A. FOI
ne régnait pas sur vos âmes, invoquez l'Être souverain qui régit la création, qui reste maître des destinées et que le bon sens et la philosophie vous montrent au delà des monts, des étoiles, des cieux, des anges, demandez-lui Tinspiration dont la véhémence entraîne l'esprit et le cœur sans les contraindre jusqu'au mystère de lumière et de vie où les êtres raisonnables trouveront la béatitude.
Croyants, laissez à la vertu de foi la pleine liberté de se déployer en vous; alors elle produira cette pureté de la connaissance qui exclut tout mélange d'erreur, la foi dégagera la Révélation de tout ce que l'imagination, la superstition, l'ignorance seraient tentées d'y ajouter. Sans en appeler à aucune raison étrangère, elle s'appuiera pour croire sur le seul motif qui puisse la fonder, sur le témoignage infaillible de Dieu. Sous son action, votre esprit et votre cœur, au moins dans l'ordre surnaturel, perdront tout contact avec le mensonge, et atteindront la vérité qui est par la vérité qui parle (1).
Voyant en Dieu le juge des consciences, le vengeur des crimes, elle éveille la crainte qui nous fait fuir le mal pour éviter la peine. Ce sentiment qui joue un si grand rôle chez les âmes trop vulgaires pour se consacrer au bien considéré en luimême est inférieur, mais peu à peu, la foi le transforme. Elle découvre en Dieu l'Être au front du-
(1) Append.,no 7, p. 331.
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quel brillent toutes les perfections, toutes les grâces, toutes les beautés, et elle nous inspire la terreur de nous séparer de lui. Enfin, elle considère Dieu comme un Père qui a poussé l'amour pour nous jusqu'à un excès incompréhensible quand il nous a livré son Fils unique, et elle excite ce tendre respect qui nous emporte et nous retient : qui nous emporte parce qu'il nous pousse à nous jeter avec nos misères dans les bras du Père ; qui nous retient, car nous restons impressionnés et comme intimidés par le spectacle de la majesté infinie qui se manifeste. Nous ayant élevés à ces hauteurs, la foi nous a placés dans l'état qui nous convient : état où l'amour et la crainte se combinent pour nous rapprocher plus intimement du bien et nous éloigner plus résolument du mal. Ici-bas, la foi n'est qu'à ses débuts. Lorsque nous quitterons cette terre, elle se changera en une puissance de vision partaite, et à sa lumière sans ombre nous contemplerons la plus belle de toutes les vérités et nous nous enivrerons du plus grand de tous les biens. Saluez en cette vertu, messieurs, la force intellectuelle et affective par excellence, la force qui dès le commencement nous met mystérieusement en rapport avec la vie éternelle, qui au terme de son évolution plonge notre esprit dans d'ineffables clartés, et notre cœur dans les inexprimables délices préparées par Dieu à ceux qui croient en lui.
LE PÉCHÉ D'INFIDÉLITÉ
SOMMAIRE
Gravité des vices coBtraires à la foi. Le premier est l'infidélité. L'infidèle est celui qui ne croit pas les vérités révélées ou qui ne les croit qu'en partie.
Deux sortes d'infidélités : l'infidélité involontaire, l'infidélité volontaire. La première est exempte de faute, la seconde est coupable, p. 47-48,
1. a) L'infidélité purement intellectuelle ou négative, à laquelle la volonté est étrangère, est la suite d'une ignorance invincible. Le protestant, le juif,le niahométan, le païen, sincères et disposés à croire s'ils savaient, sont dans ce cas,
b) Ces hommes ne pèchent pas. Erreur de Baius condamnée par Pie V et par Pie IX qui empruntent leur doctrine à Noire- Seigneur lui-même. Paroles miséricordieuses du Maître à l'adresse de ceux qui n'ont pas entendu la parole de vie, p. 49-50.
2. Problème troublant qui se pose : puisque sans la foi surnaturelle nul ne peut être sauvé, que deviennent les infidèles négatifs? Distinction entre l'infidélité relative qui n'exclut pas les vérités nécessaires auxquelles tout homme doit croire, et l'infidélité aftso/we, p. 51.
a) L'infidélité relative, compatible avec la foi aux vérités essentielles, ne met pas nécessairement hors des voies du salut. La foi imparfaite avec laquelle elle se concilie, peut suffire pourvu que le sujet pratique la loi morale telle qu'il la connaît. Application de cette doctrine aux catholiques incultes, aux protestant», aux juifs, aux mahoniétans qui croient à la révélation et aux deux dogmes substantiels de la Divinité et de la Providence, p. 51-52.
