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L'AUMONE DANS L'ORDRE PHYSIQUE

« Frange esurienli panem tunm, et egenos vagosque indue in domum tuam : cum videris nudum, operi eum,et carnemtuam ne despexeris.

Partagez voire pain avec celui qui a faim, faites entrer dans votre maison les pauvres et ceux qui ne savent où se réfugier. Lorsque vous verrez un homme nu, clonnez-lui un vêtement; et ne méprisez point votre propre chair. »

Isaïe, lviii, 7.

Messieurs,

La miséricorde et la bienfaisance s'attachent à la misère qui les remue le plus vivement, le plus immédiatement, la misère physique. Ce n'est pas que cette misère soit la plus grave, c'est qu'elle

nous frappe plus directement, c'est qu'elle impressionne de près nos sens. Un homme qui meurt de faim ou de soif, qui souffre dans sa chair et dans sa santé, n'est pas le plus à plaindre des hommes, mais sa détresse nous touche au suprême degré parce que, si je puis ainsi m'exprimer, elle remplit nos yeux, elle atteint nos nerfs, elle bouleverse notre faculté de nous attendrir. La Providence a ses desseins en permettant cette émotion, elle veut que nous nous intéressions au corps et à la vie physique de nos semblables et que nous sachions, pour les protéger, déployer tout notre dévouement.

Eh bien! oui, la charité nous oblige à subvenir aux nécessités matérielles de nos frères. Le corps humain est pour nous un objet de sollicitude affectueuse, il a sa place dans nos oeuvres de miséricorde, comme il a sa place dans la prédestination divine. Il partage les travaux, les vertus, la sainteté de l'âme, il partagera sa gloire. Ce n'est pas une poussière sans avenir, ni une machine que la mort brisera pour toujours, c'est un élément plus précieux que l'or, c'est un organisme admirable auquel Dieu prépare une vie et des fonctions éternelles. 11 n'est pas étonnant que la charité nous dicte vis-àvis du "corps humain et de ses maux des devoirs positifs et déterminés. Nous appelons ordinairement aumône les biens matériels que nous offrons gratuitement à nos frères. En quelles conditions sommes-nous obligés de subvenir aux besoins phy-

siques de nos frères? Quelle est la nature de celle obligation ?

Pour que nous soyons obligés de faire l'aumône, il faut d'abord que nous ayons du superflu. Le précepte n'atleint pas ceux qui n'ont que le nécessaire, car, avant de secourir les aulres, on doit se suffire à soi-même. Mais vos biens, nécessaires ousuperilus, sont à vous, n'avez-vous pas le droit absolu de les retenir intégralement et exclusivement, sans les partager avec qui que ce soit? Oui, ces biens sont à vous et l'Evangile reconnaît d'une manière si nette le caractère légitime de votre propriété qu'il ne permet à personne de s'attribuer ce qui vous appartient, qu'il appelle le vol un crime et qu'il le condamne. Or, précisément, c'est sur votre bien propre que vous êtes tenus de prélever la part des pauvres et non sur celui d'autrui, sur ce que vous possédez justement et non sur ce que vous ave/ acquis injustement. Un homme qui, ayant exploité ses semblables, affecte ensuite de se montrer libéral et magnifique à leur endroit, ne fait pas l'aumône, il restitue. La restitution, même quand elle est parfaite, est un acte de justice et non un acte de charité En satisfaisant aux exigences de celle-là, vous n'exercerez pas celle-ci, et, pourtant, vous êtes obligé de l'exercer. Etre juste, c'est quelque chose,

