Si l'on ajoute encore, soit l'apparition de nou
(1} Les signes d'amélioration relatifs à l'humeur et à l'esprit du malade se manifestent peu de temps après qu'il a pris le remède, quand la dose aété convenablement atténuée, c'est-à-dire aussi petite que possible. Une dose plus forte que la nécessité ne l'exige, même du remède le plus homœopatliique , agit avec trop de violence, et porte de suite un trouble trop grand et trop prolongé dans les facultés intellectuelles el morales, pour qu'on puisse reconnaître de bonne heure l'amélioralion dans Télat de ces dernières. Je ferai remarquer ici que celle règle si importante est une de celles contre lesquelles pèchent le plus leshomœopalhistes qui débutent elles médecins qui passent de Tancienne école à la nouvelle. Ceux-ci, aveuglés par les préjugés, craignent en pareil cas de»
veaux symptômes, soit Texaspération de ceux qui existaient déjà, ou, au contraire, la diminution des symptômes primitife, sans qu'il s'en soit manifesté de nouveaux, le médecin doué d'un esprit observateur et pénétrant ne pourra bientôt plus douter que la maladie ne soit aggravée ou améliorée, quoique, dans le nombre des malades, il s'en trouvé qui soient incapables d'annoncer eux-mêmes s'ils vont mieux ou plus mal, et certains même qui ne veulent pas le dire.
355. Cependant, même dans ce dernier cas, on peut arriver à une pleine et entière conviction en reprenant tous les symptômes qu'on a notés dans le tableau de la maladie, et les passant en revue l'un après l'autre, de concert avec le malade. Quand ce dernier n'accuse pas de nouveaux symptômes^ dont il n'avait point parlé autrefois, quand aucun des anciens accidents ne s'est aggravé, quand enfin on a déjà remarqué de l'amélioration dans les facultés morales et intellectuelles, il faut bien que le médicament ait opéré une diminution essentielle de la maladie, ou, si trop peu de temps encore s'est écoulé depuis son administration, qu'il soit sur le point de la produire. Mais si, le remède ayant été bien choisi, l'amendement tardait trop à se manifester, il faudrait s'en prendre ou à quelque faute commise par le malade, ou à la trop longue durée de l'aggravation homœopathique {V. 157) provoquée par la substance médicinale, et dans ce dernier cas, conclure de là que la dose n'était point assez faible.
recourir aux plus petites doses des dilutions les plus fortes des médicaments, et se privent ainsi des grands avantages qu'on en a mille et mille fois retirés; ils ne peuvent faire ce qu'accomplit la véritable honaœopalihie, et se donnent à tort pour ses adeptes.
DE Là DOCTRINE HOMÛEOPATHIQUE. 255
• 3S6. D'un autre côté^ si le malade accuse quelque symptôme important développé depuis peu et annonçant que le médicament n'était pas parfaitement homœopathique, il aura beau avoir la bonhomie de dire qu'il se sent mieux^ le médecin, loin de l'en croire, doit au contraire considérer son état comme plus grave qu'auparavant; et il aura lieu bientôt de s'en convaincre par ses propres yeux.
257 . Le vrai médecin se gardera de prendre en a^ fection certains remèdes que le hasard lui a procuré souvent l'occasion d'employer avec succès. Cette prédilection lui en ferait souvent négliger d'autres qui seraient plus homœopathiques et par conséquent plus efficaces.
358. Il évitera également de se prévenir contre des remèdes qui lui auraient fait éprouver quelque échec parce qu'il les avait mal choisis, c'est-à-dire par sa propre faute. Sans cesse il aura présente à l'esprit cette grande vérité que, de tous les médicaments connus, un seul mérite la préférence, celui dont les symptômes ont le plus de ressemblance avec la totalité de ceux qui caractérisent la maladie. Nulle petite passion ne doit être écoutée dans une affaire si sérieuse.
259. Gomme il est nécessaire dans la pratique homœopathique que les doses soient très-faibles, on conçoit aisément qu'il faut écarter du régime et du genre de vie des malades tout ce qui pourrait exercer sur eux une influence médicinale quelconque, afin que
Feffet de doses si exiguës ne soit éteint, surpassé ou. troublé par aucun stimulant étranger (1).
360. C'est surtout dans les maladies chroniques qu'il importe d'éloigner avec soin tous les obstacles de ce genre, puisque déjà elles sont ordinairement aggravées par eux, ou par d'autres erreurs de régime souvent méconnues (2).