Difficulté plus grande pour les individus et les peuples qui sont ensevelis dans les erreurs du fétichisme et de la barbarie. Cependant, ces peuples ont souvent conservé la foi à une révélation primitive, aux dogmes d'un seul Dieu, d'une Providence rémunératrice et vengeresse. Dans ce cas, il suffit pour
qu'ils pussent entrer dans le chemin du salut, que leur foi soit l'effet de la grâce qui ne manque à personne, p. 53-55.
6) L'infidélité absolue exclut toute croyance surnaturelle. Que penser de celle qui va jusqu'à l'athéisme? Si linfidélité absolue est exempte de faute, si l'homme vivant dans cette infidélité observe la loi naturelle, Dieu par des moyens de son choix saura l'éclairer. Texte de Pie IX en faveur de cette doctrine certaine. Puissance mystérieuse et invisible de la grâce qui, tantôt sans se servir d'aucun instrument, tantôt en usant des apôtres, aborde les âmes droites et les éclaire assez pour qu'elles croient ce qui est nécessaire au salut. Exemples de Corneille et de l'officier d'Ethiopie, p. 56-59.
Toute autre est la condition de ceux qui sont volontairement infidèles : ils sont coupables. L'infidélité est volontaire indirectement, c'est-à-dire dans sa cause, ou directement, c'est-à-dire en elle-même.
1. L'infidélité est voulue dans sa cause lorsqu'elle est la conséquence prévue en fait ou en droit, d'actes que l'on est gravement tenu d'éviter, de dispositions intellectuelles ou morales que l'on est gravement tenu de corriger, p. 59-60.
a) Culpabilité de quiconque ne croit pas par négligence, pas dilettantisme, par sensualisme. Il n'est permis à personne, en effet, de se désiatéresser des questions de foi. Celui qui, par sa négligence ou par ses vices,semet volontairement dans l'impossibilité de connaître le Vrai et d'y croire est responsable de son état, p. 60.
6) Application de ce principe aux dilettantes qui, malgré les protestations de leur conscience, refusent de chercher sérieusement la vérité et contractent des habitudes intellectuelles qui les retiennent loin d'elle, p. 61-62.
c) Application de ce même principe à ceux qui, dans le secret dessein d'échapper à la vérité, s'arment contre elle de tous les Bystènies, de tous les sophismes capables d'en diminuer l'autorité. L'infidélité, suite de cette hostilité, leur est imputable, p. 63.
d) Application de ce même principe à ceux qui sont infidèles par suite de leurs mœurs corrompues. Comment les passions et en particulier la luxure exercent sur Fesprit et sur le cœur
une action qui nous rend incapables de croire, Elles épuisent la force intellectuelle, elles empêchent de penser, de réfléchir, d'approfondir les problèmes. Elle absorbent, elles distraient, elles aveuglent, elles coupent l'attention et corrompent le jugement. Elles rendent le cœur insensible aux choses spirituelles, elles en inspirent le dégoût, p. 64-66.
2. L'incrédulité est directement volontaire, lorsque l'homme résiste en face à la vérité qu'il connaît.
a) Cette infidélité suppose une révolte positive contre la parole de Dieu et contre Dieu lui-même. Aucune lumière ne manque alors au coupable qui, délibérément, lui refuse son adhésion, p. 67.
6) Comment expliquer cette anomalie? La vérité catholique apparaît avec assez de lumière pour nous montrer que nous devons la croire, elle reste assez obscure pour ne point contraindre notre assentiment, p. 68.
c) Pourquoi, voyant qu'il faut croire refuse-t-on de croire? Parce que les vices qui empêchent de connaître le Vrai, empêchent aussi de le croire quand on le connaît, p. 68.
d) Pourquoi les vices sont-ils en guerre avec la vérité chrétienne? Parce que cette vérité les menace. Elle nous enlève, ea effet, l'autonomie dont notre orgueil est si jaloux et veut nous soumettre à son autorité. Elle découvre nos oeuvres mauvaises que nous tenons à cacher. Elle réprouve, elle condamne nos vices et s'efforce de nous arracher à nos désordres. C'est assez pour que nous la haïssions et pour que nous la repoussions, p. 69-72.
