Le passage de ce miasme à travers des millions
^ (i) Il m'a fallu douze années de recherches pour trouver la source de ce nombre incroyable d'uUeclions chroniques, découvrir celle grande vérilé, demeurée inconnue à tous mes prédécesseurs el contemporains, établir les bases de sa démonstration, et reconnaître eu même temps lespdncipaux moyens curalifs propres k combattre toutes les formes do ce monstre à mille têtes. Mes observations à ce sujet sont consignées daus mon Traité des maladies chroniques^ Paris, i83â, 2 vol. in-8. Avant d'avoir approfondi cette importante matière Je ne pouvais enseignera combattre toutes les maladies chroniques que comme des individus isolés , par les substances médicinales connues jusqu'alors d'après leurs eifetssur rhomme en santéy de manière que mes disciples traitaient ^chaque cas d'affection chronique comme une maladie à part, comme un groupe distinct de symptômes, ce qui n'empécliait pas de les soulager souvent assez pour que Thumanité souffrante eût à se louer des bienfaits de la nouvelle médecine. Combien l'école moderne ne doitelle pas être plus satisfaite, maintenant qu'elle s'est approdiée davan tage du but, el qu'elle a trouvé, pour la guérison des maux chroniques dusklapsore, des remèdes plus homœopathiques encore (lesantipsoriques),parmi lesquels le vrai médecin choisit ceux dont les symptômes médicinaux correspondent le mieux k la maladie chronique qu'il veut guérir 1
d'organismes humains, dans le cour&de quelques centaines de générations, et le développement extraordinaire qu'il a dû acquérir par là, expliquent jusqu'à un certain pmnt comment il peut maintenant se déployer sous tant de formes différentes, surtout si Ton a égard au nombre infini des circonstances (1) qui contribuent ordinairement à la manifestation de cette grande diversité d'affections chroniques (symptômes secondaires de la psore), sans compter la variété infinie des complexions individuelles. Il n'est donc pas surprenant que des organismes si différents, pénétrés du miasme psorique et soumis à tant d'influences nuisibles, extérieures et intérieures, qui souvent agissent sur eux d'une manière permanente, offrent aussi un nombre incalculable d'affections, d'altérations et de maux, que l'ancienne pathologie (2) a jusqu'à présent cités
(i) Quelques-unes de ces causes qui, en modifiant la manifestation de la psore, lui impriment la forme de maladies chroniques, tiennent évidemment, soit au climat et k la constitution naturelle spéciale du lieu d'habitation , soit aux diversités que présente l'éducation physique et morale de la jeunesse , ici négligée , là trop longtemps retardée , et ailleurs pousséekToxcès, à l'abus qu'on en fait dans les relations de la vie, au régime , aux passions, aux mœurs, aux usages et aux habitudes.
(2) Combien, dans le nombre de ces noms, ne s'en trouve- t-il pas qui sont à double entente , et par chacun desquels on désigne des maladies fort différentes, n'ayant souvent de rapport les unes avec les autres que par un seul symptôme , comme : fièvre intermittente, jaunisse, hydropisie, phthisie, leucorrhée, hémorrhoïdes , rhumatisme, apoplexie, spasme, hystérie , hypochondrie , mélancolie, manie , angine, paralysie, etc. , qu'on donne pour des maladies fixes, toujours semblables k elles-mêmes, et qu'en raison du nom qu'elles portent on traite toujours d'après le même plan ? Comment justifier l'identité du traitement médical par l'adoption d'un pareil nom? Et si le traitement ne doit pas être toujours le même, pourquoi un nom identique , qui suppose
comme autant de maladies distinctes, en les désignant sous une multitude de noms particuliers.
82. Quoique la découverte de cette grande source d'affections chroniques ait fait faire à la médecine quel-
coïncidence aussi dans la manière d^ètre attaqué par les agents médicinaux? Nïhil sanè inartem medicampestiferum magis unguàm irrep^ sît malum, quàm generalia quotdam nomina morbis imponere, iisque aptarevelle generalem\quamdaTn medîcinam: c^esl ainsi que s^ex prime Huxham (0pp. phys, med, ^ 1. 1) , médecin aussi éclairé que consciencieux. Fritze se plaint aussi {Annalen,ly p. 80) de ce qu'on donne le même nom k des maladies essentiellement différentes.
