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RELATIONS INTELLECTUELLES ENTRE LES CROYANTS ET LES INCROYANTS

Saulus autem multo magis contalescebat et confundebatJudaeos, qui habitabant Damasci, affirmans quoniam liic est Christus...

Loquebatur quoque Gentibus,

et disputabat cum Grxcis.

Saul se fortifiait de plus en plus et confondait les Juifs qui demeuraient à Damas, leur prouvant que Jésus était le Christ.... Il prêchait aussi aux Gentils et disputait avec Us Grecs.

{Actes, IX, 22, 29.)

McssiEuns,

A peine Saul, encore brisé du coup qui l'avait abattu sur le chemin de Damas, avait-il recouvré ses forces, qu'il se livra au ministère apostolique. Il s'adressa d'abord aux Juifs qui devaient les premiers entendre l'Évangile, puis aux Gentils. Avec les uns

et avec les autres il entretenait des rapports de conversation, un commerce de pensée. Il écoutait leurs accusations contre la foi nouvelle et il y répondait, il exposait le dogme chrétien et il résolvait les difficultés que soulevait son enseignement. Jésus-Christ avait donné l'exemple. L'Evangile raconte les controverses du Sauveur avec les Scribes, les Pharisiens, les Sadducéens, les Docteurs qui ne croyaient pas à sa parole et qui, par un effet de leur ignorance et de leur parti pris, de leurs passions et de leurs préjugés, refusaient d'accepter la vérité.

Les chrétiens, à des degrés divers, ont l'occasion d'échanger leurs idées, de discuter soit de vive voix, soit par écrit avec les hommes- qui ne croient pas ou qui croient autrement qu'eux. A l'exemple de Jésus -Christ et de Saul, ont-ils le droit de saisir ces occasions et d'engager des relations d'esprit avec les infidèles? Quels principes règlent ces relations?

L'Église a certainement le droit et même le devoir d'entretenir, soit par elle-même, soit par ses docteurs, des rapports avec les incroyants, que ceux-ci vivent sans religion, ou qu'ils professent une religion différente de la sienne. L'histoire est pleine de documents adressés par les papes et par les conciles aux Juifs, aux Grecs schismatiques, aux protestants. Léon XIII a consacré une ency-

clique célèbre au peuple schismatique d'Angleterre, et il. a parlé aux Églises dissidentes d'Orient. Les saints Pères, les grands maîtres de la science sacrée n'ont pas cessé, dans des conférences privées ou publiques, dans des expositions de la vérité révélée, dans des apologies sans nombre, dans des controverses inoubliables, d'interpeller les incroyants de toute sorte, de leur répondre, de les réfuter. Quels efforts n'ont pas faits saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers pour confondre Arius et les ariens? Combien d'ouvrages saint Augustin n'a-t-il pas composés à l'intention des Donatistes, des Manichéens, des Pélagiens? A quelles luttes, à quels colloques sur le terrain de l'histoire, du dogme, de l'Ecriture, n'ont pas donné lieu les erreurs de Luther et de Calvin ? N'est-ce pas dans son commerce avec les Réformés que le génie de Bossuet a peut-être le plus puissamment déployé ses ailes et montré toute sa vigueur? Aujourd'hui, quel choc d'idées dans notre société ! Les croyants et les incroyants se rencontrent sur tous les terrains : leurs arguments se croisent, leurs affirmations se heurtent, leurs doctrines se contredisent mutuellement.

Il faut bien accepter le combat; l'esprit d'apostolat nous le commande, l'honneur de notre foi l'exige, l'intérêt des croyants nous en fait un devoir.

L'esprit d'apostolat nous le commande. L'Église a reçu la mission de conquérir toutes les âmes et