Devoir pour chacun de songer à son salut. Devoir pressant, car la mort approche. Tous peuvent comprendre le dilemme de Pascal et conclure pratiquement à la nécessité de croire. Crime de quiconque, sachantqu'il faut croire, refusera de croire, p. 72-74.
LE PÉCHÉ D'INFIDÉLITÉ
Eminentissime Seigneur (1), Monseigneur (2), Messieurs,
Plus le rôle de la foi est capital dans l'ordre surnaturel, plus les vices contraires à cette vertu sont graves. Quand ils l'ébranlent, tout l'édifice chrétien chancelle ; quand ils l'affaiblissent, toute la vie divine languit; quand ils la détruisent, l'œuvre du salut tombe en ruines. Les fautes contre la morale ont de funestes conséquences : l'injustice, la lâcheté, la débauche ravagent le cœur et avilissent la conscience ; mais, si la croyance est sauve, le principe de la réhabilitation reste debout. Jésus avait pour les enfants prodigues, pour les Samaritaines, pour les Madeleines des miséricordes qui
(1) s. E. Mgr le cardinal Ametle, archevêque de Paris.
(2) S. G. Mgr Ilerscher, archevôque de Laodicée.
scandalisaient les sectes, il était d'une sévérité qui nous effraie pour les pharisiens hostiles à sa parole.
Il me sera impossible de signaler à votre attention tous les péchés contre la foi, je ne parlerai que des principaux.
Le premier est l'infidélité. L'infidélité consommée est une déplorable défaillance de l'esprit, une déchéance totale du cœur, une rupture absolue de Tâme avec le Dieu de l'Evangile, un commencement de damnation.
Je nomme infidèle l'homme qui ne croit pas les vérités révélées ou qui ne les croit qu'en partie. Mais l'infidélité se présente sous deux formes qu'il importe de distinguer soigneusement pour fixer les responsabilités. L'une est purement intellectuelle, la volonté n'y a point de part, elle n'entraîne aucune responsabilité; l'autre est volontaire et coupable. Essayons de les étudier successivement.
L'infidélité purement intellectuelle qu'on appelle encore négative, infidélité à laquelle la volpnté est étrangère, est la suite d'une ignorance invincible. Le protestant sincère, le juif sincère, le mahométan sincère, le païen sincère, sont disposés à croire ce que Dieu enseigne s'ils le connaissaient. Mais ils sont ou physiquement ou moralement dans l'impos-
sibilité de s'instruire. Ils nient les dogmes les plus certains, ils professent les erreurs les plus pernicieuses, leur conscience trompée -leur impose une religion en désaccord avec la vraie religion. La regardant comme sainte, comme certaine, ils s'y consacrent sans hésitation et ils estiment qu'ils ne peuvent s'en détacher que par un crime. Personne ne. les a suffisamment éclairés pour qu'ils se croient et qu'ils soient autorisés à changer leurs idées. Ils sont infidèles sans le savoir, sans le vouloir, parce qu'ils ont vécu loin de la lumière, loin des apôtres de la lumière.
Accuserons-nous ces hommes de péché, les rendrons-nous responsables de leur trista état? L'hérésie si souvent impitoyable sous ses apparences de libéralisme voudrait nous y obliger. « L'infidélité purement négative de ceux à qui le Christ n'a pas été prêché est une faute » (1), tel était l'enseignement de Baius. Pie V s'est élevé contre cette dure affirmation et, le 1'^'' octobre 15G7, l'a formellement condamnée. Pie IX a renouvelé la sentence de son prédécesseur quand il a dit : « Il faut le reconnaître avec certitude, ceux qui sont à l'égard de la vraie religion dans une ignorance in vincible n'en portent point la faute aux yeux de Uieu » (2). A plusieurs reprises Notre- Seigneur nous
(1) DENZINGF.n-IiANNWAnT, 1068.
(2) Singulari quadam.