ce n'est pas assez pour un chrétien qui doit encore se montrer gratuitement et effectivement miséricordieux. Bien des âmes s'égarent en cette matière, elles s'imaginent qu'après s'èlre livrées à des manœuvres frauduleuses, à des opérations condamnées par les lois de l'équité, elles peuvent racheter leur faute, en abandonnant une part plus ou moins considérable de leurs bénéfices aux indigents. Elles sont dans une grave erreur. Le profit retiré de la fraude appartient tout entier, en justice, non pas même aux pauvres, mais à ceux qui ont été frustrés, c'est à eux qu'il faut le rendre. Ainsi le veut l'honnêteté naturelle, vertu bien différente de la charité. Les revenus, les ressources dont nous sommes les incontestables titulaires, voilà les trésors où il convient que nous puisions pour secourir les malheureux. Il est vrai que ce devoir met des limites à la propriété, bien qu'il n'autorise personne, en dehors du cas d'extrême nécessité, à prendre de lui-même quoi que ce soit de votre fortune. 11 y met des limites, car la conception chrétienne de la propriété ne ressemble pas à la conception païenne. L'Évangile ne reconnaît pas avx riches la faculté d'user et d'abuser de leurs bien?, il ne les considère même pas comme les premie s maîtres, ni comme les maîtres absolus de ces bie ls qui sont à Dieu avant d'être à eux. Les riches, < n réalité, ne sont que les intendants de Dieu qui est seul le souverain Seigneur de tout ce qui existe.

En cet ordre comme dans tous les autres, nous restons les sujets et les vassaux de notre Créateur. Pur suite, la propriété a les limites que Dieu lui a fixées, les biens terrestres nous appartiennent dans la mesure où Dieu nous les a donnés, leur usage est réglé par les principes que Dieu a déterminés. Or, Dieu s'est réservé une part dont il entend que nous lui fassions hommage, une sorte de tribut qu'il exige et qu'il abandonne aux nécessiteux. Les pauvres, comme l'enseignent les Saints Pères, sont les receveurs du domaine de Dieu. Il a nommé les riches ses intendants et les pauvres ses receveurs, même qu'il a conféré à ceux-là un titre sacré pour gérer la terre, il a conféré à ceux-ci un titre p ir recueillir les impôts qu'il réclame. Et si l'on ne dérobe point aux riches sans offenser Dieu dans sa qualité de propriétaire suprême, on ne refuse point l'aumône aux pauvres sans blesser Dieu dans sa qualité de suzerain, sans devenir à ses yeux un économe coupable et un vassal infidèle.

C'est donc sur notre bien qu'il faut prendre la part des pauvres, et c'est pendant que nous possédons ce bien qu'il faut prélever cette part. Je veux dire qu'on ne doit pas attendre à la mort ou après la mort pour faire l'aumône. « Est ce bien, s'écrie Bourdaloue, témoigner à Dieu votre amour, que de lui faire part de vos biens quand vous n'êtes plus en état de les posséder, quand la mort vous les arrache par violence, quand ils ne sont plus proprement

à vous ? On dit : cet homme a beaucoup donn5 ^n mourant, et moi je dis : il n'a rien donné, mais il a laissé, et il n'a laissé que ce qu'il ne pouvait pas retenir, et que parce qu'il ne pouvait pas le retenir. Il l'a gardé jusqu'au dernier moment, et, s'il eût pu l'emporter avec lui, ni Dieu, ni les pauvres n'auraient eu rien à y prétendre (1). » L'aumône dans le temps nous mérite sur la terre les grâces dont nous avons besoin pour ne pas perdre notre âmo et pour nous convertir, car elle intercède pour nous auprès de Dieu qui change les cœurs et qui les sanctifie à son gré; après la mort elle ne peut servir qu'à notre soulagement dans le purgatoire, elle n'a plus assez de vertu pour nous sauver.

Pour que nous soyons obligés de faire l'aumône, il faut d'abord que nous possédions du superflu, il faut ensuite que nos frères soient dans l'indigence. Si, par impossible et par miracle, le pauvre disparaissait de ce monde, si chacun, soudain, était suffisamment pourvu de tout ce qui lui est nécessaire, le devoir de l'aumône cesserait. C'est la misère de nos semblables qui lie notre charité. Comment, en effet, pourrions-nous dire que nous aimons Dieu, si nous demeurions insensibles aux maux de ceux dont il nous a confié le soin? Comment pourrionsnous affirmer que nous aimons nos frères, si leur

(1) Sermou sur l'aumône.

