Cette méthode indispensable à suivre dans les
(1) Cest alors que Tétude des cas subséquents montrera au médecin qui , par le secours des premiers , a déjà trouvé un remède approximativement homceopaihiquc , si le choix était bon, ou s'il doit recourir à un moyen mieux approprié encore.
maladies épidémiques, qui sont aiguës pour la plupart, j'ai dû rappliquer aussi, d'une manière plus rigoureuse qu'on ne l'avait fait encore jusqu'à présent, aux maladies chroniques produites par un miasme qui demeure toujours semblable à lui-même quant au fond, et particulièrement à la psore. Ces affections demandent en effet qu'on recherche l'ensemble de leurs symptômes; car chaque malade n'en présente que quelques-uns, n'offre pour ainsi dire qu'une portion des phénomènes morbides dont la collection entière forme le tableau complet .de la cachexie considérée dans son ensemble. Ce n'est donc qu'en observant un très-grand nombre de personnes atteintes de ces sortes d'affections qu'on parvient à saisir la totalité des symptômes appartenant à chaque miasme chronique , à celui de la psore en particulier, condition indispensable pour arriver à la connaissance des médicaments qui , propres à guérir homœopathiquement la cachexie entière , sont en même temps les véritables remèdes de tous les maux chroniques individuels dont elle est la source.
104. La totalité des symptômes qui caractérisent le cas présent, ou, en d'autres termes, l'image de la maladie, étant une fois mise par écrit (1) , le plus difficile
(i) Les médecins de raucicnnc école se metlent fort à leur aise sous ce rapport. Non-seulemenl ils ne se livrent pas à une investigation rigoureuse de toutes les circonstances de la maladie, mais encore ils interrompent souvent le malade dans le récit détaillé qu'il veut faire de ses soulTrances, pour se hâter d'écrire une recette composée d^ingrédients dont le véritable effet ne leur est point connu. Nul médecinallopatbiste ne s'informe avec précision de toutes les particularités de la maladie qu'il a sous les yeux, et nul d'entre eux ne songe bien moins encore k les mettre par écrit. Quand il revoit le malade au bout de plusieurs jours, il a on grande partie ou totalement oublié Icsûiiblesren-
est fait. Le médecin doit ensuite avoir toujoui's sous les yeux cette image ^ qui sert de base au traitement, surtout dans les maladies chroniques. 11 peut la considérer dans toutes ses parties , et en faire ressortir les signes earactéristiqueSy afin d'opposer à ces symptômes, c'està-dire à la maladie elle-même , un remède exactement homœopathique , dont le choix a été déterminé par la nature des accidents morbides que lui-même fait naître dans son action pure. Pendant le cours du traitement on s'informe des effets du remède et des changements survenus dans l'état du malade, pour effacer du tableau primitif des symptômes ceux qui ont disparu en totalité, noter ceux dont il reste encore quelque chose, et ajouter les nouvelles incommodités qui ont pu survenir.
108. Le second point de l'office du vrai médecin est de rechercher les instruments destinés à la guérison des maladies naturelles , d'étudier la puissance morbifique des médicaments, afin , quand il s'agit de guérir , de pouvoir en trouver un dans le nombre dont la série des
seignements qui lui avaient été donnés , et que ses visites multipliées auprès d'autres personnes ont effacés de son esprit. Tout est entré par une oreille et sorti parTautre. Dans sa nouvelle visite , il se borne également à quelques questions générales, fait mine de tâter le pouls au poignet, regarde la langue, et sur-le-champ, sans motif rationnel, il écrit une autre recelte , ou fait continuer Tancienne. Puis, prenant poliment congé, il court chez les cinquante ou soixante autres malheureux entre lesquels sa matinée doit être partagée, sans que sou intelligence se fatigue par le moindre effort. Voilà comme ce qu'il y a de plus sérieux au monde, l'examen consciencieux de chaque malade et le traitement basé sur cette exploration , est traité par des gens qui se disent médecins , qui prétendent faire une médecine rationnelle. Le résultat est presque généralement mauvais, comme on doit bien s'y attendre, etcependant les malades sont obligés de s'adresser k ces gens-là, soit panîe qu'il n'y a rien de mieux, soit podr suivre l'étiquette.
symptômes constitue une maladie factice aussi semblable que possible à l'ensemble des principaux symptômes de la maladie naturelle qu'on a en vue de faire disparaître.
