La troisième e) dernière (1 ) manière d'employer
(i) O^iférait tenté d'admettre une quatrième manière d'employer les mâdicammils contre les maladies; savoir, la méthode isopathi'que, celle de traiter une maladie par le même miasme qui Ta produite. MH^ en supposant même que la chose fût possible» et ce serait là certainement
142 ' EXPOISTION
les médicam ente contre les maladies est V antipathique^ énantiopathiqae ou palliative. Cest celle au moyen de laquelle les médecins ont jusqu'à présent réussi le mieux à se donner l'air de soulager les malades, et sur laquelle ils ont le plus compté pour gagner leur conGance, en les leurrant d'un soulagement instantané. Nous allons montrer combien elle est peu efficace, à quel point même elle est nuisible dans les maladies qui n'ont point un cours très-rapide. A la vérité, c'est la seule chose qui, dans l'exécution du plan de traitement des allôpathistes, se rapporte à une partie des souffrances causées par la maladie naturelle. Mais en quoi consiste ce rapport? Nous allons voir qu'il est tel que cette chose est précisément celle qu'on devrait le plus éviter, si l'on voulait ne pas tromper les malades et ne point se moquer d'eux.
31 . Un médecin vulgaire qui veut procéder d'après la méthode antipathique, ne fait attention qu'à un seul symptôme, celui dont le malade se plaint le plus, et néglige tous les autres, quelque nombreux qu'ils soient. Il prescrit contre ce symptôme un remède connu pour produire l'effet directement contraire; car,' d'après l'axiome contraria contrariis, proclamé depuis plus de quinze cents ans par l'ancienne école, ce remède est celui dont il doit attendre le secours (palliatif) le plus prompt. Ainsi, il donne de fortes doses d'opium contre les douleurs de toute espèce, parce'que cette substance
une découverte précieuse, comme on n'administre le miasme avx malades qu'après Tavoir modifié jusqu'à un certain point parles préparalions qu'on lui foil subir, la guérison n'aurait lieu dans ce cas qu'en opposant smjWmum simUlimo. ^
DE LA DocramE homobopathique. 143
engourdit rapidement la sensibilité. H prescrit la noéme drogue contre les diarrhées^ parce qu'en peu de temps elle arrête le mouvement péristaltique du canal intestinal, qu'elle frappe d'insensibilité. Il l'administre ^lement contre l'insomnie, parce qu'elle plonge promptement dans un état de stupeur et d'hébétude. II emploie des pui^atife quand le malade est tourmenté depuis longtemps déjà par la constipation. Il fait plonger la main échaudée dans l'eau froide, qui, par sa froideur, semble enlever tout à coup, et comme par enchantement, les douleurs cuisantes de labrûlure. Quand un malade se plaint d'avoir froid et de manquer de chaleur vitale, il le fait entrer dans un bain chaud, qui le réchauffe sur-le-champ. Celui qui accuse une faiblesse habituelle, reçoit le conseil de boire du vin, qui aussitôt le ranime et semble le restaurer. Quelques autres moyens antipathiques, c'est-à-dire opposés à des symptômes, sont également mis en usage : cependant, après ceux que je viens d'énumérer, il y en a peu encore, parce que le médecin ordinaire ûé connaît les effets propres ou primitife que d'un très-petit nombre de médicaments.
58. Je n'insisterai pas sur le vice {voyez § 7, la note) qu'a cette méthode de ne s'attacher qu'à un seul symptôme, et par conséquent qu'à une petite partie du tout, conduite de laquelle on ne doit éviden)ment rien attendre pour le soulagement de l'ensemble de la maladie, qui est la sMl^ chose à laquelle le malade aspire. J'interrogerai cependant l'expérience pour savoir d'elle si, parmi les cas où Ton a fait ainsi une application antipathique de médicaments contre une maladie chroni-
que ou continue, elle pourrait; nous en citer un seul dans lequel le soulagement de courte durée qu'on obtient par là n'ait point été suivi d'une a^ravation manifeste non-seulement du symptôme ainsi pallié d'abord, mais encore de la maladie tout entière. Or, tous ceux qui ont observé avec attention s'accorderont à dire qu'après ce léger amendement antipathique, qui ne dure pas longtemps, l'état du malade empire toujours et sans exception, quoique le médecin vulgaire cherche ordinairement à expliquer cette augmentation trop évidente en l'attribuant à la malignité de la maladie primitive, où à la manifestation d'une maladie nouvelle (1).
59. Jamais encore on n'a traité aucun symptômegrave d'une maladie continue par de tels remèdes opposés et palliatifs , sans qu'au bout de quelques heures le mal n'ait reparu, évidemment même aggravé. Ainsi , pour
(1) Quoique les médecins niaient point été jusquli présent dans Tusage d'observer, cependant il n*a pu leur échapper que l'emploi des palliatifs est infailliblement suivi d'une aggravation du mal. On trouve un exemple frappant de ce genre dans J. H. Schulze {Dîss. qua corporis humani momentanearum alterationum specimina quœdam expen- • duntur, Halle^ 1741, § 28). Quelque chose de semblable nous est attesté par Willis {Pharm, rat., sect. 1, cap. I, p. 298) : Opiata doiores atrocissimos plerumque sedant atque indolentiam»,. procurant ^ eam" que,., aîîquamdiu etpro stato quodam teinpore continuant, quo spath elapso, doiores mox recrudescunt et brevi ad solitam ferociam augentur. Et p. 295: Exactis opii vîribus illico redeuat tormina, necatrocitatem suam remittunt, nisi dum ab eodem pharmaco rursus incantentur. De même J. Hunter {Traité des maladies vénériennes) dit que le vin augmente l'énergie chez les personnes faibles, sans leur communiquer une véritable vigueur, et que les foiees baissent ensuite dans la même proportion qu^elles avaient été excitées, de façon que le sujet n'y gagne rien, et qu'au contraire il y perd la plus grande partie de ses forces.
