‹ Exposition de la morale catholique (volume 5)Chapitre 23 sur 45 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

La charité chrétienne nous oblige à offrir à nos ennemis l'aumône du pardon. « Je l'avoue, dit Bourdaloue, le pardon des injures est difficile, et il n'y a rien dans le cœur de l'homme qui n'y répugne; c'est ce que le Christianisme a de plus sublime, de plus héroïque, de plus parfait. Pardonner sincèrement et de bonne foi, pardonner pleinement et sans réserve, voilà, à en juger par les sentiments naturels, la plus rude épreuve de la charité, et l'un

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dès plus grands efforts de la religion (i). » Quand les fautes des hommes n'atteignent que Dieu, quand elles n'atteignent que nos voisins, la compassion, l'indulgence, la miséricorde nous sont faciles, mais quand elles nous blessent dans nos intérêts, dans notre honneur, dans notre légitime susceptibilité, immédiatement, à nos yeux, leur gravité augmente. Il nous semble qu'en s'adressant à nous, l'injure appelle toutes les représailles et toutes les vengeances. Aussi les chrétiens sont rares qui savent dominer cette impression de révolte, de rancune et pardonner avec sincérité. Il le faut pourtant, Messieurs, si nous voulons être les vrais disciples de Jésus-Christ. Aucun doute n'est possible, notre charité serait vaine si elle ne s'élevait à cette hauteur. Pourquoi devons-nous pardonner? Jusqu'où porte ce devoir? Je vais vous l'expliquer.

Nous sommes tenus de pardonner à ceux qui nous ont outragés ou offensés. Ce précepte est aussi ancien que la vraie Religion; la loi naturelle, la loi écrite, la loi de grâce s'accordent pour l'imposer à la conscience. Ce n'est pas Dieu qui disait aux Juifs • « Vous aimerez votre prochain et vous haïrez vos ennemis », n'était le pharisien, falsificateur

(1) Sermon sur le pardon des injures.

attitré de la Révélation. Lorsque Jésus-Christ demandait à ses disciples de pardonner, il n'était pas un novateur; il rendait toute son autorité à un commandement que la corruption avait obscurci dans l'esprit des hommes et comme effacé de leur mémoire ; quand il disait dans son sermon sur la montagne : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et descendre sa pluie sur les justes et sur les injustes (1) », il rappelait un article de la législation surnaturelle. Le propre de la Religion chrétienne est de nous élever au-dessus de nos instincts, elle perd toute sa valeur si elle n'obtient pas de nous plus de résultats que la nature. Or, aimer ceux qui nous aiment, saluer nos frères, c'est rester dans l'ordre que les publicains et les païens ont toujours respecté. 11 faut monter plus haut pour être digne de notre Christ et de notre Dieu, il faut observer les prescriptions de notre saint Evangile. Le pardon des injures fait partie de ces prescriptions.

Ce commandement vous paraîtra peut-être dur, et je concède que pardonner c'est, pour ainsi dire, abandonner aux autres une part de notre être et de

(1) S. Mathieu, v, 44-45.

notre vie. Ce sacrifice nous coûte d'autant plus que souventceux qui nous ont blessés, qui nous ont nui, refusent de reconnaître leurs torts et de les réparer, qu'ils se montrent d'autant plus acharnés contre nous que nous sommes plus indulgents à leur égard, qu'ils craignent plus les traits de nos ven géances qu'ils ne sont touchés de notre bonté. Je l'avoue, si nous regardons uniquement du côté des hommes, nous aurions fréquemment le droit de les juger indignes' de notre pardon, de les traiter avec une dureté qui répondrait à la leur. Mais c'est du côté de Dieu qu'il faut lever les yeux, c'est Dieu qui nous demande, par amour pour lui, de renoncer ù nos rancunes. Joseph eût renvoyé avec dégoût les frères qui Pavaient criminellement vendu, s'il n'avait considéré que leurs personnes. Mais ses frères invoquèrent le nom vénéré de Jacob. « Avant de mourir, votre père et le notre, dirent-ils, nous a chargés de vous adresser une prière. Voici ses propres paroles : « Je vous conjure d'oublier le « crime de vos frères, et la méchanceté dont ils se « sont rendus coupe blés envers vous. » En entendant prononcer le nom du Patriarche si tendrement aimé, Joseph s'émut, ses larmes coulèrent; bien loin d'accabler les messagers, il les rassura et les prit sous sa protection (1). Pourrions-nous refuser au Père céleste ce que Joseph accordait avec tant

(i) Genèse, l, 16-21.

d'empressement à Jacob? D'ailleurs, ne croyez pas que cette loi du pordon soit une loi arbitraire. Il est dictée par une sagesse qui se souvient des intérêts de ceux qu'elle enchaîne.

