Dans les affections de ce genre , il faut procé
der avec un soin tout particulier à la recherche de l'ensemble des signes, tant sous le rapport des symptômes corporels, que notatnment sous celui du symptôme principal et caractéristique , Fétat de l'esprit et du moral. C'est le seul moyen de parvenir ensuite à trouver, dans le nombre des médicaments dont les effets purs sont connus, un remède horaœopathique ayant la puissance d'éteindre la totalité du mal à la fois, c'est-à-dire dont la série des symptômes propres en contienne qui ressemblent le plus possible non-seulement aux symptômes corporels du cas présent de maladie, mais encore, et surtout, à ses symptômes moraux.
218. Pour arriver à posséder la totalité des symptômes, il faut en premier lieu décrire exactement tous ceux que la maladie corporelle offrait avant le moment où , par la prédominance du symptôme moral , elle a dégénéré en affection de l'esprit et de l'âme. Ces renseignements seront fournis par les personnes qui entourent le malade.
219. En comparant ces précédents symptômes de maladie corporelle avec les traces qui en subsistent encore aujourd'hui, mais presque effacées, et qui, même à cette époque, redeviennent parfois assez sensibles quand ily a quelque moment lucide, ou que la maladie mentale éprouve une dimiQution passagère, on se convaincra pleinement que, quoique voilés, ils n'ont jamais cessé d'exister.
220. Si l'on ajoute à tout cela l'état du moral et de l'esprit que les personnes placées autour du malade et le médecin lui-même ont observé avec le plus grand
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soin, on a une image complète delà maladie, et Ton peut ensuite procéder à la recherche du médicament homœopathique propre à la guérir, c'est-à-dire , si l'affection mentde dure déjà depuis quelque temps, de celui des moyens antipsoriques qui a la propriété de produire des symptômes semblables et principalement un désordre analogue dans les facultés morales.
221. Cependant si l'état de calme et de tranquillité ordinaire au malade a été subitement remplacé , sous l'influence de la peur, du chagrin , des boissons spiri* tueuses, etc., par la démence ou par la tireur , offi*ant ainsi le caractère d'une maladie aiguë , on ne peut pas, quoique l'affection provienne presque toujours d'une psore interne, chercher à la combattre de suite par l'emploi des remèdes antipsoriques. Il faut d'abord lui opposer les médicaments apsoriques , par exemple l'aconit, la belladonne, la pomme épineuse, la jusquiame, le mercure, etc., à des doses extrêmement faibles, afin de l'abattre assez pour ramener la psore à sa précédente
* condition latente, ce qui fait paraître le malade rétabli.
222. Mais qu'on se garde bien de regarder comme guéri le sujet qu'on a ainsi délivré d'une maladie aiguë du moral ou de l'esprit par des remèdes apsoriques. Loin de là, il faut se hâter de lui 'faire subir un traite* ment antipsorique prolongé , pour le débarrasser du miasme chronique, qui est redevenu latent à la vérité, «nais qui n'en est pas moins tout prêt à reparaître de nouveau (1). En effet, il n'y a point à redouter d'accès
(i) Il arrive très-raremcnt qu'une affection de l'esprit ou du moral qui dure déjà depuis quelque temps , cesse d'elle-même (par le transport de la maladie interne sur les organes plus grossiers du corps). C'est
pareil à celui qu'on a fait cesser , quand le malade demeure fidèle au genre de vie qui lui a été pi-escnt.
225. Mais si l'on s'abstient de recourir au traitement antipsorique , on peut être presque certain qu'il sulEra d'une cause bien plus légère encore que celle qui a pro* ipparition de la manie, pour en ra- ^s plus grave et plus long, durant léveloppei-a presque toujours d'une et dégénérera en une aliénation ou continue , dont ensuite il sera lir la guérison par les antipsoriques.
3 où la maladie mentale ne serait point encore tout à fait formée, et où l'on serait en doute de savoir si elle résulte réellement d'une affection corporelle, ou si elle n'est pas plutôt la suite d'une éducation mal dirigée, de mauvaises habitudes, d'une moralité pervertie, d'un esprit négligé, de la superstition ou de l'ignorance , le moyen suivant pourra tirer d'embarras. On fera au malade des exhortations amicales, on ' lui présentera des motifs de consolation, on lui adressera des remontrances sérieuses , on lui proposera des raisonnements solides : si le désordre de l'esprit ne
dansces cas peu communs qu'oa voil des bommes quillcr une maison d'aliénés, en apparence guéris. Hors de Ih les ëlablissemenls demeurent encombrés, el les noUTeaux aliénés n'y trouvenldc place qu'autant que la mon y établit des vacances. Nul n'en sort guéri d'une niamère réelle cl durable 1 Preuve éclalanle , entre lanl d'autres , du néant de la médecine 11 laquelle on a ridiculement donné l'ëpithËte de rationnelle. Combien de fois, au contraire, la pure «l Traie médecine, l*bomceopathîe , n'a-t-elle pas réussihremettre des aliénésen possession de la santé du corps et de l'esprit, à les rendre an monde pour lequel ilsélaient perdus!