DE LA DOCTRINE HOMŒOPATHiQUE. 145
dissiper une tendance habituelle à s assoupir , on donnait du café , dont l'effet primitif est de tenir éveillé ; mais , dès que cette action était épuisée y la propension ausommeilreparaissaitplusfortequ'auparavant. Quand un homme était sujet à se réveiller ^ sans prendre nul souci des autres symptômes de sa maladie, on lui faisait avaler, au moment de se mettre au lit, de Topium, qui en vertu de son action primitive , lui procurait, pour la nuit , un sommeil d'engourdissement et de stupeur ; mais l'insomnie n'en devenait que plus opiniâtre les nuits suivantes. On opposait l'opium aux diarrhées chroniques , sans égard aux autres symptômes , parce que son effet primitif est de resserrer le corps ; mais le cours de ventre , après avoir été suspendu quelque temps, reparaissait plus fâcheux que par le passé. Des douleurs vives et revenant par accès fréquents se calmaient momentanément sous l'influence de l'opium , qui engourdit la sensibilité ; mais elles ne manquaient jamais de se renouveler avec plus de violence, souvent même à un degré insupportable , ou bien elles étaient remplacées par un autre mal beaucoup plus fâcheux. Le médecin vulgaire ne connaît rien de meilleur contre une ancienne toux dont les quintes reviennent surtout pendant la nuit , que l'opium , dont l'effet primitif est d'éteindre toute espèce d'irritation; il se peut faire que le malade éprouve du soulagement la première nuit; mais les nuits suivantes la toux renaîtra plus fatigante que jamais, et si le médecin s'obstine à la combattre par le même palliatif, en augmentant graduellement la dose, de la fièvre et des sueurs nocturnes viennent s'y joindre. On a cru dissiper la faiblesse de la vessie et la rétention d'urine qu'elle entraîne à sa suite en
iO
administrant la teinture de x^ntharides , qui stimule les voies urinaires ; de là résultent bien d'abord quelques évacuations forcées d'urine, mais la vessie n'en devient ensuite que moins irritable , moins susceptible de se contracter , et elle est à la veillé de tomber en paralysie. On s'est flatté de pouvoir combattre une disposition invétérée à la constipation par des purgatifs àhautes doses, qui provoquent d'abondantes et fréquentes déjections ; mais ce traitement a pour effet secondaire de rendre le ventre encore plus resserré. Un médecin vulgaire conseille de boire du vin pour faire disparaître une faiblesse chronique ; mais ce liquide ne stimule que pendant la durée de son effet primitif, et la réaction qui s'ensuit a toujours pour résultat de réduire encore davantage les forces. On espère échauffer et fortifier un estomac froid et paresseux par l'usage des amers et des épiceries; mais l'effet secondaire de ces palliatifs, qui n'excitent que durant leur action primitive, est d'accroître encore l'inaction du viscère gastrique. On s'est imaginé que les bains chauds convenaient pour remédier au manque habituel de chaleur vitale, mais, au sortir de l'eau, les malades sont encore plus accablés , plus difiîciles à réchauffer et plus frileux qu'ils ne l'étaient auparavant. L'immersion dans l'eau froide soulage bien instantanément les douleurs causées par une forte brûlure ; mais ensuite cette douleur augmentée un degré incroyable, l'inflammation s'étend au loin dans les parties environnantes (1), et n'en acquiert que davantage d'intensité. On prétend guérir nn enchift'ènement ancien par des sternutatoires, qui
(1) Voyez rintroduction.
excitent la sécrétion des mucosités nasales , et Ton ne remarque pas qu'en dernier résultat cette méthode finit toujours par aggraver Taccident auquel on la suppose propre à mettre un terme. L'électricité et le galvanisme, puissances qui de prime abord exercent une grande influence sur le mouvement musculaire, resti* tuent promptement la faculté d'agir à des membres affaiblis depuis longtemps et presque paralysés ; mais l'effet secondaire est l'anéantissement absolu de toute irritabilité musculaire et une paralysie complète. La saignée est propre, dit-on, à Êiire cesser l'afflux habituel du sang vers la tète ; mais il s'ensuit toujours de son emploi que le sang se porte en plus grande abondance aux parties supérieures. La seule chose que le commun des médecins sache opposer à l'anéantissement presque paralytique du physique et du moral, qui est un symptôme prédominant dans beaucoup d'espèces de typhus, c'est la valériane à hautes doses, parce que cette plante est un des plus puissants stimulants qu'on connaisse; mais il leur a échappé que l'excitation produite par la valériane est un pur effet primitif, et qu'après la réaction de Torganisme, la stupeur et l'impossibilité d'agir, c'est-à-dire la paralysie du corps et l'affaiblissement de l'esprit, augmententinfailliblement; ils n'ont pas vu que les malades auxquels on a prodigué la valériane , en pareil cas opposée ou antipathique, sont précisément ceux que la mort moissonne presque à coup sûr. Quand le pouls est petit et vite, dans les cachexies, les médecins de l'ancienne école (1)
(i) Voyez Hufeland, dans son opuscule, inlitulé: Die Homœopa - <Aie,p. 20.