« Les maladies épidémiques même, dit-il , qui probablement se proc pagent par un miasme spécifique dans chaque épidémie ^ reçoivent
< des noms de l'école médicale régnante, comme si elles étaient des
< maladies stables, déjà connues, et se représentant toujours sous la c même forme. Cest ainsi qu^on parle d'une fièvre des hôpitaux, d'une c fièvres des prisons, d'une fièvre des camps, d'une fièvre putride, d'une
< fièvre'bilieuse, d'une fièvre nerveuse, d'une fièvre muqueuse, quoique
< chaque épidémie de ces fièvres erratiques se montre sous la forme « d'une maladie nouvelle , n'ayant encore jamais existé , et variant t beaucoup, tant dans son cours que dans ses symptômes les plus mar-
< quants etdans toute la manière dont'ellese comporte. Chacune d'elles
< diffère k tel point de toutes les épidémies antérieures, qui n'en portent c pas moins le même nom , qu'il faudrait vouloir heurter de front les c principes de la logique pour imposer k des maladies si diverses un
< des noms qui ont été introduits dans la pathologie, et régler ensuite « sa conduite médicale d'après le nom dont on aurait ainsi abusé. Sy-
< denham est le seul qui ait compris cette vérité (O^^.^ cap. 2, deMorb. c epid,, p. 43) ; car il insiste sur ce point qu'on ne doit jamais croire à c l'identité d'une maladie épidémique avec une autre qui s'est déjà
< manifestée , et la traiter en conséquence de ce rapprochement, parce
< que les épidémies qui ont éclaté en des temps divers , ont toutes été
< différentes les unes des autres : Ammum admiratione percelUt,
< quam dîscolor et sut plane dissimilis morborum epidemicomm fa-c des; quœ tam aperta horum morborum diifersitas tum propriis ac
< sibi peculiaribus tympiomatis, tum etiam medendi ratione, quam c hiaà illis disparem sibi vindicant, satis iUucesdt. Ex quibus cons^
< tôt, morbos epidemicos, utut extema quaiantenus specie et symp~
ques pas de plus vers celle de la nature du plus grand nombre des maladies qui se présentent à guérir, cependant, à chaque maladie chronique (psorique) qu'il est appelé à traiter, le médecin homœopathiste n'en doit pas moins s'attacher, comme auparavant, à bien saisir les symptômes appréciables et tout ce qu'ils ont de particulier; car il n'est pas plus possible dans ces maladies que dans les autres, d'obtenir une véritable guérison sans individualiser chaque cas particulier d'une manière rigoureuse et absolue. Seulement, il faut distinguer si la maladie est aiguë ou si elle est chronique, parce que dans le premier cas, les symptômes principaux se dessinent plus rapidement, le tableau de la maladie se trace en beaucoup moins de temps, et il y a beaucoup moins de questions à faire, la plupart des
< tonuUis aUquot utrisque panter€onvenire paullo incautioribus vi~ € deantur, re tamen îpsa, si bene adverteris animum, alienœesse c admodum indolis et distare ut aéra lupinis, >
11 esl clair, d'après tout cela, que ces inutiles noms de maladies, dont on abuse tant, ne doivent avoir aucune influence sur le plan de traitement adopté par un vrai médecin, qui sait qu'il ne doit pas juger et traiter les maladies d'après la ressemblance nominale d'un symptôme isolé , mais d'après l'ensemble de tous les signes de Télat individuel de chaque malade; donc son devoir est de rechercher scrupuleusement les maux, et non de les présumer à la faveur d'hypothèses gratuites. Cependant, si l'on croit avoir quelquefois besoin de noms de maladies pour se rendre intelligible en peu de mots au vulgaire, quand on parle d'uu malade en particulier , qu'au moins on ne se serve que de mots collectifs. Il faut dire , par exemple , le malade a une espèce de chorée, une espèce d'hydropisie , une espèce de fièvre nerveuse, une espèce de fièvre intermittente. Mais on ne doit jamais dire : Il a la chorée, Thydropisie, la fièvre nerveuse, la fièvre intermittente» etc., parce qu'il n'existe certainement pas de maladies permanentes et toujours semblables à elles-mêmes qui méritent ces dénominations.
signes s' offrant d'eux-mêmes aux sens de l'observaleur (1).