Elle travaille pour eux et elle s'appuie sur des motifs de premier ordre.

D'abord elle remplit leur cœur d'une joie sereine et d'une paix secrète qui compensent largement leur sacrifice. L'âme, tourmentée par le démon de la rancune et delà vengeance, est en proie à des souffrances et à des troubles qui la torturent. Elle vit dans une perpétuelle tempête, elle ne connaît point de repos. L'esprit de cruauté qui la possède la martyrise avant de frapper et de déchirer l'objet de s< n ressentiment. Quand elle voit ses ennemis humiliés, abattus, elle gwite une volupté vive; mais cette volupté a quelque chose d'amer, quelque chose de désordonné, quelque chose d'âpre et de violent qui inquiète une conscience noble plus qu'ell i ne l'apaise. Au contraire l'âme qui pardonue vit dans une atmosphère de tranquillité inaltérable; elle puise dans son sacrifice une douceur, un contentement d'elle-même que rien n'altère, elle échappe au tumulte, aux alternatives de colère et d'aiïaissement qui étaient pour elle un supplice, elle plane dons les hauteurs, et ce n'est pas sans une satisfaction profonde qu'elle contemple au-dessous d'ellemême les inirigues et les agitations auxquelles la ravie sa charité.

La loi du pardon n'agit pas avec moins de puissance dansTordie social. Quedeviendrions-nousdans un monde où l'on prendrait, pour règle de conduite, le fameux principe : œil pour œil et dent pourdent? Ce serait la guerre perpétuelle entre les individus, entre les familles, entre les classes. Nous sommes offensés, mais nous offensons aussi les autres. S'il nous est permis de rendre le mal pour le mal, ce droit appartient aussi aux autres. Pourquoi exigerions-nous qu'ils fussent plus parfaits que nous? Nous leur demandons raison d'un mot malveillant, d'un procédé injuste ou nuisible; comment leur défendrions-nous d'user vis-à-vis de nous des mêmes rigueurs? Mais alors la vie commune deviendrait impossible, elle serait, du matin au soir, un échange de coups, une série de représailles qui la rendraient intolérable. De sorte que pratiquement, pour que la terre ne soit pas un champ de bataille où chacun de nous serait à chaque instant blessé, outragé, frappé, il faut bien se rallier à la doctrine évangélique du pardon, et plus nous l'accepterons dans son intégrité, plus nous assurerons en nous et autour de nous le règne de la paix.

Un autre motii, un motif inébranlable, vous convaincra mieux encore de la nécessité où nous sommes de pardonner. C'est que Dieu dont le pardon nous est indispensable l'attache à celui que nous accordons à nos frères. Le Christ veut que nous

adressions à son Père la prière dominicale, prière chrétienne par excellence qui contient toutes les autres. Or, dans cette prière je trouve celte demande: « Remettez-nous nos offenses comme nous remettons les leurs à ceux qui nous ont offensés. » Puis le Sauveur ajoute : « Si vous pardonnez aux hommes, Dieu vous pardonnera; si vous ne pardonnez pas aux autres, Dieu ne vous pardonnera pas (1). » Le Maître affirme sa loi sur un toa plus net, et je dirai plus tranchant, clans cette parabole que vous connaissez tous : « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Le règlement des comptes étant commencé, on lui amena un homme qui lui devait dix mille talents. Gomme il n'avait pas de quoi payer, le maître ordonna qu'on le vendit, lui, sa femme et ses enfants et tout ce qu'il avait, pour acquitter sa dette. Le serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : « Aie patience envers moi et je te paierai tout. » Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. Le serviteur à peine sorti rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Le saisissant à la gorge, il l'étouffait en disant : « Paye ce que tu dois. » Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait on disant : « Aie patience envers moi et je te payerai tout. » Mais lui, sans vouloir l'entendre,

(1) S. Mathieu, vi, 12, 14.