parvienneutà le ralentir pour plusieursheures avec une première dose de digitale pourprée, dont l'effet primitif est de procurer le ralentissement de la circulation ; mais le pouls ne tarde pas à reprendre la même vitesse que par le passé , des doses répétées et chaque fois plus fortes de digitale réussissent de moins en moins et finissent par ne plus pouvoir parvenir à le ralentir ; loin de là même, le nombre des pulsations devient, incalculable pendant la réaction, le sommeil se perd, avec Fappétit et les forces, et une mort prompte est inévitable, si la manie ne se déclare pas. En un mot, Tancienne école n'a jamais compté combien de fois il arrive aux médicaments antipathiques d'avoir pour effet secondaire d'accroître le mal, ou même d'amener quelque chose de pis encore ; mais Texpérience nous en donne des preuves capables de jeter Teffroi dans l'âme.
60. Quand ces résultats fâcheux , auxquels on doit naturellement s'attendre de la part des médicaments antipathiques, viennent à se manifester, le médecin vulgaire croit se tirer d'embarras en donnant une dose plus forte chaque fois que le mal empire. Mais il ne s'ensuit non plus de là qu un soulagement de courte durée; et de la nécessité dans laquelle on se trouve d'augmenter incessamment la dose du palliatif, résulte tantôt qu'une autre maladie plus grave se déclare, tantôt que la vie est mise en péril, et même que le malade succombe. Mais jamais on n'obtient ainsi la guérison d'un mal existant déjà depuis quelque temps, ou à plus forte raison invétéré.
61. Si les médecins eussent été capables de réfléchir sur les tristes résultats de l'application des remè-
des antipathiques, depuis longtemps ils auraient trouvé cette grande vérité^ que c'est en suivant vne marche cfirectement opposée à celle-là qu'on doit arriver à une méthode de traitement qui procure des guérisons réelles et durables. Ils auraient compris que, ainsi qu'un effet médicinal contraire aux symptômes de la maladie (remède administré antîpathîquemenl) ne procure qu'un soulagement de courte durée, à la suite duquel le mal empire constamment, de même la méthode inverse, c'est-à-dire l'application homœopathique des médicaments, leur administration basée sur l'analogie entre les symptômes qu'ils provoquent et ceux de la maladie, doit procurer une guérison parfaite et durable, pourvu qu'on ait soin de substituer aux doses énormes dont ils font usage les plus faibles qu'il soit possible d'employer. Mais, malgré le peu de difficultés que présentent cette série de raisonnements, malgré le fait que nul médecin n'a opéré de guérison durable, dans les maladies chroniques, qu'autant que ses formules renfermaient par hasard un médicament homœopathique prédominant, malgré cet autre fait, non moins positif, que la nature n'a jamais accompli de guérison rapide et complète qu'au moyen d'une maladie semblable ajoutée par elle à Fancienne (46), malgré tout cela, ils n'ont pas pu, durant une si longue suite de siècles, arriver à une vérité dans laquelle seule on trouve le salut des malades.
62. En^ cherchant à m' expliquer d'une part les résultats pernicieux du traitement antipathique ou palliatif, de l'autre les heureux effets que produit au con traire la méthode homœopathique, j'y suis parvenu
avec le secours des considérations suivantes^ qui découlent de faits nombreux, et que personne n'a trouvées avant moi, quoiqu'on les eût pour ainsi dire sous h, main , qu'elles soient d'une évidence parfaite , et qu'elles aient une importance infinie pour la médecine.
65. Toute puissance qui agit sur la vie, tout médicament, désaccorde plus ou moins la force vitale, et produit dans l'homme un certain changement qui peut durer plus ou moins longtemps. On appelle ce changement Y effet primitif . Quoique produit à la fois par la force médicinale et par la force vitale, il appartient cependant davantage à la puissance dont l'action s'exerce sur nous. Mais notre force vitale tend toujours à déployer son énergie contre cette influence. L'effet qui résulte de là, qui appartient à notre puissance vitale de conservation, et qui dépend de son activité automatique, porte le nom à' effet secondaire ou de réaction.
64. Tant que dure l'effet primitif des puissances morbifiques artificielles (médicaments) sur un corps sain, la force vitale parait jouer un rôle purement passif, comme si elle était obligée de subir les impressions delà puissance qui agit du dehors, et de se laisser modifier par elle. Mais plus tard elle semble se réveiller en quelque sorte. Alors, s'il y a quelque état directement contraire à l'effet primitif, ou à l'impression qu'elle a reçue, elle manifeste une tendance à le produire qui est proportionnelle et à sa propre énergie et au degré de l'influence exercée par la puissance morbide artificielle ou médicinale; s'il n'existe pas dans la nature d'état directement opposé à cet effet primitif, elle cherche à établir sa propre prépondérance en effaçant le
diaogement qui a été opéré en elle par une action du dehors (celle du médicament) , et y siibstituant son propre état normal.