83. Cet examen d'un cas particulier de maladie, qui ^ a pour but de le présenter sous les conditions formelles
de l'individualité, n'exige, de la part du médecin, qu'un esprit sans prévention, des sens parfaits, de l'attention en observant, et de la fidélité en traçant le portrait de la maladie. Je mécontenterai d'exposer ici les principes généraux de la marche qu'on doit suivre ; on ne se conformera qu'à ceux qui sont applicables à chaque cas spécial.
84. Le malade fait le récit de ce qu'il éprouve ; les personnes qui l'entourent racontent de quoi il s'est plaint, comment il s*est comporté, et ce qu'elles ont •remarqué en lui ; le médecin voit, écoute, en un mot observe avec tous ses sens ce qu'il y a de changé et d'extraordinaire chez le malade. Il inscrit tout sur le papier, dans les termes mêmes dont ce dernier et les assistants se sont servis. Il les laisse achever sans les interrompre (2), à moins qu'ils ne se perdent dans des digressions inutiles. Il a soin seulement, en commençant, de les exhorter à parler avec lenteur, afin de pouvoir les suivre en écrivant ce qu'il croit nécessaire de noter.
85. A chaque nouvelle circonstance que le malade ou les assistants rapportent, le médecin conimence une
(1) D'apite cela, la marche que je vais tracer pour aller à la recherche des symptômes, ne convient qu^en partie aux maladies aiguës.
(â) Toute interruption brise la chaîne des idées de celui qui parle, et les choses ne lui reviennent plus ensuite à la mémoire telles qu^il voulait d'abord les dire.
autre ligne, afin que les symptômes soient tous écrits séparément , les uns au-dessous des autres. En procédant ainsi, il aura, pour chacun d'eux, la facilité d'ajouter aux renseignements vagues qui lui auraient été communiqués de prime abord, les notions plus rigoureuses qu'il pourrait acquérir ensuite.
86. Quand le'malade et les personnes qui l'entourent ont achevé ce qu'ils avaient à dire de leur propre impulsion, le médecin prend des informations plus précises sur le compte de chaque symptôme, et procède à cet égard de la manière suivante. Il relit tous ceux qu'on lui a signalés, et, à l'occasion de chacun en particulier, demande par exemple : Â quelle époque tel accident a-t-il eu lieu? était-ce avant l'usage des médicaments que le malade a pris jusqu'à présent, ou pendant qu'il les prenait, ou seulement quelques jours après qu'il en a cessé l'emploi 7 Quelle douleur, quelle sensation, exactement décrite, s'est manifestée en telle partie du corps ? Quelle place occupait-elle au juste 7 La douleur se faisait-elle sentir par accès seulement ? ou bien était-elle continuelle et sans relâche ? Combien de temps duraitelle 7 Â quelle époque du jour ou de la nuit, et dans quelle situation du corps était-elle le plus violente, ou cessait-elle tout à fait ? Quel était le caractère exact de tel accident, de telle circonstance ?
87 . Le médecin se fait préciser ainsi chacun des indices qu'on lui avait donnés d'abord, sans que jamais ses questions soient conçues de manière à dicter en quelque sorte la réponse (1), ou à mettre le malade
(1) Par exemple, le médecin ne doil pas dire : Est-ce que telle ou
dans le cas de n'avoir à répondre que par oui ou par non. Agir autrement serait exposer celui qu'on interroge à nier ou à affirmer, par indifférence ou pour complaire au médecin, une chose ou fausse, ou à moitié vraie seulement, ou tout à fait différente de ce qui a lieu réellement. Or, il résulterait delà un tableau infidèle delà maladie, et par suite un mauvais choix de moyens curatifs,
88. Quand le médecin trouve que, dans cette relation spontanée, mention n'a point été faite, soit de plusieurs parties ou fonctions du corps^ soit des dispositions de l'esprit, il demande si l'on n'a pas encore quelque chose à dire relativement à telle partie, à telle fonction, à telle ou telle disposition morale (1) ; mais il a grand soin de s'en tenir à des termes généraux, afin que la personne qui lui fournit les éclaircissements soit obligée de s'expliquer d'une manière catégorique sur ces divers points.
