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LES APPUIS DE L'ESPÉRANCE CHRÉTIENNE

Éminentissime Seigneuh (1), Monseigneur (2), Messieurs,

La béatitude que nous avons essayé de décrire est tellement haute, d'une acquisition tellement diflicile que la sagesse se demande parfois avec inquiétude si elle nous est accessible. Les incroyants n'hésitent pas à se prononcer contre ce qu'ils appellent une prétention intolérable, à traiter de chimérique notre vaste espérance. Que l'unie immortelle et dégagée de son corps, disent les plus modérés, puisse arriver à une connaissance de Dieu supérieure à celle que nous possédons sur la terre, trouver dans cette science et dans l'amour qui en est la suite une noble joie, rien ne nous

(1) s. E. Mgr le cardinal Amotto, archev.Hiuo de l'iiris.

(2) Mgr Herschcr, aTchevénue de Laodi' l'-e.

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empêche de le penser, mais que, se dépassant elle-même, elle devienne capable de contempler immédiatement l'Etre souverain, d'entrer dans le secret de la suprême Vie : voilà ce qui lui est interdit. N'essayons pas de chercher noire félicité aux cimes perdues dans l'Infini, nous serions trompés par une présomption qui ferait dévier nos esprits et nos cœurs. Les plus intransigeants considèrent Dieu comme éternellement inconnaissable et le déclarent à jamais hors de noire portée. A leurs yeux, c'est pure folie de vouloir ravir au ciel si peu que ce soit de sa lumière, de son feu, de sa gloire : quiconque se bercera de cette illusion sera d'autant plus décontenancé par les surprises de la froide réalité qu'il aura rêvé d'une perfection plus incompatible avec sa condition.

Le Christianisme refuse énergiquement de s'incliner devant ces jugements sommaires. Tout en concédant que la béatitude offerte par l'espérance est d'un abord difficile, il enseigne que nous pouvons l'atteindre grâce à l'appui qui est à notre disposition. Quel est <'M appui? Je vais vous l'expliquer.

Le chrétien ne compte pas sur lui-même pour réaliser son espérance. Ceux qui ne veulent devoir le bonheur qu'à leurs initiatives personnelles ont échoué, échoueront toujours. Déployez les ailes de

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votre intelligence, forgez-vous des volontés de fer, contractez des habitudes de travail, de vigilance, de vertu, apprenez à vous raidir et à lutter contre l'obstacle, donnez à votre activité tout son développement, regardez, étudiez, approfondissez, travaillez sans vous laisser emporter par les passions, ni distraire par les soucis de second ordre, vous ne saisirez pas la béatitude.

Il y a longtemps que la créature a tenté de s'élever par son seul génie à la hauteur de sa destinée. A peine sortis des mains de Dieu, certains anges s'écrièrent :

Je monterai au ciel, Jo placerai mon trône Au-dessus des étoiles...

Je serai semblahle au Très-Haul ;' ' l.

Leur châtiment ne se fit pas attendre, ils tombèrent dans l'abîme d'un malheur sans fin. Le serpentdit à la première femme : « Du jour où vous mangerez le fruit de cet arbre, vos yeux s'ouvriront, et comme Dieu, vous connaîtrez- le bien et le mal » (2), ce qui signifie : « \)n jour où vous prendrez conscience de vos forces et où vous on userez, vous arriverez à partager le savoir, la puissance et la gloire de Dieu. » Lve oi)éit au conseil perfide;

(1) IsAïi;, XV. 13-15.

(2) Genèse, ii, 5.

VOUS VOUS rappelez ce qu'il advint d'elle et de son complice. Leur espérance à peine conçue se changea en déception amère. Loin d'acquérir le bonheur qu'ils ambitionnaient, ils perdirent celui dont ils jouissaient. Les chérubins fermèrent les portes du paradis, et les coupables, nus, malheureux, accablés par l'ironie de Dieu, s'éloignèrent, emportant avec le souvenir des heures enchantées le sentiment de leur impuissance à l'égard de la suprême béatitude. A travers les siècles, des imitateurs sans nombre ont suivi l'exemple des premiers humains, ils ont connu les mêmes insuccès. Ils n'ont pas atteint la félicité, ils n'en ont pas même découvert le chemin. Nous les avons vus chercher avec inquiétude, s'irriter contre les ténèbres impénétrables répandues sur leurs pas, nous les avons entendus pousser des cris de détresse, puis avouer en fin de compte que le bonheur se dérobait à leur poursuite. Oui, le bonheur refusera de se livrer et de se montrer à quiconque voudra le tirer de soi. « A me sa lus esse non potest... quia non est in me fii mitas mihi, nec est juihi spes de me. Mon salut ne saurait venir de moi, la force nécessaire pour l'atteindre nest pas en moi, mon espoir n'est pas fondé sur moi (1). L'àme restée en elle-même ne verra qu'elle-même, et, en se voyant, elle ne verra as son Dieu. Si enini in

[\] s. Augustin, Enar. in Ps. xli, v. 11-12.