65. Les exemples du premier cas sautent aux yeux de chacun. Une main qu'on a tenue plongée dans l'eau chaude a bien plus de chaleur d'abord que l'autre qui n'a pas subi l'immersion (effet primitif) ; mais, quelque temps après avoir été retirée de l'eau et bien essuyée, elle se refroidit , et devient enfin beaucoup plus froide que celle du cAté opposé (effet secondaire). La grande chaleur qui provient d'un exercice violent (effet primitif) est suivie de frissons et de froid (effet secondaire). L'homme qui s'était échauffé hier en buvant largement du vin (effet primitif), est aujourd'hui sensible au moindre courant d'air (effet secondaire). Un bras qui est resté longtemps dans de Teau à la glace, est d'abord bien plus pâle et plus froid que l'autre (effet primitif); mais, qu'on le retire de l'eau et qu'on l'essuie avec soin,- il deviendra non-seulement plus chaud que l'autre, mais même brûlant, rouge et enflammé (effet secondaire). Le café fort nous stimule d'abord (effet primitif), mais il nous laisse ensuite une pesanteur et une tendance au sommeil (effet secondaire) qui durent longtemps, si nous ne les chassons pas de nouveau pour quelque temps, et d'une manière purement palliative, en prenant derechef du café. Après s'être procuré du sommeil^ ou plutôt un engourdissement profond, à l'aide de l'opium (effet primitif), on a d'autant plus de peine à s'endormir la nuit suivante (effet secondaire). A la c^Qstipation provoquée par l'opium (effet primitif) succède la diarrhée (effet secondaire), et aux
évacuations déterminées par des purgatifs(effet primitif), une constipation, un resserrement de ventre, qui durent plusieurs jours (effet secondaire). C'est ainsi qu'à l'effet primitif des hautes doses d'une puissance qui modifie profondément l'état d'un corps sain, la force vitale, par sa réaction, ne manque jamais d'opposer un état directement contraire, quand elle peut en faire apparaître un.
66. Mais on conçoit aisément que le corps sain ne donne aucun signe de réaction en sens contraire après Faction d'une dose faible et homœopathique des puissances qui changent le mode de sa vitalité. Il est vrai que même une petite dose de tous ces agents produit des effets primitifs appréciables quand on y apporte l'attention nécessaire ; mais la réaction qu'exerce ensuite l'organisme vivant ne dépasse jamais le degré nécessaire au rétablissement de l'état normal.
67. Ces vérités incontestables, qui s'offrent d'ellesmêmes à nous quand nous interrogeons la nature et l'expérience, expliquent d'un côté pourquoi la méthode homœopathique est si avantageuse dans ses résultats, et démontrent de Tautre Fabsurdité de celle qui consiste à traiter les maladies par des moyens anti* pathiques et palliatifs (1).
(l)Ce n'est qae dans des cas extrêmement pressants, où le danger que la vie court et Timminence de la mort ne laisseraient point le temps d'agir h un médicament homœopalhique , et n^admettraient ni des heures, ni parfois même des minutes de délai , dans des maladies survenues tout k coup chez des hommes auparavant bien portants, comme les asphyxies , la fulguration, la suffocation , la congélation , la submersion , etc. , qu'il est permis et convenable de commencer au moins
68. Nous voyons, à la vérité, en examinant ce qui se passe dans les guérisons homœopathiques, que les infiniment petites doses qui suffisent pour surmonter et détruire les maladies naturelles, par Fanalogie existante entre les symptômes de ces dernières et ceux des médicaments, laissent d'abord dans l'organisme, après l'extinction de la maladie primitive, une légère affection médicinale qui survit à celle-ci. Mais Texiguité des doses rend cette maladie tellement légère, passagère etsusceptibledesedissiperd'elle-mème, que l'organisme
par ranimer Tirrilabiltté et la sensibilité k Taide de palliatifs, tels que de légères commotions électriques , des lavements de café fort , des odeurs excitantes , Taction progressive delà chaleur, etc. Dès que la vie physique est ranimée, le jeu des organes qui Fentretiennenl reprend son cours régulier, parce quil n'y avait point ici maladie (a), mais seulement suspension ou oppression de la force vitale , qui d^ailleurs se trouvait par elle-même dans Tétat de santé. Ici se rangent encore divers antidotes dans des empoisonnements subits : les alcalis contre les acides minéraux, le foie de soufre contre les poisons métalliques, le café , le camphre (et Tipécacuanha) contre les empoisonnements par Fopium , etc.
Il ne faut pas croire qu'un remède homceopathique ait été mal choisi contre un cas donné de maladie , parce que quelques-uns de ses symptômes ne correspondent qu^antipathiquement à quelques symptômes morbides de moyenne ou de faible importance. Pourvu que les autres symptômes de la maladie , ceux qui sont les plus forts et les plus marqués, ceux enfin qui la caractérisent, trouvent dans le remède des symptômes qui les couvrent, les éteignent et les anéantissent , les symptômes antipathiques en petit nombre qui ont pu se manifester, disparaissent d^eux-mémes après que le remède a cessé d'agir , sans retarder le moins du monde la guérison.