89. Quand le malade (car c'est à lui, excepté dans les maladies simulées, qu'on doit s'en rapporter de préférence pour tout ce qui a trait aux sensations qu'il éprouve) a ainsi de lui-môme fourni tous les renseignements nécessaires, et assez bien complété le tableau de
telle chose n'a pas eu lieu aiasi? Donner une pareille tournure à ses questions , c'est suggérer au malade des réponses fausses et des indications mensongères.
(1) Par exemple : Le malade va-t-il k la selle? comment urine-l-il? comment est le sommeil pendant le jour, pendant la nuit? quelle est la disposition de son esprit, de son humeur? jusqu'à quel point est-il maître de ses sens? où en est la soif? quel goût éprouve-t-il dans U bouche? quels sonlles aliments et les boissons qui lui plaisent le plus? quels sontceux qui lui répugnent davantage? trouve-t-ilk chaque aliment , à chaque boisson , la saveur qu'il doit avoir ^ ou un autre goût étranger? comment se sent-il après avoir bu ou mangé? a-t-il quelque chose à dire relativemenlk sa tête, à ses membres, k son bas-ventre?
la maladie, le médecin est en droit de lui adresser des questions plus spéciales, s'il ne se trouve pas encore suffisamment éclairé (1).
(i) Par exemple: Combien de fois le malade est-il allé k la selle? de quelle nature étaient les matières? les déjections blanchâtres étaientelles glaireuses ou fécales? la sortie des excréments était-elle accompagnée de douleurs ou noa? quelles sont précisément ces douleurs , et où se faisaient-elles senlir? qu'esl-ce que le malade a rendu par le haut? le mauvais goût qu'il a dans la bouche est-il putride, amer, acide ou autre? se fait-il sentir avant, pendant ou après le boire et le manger ?à quelle époque de la journée Péprouve-t-on plus particulièrement? quel goût ont les renvois? Turine sort-elle trouble, ou ne se trouble-t-elle qu'au bout de quelque temps? de quelle couleur est-elle au momeutde sa sortie? quelle est la couleur du sédiment? comment le malade se comporte-t-ilen dormant? se lamente-t-il? gémit-il? parle-t-il? crie-t-il? se réveille-t-il en sursaut? ronfle-t-il en inspirant ou en expirant? se tienl-il toujours sur le dos , ou sur quel côté se couche-t-il? se couvret-il bien de lui-même, ou ne souffre-t-il pas les couvertures? s'éveillet-il aisément , oubiena-t-il le sommeil par trop profond? comment se trouve-t-il au moment de son réveil? Telle ou telle incommodité se manifeste-t-elle souvent et à quelle occasion? est-ce quand le malade est assis, couché, debout, ou en mouvement ? est-ce seulement à jeun , ou du moins le matin , de bonne heure, ou seulement le soir , ou bien après le repas? quand le froid a-t-il paru? était-ce seulement un sentiment de froid /ou bien y avait-il en même temps froid réel? dans quelles parties du corps le malade sentait-il du froid? sa peau élaitellechaude, tandis qu'ail se plaignaitd*avoir froid? u'éprouvait-il qu'une sensation de froid, sans frisson? avait-il chaud , sans que sa figure fût rouge? quelles parties du corps étaient cliaudes au toucher? le malade 9t plaignait-il de chaleur , sans avoir la peau chaude? combien de temps a duré le froid, et combien la chaleur? quand la soif est-elle venue? pendant le froid , la chaleur , avant ou après ? était-elle vive? que désirait boire le malade? quand la sueur a-t-elle paru? est-ce au début ou klafin de la chaleur? combien de temps s'esl-il écoulé entre elle et la chaleur? a-t-elle eu lieu pendant le sommeil ou durant la veille? quelle était son abondance? était-elle chaude ou froide? à quelles pentiesdu corps se manifestait-elle? quelle odeur avait-elle? de quoi le malade se plaint-il avant ou pendant le froid, pendant ou après la chaleur, pendant ou après lasueur, etc.?