(1) Les doux sons de la flûle qui, de loin el dans le silence de la nuit, disposent un cœur tendre krenthousiasme religieux, frappent Fair en Tain quand \Vs sont accompagnés de cris el de bruits discordants.
(2) Par exemple, le café, le thé, la bière contenant des substances végétales douées de propriétés médicamenteuses qui ne sont point appropriées k Tétai du malade, les liqueurs préparées avec des aromates mé* dicinauxy toutes les sortes de punch, les chocolats épicés, les eaux de senteur et parfumeries de toute espèce, les bouquets très-odorants, les préparations dentifrices, pulvérulentes ou liquides, dans lesquelles il entre des substances médicinales, les sachets parfumés, les mets fortement assaisonnés, les pâtisseries et les glaces aromatisées, les légumes consistant en herbes, racines ou pousses médicinales, le fromage fait, les viandes faisandées, la chair et la graisse de porc, d''oie et de canard, le veau trop jeune, les aliments aigres. Toutes ces choses exercent une action médicinale accessoire, et doivent être éloignées avec soin du malade. On défendra aussi l'abus de toutes les jouissances de la table, même du sucre et du sel. On interdira les boissons spiritueuses, la trop grande chaleur des appartements, les vêlements de flanelle sur la peau (qu'il faut remplacer dans la saison chaude par d'autres vêtements dV bord en coton, puis en toile), la vie sédentaire dans un air renfermé, Tabus de l'exercice purement passif (du cheval, de la voilure, de la^balançoire) et de Tallailement, Thabilude de se mettre au lit pour faire la méridienne et de dormir longtemps, les plaisirs nocturnes, la malpropreté, les voluptés contre nature, les lectures erotiques. On évitera les causes de colère, de chagrin et de dépit, le jeu poussé jusqu^à la passion, les travaux forcés de tête et de corps, le séjour dans les contrées marécageuses, Thabi talion dans des lieux où. Pair ne se renouvelle point, les besoins pressants, etc. Toutes ces influences doivent être, autant qae possible, évitées ou éloignées, si Ton veut que la guérison ait lieu sans obsUiclc, ou même qu*elle soit possible. Quelques-uns de mes élèves
261. Le régime qui convient le mieux dans les maladies chroniques, pendant qu'on fait usage des médicamentSy consiste à éloigner tout ce qui pourrait entraver la guérison, et à faire naître au besoin les conditions inverses, en prescrivant par exemple les distractions innocentes, Fexercice actif au grand air et sans égard au temps, les aliments convenables, nourrissants et privés de vertus médicinales, etc. (1).
263. Dans les maladies aiguës, au contraire, l'aliénation mentale exceptée, l'instinct conservateur de la vie parle d'une manière si claire et si précise que le médecin n'a qu'à recommander aux assistants de ne point contrarier la nature en refusant au malade ce qu'il demande avec instance, ou cherchant à lui persuader de prendre des choses qui pourraient lui nuire.
965. Les aliments et boissons que demande une personne atteinte de maladie aiguë ne sont pour la plupart, il est vrai, que des choses palliatives et aptes tout au plus à procurer un soulagement momentané ; mais ils n'ont pas de qualités à proprement parler médicinales, et répondent seulement à une espèce de besoin. Pourvu que la satisfaction qu'à cet égard on procure au malade soit renfermée dans de justes bornes, les faibles obstacles qu elle pourrait mettre à la ''guérison radicale de la maladie (2) sont couverts, et au
semblent, en interdisant d^autres choses encore qui sont assez indifférentes, rendre inutilement le régime plus difûcile à observer aux malades, ce qu'on ne saurait approuver. •
(1) Voyez Bigel, HomœoptUhié damesUfue, comprenant Phygiène. le régime à suivre pendant le traitement des maladies y etc., Paris, i839, in-18.
(2) Cependant, ce cas arrive rarement. Ainsi, par exemple, le malade
258 EXPOsmoN
delà; par la puissance du remède homœopathique, par la mise en liberté de la force vitale^ et par le calme qui suit la possession d'un objet ardemment désiré. La température de Tappartemeut et le nombre des couvertures doivent également être réglés d'après les désirs du malade, dans les maladies aiguës. On aura soin d'éloigner tout ce qui pourrait lui causer quelque contention d'esprit, ou ébranler son moral.
