vie , à cause du défaut de similitude entre elles.
45. Mais le résultat est tout autre quand deux maladies semblables viennent à se rencontrer dans l'organisme, c'est-à-dire lorsqu'à la maladie déjà existante il s'en joint une plus forte qui lui est semblable. C'est ici qu'on aperçoit comment la guérisonpeut s'opérer dans la voie de la nature, et comment l'homme doit s'y prendre pour guérir.
44. Deux maladies qui se ressemblent ne peuvent ni se repousser mutuellement, comme dans la première des trois hypothèses précédentes, ni se suspendre l'une l'autre, comme dans Ta seconde, en sorte que l'ancienne reparaisse après l'épuisement de la nouvelle, ni enfin, Gooune dans la troisième, exister à côté l'une de l'autre chez le même sujet, et former une maladie double ou compliquée.
46. Non ! de^ maladies qui diffèrent bien Tune de l'autre quant au genre (1), mais qui se ressemblent
(i) Voyez ci-dessus 26, la noie.
beaucoup à l'égard de leurs inanifeslations et de leurs effets, c'esl-à-dire des symptômes et souffrances qu'elles déterminent, s'anéantissent toujours mutuellement dès qu'elles viennent à se rencontrer dans un même organisme. La plus forte détruit la plus faible. Ce phénomène n'est pas difficile à concevoir. La maladie plus forte qui survient, ayant de l'analogie avec l'ancienne dans sa manière d'agir, envahit, et même de préférence, les parties qu'avait jusqu'alors attaquées cette dernière, qui, plus faible qu'elle, s'éteint, ne trouvant plus à exercer son activité (1). En d'autres termes, dès que la force vitale, désaccordée par une puissance morbifique, vient à être saisie par une nouvelle puissance fort analogue, mais supérieure en énergie, elle ne ressent plus que l'impression de celle-ci seule, et la précédente, réduite à la condition d'une simple force sans matière , doit cesser d'exercer une influence morbifique, par conséquent d'exister.
46. On pourrait citer beaucoup d'exemples de maladies que la nature a guéries homœopathiquement par d'autres maladies provoquant des symptômes semblables. Mais, si l'on veut des faits précis et à l'abri de toute contestation, il faut s'en tenir au petit nombre des maladies toujours semblables à elles-mêmes qui naissent d'un miasme permanent, et qui, par cette raison, sont dignes de recevoir un nom particulier.
Parmi ces affections se présente, au premier rang, la variole , si fameuse par le nombre et l'intensité de
(1) De même que l'image de la flamme d'une lampe est rapidement eflacée dans le nerf optique par un rayon du soleil, qui frappe nos yeux avee plus de force.
ses symptômes, et qui a guéri une foule de maux caractérisés par des symptômes semblables aux siens.
Des opbtbalmies violentes et allant jusqu'à Tabolition de la vue, sont un des accidents les plus communs dans la petite vérole. Or, Dezoteux et L. Yalentin (1) et Â. Leroy (^] rapportent chacun un cas d'ophthalmie chronique, qui fut guérie d'une manière parfaite et durable par Finoculation.
Une cécité qui datait de deux ans, et qui avait été causée par la répercussion de la teigne, céda complètement à la variole, d'après Klein (3).
Combien de fois n'est-il point arrivé à la petite vérole d'occasionner la surdité et la dyspnée? J. F. Closs (4) l'a vue guérir ces deux affections, lorsqu'elle fut arrivée à son maximum d'intensité. Une tuméfaction, même très-considérable, des testicules, est un symptôme fréquent de la variole. Aussi a-t-on vu, suivant Klein (5), cet exanthème guérir homœopathiquement une intumescence volumineuse et durô du testicule gauche, qui était le résultat d'une contusion. Un engoi^ement analogue du testicule fut également guéri par elle, sous les yeux d'un autre observateur (6).
On compte une sorte de dyssenterie au nombre des accidents fâcheux que détermine la petite vérole : c'est pour cela que cette affection a guéri homœopathiquement
(i) Trailé de rinoculalion, Paris, aa viii, p. 189.
(2) Médecine maternelle, ou PArt d^ élever et de conserver les en-' fants, Paris, i830, p. 554.
(3) Interpres clmicus, p. 293.
(4) Netie Heilart der Kinderpocken, Ulm, 1769, p. 68; et Specim., obs.,n^iS,
(5) Interpres cUnicus. * (9) Nov. Act, nat, cur,, voL I, obs. 22.
la dyssenterie, dans un cas rapporté par F. Wendt (t).