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90. Après que le médecin a fini de mettre en écrit toutes les réponses, il note encore ce que lui-même observe chez le malade (1), et cherche à savoir si ce qu'il voit avait lieu ou non pendant que celui-ci jouissait encore de la santé.
91 . Les symptômes qui ont lieu et ce que le malade éprouve pendant qu'il fait usage d'un médicament, ou peu de temps après, ne donnent pas l'image pure de la maladie. Au contraire, les symptômes et les incommodités qui se sont manifestés avant l'emploi des médicaments, ou plusieursjours après qu'on a cessé d'en administrer, donnent une véritable notion de la forme originaire de cette maladie. Ce sont donc eux que le médecin doit noter de préférence. Quand l'affection est chronique, et que le malade a déjà fait usage de remèdes, on peut le laisser quelques jours sans lui en donner au-
(1) Par exemple: Comment le malade s'est-il comporté pendant la visite? A-t-î1 été de mauvaise humeur, emporté, brusque, larmoyant, craintif, désespéré ou triste , calme ou rassuré , etc.? était- il plongé dans la stupeur , ou , en général, n'avait-il pas la tête à lui? est-il enroué? parle-l-il très-bas? dit-il des choses déplacées? y a-t-il quelque chose d'insolite dans ses discours? quelle est la couleur du visage, des yeux, de la peau en général? quel est le degré d'expression et de vivacité de la face et des yeux? comment sont la langue , la respiration, l'odeur de l'haleine, l'ojiïe? les pupilles sont-elles dilatées ou resserrées? avec quelle promptitude et jusqu'à quel degré se meuvent-elles au jour et dans l'obscurité ? quel est l'étal du pouls, du bas-ventre? la peau estelle moite ou chaude, froide ou sèche, sur telle ou telle partie du corps ou partout? le malade est-il couché la tête renversée en arrière , avec la bouche à demi ou entièrement ouverte, avec les bras croisés par-dessus la tête? est-il sur le dos, ou dans toute autre position? a-t-il plus ou moins de peine à se mettre sur son séant? En un mot, le médecin tient compte de (but ce qu'il a pu remarquer et qui parait mériter d'être noté.
cuD, OU du moins sans lui administrer autre chose que des substances non médicinales, et l'on diffère d'autantrexamen rigoureux, parce que c'est le moyen d'avoir les symptômes permanents dans toute leur pureté, et de pouvoir se faire une image fidèle de la maladie.
92. Mais lorsqu'il s'agit d'une maladie aiguë, présentant assez de danger pour ne permettre aucun délai, et que le médecin ne peut rien apprendre à l'égard de l'état qui a précédé l'usage des remèdes, alors il se contente d'observer l'ensemble des symptômes tel que ces derniers l'ont modifié, afin de saisir au moins l'état présent de la maladie, c'est-à-dire de pouvoir embrasser dans un seul et même tableau Tafifection primitive et l'affection médicinale conjointe qui, l'endue ordinairement plus grave et plus dangereuse que l'autre par des moyens la plupart du temps contraires à ceux qu'on aurait dû administrer, réclame souvent des secours trèsprompts et l'application rapide du remède homœopathique approprié, pour que le malade ne périsse pas du traitement irrationnel qu'il a subi,
93. Si la maladie aiguë a été occasionnée naguère, ou si la maladie chronique l'a été il y a plus ou moins longtemps , par un événement remarquable , que le malade ou ses parents interrogés en secret ne dévoilent pas, il faudra que le médecin use d'adresse et de circonspection pour arriver à connaître cette circonstance (1).
(1) Si les causes de la maladie onl quelque chose d'humiliant , et que les malades ou ceux qui les enlouient hésitent k les avouer, ou du moins k les déclarer spontanément , le médecin doit chercher à les découvrir par des questions faites avec ménagement , ou par des informa-
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94« Lorsqu^on s'enquiert de l'état d'une maladie chronique, il est nécessaire de bien peser les circonstances particulières dans lesquelles le malade a pu se trou* ver sous le rapport de ses occupations ordinaires, de son genre dévie habituel, de ses relations domestiques. On examine s'il n'y a rien, dans ces circonstances, qui ait pu faire nattre ou qui entretienne la maladie, afin de contribuer à la guérison en écartant celles qui seraient reconnues suspectes (1).