de les gagner à la vérité divine dont elle a le dépôt. 11 ne lui est pas permis de rester indifférente au sort des infidèles. Mais que d'infidèles s'obstinent dans leur état par ignorance ? Pour les éclairer il faut bien entrer avec eux en des relations intellectuelles, se rendre compte des motifs qui empêchent les individus et les groupes de croire, aborder le domaine oîi ils se confinent. Les uns ont de nos dogmes une conception fantaisiste et nous attribuent des idées absurdes qui n'ont jamais été les nôtres. Il convient de leur expliquer clairement et sainement le sens de nos mystères, d'écarter les interprétations que la sottise et la mauvaise foi ont inventées pour rendre nos croyances ridicules et inadmissibles. Les autres nous provoquent dans le champ de l'exégèse, de l'histoire, de la philosophie, de la science : nous devons les y suivre. Quand ils font appel aux textes de TEcriture pour nier, au nom de Dieu même, les articles de notre symbole, notre office est de scruter les paroles inspirées, de les rapprocher, de les expliquer les unes par les autres et de montrer à nos contradicteurs que notre doctrine a plus de racines dans les livres saints que la leur. 11 faut leur prouver que, d'après l'Evangile même, l'Église et les Pontifes ont été chargés de nous manifester la vraie signification de l'enseignement divin, que les intelligences privées n'ont pas reçu la grâce nécessaire pour expliquer d'une manière infaillible ce que les prophètes, ce que le

Christ et les apôtres nous ont appris des choses surnaturelles. S'insurgent-ils contre le dogme au nom de Thistoire, prétendent-ils voir dans le cours des siècles nos croyances varier au point de se contredire, découvrent-ils des faits qui rendraient nos assertions insoutenables ? A l'apologiste de mettre en relief la suite admirable des vérités qui se sont développées dans le même sens, et qui loin de s'opposer ne font que se soutenir les unes les autres et se continuer harmonieusement, à lui de rétablir les faits, de ruiner la fausse authenticité des uns, de démontrer que les autres n'entraînent pas la conséquence qu'on essaie d'en tirer. Les incrédules veulent-ils s'armer de la philosophie et justifier leur attitude au nom de la raison? Au docteur orthodoxe de répondre à cette nouvelle tactique, à sa logique de descendre dans les profondeurs des principes, de faire apparaître l'accord de la foi et de la sagesse, de dévoiler les analogies qui permettent de rapprocher le monde naturel et le monde surnaturel et de constater dans le premier des phénomènes semblables en quelque manière aux phénomènes affirmés dans le second. Nous oppose-t-on les découvertes des sciences? Au défenseur de la foi de séparer ce qui est certitude de ce qui est hypothèse, de refuser à des systèmes fragiles la solidité qu'on voudrait leur prêter, de prouver que l'antagonisme existe non point entre les données de la science et les données inébranlables de la doctrine calliolique, mais entre

les suppositions sans fondement des savants et la foi, ou bien entre les conclusions lumineuses des vrais savants et les explications de théologiens particuliers dont les opinions ne font pas loi dans l'Église. Sans cesse et inévitablement, les maîtres incroyants et les maîtres croyants se mesurent, et pour gagner à la vérité les premiers qui sont sincères, il est indispensable que les derniers les suivent pas à pas et redressent tout ce qui n'est pas droit dans leurs méthodes religieuses.

N'eussions-nous aucun espoir de convertir ceux qui ne pensent pas comme nous, nous serions encore tenus de les contredire dans la mesure où ils offensent la vérité. L'honneur de notre religion l'exige. Il est, en effet, de toute nécessité qu'elle apparaisse à l'univers ce qu'elle est, raisonnable dans sa doctrine, sainte dans sa vie, tille légitime et unique du Christ et de Dieu. Mais parmi les incroyants, combien, par suite de leur ignorance ou de leur haine, la défigurent ou la calomnient ! Des philosophes lui attribuent les principes les plus monstrueux, des hérétiques et des impies l'accusent d'avoir trahi l'esprit deson Fondateur, des historiens la chargent de crimes imaginaires qui suffiraient à la déshonorer aux yeux des holnmes. C'est à nous de la venger de ses adversaires conscients ou inconscients, de dégager son enseignement de tout ce qui le fausse et le rend méconnaissable, de montrer avec quelle fidélité, quel éclat, quelle constance elle a rempli sa mission

divine, de la justifier enfin et de défendre sa gloire contre tous ceux qui voudraient la ternir.