264. Le vrai médecin ne peut compter sur la vertu curative des médicaments que quand il les a entre les maiils aussi purs et aussi parfaits que possible. Il a donc besoin de savoir en apprécier lui-même la pu-
i'eté(l).
263. C'est un cas de conscience pour lui d'avoir l'intime conviction que le malade prend toujours le remède qui lui convient réellement.
266. Les substances provenant du règne animal et du règne végétal ne jouissent pleinement de leurs vertus médicinales que quand elles sont crues (2).
inflammatoires, qui réclament si impérieusement Faconit, dont Taction serait détruite par l'introduction dans l'organisme de boissons aiguisées avec des acides végétaux.
(4) Voyez Nouvelle pharmacopée et posologie homœopathiques, ou de la Préparation des médicaments homœopathiques et de tadministration des doses^ par le docteur Jahr, Paris, 184i^iii-12.
(2) Les substances animales et végétales crues ont toutes plus ou moins de vertus médicinales, et peuvent modifier l'état de Thomme, chacune à sa manière. Les plantes et les animaux dont les peuples civilisés se nourrissent ont sur les autres l'avantage de contenir une plus grande quantité de parties nutritives, et d'avoir des vertus médicinales moins énergiques, qui diminuent encore par les préparations qu'on leur fait subir, comme l'expression du suc nuisible (lacassave, en Amén'a presque jamais soif que d'eau pure dans les maladies franchement
DE LA D0GTRIN15 HOMOEOPATHIQUÉ. 259
' 267. La manière la plus parfaite et la plus certaine de s'emparer de la vertu médicinale des plantes indigènes et qu'on peut se procurer fraîches; consiste à en exprimer le suc, qu'aussitôt on mêle exactement avec parties égales d'alcool. On laisse le mélange en repos pendant vingt-quatre heures; dans xm flacon bouché, et, après avoir décanté la liqueur claire, au fond de laquelle se trouve un sédiment fibreux et albumineux, on la cpnserve pourj' usage de la médecine (1). L'alcool
rique}, laifermeûlation (celle de la pâte dont on fait le pain, de laclioucroûte, etc.), les fumigations, la cuisson, la torréfaction , etc., qui détruisent ou dissipent les parties auxquelles ces vertus adhèrent. L'addition du sel (salaison) et du yinaigre (sauces, salades) produit aussi cet effet , mais il en résulte d'autres inconvénients.
Les plantes douéesdes vertus médicinales les plus énergiques, s'en dépouillent également en tout ou eu partie, lorsqu'on les traitejdeja même manière. Les racines d'iris, de raifort, de pédiveau et de pivoine deviennent presque inertes par la dessiccation. Le suc des végétaux les plus violents se réduit souvent en une masse totalement inerte par Taction delà chaleur qui sert à préparer les extraits ordi^iaires. Il sufCt même de laisser quelque temps en repos le suc de la plante la plus dangereuse, pour qu'il perde toutes ses propriétés; de lui-même, il*^ passe rapidement à la fermentation vineuse, quand la température est modérée, et aussitôt après, il s'aigrit, puis se putréfie , ce qui achève de détruire en lui toute vertu médicinale; le sédiment qui se dépose alors au fond n'est plus qu'une fécule inerte. Les herbes vertes qu'on met en tas perdent même déjà la plus grande partie de ce qu'il y a de médicinal en elles par l'espèce d'exsudation ou de sueur qu'elles éprouvent.
(1) Bucholz (Tcuchenbuch fuer Scheidekuenstler wnd Apothekety 1815, 1, VI) assure èi ses lecteurs (et celui qui a rendi\ compte de son livre, dans la Leipxiger LUeraturzeîtung , 1816, n9 82, ne le relève point), qu'on doit cette excellente manière de préparer les médicaments h la campagne de Russie (1812), d'où elle est venue en Allemagne. Mais en la rapportant dans les propres termes de la première édition de mon Organon, il oublie de dire que c'est moi qui en suis l'aqteur ; je l'avais, publiée deux années déjà avant la campagne de Moscou (en 1810). Cn aime mieux feindre de croire qu'une découverte soit venue des déserts
ajouté au suc s'oppose au développement de la fermentation, pour le présent comme pour l'avenir. On tient la liqueur à l'abri des rayons du soleil, dans des flacons de verre bien bouchés. De celte manière la vertu médicinale des plantes se conserve entière, parfaite, et sans la moindre altération (1).