95. L'examen des symptômes énumérés précédemment et de tous les autres signes de maladie doit donc, dans les affections chroniques, être aussi rigoureux que possible, et descendre même à des minuties. En effet, c'est dans ces maladies qu'ils sont le plus pro-
lions prises en secret. Dans le nombre de ces causes se rangent les tentations de suicide, Fonanisme, l'abus des plaisirs de Famour , les débauches contre nature , les excès de table ou de boisson , Tabus d'aliments nuisibles, l'infection vénérienne ou psorique,un amour malheureux, la jalousie, des contrariétés domestiques, le dépit, le chagrin causé )Mur des malheurs de famille, les mauvais traitements, l'impossibilité de se venger , une frayeur superstitieuse , la faim , une difformité aux parties génitales, une hernie , un prolapsus , etc.
(1) Dans les maladies chroniques des femmes, il faut surtout avoir égard à la grossesse , à la stérilité , k la propension à l'acte vénérien , aux couches , aux avortements , à l'allaitement et à l'état du flux menstruel. Pour ce qui concerne ce dernier, on n'oubliera jamais de 'demander s'il revient à des époques trop rapprochées ou trop éloignées, combien de tempsil dure; si le sang coule sans interruption ou seulement par intervalles , quelle est la quantité de l'écoulement , si le sang est foncé en couleur, si la leucorrhée se manifeste avant qu'il paraisse ou après qu'il a cessé de coulçr; mais on cherchera surtout k savoir quel est l'état du physique et du moral , quelles sensations et douleurs se manifestent avant , pendant et après les r^gles; si la femme est atteinte de flueurs blanches , de quelle nature elles sont, quelle en est l'abondance, quelles sensations les accompagnent , enfin dans quelles circonstances et à quelles occasions elles ont paru.
nonces, qu'ils ressenvblent le moins à ceux des affections aiguës, et qu'ils demandent à être étudiés avec le plus de soin si Ton veut que le traitement réussisse. D'un autre côté, les malades ont tellement pris Thabitude de leurs longues souffrances, qu'ils font peu ou point d'attention à de petits symptômes, souvent caractéristiques et même décisifs par rapport au choix du remède, les regardant pour ainsi dire comme liés d'une manière nécessaire à leur état physique, comme faisant partie de la santé, dont ils ont oublié le véritable sentiment depuis quinze ou vingt années qu'ils souffrent, et à l'égard desquels il ne leur vient même pas dans la pensée que la moindre connexion puisse exister entre eux et l'affection principale.
96. D'ailleurs, les malades eux-mêmes sont d'humeur tellement différente, que quelques-uns, notamment les hypochondriaques et autres personnes sensibles et impatientes, peignent leurs souffrances sous des couleurs trop vives, et se servent d'expressions exagérées, pour engager le médecin à les secourir promptement (1).
(1) L^bypochondriaqueméme le plus insupportable n'imagine jamais d'accidenjls el d'incommodités qu'il ne ressente réellement. On peut s'en assurer en comparant les plaintes qu'il fait entendre à des époques différentes, tandis que le médecin ne lui donne rien , ou du moins ne lui administre aucune substance médicamenteuse. On doit seulement retrancher quelque chose de ses lamentations , ou mettre au moins l'énergie des expressions dont il se sert sur le compte de son excessive sensibilité. A cet égard , l'exagération même du tableau qu'il fait de ses souffrances devient un symptôme important dans la série de ceux dont se compose l'image de la maladie. Le cas est tout à fait différent chez les maniaques et chez ceux qui feignent d'être malades par malice ou autrement.
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97. D'autres, au contraire, soit par paresse, soit par une pudeur mal entendue, soit enfin par une sorte de douceur ou de timidité, gardent le silence sur quantité de maux, ne les indiquent qu'en termes obscurs, ou les signalent comme ayant peu d'importance.