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provient pas d'une maladie corporelle, il cédera bientôt ; mais si le contraire a lieu , le mal empirera rapid^nent, le mélancolique deviendra encore plus sombre, plus abattu et plus inconsolable, le maniaque plus malicieux et plus exaspéré, l'homme en démence plus imbécile (1).
225. Mais il y a aussi, comme on vient de le voir, quelques maladies mentales, en petit nombre , qui ne proviennent pas uniquement de la dégénérescence d'une maladie corporelle, et qui, le corps lui-même étant fort peu atteint, tirent leur source d'affections morales, telles qu'un chagrin prolongé, des mortifications, le dépit, des offenses graves, et surtout la crainte et la frayeur. Celles-là aussi influent avec le temps sur la santé du corps, et la compromettent souvent à un haut degré.
226. Ce n'est que dans les maladies mentales ainsi engendrées et alimentées par l'âme elle-même, qu'on peut compter sur les remèdes moraux, mais seulement aussi longtemps qu'elles sont encore récentes et qu'elles n'ont pas trop altéré l'état du corps. Dans ce cas, il est possible que la confiance qu'on témoigne au malade, les exhortations bienveillantes qu'on lui prodigue, les discours sensés qu'on lui tient , et souvent une déception masquée avec art, rétablissent promptement la santé de l'âme, et, avec l'assistance d'un régime con-
(i) n semble que Tesprit senle à regret la vérilé de ces représentations, et agisse sur le corps comme s^il voulait rétablir Tbarmonie détruite; mais celui-ci réagit par sa maladie sur les organes de Tcspril et de l'àme, et augmentée désordre qui y règne déjà en rejetant ses propres souffrances sur eux. Comparez Esquirol : Des mal(ndîes mentales considérées sous les tapporls médical, hygiénique et médico-légal ^ Paris, 1838, 2 voU in-8, atlas.
venable, ramènent aussi le corps aux conditions de l'état normal.
227. Mais ces maladies ont également pour source un miasme psorique , qui seulement n'était pas encoi*6 sur le point de se développer d'une manière complète, et la prudence exige qu'on soumette le sujet à un traitement antipsorique radical, si l'on veut éviter qu'il retombe dans la même affection mentale, ce qui n'arrive que trop aisément.
228. Dans les maladies de l'esprit et du moral produites par une affection du corps dont la guérison s'obtient uniquement par un médicament homœopathique antipsorique, aidé d'un genre de vie sagement calculé, il est bon cependant de joindre à ces moyens un certain régime auquel F âme doit être assujettie. Il faut que, sous ce rapport , le médecin et ceux qui entourent le malade tiennent scrupuleusement envers lui la conduite qui aura été jugée convenable. Au maniaque furieux on oppose le calme et le sang-froid d'une volonté ferme et inaccessible à la crainte ; à celui qui exhale ses souffrances en plaintes et en lamentations, on témoigne une muette compassion par l'expression des traits du visage et le caractère des gestes ; on écoute en silence le bavardage de l'insensé, sans cependant avoir l'air de n'y porter aucune attention, comme on le fait, au contraire, envers celui dont les actes ou les discours sont révoltants. Pour ce qui est des dégâts qu'un maniaque pourrait commettre, on se borne à les prévenir et à les empêcher, sans jamais lui en faire reproche, et il faut tout disposer de manière à ne jamais recourir aux châti-
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ments et tourments corporels (1). Cette dernière condition est d'autant plus facile à remplir que l'usage des moyens coêrcitife ne trouve même pas son excuse dans la répugnance des malades à prendre les remèdes ; car, ayec la méthode homœopathique, les doses sont si faibles que jamais les substances médicinales ne se décè« lent au goût, et qu'on peut les faire avaler au malade, dans sa boisson, sans qu'il s'en doute.
229. La contradiction , les admonitions trop vives^ les remontrances trop acerbes et la violence conviennent aussi peu qu'une condescendance faible et timide, et ne nuisent pas moins dans le traitement des mala* dies mentales. Mais c'est surtout l'ironie et la déception dont ils peuvent s'apercevoir qui irritent les maniaques et aggravent leur état. Le médecin et celui qui les surveille doivent toujours avoir l'air de croire qu'ils jouissent de leur raison. On s'attache aussi à éloigner d'euic tous les objets extérieurs qui pourraient porter le trouble dans leurs sens ou leur âme. II n'y a point de distractions pour leur esprit entouré d'un nuage. Pour
(i) On ne saurait trop s'étonner de la dureté et de Tabsurdité que déploient, dans plusieurs maisons de fous, en Ângleierre et en Allemagne, des médecins qui , sans connaître la seule vraie méthode de gué^ f. rir les maladies mentales, remploi contre elles des médicaments ho-
mœopathiques antipsoriques, se contentent de torturer et d'accabler de coups les êtres les plus dignes de compassion parmi tous les infortunés. En usant de moyens aussi révoltants , ils se rabaissent bien aunlessous des geôliers dans les maisons de correction; car c''esl en raison de la mjftsiofl qu'ils en ont reçue , et sur des criminels, que ceux-ci agissent, tandis que ceux-là , trop ignorants ou trop paresseux pour chercher une méthode convenable de traitement, semblent n'exercer tant de crUtouté sur d'innocents mahijies que par dépit dé ne pouvoir les guérir.