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s'en alla et le fit mettre en prison jusqu'à ce qu'il payât sa dette. Ce que voyant, les autres serviteurs furent lout contristés, et ils vinrent raconter à leur maître ce qui s'était passé. Alors le maître l'appela et lui dit : « Serviteur méchant, je t'avais remis toute ta dette, parce que tu m'en avais supplié. Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon conime j'ai eu pitié de toi ? » Et son maître irrité le livra aux exécuteurs jusqu'à ce qu'il eût payé toute sa dette. Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur (1). »

Toutes les raisons que nous invoquerons contre les autres, Dieu les retournera contre nous. C'est bien naturel, c'est facile à comprendre, car si l'honneur, si la justice, si la fierté nous obligent à tirer vengeance d'une injure, le même honneur, la même justice, la même fierté imposeront à Dieu de montrer vis-à-vis de nous les mêmes exigences. Si nous avons le droit de réclamer jusqu'au bout les cent deniers qui nous sont dus, Dieu n'aura-t-il pas le droit de réclamer jusqu'au bout les dix mille talents que nous lui devons. En Dieu l'honneur, la justice, la fierté, le droit sont-ils d'un caractère moins sacré qu'en nous? C'est nous qui dicterons sa conduite à Dieu, et nous serons traités par lui comme nous aurons traité les autres. Mais le par-

(1) S. Mathieu, xviii, 23, 35.

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don de Oie 1 nous est nécessaire; sans lui impossible d'entrer dans le royaume des cieux, ou même dans les chemins qui y mènent, (l'est pourquoi nous sommes tenus de pardonner aux autres pour recevoir nous-mêmes le pardon.

Jusqu'où porte cette obligation? Elle porte sur toutes les injures qui nous sont inlligées, sur toutes sans excepton. Il est des torts que nolis oublions aisément. Une parole violente échappée dans un mouvement de colère laisse celui-ci sans rancune, mais que l'on touche à sa bourse, il est impitoyable. Celui-là se montre indulgent pour un larcin, mais il tient rigueur jusqu'à la mort d'une atteinte à sa réputation. L'un n'a point de peine à fermer les yeux sur les fautes dont son parti se rend coupable à son endroit, mais il poursuit avec acharnement quiconque l'a offensé, n'appartenant point à sa cabale. L'autre, par contre, excuse tout en ses amis, rien en ses ennemis. Un troisième se plaît à dissimuler les désordres des grands et à souligner ceux des petits, pendant qu'un quatrième déclame continuellement contre les abus des riches et absout tous les excès des pauvres. En réalité, pour mettre des bornes à notre pardon, nous suivons notre humeur, nos préjugés «le caste, au lieu

de nous soumettre aux prescriptions de la miséricorde.

La miséricorde enveloppe dans son pardon toutes les injures, toutes les offenses dont nous souffrons, quels qu'en soient le caractère ou la gravité, quel qu'en soif le nombre, quels qu'en soient les auteurs.

Elle ne nous permet pas de dire : je veux bien ne plus penser à une injustice, mais je me vengerai d'une calomnie et d'une trahison; je veux bien oublier les attentats commis contre ma fortune, mais je me souviendrai éternellement des attentats commis contre mon honneur; je veux bien supporter les écarts dus à l'ignorance ou à la faiblesse, je ne supporterai pas les iniquités dues à la malice. Elle veut que nous pardonnions et les légers froissements de chaque jour, et les actes qui nous blessent à l'endroit le plus sensible et le plus profond de nousmêmes. Elle ne nous permet pas de dire : Je patienterai cinq fois, dix fois, je n'irai pas plus loin. Elle exige que nous pardonnions cent fois, mille fois, dix mille fois. Vous connaissez la question quo Pierre posait un jour au Sauveur. Pierre dit au Maître : « Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je? Sera-ce jusqu'à sept fois?» Jésus répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois (1) »,

(1) S. Mathieu, iviii, 21.

ce qui signifie toujours. Elle ne nous permet pas de dire : « J'userai de miséricorde envers celui-ci qui est de ma famille, qui est de mon rang, mais pour les autres, je m'en rapporterai uniquement à la justice. Je considère que je ne leur dois rien autre chose. » Elle veut que nous traitions tous nos frèies non seulement avec justice, mais, encore avec charité. Nous n'avons point la liberté d'exclure qui que ce soit de cette charité, ni des bienfaits qu'elle entraîne. Parmi ces bienfaits, il faut compter le pardon.