98. S'il est donc vrai qu'on doive s'en rapporter surtout à ce que le malade lui-même dit de ses maux et de ses sensations, et préférer les expressions qui lui servent à les peindre, parce que ses paroles s'altèrent presque toujours en passant par la bouche des personnes qui l'entourent, il ne l'est pas moins que, dans toutes les maladies, mais plus spécialement dans celles qui ont un caractère chronique, le médecin a besoin de posséder à un haut degré la circonspection, le tact, la connaissance du cœur humain, la prudence et la patience, pour arriver à se former une image vraie et complète de la maladie et de tous ses détails.
99. En général, la recherche des maladies aiguës et de celles qui vse sont déclarées depuis peu, présente plus de facilité, parce que le malade et ceux qui l'entourent ont l'esprit frappé de la dififérence entre l'état de choses actuel et la santé détruite depuis si peu de temps, dont la mémoire conserve l'image encore fraîche. Le médecin doit également tout savoir ici ; mais il a moins besoin d'aller au-devant des renseignements, qui, pour la plupart, lui arrivent d'eux-mêmes.
10(f, Quant à ce qui concerne la recherche de l'ensemble des symptômes des maladies épidémiques et sporadîques, il est fort indifférent que quelque chose
de semblable ait déjà existé on non dans le monde sous tel ou tel nom. La nouveauté ou le caractère de spécialité d'une affection de ce genre n'apporte aucune différence, ni dans la manière de l'étudier, ni dans celle de la traiter. En effet, on doit toujours regarder l'image pure de chaque maladie qui domine actuellement comme une chose nouvelle et inconnue,et l'étudier àfond, en elle-même, si l'on veut être véritablement médecin, c'est-à-dire ne jamais mettre l'hypothèse à la place de l'observation, et ne jamais regarder un cas donné de maladie comme connu, soit en totalité, soit même seulement en partie, qu'après en avoir approfondi avec soin toutes les manifestations. Cette conduite est d'autant plus nécessaire ici, que toute épidémie régnante est, sous beaucoup de rapports, un phénomène d'espèce particulière, qui, lorsqu'on l'examine avec attention, se trouve différer beaucoup des autres épidémies anciennes auxquelles on avait à tort imposé le même nom. Il faut cependant excepter les épidémies qui proviennent d'un miasme toujours semblable à lui-même, comme la variole, la rougeole, etc.
101. Il peut arriver que le médecin qui traite pour la première fois un homme atteint de maladie épidémique ne trouve pas sur-le-champ l'image parfaite de l'affection, attendu qu'on n'arrive à bien connaître la totalité des symptômes et signes de ces maladies collectives qu'après en avoir observé plusieurs cas. Cependant, un médecin exercé pourra souvent, dès le premier ou le second malade, s'approcher tellement du véritable état des choses, qu'il en conçoive une image caractéristique, et que déjà même il ait les moyens de
déterminer le remède homœopathique auquel on doit recourir pour combattre F épidémie.
102. Si Ton a soin de mettre par écrit les symptômes observés dans plusieurs cas de cette espèce, le tableau qu'on a tracé de la maladie va toujours en se perfectionnant. Il ne devient ni plus étendu, ni plus verbeux, mais plus graphique, plus caractéristique, et il embrasse davantage les particularités de la maladie collective. D'un côté, les symptômes généraux (par exemple, défaut d'appétit, perte de sommeil, etc.) acquièrent un plus haut degré de précision ; de l'autre, lessymptômes saillants, spéciaux, rares dans l'épidémie même, et propres d'ailleurs à un petit nombre d'affections seulement, se dessinent et forment le caractère de la maladie (1). Les personnes atteintes de l'épidémie ont toutes, il est . vrai, une maladie provenant de la même source et par conséquent égale ; mais l'étendue tout entière d'une affection de ce genre et la totalité de ses symptômes, dont la connaissance est nécessaire pour se former une image complète de l'état morbide, et choisir d'après cela le remède homœopathique le plus en harmonie avec cet ensemble d'accidents, ne peuvent être observées chez un seul malade ; il faut, pour arriver jusqu'à elles, les tirer par abstraction du tableau des souffrances de plusieurs malades doués d'une constitution différente.