106. On a besoin de connaître dans tout son développement la puissance morbifique des médicaments. En d'autres termes, il faut que les symptômes et changements qui sont susceptibles de survenir par l'action de chacun d'eux sur l'économie, aient été, autant que possible, tous observés avant qu'on puisse se livrer à l'espoir de trouver parmi eux des remèdes homœopathiques contre la plupart des maladies naturelles.
101. Si, pour arriver à ce but, on ne donnait des médicaments qu'à des personnes malades, même en les prescrivant simples et un à un , on ne verrait que peu de chose ou rien de leurs effets purs , parce que, les symptômes de la maladie naturelle déjà existante se mêlant avec ceux que les agents médicinaux sont aptes à produire, il serait fort rare que l'on pût apercevoir ces derniers d'une manière bien claire.
J08. 11 n'y a donc pas de moyen plus sûr et plus naturel, pour trouver infailliblement les efifets propres des médicaments sur l'homme , que de les essayer séparément les uns des autres, et à des doses modérées, sur des personnes saines, et de noter les changements qui résultent de là dans l'état physique et moral, c'est-à-dire les éléments de maladie que ces substances sont capables de produire (1); car, ainsi qu'on Ta vu plus haut (F. 24-
(1) ÂucunmédeciD,àma connaissance, autre que le grand et immortel A. Haller, n'a , dans le cours de vingt-cinq siècles , soupçonné
27), toute la vertu curative des médicaments est fondée imiquement sur le pouvoir qu'ils ont de modifier Tétat de l'homme, et ressort de l'observation des effets qui l'ésultent de l'exercice de cette faculté.
109. Le premier j'ai suivi cette route avec une persévérance qui ne pouvait naître et se soutenir (1) que par l'intime conviction de cette grande vérité , si précieuse pour le genre humain , que l'administration homœopathique des médicaments est la seule méthode certaine de guérir les maladies (2).
cette méthode si naturelle, si absolument nécessaire» et si uniquement vraie, d^observer les effets purs et propres de chaque médicament, pour conclure de là quelles sont les maladies qu'il serait apte à guérir. Haller seul , avant moi , a compris la nécessité de suivre cette marche (voy. préface de sa Pharmacopesa Helvet. , Bàle , i77i , in-fol. , p. 12}: Nempeprimum in corpore sano medela tentanda est, sine peregrina ulla misceîa; odoreque etsapore ejus exploralis, exigua illius dasis ingerenda et ad omnes,quœ indè contingunt , affectiones, quis pul^ sus , qtdrcalor , quœ respi ratio , quœnam excretiones , attendendum Inde ad ductum phœnomenorum , in sano obviorum , transeas adex^ perimenta in corpore cegroto, etc. Mais nul médecin n'a profité de ce précieux avis , personne même n'y a fait attention.
(1) J'ai déposé les premiers fruits de mes travaux , tels qu'ils pouvaient être, dans un opuscule intitulé : Fragmenta de viribus médical mentorumpositivis , sive in sano corpore hwnano ohservatis, p. I , li , Leipzick, Î805, in-8<>. D'autres plus mûrs Font été dans la dernière édition de mon Traité de matière médicale pure (Paris, 1834, 3 vol. "'' in-8) et dans mon Traité des maladies chroniques.