3G8. Quant aux plantes, écorces, graines et racines exotiques, qu'on ne peut avoir à l'état frais, un médecin sage n'en acceptera jamais la poudre sur la foid'autrui. Avant d'en faire usage dans sa pratique, il voudra les avoir entières et non préparées, afin de pouvoir se convaincre de leur pureté (2).
de TAsie, que d'en faire honneur k un compatriote ! Jadis, il est vrai, oïl mêlait de l'alcool aux sucs des plantes, par exemple, afin de pouvoir les con^rver quelque temps avant d'en préparer des extraits; maisja^ mais on n'a fait cette addition dans la vue de donner ensuite le mélange lui-même k titre de remède.
(i) Quoique parties égales d^alcool et de suc récemment exprimé soient généralement la proportion qui convienne le mieux pour déterminer la matière fibreuse et l'albumine à se déposer, cependant il est des plantes très-chargées de mucosités, [^comme la consoude, la pensée, etc., qui exigent, pour l'ordinaire, le double d'alcool. Quant aux plantes peu riches en suc, comme le laurier-rose, le buis, la sabine, le gale, le ledum, etc., il faut commencer par les broyer en une pâte homogène et humide, h, laquelle on ajoute ensuite une quantité double d'alcool, qui s'uDit au suc végétal, et permet de l'obtenir par l'action de la presse ; mais on peut aussi broyer ces plantes sèches avec du sucre de lait, jusqu'au millionnième degré d'atténuation, dissoudre alors un grain de cett^ poudre, et se servir de la dissolution pour obtenir les dilutions subséquentes (f^. 271).
(2) Pour les conserver sous la forme de poudre, on a besoin d'une précaution inusitée jusqu'à ce jour dans les pharmacies, où Ton ne peut garder, sans qu'elles s'allèrent, les poudres même bien desséchées de subslancesaniHiales et végétales. C'est que lesmatières végétales, même quand elles sont parfaitemeol sèches, retiennent encore une certaine quantité d'humidité, condition indispensable à la cohérence de leur
269. Par un procédé qui lui est propre et qu'on n'avait jamais essayé avant elle, la médecine homœopathique développe tellement les vertus médicinales dynamiques des substances grossières, qu'elle procure une action des plus pénétrantes à toutes, même à celles qui, avant d'avoir été traitées ainsi , n'exerçaient pas la moindre influence médicamenteuse sur le corps de l'homme.
370. On prend deux gouttes du mélange à parties égales d'un suc végétal frais avec de l'alcool, on les fait tomber dans quatre-vingt-dix-huit gouttes d'alcool, et on donne deux fortes secousses au flacon contenant le liquide. On a ensuite vingt-neuf autres flacons aux trois quarts remplis de quatre-vingt-dix-neuf gouttes d'alcool, et dans chacun desquels on verse successivement une goutte du liquide contenu dans le précédent , en
tissu, qui n'empêche pas la drogue de rester incorruptible tant qu'on la laisse entière, mais qui devient superflue dès qu'on la pulvérise. Il s'ensuit qu'une substance animale et végétale qui était bien sèche dans son entier, donne une poudre légèrement humide, qui ne tarde pas à s'altérer et k se moisir dans des flacons, même bien bouchés, si l'on n'a pas eu soin de lui enlever préalablement son humidité. La meilleure manière d'y parvenir consiste k l'étaler sur un plateau en fer-blanc, à bords relevés, qu'on chauffe au bain-marie, et à la remuer jusqu'à ce que ses parties ne s'agglomèrent plus ensemble, mais glissent les unes sur les autres comme du sable fin. Ainsi desséchées, et tenues dans des flacons bouchés et cachetés, les poudres sont à jamais inaltérables et conservent la totalité de leurs vertus primitives, sans jamais se moisir ni engendrer de mites. Il faut avoir soin de tenir les flacons k l'abri de la lumière, dans des boites ou des tiroirs. Quand l'air a accès dans ces vases, quand ils sont exposés à l'action des rayons du^leil ou de la lumière diffuse, les substances animales et végétales perdent de plus en plus leurs vertus médicinales, ce qui leur arrive déjk quand elles sont en grandes masses, et à plus forte raison sous forme de poudre.
ayant soin de donner deux secousses à chaque flacon (1). Le dernier, ou le trentième, renferme la dilur. tion au décillionième degré de puissance (x), ceUe qu'on emploie le plus souvent.