Se conduire ainsi, n'est-ce pas sacrifier la justice, et, en la sacrifiant, encourager les passions et les vices les plus détestables? Nullement, Messieurs, Dieu est infiniment juste et infiniment miséricordieux. En lui ces deux vertus, la justice et la miséricorde, s'accordent, se combinent et se tempèrent harmonieusement. Il en veut au crime et non à son auteur, il punit le premier par la justice, il épargne le second par la miséricorde : tel le chirurgien qui d'une main résolue tranche dans la chair infectée et de l'autre soutient son malade par un cordial. Sans justice, la miséricorde serait un excès d indulgence ; sans miséricorde, la justice serait un excès de sévé" rite. Pardonner, ce n'est pas laisser le mal impuni, c'est ménager la personne; ce n'est pas renoncera toute réparation, c'est bannir de cette réparation les rancunes contre le coupable; ce n'est pas sacrifier le droit, c'est le rétablir sans accabler celui qui

l'a viojé; en un mot c'est haïr le péché tout en aimant le pécheur, si indigue que celui ci se soit montré.

La loi évangélique nous oblige à pardonner du fond du cœur et totalement. S'abstenir extérieurement de toute parole, de toute injure, de toute reprcsaille qui ressembleraient à une vengeance, ce n'est pas assez. Le vrai pardon suppose audedans une disposition affectueuse pour les personnes qui nous ont offensés, un sentiment incompatible avec l'aigreur, avec l'amertume, avec l'animosité qui secrètement s'exprime par des retours volontaires de haine, de rancune et d'irritation. Je comprends que, malgré nous, le souvenir des outrages subis nous trouble encore, mais il appartient à la volonté de faire appel à la miséricorde, à la charité pour calmer ces tempêtes cachées, et de rendre sincère le pardon que nous avons accordé. Ce pardon doit s'affirmer au dehors. Je ne crois pas au pardon qui n'est pas intérieur, mais je ne chus pas à la vérité du pardon intérieur qui n'est pas prêt à se manifester à l'extérieur par des actes et par des œuvres. « La manière de pardonner qu'on introduit dans le monde, dit Bossuet, est une dérision manifeste de 1 Evangile: amis, pourvu qu'on ne se voie pas ; on ne veut pas revenir des premiers ombrages (I). » Que de fois n'avons-nous pas en-

(I -'( : -non à Sain*-Gfirmain pour le Vendredi saint.

tendu dire des mots comme celui-ci: « Je lui pardonne, mais qu'on ne me parle plus jamais de lui, qu'on ne prononce plus son nom en ma présence, qu'on n'essaie pas de me le faire rencontrer, ni de m'attendrir sur son sort; je lui pardonne, mais je ne veux plus le connaître. Qu'il vive, qu'il meure, qu'il soit heureux ou malheureux, cela m'est indifférent, ne me demandez pas davantage. » Ne voyez-vous pas, Messieurs, qu'une pareille façon de pardonner est purement négative et, par suite, insuffisante? Ne voyez- vous pas qu'elle est inconciliahle avec la charité, vertu posi tive qui veut et qui fait du bien à tous ceux qu'elle atteint? Ne savez-vous pas que pardonner, c'est, comme l'enseigne encore Bossuet, « tacher de rétablir la confiance perdue, rappeler le cœur aliéné, et rallumer la charité éteinte par des bienfaits effectifs: Benefacite (1). » Il n'est pas question de préférer ceux qui vous aiment à ceux qui vous haïssent, ni ceux qui vous ont nui à ceux qui vous ont servi, il est question de ne refuser à personne, pas même à vos pires ennemis, un refuge dans vos cœurs chrétiens. Ainsi parle l'Evangile, telles sont les qualités qu'il exige dans votre pardon.

Oh! Messieurs, ne rabaissons pas la morale surnaturelle, craignons de la ramener à la mesure de

(1) Ibid.

2r;r» . la charité

nos esprits et de nos passions. Pardonner, triompher de toutes nos répugnances instinctives pour faire du bien à ceux qui ne nous ont fait que du mal, sauver ciux qui ont voulu nous perdre, quoi de plus grand, quoi de plus divin? Ne craignons pas de nous engager dans ces voies lumineuses de la miséricorde. Non seulement en pardonnant sans réticence nous acquerrons des droits à la miséricorde éternelle dont nous avons tant besoin, non seulement en remettant à nos frères cent deniers nous verrons le Maître nous remettre dix mille talents, mais nous goûterons en ce monde la joie exquise, la paix réservée aux âmes généreuses qui savent s'élever au-dessus de tous les sentiments médiocres, au-dessus de tous les préjugés d'un monde sans noblesse, pour conformer leur vie aux enseignements et aux exemples de Celui qui a poussé à l'extrême la sainte vertu de charité* Notre-Seîgneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

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