Objections contre la charité
a) La charité humilie ceux qu'elle secourt, elle leur enlève eur dignité. Réponse : 1° il n'y a pas d'autre moyen d'effacer la distance entre les grands et les petits ; 2° en fait, les pauvres se trouvent plus heureux qu'humiliés d'être secourus; 3° nous ne rougissons pas de recevoir de ceux qui nous aiment, car le propre de l'amitié est de rendre communs les biens des amis; 4° la charité honore les pauvres, les traite comme les priuces de la société chrétienne, leur paie un tribut. Les princes ne rougissent pas de recevoir un tribut. . . . 80-85
6) La charité asservit le pauvre qui a le droit d'être jaloux de sa liberté. Réponse. La charité ne demande rien à ceux qu'elle secourt... Injustice de l'accusation portée par les sectes qui nous reprochent d'exiger des pauvres, pour prix de nos services, l'abdication de leurs idées. La charité laisse plus de liberté que la justice 85-87
1. Nécessité delà hiérarchie sociale. Impossibilité de maintenir la paix dans un Etat où cbacun veut sortir de son rang. L'attachement excessif aux biens terrestres est la cause de
.Vif» TABLE DES MATIÈRES
cette disposition qui divise les hommes, les classes, et prépare toutes les révolutions sociales. Tempérer cette passion de l'argent, des honneurs, du pouvoir, roilà le moyen d'apaiser et d'empêcher les conflits 87-89
2. La charité inspire cette abnégation si favorable à la tranquillité publique.
a) Le propre, en eiïet, des grands amours est de nous rendre indifférents à ce qui ne nous rappelle pas leur objet. Dédain que saint Paul éprouvait pour tout ce qui n'avait pas trait au Christ. Tout chrétien, dans la mesure où il aime Dieu, en est au même point. Il résulte qu'il se contente de son sorl, quil n'aspire pas à la possession des biens qui ne lui sont pas dus. S'il les réclame quand on viole ses droits, c'est surtout qu'il tient à la pleine liberté d'aimer et d'adorer Dieu. 89-92
h) 11 fait même au bien public, dans certaines circonstances, tous les sacrifices qui ne blessent pas sa conscience. L'esprit de révolution et l'esprit de charité sont tellement opposés que durant l'histoire les chrétiens ont toujours résisté au premier pour rester fidèles au second 92-93
Il sera urgent, au terme de la guerre présente, de nous réconcilier. Une trêve ne suffirait pas; il s'agit de paix nationale et durable, c'est à la charité qu'il faudra la demander 93-95
LA PAIX INTERNATIONALE
Sans tomber dans les rêves chimériques du pacifisme, ni de l'internationalisme qui exposent les peuples à des surprises désastreuses et qui ne suppriment point la cause des contlits, il convient d'affirmer que la guerre est un tel mal, qu'il faut l'éviter, quand on le peut, sans sacrifier le droit. La charité est la vertu la plus capable de maintenir la paix entre les peuples 103-104
Jamais un prince, uu gouvernement, un peuple dociles à l'esprit de charité ne troubleront la paix du monde par une guerre injuste.
1. Ils seront retenus sur la pente de leur ambition et de leur cupidité par l'amour de Dieu.
a) Impossibilité de concilier l'injustice avec l'amour de Dieu. Dieu refuse tous les hommages, tous les encens de l'âme qui n'est pas ju!-te I0î>-I07
6) La guerre déchaînée sans motif est une vaste et criante injustice dont la seule pensée révoltera celui qui aime Dieu. Il ne croira pas que la force l'autorise à frapper de plus faillies que lui, au contraire, car il saura que Dieu est particulièrement le protecteur et le vengeur des petits, individus ou peuples. Histoire de David et de Nathan. Application de cette histoire aux nations faibles 107-109
2. Un gouvernement qui a la charité évitera une guerre injuste :
a) Par amour pour ses sujets. Il fait le plus grand cas de leur vie, de leur sang, de leur bonheur, de leur tranquillité. Dès lors il se gardera de sacrifier tout cela sans y être contraint. Il ne dira pas que la victoire réparera les ruines accumulées, car, d'abord, la victoire ne rend pas la vie aux morts, car ensuite on n'est jamais sûr de la victoire dont Dieu seul dispose et dont il semble, à première vue, disposer contre ceux qui sont dans l'injustice. Un prince aimant son peuple ne le livre pas à de pareilles aventures, ni à de pareils dangers 109-111
b) Un état qui a la charité sera retenu sur la pente de la guerre injuste par l'amour des autres peuples. Le patriotisme chrétien n'est pas exclusif, il s'accorde avec la charité qu aime tous les hommes. Or, ia charité nous impose le respect de tous les droits. Jamais un souverain, inspire par elle, n'aura l'idée de détruire une nation qui ne l'a pas offensé. Il restera partisan de la paix pour rester fidèle à la charité. . 111-112
La charité s'applique à éviter la guerre juste et à régler les différends par des moyens pacifiques.
1. Les peuples animés de son esprit se ménagent les uns les autres et s'efforcent de prévenir les conflits. Us ne se vanltent point sur un ton déplaisant, ils n'affichent point la prétention de dominer ie inonde, ils se montrent respectueux de la lettre et de l'esprit des traités, ils se gardent de violer les
frontière-; sans motif grave, de tirer l'épée à tort et à travers, etc L12-H4
2. Il est des circonstances où il faut relever le gant, niais, avant d'en arriver là, la charité épuise les moyens de c#nciliation. Elle nous prémunit contre la précipitation et contre 1 impatience, elle se plie aux circonstances, elle empêche les malentendus de dégénérer en violences. Politique conciliante de l'iiglise. Interventions pacifiques et efficaces de Léon Xlll et de Pie X appelés comme arbitres entre les peuples. Devoir pour les personnes publiques d'imiter ces exemples, si elles ne veulent pas devenir les ennemies de Dieu et des hommes 114-117
La charité n'ayant pu empêcher la guerre dans le présent, travaille à préparer la paix pour l'avenir. Les excès des vainqueurs déchaînent les haines de races, de peuples qui appellent la revanche et les représailles 117-118
La charité tempère ces haines et sert la cause de la paix future en condamnant les excès et en proscrivant les rigueurs qui ne sont pas commandées par des nécessités d'ordre militaire.
1. Quels sont les maux qu'elle ne saurait conjurer? Les main inséparables de la guerre même. Rapide aperçu sur ces maux et sur les ruines qu'ils entraînent 118-119
2. Excès qu'elle condamne. Protection dont elle couvre les enfants, les vieillards, les temples, les monuments, l'honneur des vierges, des épouses, des foyers, des familles, les foules désarmées, les innocents, la religion des vaincus, les blessés, les prisonniers. En uu mot, elle défend le pillage, le viol, la cruauté, la tyrannie qui restent des crimes pendant la guerre 119 121
3. En se comportant de cette sorte, la charité prépare une paix durable, car les peuples vaincus ne pardonneront pas certains abus atroces dont ils ont été les victimes. A la moindre occasion, ils se soulèveront contre les vainqueurs. Si, au contraire, ceux-ci se conforment aux ordres de la charité et traitent les vaincus avec humanité, avec compassion, ils auront toutes les chances de les désarmer pour longtemps . . 121-123
Cette doctrine s'applique aux actes de barbarie qui ont été
commis pendant la guerre présente, niais elle ne s'appliquerait pas moins à ceux que nous commettrions nous-mêmes. Adjuration aux armées françaises et alliées de ne pas céder à l'esprit de vengeance, et. dans l'intérêt de la paix future, de défendre leur drapeau et leur victoire de toute souillure 123-124