détresse, leurs plaies, leurs infirmités, leur agonie nous laissaient indifférents? « Comment, dit saint Jean, l'amour de Dieu serait-il réel dans l'homme qui, possédant les biens de ce monde et voyant son frère dans la nécessité, lui fermerait ses entrailles ? Mes petits enfants, continuait le doux apôtre, n'aimons pas de paroles et de langue, sachons aimer en action et en vérité (1). » De quelle nécessité faut-il entendre ce précepte? Il faut l'entendre premièrement et manifestement de la nécessité extrême qui entraîne le danger de mort. En ce cas rare et pressant, nous sommes rigoureusement tenus de puiser non pas seulement dans notre superflu, mais dans notre nécessaire pour sauver les pauvres. Si nous ne le faisions pas, il serait permis aux pauvres de prendre eux-mêmes ce qui leur est indispensable pour ne pas mourir de faim. Cette doctrine répugne aux juristes qui attribuent à la propriété un caractère inviolable, absolu, intangible, c'est pourtant la doctrine de l'Eglise. L'Eglise prétend que le droit de vivre appartient aux pauvres, avant que n'appartienne au riche le droit de posséder. Elle prétend que, dans le conflit des droits, le droit secondaire doit céder au droit primordial, et ses théologiens professent qu'en cas d'exirême nécessité, tous les biens sont communs (2). Certes, sa pru-

{{) S. I Jean, m, 1"!.

(2) Cf. S. Thomas. II» II*, q. lxvi, art. 7.

dcnce séculaire et surnaturelle nous défend d'abuser de ce principe, et elle a frappé de ses foudres les Jansénistes qui voulaient appliquer à une nécessilé grave ce qu'elle autorise dans une nécessité extrême (1). 11 n'en reste pas moins que le riche ne peut pas échapper à l'obligation rigoureuse de secourir les pauvres réduits à la dernière indigence, fût ce aux dépens de son bien-être et de ce qu'il estime indispensable à sa situation.

La charité exi.çe plus de dévouement et plus de générosité. Elle nous commande de nous intéresser aux besoins communs, ordinaires de nos semblables. « C'est une illusion grossière et qui renverse toutes les lois de l'humanité de croire que le précepte de l'aumône n'est rigoureux qu'à l'égard des nécessités extrêmes des pauvres. Outre ces extrêmes nécessités, il y a des nécessités grièves et plus fréquentes, et si Dieu dans ces grièves nécessités nous permettait de laisser les pauvres sans secours, comment le Sauveur du monde, en condamnant un jour tant de réprouvés, prendrait-il, pour le sujet capital et universel de leur réprobation, l'oubli volontaire des pauvres (2)? » C'est donc que la loi de l'Évangile et de la charité nous impose d'apporter aux misères communes, aux souffrances ordinaires le remède que nous pouvons leur apporter.

(4) Cf. Denzinger-Bannwart, 1186.

(2) BOUBDALOI.'E, loC. CÎt.

Quelle est la nature de ce devoir? Ce devoir est grave, Messieurs. Quiconque le méprisa, le néglige, l'oublie, ronlpt avec Dieu. On se trompe en pensant que, seule, la justice emporte des obligations rigoureuses, qu'on peut rester étranger aux œuvres de charité sans offenser mortellement la conscience. Ceux qui croient avoir accompli la loi de Dieu quand ils ont rendu au prochain ce qu'ils en avaient reçu, vivent dans une dangereuse illusion. Qu'ils se rappellent la parabole terrifiante du mauvais riche. On n'y dit pas que le mauvais riche n'eût pas payé ses dettes, on y dit que, vivant dans la pourpre et dans les délices, il s'était montré plus indifférent aux maux de Lazare que les chiens instinctivement portés à lécher, pour les adoucir, les plaies de l'immortel mendiant. On y dit que le mauvais riche fut traité sans pitié après sa mort parce que, pendant sa vie, il avait été sans pitié pour son semblable. On y dit que le mauvais riche réclama en vain une goutte d'eau pour apaiser sa soif éternelle, parce qu'il avait refusé à son frère ïffa:né et altéré une miette de pain et une goutte de vin. Qu'ils se rappellent que Jésus-Christ, pendant toute sa vie, plaide la cause des indigents avec une constance sans exemple et frappe de ses plus rc-