C'est aussi l'intérêt des âmes fidèles qui nous prescrit cette attitude. Les allégations mensongères au sujet de la religion finissent, en effet, par pénétrer dans le public. Elles s'y répandent par la presse, par le roman, par les conférences, par le théâtre. Les esprits peu cultivés, crédules, sont facilement déconcertés, si on ne les prévient, s'ils ne trouvent à leur portée la contre-partie et le contre-poison. La réplique manquant, ils sont envahis par des doutes qui les acheminent trop souvent à l'apostasie. Certes, on ne saurait trop répandre la défiance autour de ces feuilles, de ces représentations impies, de ces romans blasphématoires, de ces discours odieux oii l'impudence des affirmations n'a d'égale que l'incompétence et la déloyauté des orateurs et des écrivains; mais il est impossible que les échos du mensonge n'arrivent pas sous une forme ou sous une autre aux oreilles des croyants les plus modestes. Aussi, sans nous lasser de dénoncer le caractère malfaisant de toutes les puissances qui ne poursuivent qu'un but, ruiner la foi dans les âmes et en particulier dans les âmes populaires, importe-t-il que nous infligions à nos adversaires d'incessants démentis dans nos livres, dans nos journaux, dans nos conférences, qu'en face des bandes impies qui déclarent la guerre à tout dogme, à toute morale et môme à toute vérité,

une armée se lève pour les humilier et les confondre. Avec quelle énergie saint Paul ne disait-il pas à son disciple : « Il y a, surtout parmi les circoncis, bien des individus insubordonnés, vains et séducteurs. 11 faut fermer la bouche à ces gens-là qui bouleversent des familles entières, et qui enseignent, pour de vils intérêts, ce qu'on ne doit pas enseigner » (1). Ce conseil nous concerne tâchons de le suivre.

Cependant il ne s'ngit pas pour nous d'entretenir arbitrairement des relations intellectuelles et des controverses doctrinales avec les incroyants. Notre attitude y tst réglée par des lois qu'il faut respecter.

Généralement les discussions privées qui se renferment dans le cercle intime de la famille et de l'amitié sont peu utiles, bien qu'il y ait de nombreuses exceptions. Surtout entre personnes qui se fréquentent habituellement, elles offrent d'ordinaire plus d'inconvénients que d'avantages, elles dégénèrent facilement en antipathies qui jettent le trouble dans les foyers et convertissent moins les incroyants qu'elles ne les irritent. Pourtant devant des provocations directes, devant des aflirmations impudentes, le chrétien est obligé au moins de protester comme il est obligé de confesser

(1) Tite, I, lO-li.

DEUXIÈME INSTRUCTION 23 i

sa foi : la plupart du temps il ne convient pas d'aller plus loin.

. Les controverses publiques s'engagent par le moyen des écrits et par le moyen des conférences contradictoires.

Les controverses par écrit doivent au préalable être autorisées par la prudence. Lorsqu'un mauvais livre, un mauvais article ne se sont pas répandus, sont restés dans l'oubli, il est peu sage d'attirer l'attention sur eux, de leur assurer en les réfutant une publicité qu'ils ne méritent pas. Il vaut mieux les laisser dans l'impuissance à laquelle l'indiirérence de l'opinion les a condamnés. Le silence de tous est même très souvent la meilleure manière de les discréditer tout à fait. Une foule d'ouvrages sans portée ontdû leur succès de librairie à la réclame qu'on leur a faite en les signalant et en faisant connaître du même coup les erreurs qu'ils contenaient. C'était trop les honorer et aussi favoriser imprudemment les desseins de leurs auteurs qui ne demandaient qu'une chose, une polémique pour les arracher à leur légitime obscurité.

Lorsque, au contraire, un écrit a impressionné les esprits, troul)lé les croyants, réjoui les impies, il est nécessaire de le réfuter. Mais mieux vaut se taire et s'abstenir que de lo faire sans compétence. Une argumentation qui, par défaut de force et de profondeur, n'atteint pas l'erreur, loin de servir la