{a) La nouvelle secte éclectique (celle des insufficientistes) s'appuie, mais en vain, sur cette remarqnet pour admettre partout des exceptions à la règle, dans les maladies, et pouvoir appliquer k ion aise les palliatib allopatfaiques ; on dirait qu'elle n'agit ainsi que pour s'épargner la peine de cbercber le remède honuBopathiqne qui convient exactement à chaque cas morbide, ou plutôt pour ne pas se donner celle de devemr médecin homœopathiste, tout en ayant l'air de l'être ; mais ses felts répondent à ses principes, et ils se réduisent & peu de chose.
n*a pas besoin de déployer contre elle une réaction ràpérieure à celle qui est nécessaire pour élever F état présent au degré habituel de la santé^ c'est-à-dire pour rétablir complètement cette dernière. Or, tous les symptômes de la maladie primitive étant éteints, il ne
lui faut pas de grands efforts pour arriver à ce but (F. 65).
69. Mais le contraire précisément a lieu dans la méthode antipathique ou palliative. Le symptôme médicinal opposé par le médecin au symptôme morbide (comme l'engourdissement qui constitue l'effet primitif de l'opium, opposé à une douleur aiguë), n'est pas tout à fait étranger et allopathique à ce dernier. Il y a entre les deux symptôme sun rapport évident, mais inverse. L'anéantissement du symptôme morbide doit être effectué ici par un symptôme médicinal opposé. Or, voilà ce qui est impossible. Il est vrai que le remède antipathique agit précisément sur le point malade de l'organisme, tout aussi bien que le ferait un remède homœopathique ; mais il se borne à couvrir en quelque sorte le symptôme morbide naturel, et à le rendre insensible pour un certain laps de temps. Dans le premier moment de l'action du palliatif, 1* organisme ne ressent aucune affection désagréable ni de la part du symptôme morbide, ni de celle du symptôme médicinal, qui semblent s'être anéantis réciproquement et neutralisés d'une manière pour ainsi dire dynamique. C'est ce qui arrive par exemple à la douleur et à la faculté stupéfiante de l'opium; car, au premier abord^ l'organisme se sent comme en santé, n'éprouvant ni sensation douloureuse, ni engourdissement. Mais le
DB LA DOGTBINE HOMOBOPATIIIQUE. 155
symptôme médicinal opposé ne pouvant pas occuper dans l'organisme la place même de la maladie déjà existante, comme il arrive par la méthode homceopa-* thique, où le remède provoque une maladie artificielle semblable à la naturelle, et seulement plus forte qu'elle, la force vitale ne pouvant point par conséquent se trouver affectée, par le médicament qu'on emploie, d'une maladie nouvelle semblable à celle qui la tourmentait jusqu'alors, cette dernière n'est point réduite au néant. I^ nouvelle maladie rend bien l'oi^anisme insensible dans les premiers moments, par une sorte de neutralisation dynamique (1), si l'on peut s'exprimer ainsi ; mais elle ne tarde pas à s'éteindre d'ellemême, comme toute affection médicinale ; et alors nonseulement elle laisse la maladie dans le même état où elle était auparavant, mais encore, les palliatifs ne pouvant jamais être donnés qu'à grandes doses pour procurer un soulagement apparent, elle met la force vitale dans la nécessité de produire un état
(i)Les sensations contrastantes ou opposées ne se neutralisent pas d'une manière permanente dans le corps de Tliomme vivant; comme des sulistances douées de propriétés opposées le font dans un laboratoire de chimie, où Ton voit, par exemple , Facide sulfurique et la potasse former en s'unissant un corps tout à fait différent d'eux, un sel neutre , qui n'est plus ni acide , ni alcali , et qui ne se décompose même point au feu. he telles combinaisons , produisant quelque chose de stable et de neutre, n'ont jamais lieu dans nos organes sensitifs, par nip« port à des impressions dynamiques de nature opposée. Il y a bien au commencement une apparence de neutralisation ou de destruction réciproque, mais les sensations opposées ne s'effacent pas Tune Tautre d'une manière durable. Un affligé ne suspend qu'un instant l'expression de sa douleur à la vue d'un spectacle amusant: il oublie bientôt les distractions» et ses larmes recommencent à couler plus abondantes que jamais.
opposé (F. 63-65) à celui qu'avait provoqué le médicament palliatif, de déterminer un effet contraire à celui du remède, c'est-à-dire défaire naître un état de choses analogue à la maladie naturelle non encore détruite. Donc cette addition provenant de la force vitale elle-même (la réaction contre le palliatif) , ne peut manquer d accroître Tintensité et la gravité du mal (1). Ainsi le symptônr:e morbide (partie de la maladie) s'aggrave aussitôt que le palliatif a cessé son effet, et d'autant plus que ce palliatif avait été administré à des doses plus élevées. Pour ne pas sortir de l'exemple dont nous avons déjà fait usage, plus la quantité d'opium donnée pour couvrir la douleur a été forte, et plus aussi la douleur s'accroît au delà de sa violence primitive, après que l'opium a cessé d'agir (2).