27 1 . Toutes les autres substances destinées aux usages de la médecine homoaopathique , comme les métaux purs, les oxydes et sulfures métalliques, les autres substances minérales, le pétrole, le phosphore^ les parties et sucs de plantes qu'on ne peut se procurer qu'à l'état sec, les substances animales, les sels neutres et autres, etc., sont amenées au millionième degré d'attér nuation pulvérulente, par un broiement qui dure trois heures ; après quoi on dissout un grain de la poudre, et l'on traite la dissolution dans vingt-sept flacons successifs, de la même manière qu'on fait à l'égard des sucs végétaux, afin de l'amener jusqu'au trentième degré du développement de sa puissance (2).
(i) Me fondant sur des expériences mullipliées et des observations exactes, et voulant ûxer un terme précis et moyen au développement de la vertu des médicaments liquides, j'en suis venu k prescrire de ne donner que deux secousses k chaque flacon, au lieu qu^auCrefois j'en imprimais davantage, ce qui développait trop la puissance des remèdes. Il y a des homceopalhistes qui transportent avec eux les médicaments homœopatbiques sous forme liquide, dans le cours de leurs visites, et qui prétendent que les vertus n'acquièrent point par Ik d'exaltation av^c le temps. Soutenir une pareille thèse, c'est prouver qu'on ne possède point un esprit d'observation bien rigoureux. J'ai dissous un grain de natron dans une demi-once d'eau mêlée avec un peu d'alcool, et pendant une demi-heure j'ai secoué, sans interruption, le flacon, rempli aux deux tiers, qui contenait la liqueur : j'ai trouvé ensuite que celle-ci égalait la trentième dilution en énergie.
(2) Comme il est dit plus au long encore dansl es discours qui précèdent l'exposé des symptômes des médicaments que comprend le premier volume de mon Traité de matière médicale pure.
273. Il n'est, dans aucun cas, nécessaire d'employer plus d'un médicament simple à la fois (1).
375. On ne conçoit pas que le moindre doute puisse s'élever sur la question de savoir s'il est plus raisonnable et plus conforme à la nature de n'employer à .la fois, dans une maladie, qu'une seule substance médicinale bien connue, ou de prescrire un mélange de plusieurs médicaments différents.
274. Comme le vrai médecin trouve dans les médicaments simples et non mélangés tout ce qu'il peut désirer, c'est-à-dire des puissances morbifiques artificielles qui, par leur faculté bomœopathique , guérissent complètement les maladies naturelles, et que c'est un précepte fort sage de ne jamais chercher à faire avec plusieurs forces ce qu'on peut accomplir avec une seule, iï ne lui viendra jamais à l'esprit de donner comme . remède autre chose qu'un seul médicament simple à la fois. Car il sait que, quand bien même on aurait étudié sur l'homme sain les effets spécifiques et purs de tous les médicaments simples, nous n'en serions pas moins hors d'état de prévoir et de calculer la manière dont deux substances médicinales mêlées ensemble peuvent se contrarier et se modifier réciproquement dans leura effets. Il n'ignore pas non plus qu'un médicament simple , donné dans une maladie dont Fensemble des
(i) A la vérité, quelques honiœopathistes ont essayé, dans les cas où un médicament convenait à une partie des symptômes, et un second à une autre partie, de donner les deux médicaments k la fois, ou presque en même temps ; mais je préviens sérieusement de se mettre en garde contre cette manœuvre, qui ne sera jamais nécessaire, quand bien même elle semblerait parfois devoir être utile.
264 EXFOsmoN
symptômes ressemble parfailement aux sîeos, suffit à lui seul pour la guérir d'une manière parfaite. II est bien convaincu enfin que, dans le cas même le moins favorable, celui où le remède ne serait pas tout à fait en harmonie avec le mal, sous le rapport de la ressemblance des symptômes, il procurerait au moins quelque profit à la matière médicale, les nouveaux symptômes qu'il exciterait en pareil cas, confirmant ceux qu'il avait provoqués ailleurs, dans des expériences sur des sujets sains, avantage dont ou se prive en faisant usage de médicaments composés (1).