cause de la vérité, lui nuit. Les adversaires ne manquent pas de profiter de la situation avantageuse qu'on leur fait, ils triomphent avec ostentation et avec insolence, affectant de croire et de dire que les raisons insuffisantes qu'on oppose à leurs affirmations renferment tout ce que l'orthodoxie peut alléguer contre leurs thèses. Ils accablent sous les traits de leur ironie, ils poursuivent de leur mépris les contradicteurs inhabiles, qui tantôt par des concessions inconscientes, tantôt par des exagérations inintelligentes, tantôt par des négations inutiles ou même dangereuses compromettent la foi. En ces occasions la bonne volonté, le zèle, la droiture d'intention ne suffisent pas, rien ne supplée au savoir capable de s'exprimer et de démasquer les artifices, les ruses, les vains motifs dont se servent les incrédules pour donner à leur fatal système des apparences de sagesse et de solidité. Il est souvent difficile de réussir, car les hérétiques et les dissidents abusent des équivoques, des subtilités, des réticences, des formules vagues et fuyantes où leur pensée se perd, se dissimule et devient pour ainsi dire insaisissable. Seul un homme exercé peut les confondre après les avoir suivis dans le dédale obscur de leurs sophismes. C'est pourquoi nul, s'il n'est sérieusement armé, ne doit s'engager dans ces controverses

La controverse s'adresse encore au public sous

forme de conférences contradictoires, L'Eglise n'encourage guère ce mode d'apostolat qui, légitime en soi, présente en pratique de véritables dangers.

D'abord elle tolère à peine et par exception qu'il soit exercé par les laïques. Le pape Alexande IV défendait même à tout laïque de disputer sur la foi catholique et frappait d'excommunication quiconque n'obéirait pas à cet^e loi. Cette disposition n'a pas été abrogée, plusieurs fois les souverains pontifes l'ont rappelée. Le motif de cette interdiction est facile à comprendre. Les catholiques ont toute liberté de parler et de discuter aussi longtemps qu'ils ne s'aventurent pas sur le terrain des problèmes religieux. Mais cette liberté n'est plus la même dès que ces problèmes sont en jeu. « En effet, le trésor des vérités révélées n'est pas un dépôt dont tout catholique puisse prendre la charge et la gestion. Ce dépôt et son administration ont été confiés à un corps permanent et officiel, le corps de l'Eglise enseignante, le corps des pasteurs et des docteurs » (1). Pour prêcher l'Evangile sous forme d'exposition ou de discussion, il faut avoir été envoyé et ceux qui ne font pas partie de la hiérarchie n'ont pas reçu de mission. J'ajoute que les laïques sont, généralement et à part de rares exceptions, incapables de soutenir la cause de la religion. Trèâ insuffisamment instruits et ne s'en rendant pas compte, très impatients de

(1) Abbé Quiliet. Dictionnaire apologétique. Controverse.

conquérir ceux qui ne partagent pas leurs sentiments^ ils veulent à tout prix concilier des choses incompatibles, ils faussent, ils mutilent le dogme pour l'harmoniser avec des doctrines philosophiques, scientifiques qui lui sont irréductiblement contraires. Ils s'égarent eux-mêmes en prétendant ramener les autres, ils déconcertent les croyants au lieu de convaincre les incroyants, ils jettent la confusion et le trouble dans les âmes, leur promptitude à parler de sujets qu'ils ne connaissent pas ou qu'ils connaissent superficiellement nuit à la vérité. Pourquoi ne gardent-ils pas un silence que la loi et la raison leur imposent?

Pour qu'une conférence contradictoire entre croyants et incroyants soit licite, il faut premièrement que le controversiste soit approuvé par ses chefs spirituels, c'est-à-dire par le pape ou par son évêque ; secondement, il faut qu'il soit non seulement assez instruit du sujet qu'il traite, mais encore suffisamment exercé dans l'art delà parole, de la discussion, de la riposte et qu'il n'y ait pas lieu de craindre que la doctrine catholique soit humiliée; troisièmement, que ses discours soient utiles étaient quelque chance de convaincre ses adversaires ou au moins de rassurer les fidèles et de les confirmer dans leurs convictions; quatrièmement, qu'il se sente lui-même à l'abri de tout danger de défaillir dans sa foi. J'insiste sur l'importance de ce dernier point, car nous avons vu des hommes qui, à force d'entendre

et de lire les incroyants qu'ils voulaient persuader, se sont laissé envahir par les idées que d'abord ils combattaient et ont passé au schisme, à l'hérésie, à l'incrédulité.