(2)11 ne peut pas plus y avoir d'autre vraie méthode de guérir les maladies dynamiques (c'est-à-dire non chirurgicales) que l'homœopathie , qu'il n'est possible de tirer plus d'une ligne droite enlre deux points donnés. Il faut donc avoir bien peu approfondi l'étude de l'homoeopaihie, n'avoir jamais vu aucun traitement homcBopathique bien motivé, n'avoir point su juger à quel point les mélliodes allopathiques sont dénuées de fondement , et ignorer quelles suites, les unes mauvaises, les autres même effrayantes, elles entraînent, pour vouloir faire marcher
110. En parcourant ce que les auteurs ont écrit sur les e£fets nuisibles de substances médicinales qui , par négligence, intention criminelle ou autrement , étaient parvenues en grande quantité dans l'estomac de personnes saines, j'aperçus une certaine coïncidence entre ces faits et les observations que j'avais recueillies sur moi-même et sur d'autres , à l'occasion d'expériences dont le but était de reconnaître la manière d'agir des mêmes substances chez l'homme en santé. On les cite comme cas d'empoisonnement^et comme preuves des effets pernicieux inhérents à l'usage de ces agents énergiques. La plupart de ceux qui les rapportent ont eu en vue de signaler un danger. Quelques-uns aussi les énoncent pour faire parade de l'habileté qu'ils ont déployée, en trouvant des moyens de ramener peu à peu à la santé des hommes qui l'avaient perdue d'une manière si violente. Plusieurs enfin, pour décharger leur conscience de la mort des malades, allèguent la malignité de ces substances, qu'ils nomment alors poisons. Nul d'entre eux n'a soupçonné que les symptômes dans lesquels ils voulaient voir seulement des preuves de la vénénosité des corps capables de les produire, étaient des indices certains, dévoilant l'existence dans ces mêmes corps de la faculté d'anéantir, à titre de remèdes, les symptômes semblables de maladies naturelles. Aucun n'a pensé que les maux qu'ils excitent sont l'annonce de leur homœor^ pathicité salutaire. Aucun n'a compris que l'observation des changements auxquels les médicaments donnent
ces détestables méthodes de pair avec la véritable médecine, et les représenter comme des sœurs dont elle ne saurait se passer. L'homœopathic pure , qui ne manque presque jamais son but , qui réussit presque toujours, repousse toute association de ce genre.
lieu chez les personnes bien portantes, était l'unique moyen de reconnaître les vertus curatives dont ces derniers sont doués , parce qu'on ne peut arriver à ce résultat, ni par des raisonnements à priori, ni par l'odeur, la saveur ou l'aspect des substances médicinales, ni par l'analyse chimique, ni par l'administration aux malades de. recettes dans lesquelles ils sont associés à un plus ou moins grand nombre d'autres drogues. Aucun enfin n'a pressenti que ces relations de maladies médicinales fourniraient un jour les éléments d'une véritable et pure matière médicale, science qui, depuis son origine jusqu'à ce jour, n'a consisté qu'en un amas de conjectures et de fictions, ou qui , en d'autres termes, n'a point encore eu d'existence réelle (1).
111. La conformité de mes observations sur les effets purs des médicaments avec ces anciennes remarques, qui avaient été faites dans des vues bien différentes, et même celle de ces dernières avec d'autres du même genre qu'on trouve éparses dans les écrits de divers auteurs, nous donnent aisément la conviction que les substances médicinales, en faisant naitre un changement morbide chez l'homme qui se porte bien, suivent des lois naturelles positives et éternelles, et qu'en vertu de ces lois, elles sont capables de produire, chacune à raison de son individualité, certains symptômes morbides qu'elles ne manquent jamais de provoquer.