Personne n ignore que quand la variole survient après r insertion de la vaccine, sur-le-champ elle détruit homœopathiquement celle-ci^ et ne lui permet pas d'arriver à sa perfection , tant parce qu'elle a plus de force qu'elle , que parce qu'elle lui ressemble beaucoup. Mais, par la même raison, lorsque la vaccine approche du terme de la maturité, sa grande ressemblance avec la variole fait qu'homœopathiquement elle diminue et adoucit au moins beaucoup cette dernière, quand elle vient à se déclarer , et lui imprime un caractère plus bénin , comme le témoignent Muhry (2) et une foule d'autres auteurs.
La vaccine, outre les pustules préservatives de la petite vérole, provoque encore une éruption cutanée[générale d'autre nature. Cet exanthème consiste en des boutons coniques, ordinairement petits, rarement gros et suppurants , secs, reposant sur des auréoles rouges peu étendues , souvent entremêlées de petites taches arrondies, d'une couleur rouge, et accompagnées parfois des plus vives démangeaisons (3). Chez beaucoup d'enfants, il précède de plusieurs jours l'apparition de Tauréole rouge de la vaccine ; mais le plus souvent il se déclare après, et disparaît au bout de quelques jours, laissant sur la peau de petites taches rouges et dures. C'est en raison de leur analogie avec cet autre exanthème, que la vaccine, aussitôt qu'elle a pris, fait homœopathiquement disparaître d'une manière complète
{i) Nuchricht vQfi dem Krankeninstitut zuErlangen, 1783.
(2) Dans Robert AVillan, sur la Vaccine.
(3) Bousquei, Traité de la vaccine et des éruptions varloîeuseSy Paris, 1833, p. 52 el'suif.
et diirable les éruptioDS cutanées, souvent fort anciennes et incommodes, qui existent chez certains enfante, ainsi que l'attestent un grand nombre d'observateurs (1).
La vaccine, dont le symptôme spécial est de causer un gonflement du bras (2), a guéri, après son éruption, un bras qui était tuméfié et à demi paralysé (3).
La fièvre de la vaccine, qui survient à l'époque où se forme l'auréole rouge, a guéri homœopathiquement deux fièvres intermittentes, ainsi que nous l'apprend Hardege (4) ; ce qui confirme la remarque déjà faite par J. Hunter (5), que deux fièvres (ou maladies semblables) ne peuvent pas subsister ensemble dans un même corps (6).
(i) Principalement Clavier, Hurel et Désormeaux, dans le Bulletin des Sciences médicales de rEure,iSOS. J^.aussi Journal deméd.yXN^ 206. (â) Balhorn, dans le journal de Huftland, X, II.
(3) Stevenson, Annals of medicine de DuQCan, vol. I, p. II, n® 9.
(4) Dans le journal de Hufeland, XXIil.
(5) Traité de la maladie vénérienne. Paris, 1787^ in«8, fig.
(6) Dans les précédentes éditions de YOrganon, j'ai cité ici des exemples d''affections chroniques, guéries par la gale, qui diaprés les découvertes <tont j'ai fait part an public dans mon Traité des maladies chroniques (Paris, 4852, t. 4«"), ne peuvent être considérées que sous un certain point de vue comme des guérisons homœopathiques. Le§ grands maux ainsi effacés (il^asâiniessufrocantset des phthisies uicé* reuses) étaient déjà fl'orig^ psorique dès le principe ; c'étaient les symptômes, devenus menaçants pour la vie, d'une ancienne psore déjà complètement développée dans Tintérieur, que l'apparition d'une éruption psorique, déteminée par une nouvelle infection, ramenait à la forme simple d'une maladie psorique primitive, ce qui faisait disparaître le mal ancien et les symptômes alarmants. Ce retour à la forme primitive ne peut donc être regardé comme moyen curatif homœopathique des symptômes très-développés d'une psore ancienne, qu'en ce sens
' qjieliinouvelle infection ptate les malades dans la situation, infiniment ^ plus fkvoQable, de pouvoir désormais être guéris plus facilement de la psore entière par l'emploi des médicaments antipsoriques.
La rougeole et la coqueluche ont beaucoup de semblance Vmie avec Faulre sous le rapport de la fièvre et du caractère de la toux. Aussi Bosquillon (1) a*t*ii remarqué, dans une épidémie où ces deux maladies régnaient ensemble, que, parmi les enfants qui eurent la rougeole , il s'en trouva beaucoup qui ne furent point atteints delà coqueluche. Tous en auraient été exempts, et pour toujours, aussi bien qu'inaccessibles désormais à la contagion de la rougeole, si la coqueluche n'était pas une maladie qui ne ressemble qu'en partie à la rougeole, c'est-à-dire si elle avait un exanthème analogue à celui de cette dernière ; voilà pourquoi la rougeole ne put garantir homœopathiquement de la coqueluche qu'un certain nombre d'enfants, et ne put le faire que pour la durée de l'épidémie présente.