70. D'après ce qui vient d'être dit , on ne saurait méconnaître les véiîtés suivantes :
rLe médecin n'a pas autre chose à guérir que les
(i) Quelque claire que soit celle proposition, elle a cependaut él^* mal interprétée, et Tonaobjectéconlre elle qu'un palliatif doit tout aussi bien guérir par son effet consécutif qui ressemble k la maladie existante, qu'un remède homœopathique le fait par son effet primitif. Mais, en élevant cette difficullé, on n'a pas réQéchi que l'effet consécutif n'est jamais un produit du médicament , et qu'il résulte toujours de la réaction qu'exerce la force vitale de l'organisme , que par conséquent celte réaction de la force vitale à l'occasion de l'emploi d'un palliatif est un état semblable au sympl6me de la maladie , qui a été laissé intact parle médicament, et qui se trouve encore augmenté par le.
(2) Ainsi , dans l'obscur cachot où le prisonnier reconnaît à peine les d>jetsqui l'entourent, de l'alcool allumé tout à coup répand autour de lui une clarté consolante ; mais, quand la flamme vient à s'éteindre , plus elle a été brillante, et plus les ténèbres qui enveloppent l'infortuné lui apparaissent profondes ; aussi a-l-il beaucoup plus de peine qu'auparavant à distinguer tout ce qui se trouve autour de lui.
DE Là DOCTRINE HOlfOEOPATflIQUE. 157
souffrances du malade et les altérations du rhythme normal qui sont appréciables aux sens, c'esl^à-dire la totalité des symptômes par lesquels la maladie indique le médicament propre à lui porter secours ; toutes les causes internes qu'on pourrait attribuer à cette mala«dle, tous les caractères occultes qu'on serait tenté de Im* assigner, tous les principes matériels d'où l'on voudrait la faire dépendre, sont autant de vains songes.
^ Le désaccord que nous appelons maladie ne peut être converti en santé que par un autre désaccord provoqué au moyen de médicaments. La vertu curativede ces derniers consiste donc uniquement dans le changement qu'ils font subir à l'homme , c'est-à-dire dans la provocation de symptômes morbides spécifiques. Les expériences faites sur des sujets bien portants sont le meilleur et le plus sûr moyen de reconnaître cette vertu.
3"" D'après tous les faits connus, il est impossible de guérir une maladie naturelle à l'aide de médicaments qui possèdent par eux-mêmes la faculté de produire, chez r homme bien portant, un état morbide ou un symptôme artificiel dissemblable. La méthode allopathique ne procure donc jamais réellement la guérison. La nature elle-même n'opère jamais non plus de guérison dans laquelle une maladie se trouve anéantie par une seconde maladie dissemblable ajoutée à l'autre, quelque forte que puisse être cette nouvelle affection.
4"* Tous les faits se réunissent aussi pour démontrer qu'un médicament susceptible de faire naître, chez Thomme en santé, un symptôme morbide opposé à la maladie qu'il s'agit de guérir, ne produit qu'un soulagement passager dans une maladie déjà ancienne, n'en procure jamais la guérison , et la laisse toujours repa-
raître^ au bout d'un certain temps, plus grave qu'elle n'était par le passé. La méthode antipathique et purement palliative est donc tout à fait contraire au but qu'on se propose dans les maladies anciennes et de quelque importance.
y La troisième méthode, la seule qui reste encore à laquelle on puisse s'adresser, l'homœopathie, qui, calculant bien la dose, emploie contrôla totalité des symptômes d'une maladie naturelle, un médicament capable de provoquer, chez l'homme bien portant, des symptômes aussi semblables que possible à ceux qu'on observe chez le malade , est la seule réellement salutaire , la seule qui anéantisse les maladies , ou les aberrations purement dynamiques de la force vitale, d'une manière facile, complète et durable. La nature elle-même nous montre l'exemple à cet égard, dans certains cas fortuits où, en ajoutant à une maladie existante une maladie nouvelle qui lui ressemble, elle la guérit avec promptitude et pour toujours.
71. Comme on ne peut plus douter que les maladies de l'homme ne consistent qu'en des groupes de certains symptômes, et que la possibilité de les détruire pai* des médicaments, c'est-à-dire de les ramener à la santé, but de toute véritable guérison , ne dépende unique**ment de la faculté inhérente aux substances médicinales de provoquer des symptômes morbides semblables à ceux de l'affection naturelle, la marche qu'on doit suivre dans le traitement se réduit aux trois points suivants :
r Par quelle voie le médecin arrive-t-il à connaître ce qu'il a besoin de savoir relativement à la maladie , pour pouvoir en entreprendre la cure?
DE LA DOCTHINE HOMCEOPATHIQUE. 159
2* Comment doit-il étudier les instruments destinés à la guérison des maladies naturelles , c'est-^-dire la puissance morbifique des médicaments?
3"* Quelle est la meilleure manière d'appliquer ces puissances morbifiques artificielles (les médicaments) à la guérison des maladies?