112. Dans les descriptions que les anciens auteurs nous ont laissées des suites souvent funestes qu'entrat-
(i) Voyez ce que j'ai dit à cet égard dans mon mémoire sur les sources de la matière médicale ordinaire (Prolégomènes de mon Traité de matière médicale pure, Paris, 1834, 1. 1, pag. 9 el suiv.}*
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nent les médicaments pris à des doses si exagérées, on remarque aussi des symptdmes qui ne se sont pas montrés au d^utde ces tristes événements, mus seulement vers la fin , et qui sont de nature tout à foit opposée à ceux de la période commençante. Ces symptômes, contraires à l'eOët primitif (K. 63)ou à l'action proprement dite dès médicaments sur le corps, sont dus à la réaction de la force vitale de l'organisme. Ils constituent l'effet secondaire (V. 63-67), dont rarement on observe des traces lorsqu'on emploie des doses modérées à titre d'essai , et dont on ne voit jamais ou presque jamais aucim vestige quand les doses sont &ibïes , parce que, dans les cures homœopathiques, la réaction de l'oi^nisme vivant ne va pas au delà de ce qui est rigoureusement nécessaire pour ramener l'état naturel de santé (F. 67).
115. Les substances narcotiques sont les seides qui )n à cet égard. Comme , dans leur effet t«ignent tant la sensibilité et la sensation é, il arrive assez souvent , lorsqu'on les [>ersonnes bien portantes, même à doses l'on observe , pendant la réaction , une exaltation de la sensibilité et un accroissement de l'irritabilité.
114. Mais, excepté les narcotiques, tous les médicaments qu'on essaye à des doses modérées sur des sujets bien poilants, ne laissent apercevoir que letu^ efiêts primitif^, c'est-à-dire les symptômes indiquant qu'ils modifient le rhythme habituel de la santé, qu'ils provoquent un état morbide destiné à durer plus ou moins longtemps.
115. Parmi les effets primitifs de quelques médicaments; il s'en trouve plusieurs qui sont opposés en partie, oudu moins sous certains rapports accessoires^ à d'autves symptômes dont l'apparition a lieu soitavant, soit après. Cette circonstance ne suffit cependant pas pour les faire considérer comme des effets consécutifs proprement dits, ou comme un simple résultat de la réaction de la force vitale. Ils forment seulement une altemation des divers paroxysmes de Faction primitive. On les appelle effets alternants.
1 16. Quelques symptômes sont provoqués par les médicaments fréquemment, c'est-à-dire chez un grand nombre de sujets : certains le sont rarement, ou chez peu d'hommes ; quelques-uns ne le sont que chez peu d'individus.
117. C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent les idiosyncrasies. On entend par là des^constitutions particulières qui, bien que saines d'ailleurs, ont de la tendance à se kisser mettre dans un état plus ou moins prononcé de maladie par certaines choses qui semblent ne faire aucune impression sur beaucoup d'autres personnes et ne point produire de changements en elles (1). Mais ce défaut d'action sur telle ou telle personne n'est qu'apparent. En effet, comme la production de tout changement morbide quelconque suppose dans la substance médicinale la faculté d'agir, et dans la force vitale qui animeForganisme l'aptitude à êtreaf-
(1) L'odeur de la rose fait tomber cerlaines personnes en défaillance, d'autres sont atteintes de maladies, quelquefois dangereuses , après avoir mangé des moules , des écrevisses ou du frai de barbeau , après avoir louché les feuilles de certains sumacs, etc.
fectée par elle, les altérations manifestes de la santé qui ont lieu dans les idiosyncrasics, ne peuvent point être mises uniquement sur le compte de la constitution particulière du sujet. On est obligé de les rapporter en même temps aux choses qui les ont fait naître, et dans lesquelles doit résider la faculté d'exercer la même influence sur tous les hommes, avec cette différence seulement que, parmi les sujets jouissant de la santé, il ne s'en trouve qu'un petit nombre ayant de la tendance à se laisser mettre par elles dans un état aussi évidemment morbide. Ce qui prouve que ces puissances font réellement impression sur tous les hommes, c'est qu'elles guérissent homœopathiquement, chez tous les malades, les mêmes symptômes morbides, que ceux dont elles-mêmes paraissent ne provoquer la manifestation que chez les personnes sujettes aux idiqsyncrasies (1).
118. Chaque médicament produit des effets particuliers dans le corps de l'homme, et nulle autre substance médicinale ne peut en faire naître qui soient exactement semblables (2).