Mais quand la rougeole rencontre une maladie qui lui ressemble dans son symptôme principal, l'exanthème , elle peut sans contredit l'anéantir et la guérir homœopathiquement. C'est ainsi qu une dartre chronique fut guérie (2) d'une manière prompte , parfaite et durable par l'éruption de la rougeole , (y)mme l'a observé Kortum (3). Une éruption miliaire qui, depuis six ans, couvrait la face, le cou et l^ bras, où elle oausait une ardeur insupportable, et qui se ranouvelait toutes les fois que le temps venait à changer, fiit réduite par l'apparition de la rougeole à un simple gonflement de la peau; après la cessation de la rougeole, l'éruption miliaire se trouva guérie, et elle ne reparut plus (4).
(i) Eléments de médec.prat. de Cullen, p. Il, I. 3, ch. 7.
(2) Ou du moins ce symptôme fut enlevé.
(5) Dans ie Jeurnal il» Hufeland, XX, UI, p. 50.
(4) Rau, hc. cit., p. 85.
DE LA DOCiaiNB HOMOEOPATHIQUB. 137
47. Rien ne peut enseigner au médecin d'une manière plus claire et plus persuasive, quel est le choix à faire entre les puissances capables de susciter des maladies artificielles (les médicaments), pour guérir d'une manière certaine, prompte et durable, à l'instar de la nature.
48. Tous les exemples qui viennent d'être rapportés font voir que jamais nî les efforts de la nature ni l'art dumédecin ne peuvent guérir un mal quelconque par une puissance morbifique dissemblable , quelque énergique qu'elle soit, et que la cure n'est exécutable qu'au moyen d'une puissance morbifique apte à produire des symptômes semblables et un peu plus forts. La cause ep est dans les lois éternelles et irrévocables de la nature, qu'on a méconnues jusqu'à présent.
49. Nous trouverions un bien plus grand «ombre de ces véritables guérisons homœopathiques naturelles, si, d'un côté, les observateurs y avaient fait plus d'attention, et si, de l'autre, la nature avait à sa disposition davantage de maladies capables de guérir homœopathiquement.
50. La nature elle-même n'a presque pas d'autres moyens homœopathiques à sa disposition que les maladies miasmatiques peu nombreuses qui renaissent toujours semblables à elles-mêmes, comme la gale, la rougeole, la variole (1). Mais, de ces puissances morbifiques, les unes, la variole et la rougeole, sont plus dan-gereuses et plus effrayantes que le mal auquel elles por-
(i) Et le miasme exanthématique qui coexiste avec Celui de la vaccine dans la lymphe yacciniquc.
tersdent remède ; et l'autre, la gale, exige elle-même, après avoir opéré la guérison, l'emploi de moyens capables de Fanéantir à son tour, circonstances qui, toutes deux, rendent leur emploi comme moyens homœopathiques difficile, incertain et dangereux. Et combien peu , d'ailleurs , dans le nombre des maladies de f homme, s'en trouve-t-il qui auraient leur remède homœopathique dans la petite vérole, la rougeole et la gale I La nature ne peut donc guérir que très-peu de maladies avec ces moyens aventureux. Elle ne s'en sert qu'avec danger pour le malade ; car les doses de ces puissances morbifiques ne sont pas, comme celles des médicaments, susceptibles d'être atténuées en raison des circonstances ; pour guérir l'ancienne maladie analogue dont un homme est atteint, elles accablent celui-ci du lourd et dangereux fardeau de la maladie tout entière, variolique, rubéolique ou psorique. Cependant on a vu que la rencontre a produit parfois de belles cures homœopathiques, qui sont autant d'irrécusables preuves à l'appui de cette grande et unique loi thérapeutique de la nature : guérissez les maladies par des remèdes produisant des symptômes semblables aux leurs.