doutables anathèmes ceux qui ouhîient les malaeureux, les veuves et les orphelins. Qu'ils se rappellent le souci que le Maître avait de pourvoir aux nécessités de to'is, de partager ses ressources avec les déshérités. Qu'ils se rappellent que Judas fut maudit, parce qu'il retenait pour lui ce que le Sauveur destinait aux pauvres. Qu'ils se rappellent tout cela et ils comprendront que le devoir de l'aumône n'est pas un devoir secondaire, accidentel, négligeable, mais un devoir qu'on ne méprise pas, sai s briser avec Dieu et sans se damner. Je le reconnais volontiers, dans notre société, beaucoup poussent la conscience au delà des bornes et font plus que Dieu ne leur demande. Mais d'autres se renferment dans une étroitesse, dans une avarice qui heurtent violemment la loi chrétienne. Ils sont justes, ils se reprocheraient de frustrer leur prochain de ce qui lui revient, et, cependant, je tremble pour leur salut parce que, irréprochables au point de vue de la justice, ils ne tiennent aucun compte, ou ils ne tiennent qu'à moitié compte, delà charité. Puissentils lire 1 Evangile, ils verront la place qu'y occupe cette divine vertu et ils comprendront que, pour plaire au Père céleste et pour s'asseoir à son foyer, il faut soulager avec magnificence et avec générosité ses fils les plus chers, fes pauvres.

Jusqu'où s'étend ce devoir? Il s'étend aussi loin que notre superilu. « Vestra autein abundantia inopiam illorum suppléât, que votre abondance supplée

à ce qui manque aux autres (1) », dit saint Paul. .Mais que doit-on renfermer dans ce motdesuperllu? La théologie répond qu'on y doit renfermer tout ce qui n'est point nécessaire au maintien honnête de notre état et de notre condition. Cet état et cette condition entraînent, je le veux, un certain luxe et un certain éclat. Ce luxe et cet éclat seraient immoraux et flétris par le christianisme s'ils dépassaient les bornes. Ils seraient immoraux s'ils permettaient aux uns de vivre dans la surabondance, s'ils privaient les autres de l'indispensable. Ils seraient immoraux si, autorisant pour ceux-ci un faste scandaleux, ils refusaient à ceux-là le pain quotidien. Ils seraient immoraux, si, pour se maintenir, ils avaient besoin de. ressources immenses et toujours insuffisantes. Ils seraient immoraux, car ils condamneraient la masse de l'humanité à la misère pour satisfaire la fantaisie et l'insatiable avidité de quelques-uns.

C'est pourquoi j'appelle superflu ce que l'on accorde chaque jour à la débauche et aux plaisirs honteux. J'appelle superflu ce que des femmes consacrent à des toilettes d'une élégance excessive quand elle n'est pas scandaleuse. J'appelle superflu ce que l'on emploie à l'entretien d'une table dont l'opulence est un outrage à la pénitence chrétienne. J'appelle superflu ces dépenses nécessitées par des

(1) II Corinth., vm, 13.

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voyages sans profit, sinon sans péril. J'appelle superflu les sommes dont on se sert pour acheter ces bijoux, ces objets antiques qui ne sont d'aucune utilité. J'appelle superflu cet argent risqué et perdu dans un jeu condamné, avec la même énergie, par la sagesse et par la religion.

Réfléchissez, Messieurs, à ce que nous pourrions mettre au compte du superflu, si nous savions nous surveiller et nous limiter, je ne dis pas au nécessaire, mais au convenable. Des millions resteraient à la disposition des pauvres, des millions qui leur échappent pour aller grossir les trésors de la vanité, de l'avarice et du sensualisme. Voilà ce que Dieu vous demande d'abandonner à l'indigence.

