‹ Exposition de la doctrine médicale homeopathiqueChapitre 47 sur 73 · Si une pareille dose ne produit que de feibles · texte numérisé non relu

Si une pareille dose ne produit que de feibles

effets, on peut, pour jpendre ceux-ci plus prononcés et

plus sensibles, ajouter chaque jour quelques globules,

jusqu'à ce que le changement devienne appréciable. Car un médicament n'affecte pas tout le monde avec la même force, et il règne une grande diversité à cet égard. On voit quelquefois une personne qui paraît délicate n'être presque point affectée par un médicament qu'on sait être très-énergique, et qui lui avait été donné à dose modérée, tandis qu'elle Test assez fortement par d'autres substances^ bien plus faibles. De même il y a des sujets très-robustes qui éprouvent des symptômes morbides considérables de la part d'agents médicinaux doux en apparence, et qui au contraire ressentent peu les effets d'autres médicaments plus forts. Or, comme on ne sait jamais d'avance lequel de ces deux cas aura lieu, il est à propos que chacun débute par une petite dose, et qu'il l'augmente ensuite de jour en jour, si la chose est jugée nécessaire.

150. Si dès le principe, et pour la première fois, on a donné une dose assez forte, il résulte de là un avantage, c'est que la personne qui se soumet à Texpérience apprend quel est l'ordre dans lequel se succèdent les symptômes, et peut noter avec exactitude le moment où chacun apparaît, chose fort importante pour la connaissance du caractère des médicaments, parce que l'ordre des effets primitifs et celui des effets alternants se montrent ainsi de la manière la moins équivoque. Souvent ainsi une très-faible dose suffit, quand le sujet mis en expérience est doué d'une grande sensibilité, et qu'il s'observe avec beaucoup d'attention. Quant à la durée de Faction d'un médicament, on ne parvient à la connaître qu'en copiparant ensemble les résultats de plusieurs expériences.

151. Quant on est obligé , pour acquérir seulement quelques notions, de donner pendant plusieurs jours de. suite des doses progressivement croissantes du médicament à une même personne, on apprend bien par là à connaître les divers états morbides que cette substance peut produire en général, mais on n'acquiert aucun renseignement sur leur succession, car la dose suivante guérit souvent l'un ou l'autre des symptômes provoqués par la précédente, ou produit à sa place un état opposé. Des symptômes de cette nature doivent être notés entre deux parenthèses, comme étant équivoques, jusqu'à ce que de nouvelles expériences plus pures aient décidé si l'on doit voir en eux une réaction de l'organisme ou un effet alternant du médicament.

152. Mais lorsqu'on se propose uniquement la recherche des symptômes qu'une substance médicinale, faible surtout, peut produire de son chef, sans avoir égard à la succession de ces symptômes et à la durée de Faction du médicament, il est préférable d'augmenter journellement la dose pendant plusieurs jours de siiile. L'effet du médicament encore inconnu, même le plus doux, se manifestera de cette manière, surtout si on l'essaye sur une personne sensible.

153. Lorsque la personne qui se soumet à l'expérience éprouve une incommodité quelconque de la part du médicament, il est utile, nécessaire même, pour la détermination exacte du symptôme, qu'elle prenne successivement diverses positions et observe les changements qui s'ensuivent. Ainsi elle examinera si par les mouvenients imprimés à la partie souffrante, par la marche dans la chambre ou en plein air, par la station

sur ses Jambes, par la situation assise ou couchée, le symptôme augmente, dimioue ou se dissipe, et s'il revient ou non en reprenant la première position, s'il change en buvant ou mangeant, en parlant, toussant, éternuant, ou remplissant une autre fonction quelcon«que du corps. Elle doit remarquer également à quelle heure du jour ou de la nuit il se montre de préférence. Toutes ces particularités dévoilent ce qu'il y a de propre et de caractéristique dans chaque symptôme.