72. Pour ce qui est du premier point , il exige que nous entrions d'abord dans quelques considérations générales. Les maladies des hommes forment deux classes. Les unes sont des opérations rapides de la force vitale sortie de son rhythme normal^ qui se terminent dans un temps plus ou moins long , mais toujours de médiocre durée. On les appelle maladies aiguës. Les autres, peu distinctes et souvent même imperceptibles à leur début , saisissent Toi^anisme chacune à sa manière y le désaccordent dynamiquement, et peu à peu Féloignent tellement de l'état de santé, que l'automatique énei^e vitale destinée au maintien de celui-ci , qu'on appelle force vitale, ne peut leur opposer qu'une résistance incomplète , mal dirigée et inutile , et que , dans son impuissance de les éteindre par elle-même, elle est obligée de les laisser croître jusqu'à ce qu'enfin elles amènent la destruction de l'organisme. Celles-là sont connues sous le nom de maladies chroniques. Elles proviennent de l'infection par un miasme chronique.
75. A regard des maladies aiguës, on peut les distribuer en deux catégories. Les unes attaquent des hommes isolés, à l'occasion de causes nuisibles dont ils ont eu à supporter l'influence. Des excès dans le boire et le manger, la privation des aliments nécessaires, de violentes impressions physiques , le refroidissement ,
réchauffement^ les fatigues, les efforts , etc. , ou des excitations, des affections morales, en sont fréquemment la cause. Mais la plupart du temps elles dépendent des recrudescences passagères d'une psore latente, qui retombe dans son état de sommeil et d'engourdissement quand la maladie chronique n'est point trop violente, ou lorsqu'elle a été guérie d'une manière prompte. Les autres attaquent plusieurs individus à la fois, et se développent çà et là (sporadiquement), sous l'empire d'influences météoriques ou telluriques dont il ne se trouve, pour le moment, qu'un petit nombre d'hommes qui soient disposés à ressentir l'action. A cette classe tiennent de près celles qui saisissent beaucoup d'hommes à la fois, dépendent alors d'une même cause, se manifestent par des symptômes foil analogues (épidémies) , et sont dans l'usage de devenir contagieuses quand elles agissent sur des masses serrées et compactes d'individus. Ces maladies ou fièvres (1) sont chacune de nature spéciale, et comme les cas individuels qui s'en manifestent ont la même origine , constamment aussi elles mettent ceux qu'elles atteignent dans un état morbide identique partout , mais qui , abandonné à lui même, se termine en un assez court espace de temps par la mort ou la guérison. La guerre, les inondations et la famine sont fréquemment les causes
(1 ) Le médecin homœopathiste , qui ne partage pas les préjugés de Técole ord inaire, c*esl-à-dire qui n^assigne pas comme elle à ces fièvres un nombre au delà duquel la nature n*on puisse produire d'^autres, et qui ne leur impose pas des noms d'après lesquels il ait à suivre telle ou telle marche déterminée dans le traitement, ne reconnaît point les dénominations de fièvre des prisons, fièvre bilieuse, typhus, fièvre putride, fièvre nerveuse, fièvre muqueuse; il guérit toutes les maladies, en les traitant chacune d'après ce qu^elle offre de particulier.
de ces maladies; mais elles peuvent dépendre aussi de miasmes aigus , qui reparaissent toujours sous la même forme, et auxquels par conséquent on donne des noms particuliers : miasmes dont les uns n'attaquent Fhomme qu'une seule fois dans le cours de sa vie, comme la variole, la rougeole , la coqueluche, la fièvre scarlatine de Sydenham (1) , etc. , et dont les autres peuvent Tatteindre à plusieurs reprises, comme la peste du Levant, la fièvre jaune, le choléra-morbus asiatique^ etc.
74. Nous devons malheureusement compter encore au nombre des maladies chroniques , ces affections si répandues que les allopathistes font naître par Tusage prolongé de médicaments héroïques à doses élevées et toujours croissantes, par l'abus du calomélas, du sublimé corrosif, de l'onguent mercuriel, du nitrate d'argent, de l'iode, de l'opium, de la valériane, du quinquina et de la quinine, de la digitale, de l'acide prussique, du soufre et de l'acide sulfurique , des purgatifs prodigués pendant des années entières, des saignées, des sangsues , des cautères , des sétons , etc. Tous ces moyens débilitent impitoyablement la force vitale, et,
(1) Après 1801 , les médecins ont confondu une miliaire pourprée ye> nue de Touest (roodvonk) ayec la Oèvre scarlatine , quoique les signes de ces deux affections fussent tout k fait différents , que Tacontl fût le moyen curatif et préservatif de la première, et la belladonne celui de la ^ seconde, enfin , que la première affectât toujours la forme épidémique, tandis que Faulre n'apparaissait la plupart du temps que d^une manière sporadique. Ces deux affections paraissent s^être, sur les derniers temps, confondues, dans quelques localités, en une fièvre éruptive, d'espèce particulière, contre laquelle ni Tun ni Tautre des deux reiQ^des n'a plus été trouvé parfaitement homœopathique.
quand elle n'y succombe pas peu à peu et d'une manière particulière à diiacun d'eux, ils altèrent son rhythme normal à tel point que, pour garantir la vie d'atteintes hostiles, elle est obligée de modifier l'organisme, d'éteindre ou d'exalter outre mesure la sensibilité et l'excitabilité sur un pointquelconque, de dilater ou resserrer, ramollir ou endurcir certaines parties, de provoquer çà et là des lésions oi^aniques, en un mot de mutiler le corps tant à l'extérieur qu'à l'intérieur (1). Il ne lui reste pas d'autre ressource pour préserver la vie d'une destruction totale, au milieu des attaques sans cesse renaissantes de puissances si destructives.