51 . Ces faits auraient suffi déjà pour révéler au génie de l'homme la loi qui vient d'être énoncée. Mais voyez quel avantage l'homme a ici sur une nature grossière, dont les actes sont irréfléchis ! combien les médicaments répandus par toute la création ne multiplient-ils pas les puissances morbifiques homœopathiques dont il peut disposer pour le soulagemewt de ses frères souffrants ! En eux, il trouve les moyens de faire naître des états morbides aussi variés que les innombrables ma-
DE LA DOGTRINB HOMOEOPÂTHIQUB. 139
ladies oaturelles auxquelles ils doivent servir de re* mèdes homœopathiques. Ce sont des puissances morbifiques dont la force s'éteint d'elle-même après la guérison opérée, et qui ne réclament pas, comme la gale, d'autres moyens pour les anéantir à leur tour. Ce sont des influences que le médecin peut atténuer à l'infini, et dont il lui est facultatif de diminuer la dose au point de ne leur laisser qu'une force un peu supérieure à celle de la maladie naturelle semblable, pour la guérison de laquelle elles doivent travailler. Avec de si .précieuses ressources, on n'a pas besoin d'atteintes vio* lentes portées à l'organisme pour extirper un mal ancien et opiniâtre, et le passage de l'état souffrant à la santé durable se fait d'une manière douce et insensible, quoique souvent rapide.
62. Après des exemples d'une évidence si palpable, il est impossible à tout médecin qui raisonne de persévérer encore dans l'application de la méthode allopathique ordinaire, dans l'emploi de médicaments dont les effets n'ont aucun rapport direct ou homœopathique avec la maladie, et qui attaquent le corps dans ses parties les moins malades, en provoquant des évacuations, des contre-irritations, des dérivations, etc. (1). Il lui est impossible de persister dans l'adoption d'une méthode qui consiste à provoquer, au prix des forces du malade, la manifestation d'un état morbide tout à fait différent de l'affection primitive, par des doses élevées de mélanges dans lesquels entrent des médicaments inconnus pour la plupart. L'usage de pareils mélanges ne
(1) r.ci-dessus nalroduclion, p. 7, et plus loin l'opuscule sur l'Allopathie.
peut avoir d'autre résultat que celui qui découle des lois générales delà nature, quand une maladie dissemblable se joint à une autre dans l'organisme humain , c'est-à-dire que l'aflfection, loin de guérir, se trouve au contraire toujours a^ravée. Trois effets pourront alors i avoir lieu :
r Si le traitement allopathique, quoique fort long, est doux, la maladie naturelle restera la même, et le malade aura seulement perdu de ses forces, parce que, comme on l'a vu plus haut, l'affection existant anciennement dans le corps ne permet pas à une nouvelle affection dissemblable, qui est plus faible, de s'y établir aussi.
â'^Si les remèdes allopathiques attaquent l'économie avec violence, le mal primitif semblera céder pour quelque temps , et reparaîtra animé de la même force au moins, dès qu'on interrompra le traitement, parce que, ainsi qu'il a été dit également, la nouvelle maladie, étant forte , fait taire et suspend pour quelque temps celle plus faible et dissemblable qui existait avant elle.
3"* Enfin , si les puissances allopathiques sont mises en usage à des doses élevées et pendant longtemps, ce traitement , sans guérir jamais la maladie primitive , ne fera qu'y ajouter de nouvelles maladies factices, et rendra la guérison plus difiScile à obtenir, parce que, comme on l'a encore vu, lorsque deux affections chroniques dissemblables et d'égale intensité viennent à se rencontrer, elles prennent place l'une à côté de l'autre dans l'organisme et s'y établissent simultanément.
55. Les guérisons véritables et douces ont donc lieu uniquement par la voie homq^pathique. Cette voie, coquAe nous l'avons déjà reconnu plus haut (7-25), eu
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consultant l'ei^périence et nous aidant du raisonnenient, est la seule par laquelle Fart puisse guérir les maladies de la manière la plus certaine, la plus rapide et la plus durable, parce qu'elle repose sur une loi éter-^ nelle et infaillible de la nature.
54. J'ai déjà fait remarquer précédemment (43-49) qu'il n'y a de vraie que celte voie homœopathique, parce que, des trois seules manières dont on puisse employer les médicaments contre les maladies, il n'y a non plus que celle-là qui mène en ligne droite à une guérison douce, sûre et durable, sans nuire au malade d'un autre côté, ou sans Tafifaiblir. La méthode homœopathique pure est aussi sûrement la seule par laquelle l'art de l'homme puisse opérer des guérisons, qu'il est certain qu'on ne peut pas tirer plus d'une ligne droite d'un point à un autre.
55. La seconde manière d'employer les médicaments dans les maladies, celle que j'appelle allopathique ou héléropathiqtiey est celle qu'on a le plus généralement employée jusqu'à présent. Sans nul égard à ce qui est à proprement parler malade dans le corps, elle attaque les parties que la maladie a le plus ménagées, pour dériver ou détourner le mal vers elles. J'ai déjà traité de cette méthode dans l'Introduction, et je n'en parlerai plus ici«