134. Toutes les puissances extérieures, et principalement les médicaments, ont la propriété de produire, dans l'état de l'organisme vivant, des changements particuliers, qui varient pour chacune d'elles. Mais les symptômes propres à une substance médicamenteuse quelconque ne se montrent pas tous chez la même personne, ni simultanément, ni dans le cours d'une même expérience ; on voit au contraire une même personne éprouver de préférence tantôt celui-ci et tantôt celui-là dans une seconde, une troisième expérience, de manière toutefois qu'à la quatrième, huitième, dixième, etc., personne, peut-être verra-t-on reparaître plusieurs symptômes qui se sont montrés déjà chez la seconde, la sixième, la neuvième, etc. Les symptômes ne se remontrent pas non plus aux mêmes heures.

155. Ce n'est que par des observations multipliées, sur un grand nombre de sujets des deux sexes convenablement choisis et pris dans toutes les constitutions, qu'on parvient à connaître d'une manière à ^eu près complète l'ensemble de tous les éléments morbides qu'un médicament a le pouvoir de produire. On n'a la certitude d'être au courant des symptômes qu.'un

agent médicinal peut provoquer, c'est-à-dire des facultés pures qu'il possède pour modifier et altérer la santé de l'homme, que quand les personnes qui en font une seconde fois l'essai remarquent peu de nouveaux accidents auxquels il donne naissance, et observent presque toujours les mêmes symptômes seulement qui avaient été aperçus par d'autres avant elles.

156. Quoique, comme il vient d'être dît, un médicament mis en expérience sur l'homme bien portant ne puisse manifester dans une seule personne toutes les altérations de santé qu'il est capable de produire, et ne les mette en évidence que chez un certain nombre de sujets différents les uns des autres à l'égard de la constitution physique et des dispositions morales, cependant il n'en est pas moins vrai qu'une loi éternelle et immuable de la nature a mis en lui la tendance à exciter ces symptômes chez tous les hommes (K. 110). De là vient qu'il opère tous ses effets, même ceux qu'on le voit rarement produire chez les personnes en santé, quand on le donne à un malade atteint de maux semblables à ceux qui naissent de lui. Administré même alors aux doses les plus faibles, il provoque chez le malade, s'il a été choisi homœopathiquement, un état artificiel voisin de la maladie naturelle, qui guérit celle-ci d'une manière rapide et durable.

157. Plus la dose du médicament qu'on veut essayer sera modérée, sans cependant dépasser certaines bornes, plus aussi les effets primitifs, ceux qu'il importe surtout de connaître, seront saillants ; on n'apercevra même qu'eux, et il n'y aura aucune trace de réaction. Nous supposons d'ailleurs que la personne à laquelle

l'expérience &e trouve confiée, aime la' vérité, qu'elle est modérée à tous égards, qu'elle a une sen^ilHé bien développée, et qu'elle s'observe avec toute Tatteotion dont elle est capable. Au contraire, si la dose est excessive, non-seulement il se montrera plusieurs réao* tiens parmi les symptômes, mais encore les effets pri«* mitife se manifesteront d'une manière si précipitée, si violente et si confuse, qu'il sera impossible de faire aucune observation précise. Ajoutons encore le danger qui peut résulter de là pour l'expérimentateur, danger que ne saurait envisager avec indifférence celui qui res-, pecte ses semblables et voit un frère jusque dans le dernier homme du peuple.

158. En supposant que toutes les conditions assi-gnées précédemment à une expérience pure pour qu'eUe soit valable (V. 124-127), aient été remplies, les incommodités, les accidents et les altérations de la santé qui se montrent tant que dure l'action d'un médica^ ment, dépendent de cette substance seule , et doivent être notés comme lui appartenant en propre , quand bien même la personne aurait longtemps auparavant éprouvé spontanément des symptômes semblables. La réapparition de ces symptômes dans le cours de l'expérience, prouve seulement qu'en vertu de sa constitution propre, cette personne a une prédisposition toute spéciale à ce qu'ils se manifestent en elle. Dans le cas présent ils sont des effets du médicament , car on ne peut admettre qu'ils soient venus d'eux-mêmes dans un moment où un puissant agent médicinal domine l'économie entière.

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