75. Ces bouleversements de la santé, dus aux malencontreuses pratiques de l'allopathie, et dont on n'a jamais vu de plus tristes exemples que dans les temps modernes, sont les plus fâcheuses et les plus incurables de toutes les maladies chroniques. Je regrette de dire qu'il paraît impossible de jamais découvrir ou imaginer un moyen de les guérir, quand ils sont parvenus à un certain degré.
76. Le Tout-Puissant, en créant l'homœopathie, ne nous a donné des armes que contre les maladies naturelles. Quant à ces désordres qu'un faux art a fomentés souvent pendant des années entières dans l'intérieur etàl'extérieur de l'organisme humain, par des médica-
(i) Si le malade succombe enfin, celui qui Ta traité , découvrant^ à Touverture du cadavre , les désordres organiques qui sont le résultat de son rmpéritie, ne manque jamais de les présenter aux parents inconsolables comme un mal primitif et incurable. (Voyez plus loin mon opuscule sur V Allopathie,) Les traités d'anatomie pathologique contiennent les produits de ces déplorables erreurs.
DE LA DOGTEINB HOMOBOPATHIQUE. 0^$
ments et des traitements nuisibles, cest à la force vitale seule qu'il appartiendrait de les réparer, quand elle n'a pas été par trop épuisée, etqu'elle peut, sans que rien la trouble, consacrer plusieursannées à une œuvre si laborieuse. Tout au plus est-il permis d'appeler à son secours des moyens dirigés contre quelque miasme chronique qui pourrait bien encore se trouver sur l'arrière-plan. 11 n'y a point et il ne peut pas y avoir de médecine humaine pour ramener à l'état normal ces innombrables anomalies enfantées si souvent par la méthode allopathique.
77. C'est fort improprement qu'on donne l'épithète de chroniques aux maladies dont viennent à être atteints les hommes qui sont soumis sans relâche à des influences nuisibles auxquelles ils pourraient se soustraire, qui font habituellement usage d'alimentsou de boissons nuisibles à l'économie, qui se livrent à des excès ruineux pour la santé, qui manquent à chaque instant des objets nécessaires à la vie, qui vivent dans des contrées malsaines, et surtout dans des endroits marécageux, qui n'habitent que des caves ou d'autres réduits fermés, qui manquent d'air ou de mouvement, qui s'épuisent par des travaux immodérés de corps ou d'esprit, qui sont continuellement dévorés par l'ennui, etc. Ces maladies, ou plutôt ces privations de santé, que l'on s'attire soi-même, disparaissent par le seul fait d'un changement de régime, à moins qu'il n'y ait quelque miasme chronique dans le corps, et on ne peut pas leur donner le nom de maladies chroniques.
78. Les véritables maladies chroniques naturelles sont celles qui doivent naissance à un miasme chro-
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nique, qui font incessamment des progrès lorsqu'on ne leur oppose pas des moyens curatifs spécifiques contre elles, et qui, malgré toutes les précautions imaginables par rapport au régime du corps et de l'esprit, accablent l'homme de souffrances toujours croissantes, jusqu'au terme de son existence. Ce sont là les plus nombreux et les plus grands tourments de l'espèce humaine, puisque la vigueur de la complexion, la régularité du genre de vie et l'énergie de la force vitale ne peuvent rien contre eux.
7 il. Parmi ces maladies miasmatiques chroniques qui, lorsqu'on ne les guérit pas, ne s'éteignent qu'avec la vie, la seule qu'on ait connue jusqu'à présent est la syphilis. La sycose, dont la force vitale ne peut également point triompher seule, n'a pas été considérée comme une maladie miasmatique chronique mterne, formant une espèce à part, et on la croyait guérie après la destruction des excroissances à la peau, ne faisant pas attention que son foyer ou sa source existait
toujours.
80 Mais un miasme chronique incomparablement plus important que ces deux-là, c'est celui de la psore. Les deux autres décèlent l'affection interne spécifique d'où ils découlent, l'un par des chancres, l'autre par des excroissances en forme de choux-fleurs. Ce n'est non «lus qu'après avoir infecté l'organisme entier que la Dsore annonce son immense miasme chronique interne par une éruption cutanée toute particulière, qu accompagnent un prurit voluptueux insupportable et une ideur spéciale. Cette psore est la seule vraie cause fondamentale et productive des innombrables formes mor-
bides (1) qui, sous les noms de faiblesse nerveuse, hystérie, hypochondrie, manie, mélancolie, démence, fureur, épilepsie et spasmes de toute espèce, ramollissement des os ou rachistime , scoliose et cyphose, carie, cancer, fongus hématode, 1 issus accidentels, goutte, hémorrhoides, jaunisse et cyanose, bydropisie, amémorrhée, gastrorrhagie, épistaxis, hémoptysie, hématurie, métrorrhagie, asthme et suppuration des poumons, impuissance et stérilité, migraine, surdité, cataracte et amaurose, gravelle, paralysie, abolition d'un sens, douleurs de toute espèce, etc., figurent dans les pathologies comme autant de maladies propres, distinctes et indépendantes les unes des autres.