LA BELLADONE , PRÉSERVATIF M LA SCARLATINE
Je conclus qu'une substance capable de faire cessai* promptement une maladie qui débute, devait être le meilleur préservai tif de cette maladie. Le fait suivant confirma la justesse de cette conclusion. Quelques semaines auparavant, trois êû&ilts d'une autre fe-r mille avaient été atteints d'une fièvre sôarlatmé trè»grave; une quatrième, l'aînée, qui jusqu'ale^ avait fait usage de la belladone^ à rintérieul* pour un mal extér pîeur aux articulations des doigts^ Ait, à ma grande svlt^ prise, respectée par la maladie^ quoiqu'elle fdt toujours la première à ressentir les atteintes des autres épidémies/.
Cet événement fut pour moi une démonstration. Je n'hésitai donc plus à feire prendre de très-petites doses de belladone aux cinq enfants dont je viens de parler, et comme les effets de cette plante ne durent pas plus de ^ trois jours pleins, je répétai la dose toutes les soixante et douze heures. Aucun symptôme n'éclata chez eux pendant tout le cours de Tépidémie, et quoiqu'ils vécussent au milieu des émanations de leur sœur encore malade. >-
Cepeh4ant, j'avais été s^ppelé auprès d'une autre &mille où le fils .atné était malade de la fièvre scarlatine. Je le trouvai déjà en plmne chaleur, avec éruption sur la {MÛtrine et les bras. Le temps était donc passé de lui Élire prendre le préservatif ; mais je voulus garantir les trois atutres enfants, Agés de neuf mois , deux ans et quatre ans. Les parents m'écoutèrent ; chaque enfant reçut lous les trois jours la quantité béeessaire de bfslladone } tous trois demeurèrent exempts de l'infection, quoique vivant librement avec leur frère malade. ,
Dans une foule d'autres occasions encore, les vertus
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préservatives de la belladone ne se sont point démenties.
Pour préparer le médicament, on prend une poignée de feuilles fraîches, à l'époque où les fleurs ne sont point encore épanouies ; on les pile dans un mortier, on expiime le suc à travers un linge, on en verse la liauteur d'une demi-ligne environ sur des assiettes de porcelaine plates, et on l'expose à un courant d'air; peu d'heures suffisent pour le dessécher ; on le remanie, on rétend de nouveau avec une spatule, afin qu'il durcisse uniformémept , et on le laisse sécher d'une manière assez complète pour qu'il puisse être réduit en poudre. La poudre doit être conservée dans un flacon bien bouché.
Lorsqu'on veut se servir de cette poudre pour préparer le préservatif, on en dissout un grain dans cent gouttes d'eau distillée, au moyen de la trituration dans un petit mortier ; on verse la liqueur trouble dans un verre de la capacité d'une once, et on lave le mortier et le pilon avec trois cents gouttes d'un mélange de cinq parties d'eau et d'une d'alcool rectifié. C'est la dissolu* tion farte de belladone.Une goutte de ce liquide, agitée pendant une minute avec trois cents gouttes d'alcool aqueux, donne la dissolution moyenne de belladone. Une goutte de celle-ci, traitée de même par deux cents gouttes d'alcool aqueux, produit la dissolution faible, celle qui sert comme préservatif de la scarlatine, et dont chaque goutte contient un vingirquatre millio* nième de grain de suc de belladone.
Veut-on préserver de la scarlatine une personne qui n'en a pas encore été atteinte : on prend la dissolution faible, et on en donne : aux enfants au-dessous d'un an,
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une goutte; à ceux d'un an, deux gouttes; à ceux de deux ans, trois gouttes; à ceux de quatre ans, cinq ou six, suivant la force de la constitution ; à un de cinq ans, six ou sept; à un de six, sept ou huit; à un de sept, neuf ou dix; à un de huit, onze à treize; à un de neuf, quatorze à seize; puis, pour chaque année de plus, jusqu'à la vingtième, on ajoute deux gouttes ; de trente à quai*ante ans, on ne dépasse pas quarante gouttes. Cette dose doit être prise une fois toutes les soixante-douze heures, tant que dure l'épidémie , et quatre ou cinq semaines encore après. On la fera prendre dans une boisson quelconque , après avoir bien remué avec une cuiller.
Si l'épidémie est très-violente , on fait bien , pour plus de sûreté, quand les enfants le supportent, d'administrer la seconde dose vingt-quatre heures après la première , la troisième trente-six heures après la seconde , la quatrième quarante-huit heures après la troisième : alors seulement on laisse soixante-douze heures d'intervalle entre les doses, jusqu'à la fin.
Ce médicament ne trouble point la santé des enfants. Ceux-ci peuvent et doivent continuer leur genre de vie, ^ leurs boissons ordinaires , leurs aliments d'habitude, leurs exercices accoutumés ; la seule chose à éviter , c'est l'excès en tout genre.
S'il arrivait que la belladone produisit des effets trop violents ou fâcheux, on emploierait l'antidote que l'expérience m'a appris être spécifique contre elle, l'opium, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.
Cependant il y a aussi des cas où l'on est obligé de laisser moins de soixante-douze heures d'intervalle entre les doses de belladone. Une petite fille de trois ans,
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frêle et débile , qui employait avec succès la belladone «pour se prései*ver de la scarlatine , dont sa sœur é^t atteinte , se blessa un jour grièvement la main , et fut mise par cet accident dans une disposition de corps et d'esprit si favorable à Finfection , que bien qu^elle. eût pris la veille son préservatif, elle montra en peu d'heures tous les signes d'une fièvre scarlatine ioiminente; mais deux gouttes de dissolution faible, administrées sur-le-champ, la débarrassèrent non moins promptement de ces symptômes et de toute suite ultérieure.
On fera donc bien, dans les cas de violentes et subites commotions morales, d'administrer une ou deux gouttes d'extrait. Il se rencontrera aussi des enfants d'un ca« ractère tellement pusillanime, que la dose précédem-
. ment indiquée pour leur ûge ne suiSirait point à les garantir de la fièvre scarlatine ; le médecin alors devra élever un peu cette dose, et mêler les gouttes avec une quantité de liquide un peu plus considérable qu'à Tordinaire. En général, il est incroyable combien ce médicament , de même que tout autre , perd de sa force lorsqu'on le fait prendre sur du sucre, par exemple, ou
^ qu'après l'avoir instillé dans une liqueur, on ne remue pas celle-ci. Mais il ne faut pas non plus, après avoir remué la dose , -ia laisser plusieurs heures sans l'administrer : le véhicule , ainsi tranquille , subit toujmus quelque peu de décomposition, ce qui affaiblit ou même détruit les médicaments végétaux mêlés avec lui.