11 ne vous impose pas de diminuer le train que réclame votre situation, ni d'oublier que vous avez des enfants dont vous devez préparer l'avenir, ni de vous interdire toute réserve, ni même de renoncer aux agrandissements légitimes et progressifs de votre état, mais autre chose est d'économiser raisonnablement, autre chose d'accumuler sans cesse et de vouloir s'élever toujours. Ce besoin démesuré de grandeur et d'opulence est contraire à l'esprit du christianisme qui est un esprit de modestie et de désintéressement. Il vous est donc permis d'augmenter votre fortune avec modération, pourvu que vous augmentiez en même temps la part des pauvres, pourvu que vous compreniez la nécessité où vous êtes de toujours proportionner vos aumônes à

vos ressources et de savoir qu'il n'est pas nécessaire que vous soyez plus riches ou plus puissants, mais qu'il est nécessaire que les pauvres vivent.

Ce n'est pas moi qui méconnaîtrai la générosité dont la France donne l'exemple au monde. Dans notre pays les riches sont nombreux qui ouvrent magnifiquement leurs bourses aux indigents, plus nombreux encore sont les gens de condition médiocre qui se privent pour aider plus efficacement les déshérités, pour apporter une plus riche contribution aux bonnes œuvres. On voit même l'homme du peuple, l'ouvrier, l'humble servante prendre sur leur salaire, sur leurs gages, se refuser toute satisfaction et pourvoir ainsi aux besoins des malheureux, on voit des pauvres partager leur pain presque insuffisant avec de plus pauvres qu'eux. Mais s'il en est dans toutes les classes de la société qui donnent beaucoup et souvent au delà de leurs moyens, il en est d'autres qui donnent peu et qui restent toujours en deçà de leur devoir. Ceux-ci, tantôt à raison de leur désordre dans la gestion de leurs biens, de leurs dépenses excessives, de leur luxe effréné, tantôt par avarice, ont du mal à trouver quelques maigres oboles pour la charité. Encore faut-il que les convenances mondaines les obligent à se dessaisir d'un bien qu'ils offrent moins au Dieu de la miséricorde qu'au démon de la vanité. Je les plains, car à mesure qu'ils dissiperont leurs revenus en fêtes folles, en prodigalités scandaleuses, ou

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à mesure qu'ils les transformeront en capital, leur trésor éternel diminuera. Ils n'emporteront avec eux ni leurs joies fugitives, ni leurs millions, et, pour avoir voulu être trop riches et trop heureux eu cette vie, ils se seront condamnés eux-mêmes à cire des misérables dans l'autre. Quand ils passeront du temps à l'éternité, personne ne les attendra au seuil du royaume des cieux, personne ne se présentera pour les introduire dans les tabernacles du Dieu vivant. En oubliant les pauvres, ils se trahissent eux-mêmes, et plus que les pauvres ils seront les victimes de leur propre dureté. Je leur rappelle, sur un ton que je voudrais rendre doux, la loi de l'Evangile, puissent-ils m'entendre et changer dans leur existence ce qui doit y être changé.

Il en est peut-être parmi vous, Messieurs, qui s'inquiètent de l'impossibilité où ils sont de donner beaucoup aux pauvres ou aux œuvres de bienfaisance. Leur inquiétude même me rassure, car elle est un signe du sentiment qui les entraînerait, s'ils en avaient la faculté, à se dévouer sans mesure à leurs semblables. Qu'ils soient tranquilles, dès qu'ils éprouvent dans leur cœur le désir sincère de servir l'infortune de leurs frères. Qu'ils soient tranquilles et qu'ils se rappellent qu'en offrant avec amour un morceau de pain, un verre d'eau, ils attirent sur eux les bénédictions de Dieu. Bien plus, la Providence vous permet de vous acquitter de mille manières du devoir de l'aumône. Vous ne

disposez d'aucun argent, mais vous disposez peulêtre de votre temps pour soigner celui qui souffre, pour assister celui qui agonise, pour ensevelir celui qui meurt. Livrez-vous à ces actes de boniret vous aurez satisfait au précepte de l'aumône, car faire l'aumône ce n'est pas seulement donner de l'argent, du pain, des vêtements, c'est plus encore, en ce qui concerne les détresses physiques, visiter les prisonniers, prêter son bras aux infirmes, envelopper les cadavres dans leurs linceuls et les <!<•p'oser avec respect dans leurs tombeaux. Faites généreusement ce que vous pouvez, Dieu vous le demande, mais il ne demande pas davantage. Ainsi soit-il.

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