La conférence même doit réunir certaines qualités, et d'abord l'orthodoxie. Sous prétexte d'attirer à nous ceux qui ne pensent pas comme nous, prenons garde de mutiler la vérité, de l'exagérer, de la compromettre par des réticences ou des concessions qu'elle ne supporte pas. Le meilleur moyen de la faire agréer, c'est de la présenter dans son intégrale beauté, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. Elle a toute sa force, toute sa vertu quand on l'expose comme elle est ; si l'on sait en extraire tout ce qu'elle contient, elle parle aux âmes avec une incomparable éloquence et elle exerce sur le cœur un charme divin. Il faut ensuite que la parole du controversiste, toujours claire et digne, soit adaptée aux besoins et à la culture de l'auditoire. Autre est le public instruit, autre est une assemblée populaire. Les arguments qui frappent l'élite n'ont point de prise sur des gens ordinaires, et les comparaisons, les traits qui impressionnent ceux-ei laissent celle là indilTérente. Enfin la prudence doit intervenir et régler toute la controverse, car il est facile par un mot hasardeux d'enlever la paix à une conscience simple, drbran- Icr la certitude d'une âme qui uv;ut jusque-là véc.i dans la tran(|uillité Est-il besoin de vous dire ciuc

ces diverses qualités ne suffiraient pas, si l'on ne sentait dans l'apologiste une conviction profonde, un désir ardent de faire triompher la vérité, un oubli désintéressé de soi-même, une bienveillance absolue pour les personnes et un amour manifeste des âmes? En fait les controverses publiques ont eu peu de résultats. Même dirigées par des hommes de première valeur, elles ont généralement échoué. Mille causes contribuent à les rendre stériles. L'amour-propre, la crainte de paraître vaincu en présence de tous, la passion de l'emporter sur son adversaire et de sortir triomphant de la lutte, la facilité avec laquelle les auditoires se laissent séduire par une fausse éloqiience, par un vain étalage d'érudition, par l'extérieur avantageux d'un orateur ont presque toujours rendu inefficace ce genre d'apostolat. Au temps du protestantisme, les docteurs orthodoxes les plus en vue entrèrent en lice sans aboutir aux effets consolants qu'on espérait. En réalité, la plupart du temps on se heurte au parti pris d'hérétiques ou d'incroyants qui dans ces démonstrations ne cherchent point la lumière, mais l'occasion d'en diminuer l'éclat et de confondre les défenseurs de la religion.

Cest pourquoi dans beaucoup de pays l'Eglise interdit rigoureusement les controverses avec les infidèles. Et c'est dans cette pensée que Léon XIII écrivait le 8 septembre 189o à son délégué en

Amérique : « Nous avons appris qu'on tient parfois aux Etats-Unis des congrès oii les gens s'assemblent d'une façon très mêlée, — catholiques aussi bien qu'adhérents d'autres cultes, — pour traiter de questions religieuses ou morales. En cela nous reconnaissons l'intérêt de plus en plus vif dont le peuple est animé pour les choses religieuses. Mais bien que la promiscuité de ces congrès ait été jusqu'à ce jour tolérée avec un silence prudent, il semble néanmoins plus sage que les catholiques tiennent assemblées à part et que, dussent ces assemblées n'avoir d'utilité et de profit que pour eux seuls, ils se bornent à les convoquer, en indiquant que la porte en sera ouverte à tous, y compris ceux qui sont en dehors de l'Eglise. » Sans exclure la controverse en dehors des temples, le Pontife manifeste une évidente préférence pour les méthodes suivies jusqu'à ce jour en vue de ramener les dissidents. Il pense que les membres du clergé travailleront efficacement à la conversion des infidèles par une sage prédication de l'Evangile, par la gravité et la splendeur des cérémonies saintes et surtout par la reproduction en eux-mêmes de la doctrine enseignée par l'Apôtre à Titeet à Timothée, et qu'on amènera peut-être plus facilement les égarés à l'unique bercail du Christ si on leur propose la vérité en un langage simple et familier (1).

(1) Lettre au cardinal Gibbons, 22 janvier 1899.

Ces instructions sont pleines de sens. En nous y conformant nous ferons la part des choses, et tout en sachant, lorsque les circonstances l'exigeront et lorsque nos chefs nous y pousseront, engager publiquement avec les incroyants les controverses nécessaires ou utiles, nous attendrons la conversion des âmes de la parole sainte distribuée à tous selon les procédés qui depuis deux mille ans ont réussi, plutôt que des assemblées tumultueuses qui font beaucoup de bruit et peu de bien. Ainsi soit-il.

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