leur âme révoltée ou languissante dans les chaînes d'un corps malade , il n'y a ni récréations salutaires , ni moyens de s'éclairer , ni possibilité de se calmer par des paroles, des lectures ou autrement. Rien ne peut leur procurer du calme, si ce n'est la guérîson. La tl*anquillité et le bien«-étre ne rentrent dans leur âme que quand leur corps est revenu à la santé*
250. Si le remède antipsorique dont on a fait choix pour un cas donné d'aliénation mentale, affection qu'on sait être diversifiée à l'infini, est parfaitement homœopathique à l'image fidèle de l'état de la maladie, conformité d'autant plus facile à trouver, quand le nombre des médicaments bien connus est assez grand, que le symptôme principal, c'est-à-dire l'état moral du malade, se prononce hautement, alors la plus petite dose suffît souvent pour produire en peu de temps une amélioration très-prononcée, qu'on n'avait pu obtenir de tous les autres moyens allopathiques administrés aux doses les plus fortes et prodigués presque jusqu'au point d*amener la mort. Je puis même affirmer, d'après une longue expérience, que la supériorité de Thomœopathie sur toutes les autres méthodes curatives imaginables, ne se montre nulle part avec plus d'éclat que dans les maladies mentales anciennes qui doivent leur origine à des affections corporelles, ou qui se sont développées en même temps qu'elles.
251. Il est encore une classe de maladies qui méritent un examen tout particulier. Ce sont non-seulement celles qui reviennent à des époques fixes, comme les innombrables fièvres intermittentes et les affections en apparence non fébriles affectant la même forme,
mais encore œlles dans lesquelles certains états morbides alternent avec d'autres à.des époques irrégulières.
232. Ces dernières, les maladies alternantes, sont également très-di versifiées (1), mais elles appartiennent toutes à la grande série des maladies chroniques. La plu- . part sont un résultat du développement de la psore, quelquefois, mais rarement, compliquée avec un miasme syphilitique. C'est pourquoi on les^érit, dans te premier cas, par des médicaments antipsoriques al ternant avec des antisyphilitiques, comme je l'ai enseigné dans mon Traité des maladies chroniques.
233. Les maladies intermittentes proprement dites ou typiques sont celles dans lesquelles un état morbide semblable à celui qui existait antérieurement, re-
(1) Il esl possible que deux ou trois élats difTércnls alternent ensemble. Il peut se faire, par exemple, en ce qui concerne Talternance de deux élats divers, que certaines douleurs se manifestent aux extrémités inférieures dès qu'une opblhalmie disparaît, etqu''ensuile celle-ci revienne aussitôt que les douleurs cessent; ou que des spasmes et des convulsions alternent immédiatement avec une autre afTeclion quelconque, soit du corps entier, soit de quelqu'une de ses parties. Mais il est possible aussi, en cas d^une triple alliance d^élats alternatifs dans UAe maladie continue, qu'à une surabondance apparente de santé, une exaltation des facultés du corps et de l'esprit (gaieté inaccoutumée, vivacité ejLcessive, sentiment exagéré de bien-être, appétit immodéré, etc.), on voie succéder brusquement une humeur sombre et mélancolique, une insupportable disposition k Vhypochondrie, avec trouble de plusieurs fonctions vitales, de la digestion, du sommeil, etc., et que ce second 6(at fasse place , d'une manière plus ou moins prompte , au sentiment de malaise que le sujet éprouve dans les temps ordinaires. Souvent il n'y a plus aucune trace de l'état antérieur quand le nouveau s'établit. Souvent aussi il en reste encore quelques vestiges. Dans certaines circonstances, les états morbides qui alternent ensemble sont, de leur nature, entièrement opposés l'un k l'autre, comme, par exemple, la mélancolie et la folie gaie ou la fureur.
parait à la suite d'un intervalle bssqsl régulier de bienêtre apparent, et s'éteint de nouveau après avoir dui*é un laps de temps également déterminé. Ce phénomène a lieu, non-seulement dans les nombreuses variétés de fièvres intermittentes, mais encore dans les maladies en apparence apyrétiques qui paraissent et disparaissent à des époques fixes.
234. Les états morbides en apparence apyrétiques qui affectent un type bien prononcé, c'est-à-dire qui reviennent à des époques fixes chez un même sujet, et qui, en général, ne se manifestent point d'une manière sporadique ou épidémique, appartiennent tous à la classe des maladies chroniques. La plupart tiennent à une affection psorique pure, rarement compliquée avec la syphilis, et on les combat avec succès pai' le genre de traitement que réclame cette maladie. Cependant il est quelquefois nécessaire d'employer comme moyen intercurrent une très -petite dose homœopathique de quinquina, pour éteindre complètement leur type intermittent.