275. L'appropriation d'un médicament à un cas donné de maladie ne se fonde pas seulement sur son choix parfaitement homœopathique, mais encore sur la précision ou plutôt sur l'exiguïté de la dose à laquelle on le donne. Si l'on administre une dose trop forte d'un remède, même tout à fait homœopathique, elle nuira infailliblement au malade, quoique la substance médicinale soit salutaire de sa nature ; car l'impression qui en résulte est trop forte, et d'autant plus vivement sentie, qu'en vertu de son caractère homœopathique, le remède agit prédsément sur les parties de forganisme qui déjà ont le plus ressenti les atteintes d'une maladie naturelle.
276. C'est pour cette raison qu'un médicament, mâme homœopatbique, devient toujours nuisible quand
e cODieaLe de donner, k l'iDlérieur, le choisi aussi homœopaUiiqiie que possible; il laissera tisanes, les applications de sachets d'herbes, lesfoeattécoclions végétales, les l&vements, les friclioas sorte d'onguent.
DE LA DOGTRINB HOMCNSOPATHIQUE. 265
on le donne à trop haute dose, et nuit d' autant plus que la dose est plus forte. Mais l'élévation de la dose ellemême porte d'autant plus préjudice au malade, que le remède est plus homoeopathique, que sa puissance dynamique a été plus développée (1), et une forte dose d'un médicament semblable fera plus de mal qu'une dose égale d'une substance médicinale allopathique, c'est-à-dire sans rapport aucun de convenance avec la maladie ; car alors l'aggravation homœopathique (F. 157-160), c'est-à-dire la maladie artificielle, très-analogue à la maladie naturelle, que le remède a excitée dans les parties les plus souffrantes de l'organisme, va jusqu'au point * de nuire (2), tandis que, si elle était demeurée dans de justes limites, elle aurait effectué doucement la guérîson. Le malade, à la vérité, ne souffre plus de la maladie primitive, qui a été détruite homœopathiquement ; mais il souffre d'autant plus de la maladie médicinale» qui a été beaucoup trop forte, et de la débilitation qui en est la conséquence naturelle.
277. Par la même raison, et parce qu'un remède donné à dose assez faible se montre d'autant plus merveilleusement efficace qu'on a eu soin de le mieux choisir homœopathique, un médicament dont les symptômes propres s'accorderont parfaitement avec ceux
(i) Les éloges que quelques homodopathes peu nombreux ont donnés dans ces derniers temps aux fortes doses , tiennent, d'une part, à ce qu'ils avaient choisi les premières dilutions du médicament, à peu près comme je le faisais moi-même, il y a vingt ans, quand je n'avais pas encore été éclairé [Àr l'expérience ; d'un autre c6té , à ce que les médicaments choisis par eux n'étaient point parfaitement homœopathiques.
(2) Foyez mon Traité dematiére médicale pure , t. i, p. 87.
de la maladie, devra être d'autant plus salutaire que sa dose approchera davantage de Fexiguïté à laquelle ^e a besoin d'être réduite pour amener doucement la guérison (1).
278. Il s'agît maintenant de savoir quel est le degré d'exiguïté qui convient le mieux pour donner à la fois le caractère de la certitude et celui de la douceur aux effets secourables qu'on veut produire, c est-à-dire combien on doit abaisser la dose du remède homœopathique à un cas donné de maladie, pour obtenir la meilleure guérison possible de celte dernière. On conçoit aisément que ce n'est pas aux conjectures théoriques qu'il fautjs'îldresser pour obtenir la solution de ce problème, que ce n'est pas par elles qu'on peut établir, eu égard à chaque médicament en particulier, à quelle dose il suffit de le donner pour produire l'effet homœo-^ pathique et procurer une guérison aussi prompte que douce. Toutes les subtilités imaginables ne serviraient à rien ici. Ce n'est que par des expériences pures, par des observations exactes, qu'on peut arriver au but. Il serait absurde d'objecter les hautes doses qu'emplbie la pratique allopathique vulgaire, dont les médicaments ne s'adressent pas aux parties soufirantes elles-mêmes, mais seulement à celles qui ne sont point attaquées par la maladie. On ne peut rien conclure de là contre la faiblesse des doses dont les expériences pures démontrent la nécessité dans les traitements homœopathiques.
(i) ^oyez les ouvrages du docteur Jahr : Nouveau Manuel de médecine homcBopathiquej 4« édition, Paris, 1845, 4 vol. in-i2.«— iVoti* veUe pharmcLcopée et posologie homceopathigues , ou de la prépara» tlon desmédicamerUs, Paris, 1841 , în-12.
279« Or^ les expériences pures établissent d'une manière absolue que quand la maladie ne dépend .pas manifestement d'une altération profonde d'un organe important, fût^^lle même delà classe des chroniques et des coqcipliquées, et quand on a soin d'éloigner du malade tpute influence médicinale étrangère, la dose du remède homœopathique ne saurait jamais être assez faible pour le rendre inférieur en force à la maladie naturelle^ qu'elle peut éteindre et guérir cette dernière tant qu'elle conserve l'énergienécessaire pour provoquer, immédiatement après avoir été prise, des symptômes pareils aux siens et un peu plus intenses (F. 157-160).
280. Cette proposition, solidement établie par l'expérience, sert de règle pour atténuer la dose de tous les médicaments homœopathiques, sans exception, jusqu'à un degré tel qu'après avoir été introduits dans le corps, ils ne produisent qu'une aggravation presque insensible. Peu importe alors que l'atténuation aille jusqu'au point de paraître impossible aux médecins vulgaires dont l'esprit ne se nourrit que d'idées matérielles et grossières (1). Les déclamations doivent cesser quand l'infaillible expérience à prononcé son arrêt.
(i) Qu'ilsapprennent des malhémaliciens qu'en quelque nombre de parties qu'on divise une substance , chaque portion contient cependant encore un peu de cette substance , que , par couséquient , la plus petite parcelle qu'on puisse imaginer ne cesse point d'être quelque chose ^ et ne devient pas rien! Qu'ils apprennent des physiciens qu'il y a des puissances immenses qui n'ont pas de poids, comme le calorique, la lumière , etc., et qui , par cela même, sont infiniment plus légères encore que le contenu médicinal des plus petites doses de l'homoeopatbiel Qu'ils pèsent, s'ils le peuvent, les paroles outrageantes qui provoquent une fièvre bilieuse, ou la nouvelle affligeante de la mort d'un fils unique, qui fait périr une tendre mère! Qu'ils touchent, pendant
281. Tous les malades ont, surtout en ce qui regarde leur maladie, une incroyable tendance à ressentir l'influence des puissances médicinales homœopathiques. Il n'y a pas d'homme, quelque robuste qu'il soit, qui; atteint même seulement d'une maladie chronique, ou de ce qu'on appelle un mal local, n'aperçoive bientôt un changement favorable dans la partie malade, après avoir pris le remède homœopathique convenable, à la plus petite dose possible, qui en un mot n'éprouve, par l'effet de cette substance, une impression supérieure à celle qu'elle ferait sur l'enfant né depuis vingts quatre heures, mais bien portant. Qu'elle est donc riun quart dMieure seulement, un aimant capable de porter cent livres, et les douleurs qu'ils ressentiront leur apprendront que des influences impondérables peuvent aussi produire sur Thomme les eflets médicinaux les plus violents ! Que ceux d'entre eux qui sont d'une cornplexion faible, se fassent appliquer doucement, au creux de Festomac pendant quelques minutes , l'extrémité du pouce d'un magnétiseur qui a flxésa volonté, et les sensations désagréables qu'ils éprouveront , ies feront bientôt repentir d'avoir voulu assigner des bornes à l'activité de la nature!
L'allopathiste qui, en essayant la méthode homœopathique, n'ose prendre sur lui de donner des doses si faibles et si atténuées, n'a qu'à se demander seulement quel risque il court en les prescrivant. S'il n'y avait de réel que ce qui a du poids, si tout ce qui n'en a pas devait être estimé égal à zéro , une dose qui lui parait n'être rien ne pourrait avoir d'autre résultat f&cheux que de ne produire aucun eflet, ce qui du moins est une chose beaucoup plus innocente que les résultats auxquels conduisent les fortes doses des médicaments allopathiques. Pourquoi veut-il croire son inexpérienee flanquée de préjugés plus compétente qu'une expérience de plusieurs années qui s'appuie sur des faits? D'ailleurs, le médicament homooopathique, àchaquedivision ou dilution, acquiert un nouveau degré de puissance par la secousse qu'on lui imprime , moyen inconnu avant moi de développer les vertus inhérentes aux substances médicinales, et qui est tellement énergique que , dans ces derniers temps, l'expérience m'a forcé de réduire a deux le nombre des secousses y dont auparavant je prescrivais dix k chaque dilution.
dicule, l'incrédulité purement théorique qui refuse de se rendre à révidence'des faits!
282. Quelque faible que soit la dose du remède, pourvu qu'elle produise la plus légère aggravation homœopathique, pourvu qu'elle ait la puissance de faire naitre des symptômes semblables à ceux de la maladie primitive, mais un peu plus forts, elle affecte de préférence, et presque exclusivement, les parties déjà souffrantes de l'oi^anisme, qui sont fortement irritées et très-prédîsposées à recevoir une irritation si semblable à la leur. Elle substitue ainsi à la maladie naturelle une autre maladie artificielle qui luf ressemble beaucoup et qui est seulement un peu plus forte. L'organisme vivant ne souffre plus que de cette dernière affection, qui, d'après sa nature et en raison de l'exiguïté de la dose par laquelle elle a été produite, cède bientôt aux efforts de la force vitale pour rétablir l'ordre normal, et laisse ainsi, quand Taffection était aiguë, le corps exempt de souffirances, c'est-à-dire sain.
283. Pour procéder d'une manière conforme à la nature, un véritable médecin n'administrera le. remède homœopathique qu'à la dose exactement nécessaire pour surpasser et anéantir la maladie présente, de manière que, si par une de ces erreurs pardonnables à la faiblesse humaine, on avait fait choix d'un médicament qui ne convint pas , le dommage qui en résulterait serait si léger qu'il suffirait, pour le réparer, de l'énergie de la force vitale, et de l'administration d'un autre remède plus homœopathique , donné lui-même à la plus petite dose possible.
284. L'effet des doses ne s'affaiblit pas non plus dans la même proportion que la quantité matérielle du médicament diminue dans les préparations homœopathiques. Huit gouttes de teinture prises à la fois ne produisent pas sur le corps humain un effet qualité fois aussi grand qu'une dose de deux gouttes; elles n en opèrent qu'un à peu près double. De même une goutte de mélange d'une goutte de teinture avec dix gouttes d'un liquide sans propriétés médicinales , ne produit pas un effet décuple de celui d'une goutte dix fois plus étendue y mais seulement un effet à peine double. La progression continue ainsi suivant la même loi, de sorte qu'une goutte de la dilution la plus étendue doit encore produire et produit réellement un effet très-considérable (!}.
385. On atténue aussi la force du médicament en diminuant le volume delà dose, c'est-à-dire que quand, au lieu de faire prendre une goutte entière d'une dilution quelconque, on ne donne qu'une très-petite frac- Ci] Supposons qu^une goulte d^un mélange qui contient un dixième de grain de substance médicinale , produise un effet = a; une goutte d^un autre mélange contenant seulement un centième de grain de cette même substance, ne produira qu^en\iron un effet =^; si elle contient
un dix millième de grain du médicament, Teffet sera = ^; si un mil-
.lionième , il sera = ^ , et ainsi de suite, à égal volume des doses, Teffet du remède sur le corps humain ne s^affaiblit que de moitié environ chaque fois que sa quantité diminue des neuf dixièmes de ce qu^elIe était auparavant. J*ai vu très-souvent une goutte de teinture de noix vomique au décillionième degré de dilution , produire exactement la moitié de l'effet d'une autre' au quintillionième degré , quaid je les 'administrais Tune et Tautre à une-même personne et dans les mêmes circonstances.
DE LA DOCTRINE HOMOEOPATHIQUE. 27i
kion de cette goutte (1), le but auquel on vise, celui de rendre l'effet moins prononcé, se trouve parfaitement atteint. La raison en est facile à concevoir : le volume de la dose ayant été diminué , il s'ensuit qu'elle doit tcyacher moins de nerfs, et que ceux avec lesquels elle entre en contac tcommuniquent bien également la vertu du remède à l'organisme entier, mais la lui transmettent à un degré beaucoup plus faible.
286. Par la même raison, l'effet d'une dose homœopathique s'accroît en proportion de la masse du liquide dans lequel on la dissout pour la faire prendre au lïialade, quoique la quantité de substance médicinale reste la même. Mais alors le remède se trouve mis en contact avec une surface beaucoup plus étendue, et le nombre des nerfs qui en ressentent l'effet est plus considérable. Quoique les théoriciens prétendent qu'on affaiblit l'action du médicament en l'étendant de liquide, l'expérience dit précisément le contraire , au moins pour ce qui concerné les moyens homœopathiques (2).