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seipsa anima r émaner et ^ nihil aliud ac se videret^ et cum se videret, non utique Deum suum çideret{\). Ne croyez donc pas. Messieurs, comme les pélagiens de tous les temps, que la gloire soit le terme normal des efforts de la nature, la dernière poussée de l'instinct, vous vous apercevriez trop tard que votre espérance a été vaine et qu'en vous abandonnant à ses mirages vous avez manqué le but de la vie.

Mais on peut quelquefois par ses semblables ce que l'on ne peut point par soi. Le monde, les individus, la société avec leurs progrès et leurs transformations, ne sont-ils pas capables de nous transporter des bords attristés du temps aux rives où nous attirent les délices éternelles?

Non, Messieurs, « quiconque espère en soi est misérable, quiconque espère dans les autres est plus misérable encore. Qui in se sperat^ miser est, qui in alto miserior. Celui-là pèche par un orgueil dangereux, celui-ci par une humilité déréglée. Si in alio homine, inordinate humilis eris, si in te periculose superbus. L'orgueil précipite dans les abîmes, l'humilité désordonnée devient de la bassesse et empêche le relèvement. Inordinate humilis non levatur^ periculose superbus prœcipitatur. Ces deux voieâ sont funestes, il faut égab^neut b\s éviter : Utrumque perniciosum , nihileorum eUgendum[2). »

(1) Saint-Augustin, Evar, in l's. xi.i, v, 8.

(2) Augustin, Sermo III.

Le changement que nous attendons ne s'effef'tuera ni par nous, ni par un être de notre espèce, ni par les anges, ni par la conspiration des anges et des hommes. Supposé que pour assurer votre salut les créatures se mettent à votre disposition, qu'elles vous prêtent leurs énergies innombrables, qu'elles se dévouent entièrement à votre sort, qu'elles ne poursuivent que la réalisation du bonheur auquel vous êtes appelés, leur dépense serait encore vaine. Duràt-il des siècles, ce colossal effort resterait stérile, et à son terme, vous seriez obligés de proclamer que les saints livres ont fait preuve de sagesse quand ils ont dit : « Nollte confidere in priiicipibus^ in filiis hominum in quibus non est salus. Ne vous fiez pas aux princes, ni aux fils des hommes, le salut n'est pas en eux (f). » La céleste cité n'est point bâtie de main d'homme, il n'appartient pas à des pouvoirs limités de distribuer une récompense infinie, ni de couronner les élus. Les conditions de la vie subissent des modifications, selon les peuples et les générations; nous savons bien des choses qu'ignoraient nos pères, plus d'un progrès jugé par eux impossible s'est accompli sous nos yeux, mais le monde ne recevra pas sa forme achevée des mille causes inlirmes qui sur la terre se disputent la domination d'un jour. Est-ce à dire que nous serons purement passifs dans l'œuvre de notre régénération? Non, Messieurs, Luther n'accordait aucun prix à nos

(1) Psaume cxlv, 2.

actions, aucune valeur à nos travaux par rapport à notre gloire future, il jetait l'anathème à tout homme qui attacherait quelque importance à des vertus, selon lui, absolument inutiles au salut. [^'Eglise a condamné ce fatalisme immoral. Le bonheur sera la récompense de nos mérites, nos mérites tireront leur valeur de la sainteté de notre vie; mais nous vivrons saintement, nous mériterons notre félicité grâce à l'agent supérieur qui stimulera nos facultés, qui nous élèvera au-dessus de nous-mêmes, en nous prêtant sa force mystérieuse, source véritable, en dernier ressort, de notre béatification. De sorte que notre espoir repose sur nous comme sur des coopérateurs dans l'entreprise qui doit aboutir à notre suprême perfection. Notre rôle ne va pas plus loin, il va cependant jusque-là. N'en tenir aucun compte, attendre le salaire sans avoir travaillé, la couronne sans avoir combattu, de même que vouloir gagner ce salaire et atteindre cette couronne par une générosité venue de nous et non de plus haut, c'est errer gravement, c'est courir à une catastrophe certaine (1).

Est-ce à dire que les créatures demeureront étran gères à notre merveilleux changement, que nous ne devions leur assigner aucune place dans les motifs de notre espérance? Non, Messieurs. Toutes, à leur manière, concourront à notre définitive rénovation;

(1) Appenii , n" 1, p. ;U)2.

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toutes, à des degrés divers, entreront dans le plan du divin Artiste qui nous béatifiera et serviront d'instruments à ses desseins magnanimes. L'humanité de Jésus-Christ d'abord transmet les dons nécessaires à ceux qui veulent monter au ciel. Le Sauveur a reçu le dépôt des trésors oii nous puiserons la force de répondre à notre vocation, trésors q^u'il a mérités par une incarnation, par des souffrances, par une mort acceptées pour nous arracher à notre misère et nous assurer le bonheur. Entre son Père et nous, il est le médiateur indispensable, le premier ministre chargé de distribuer les faveurs surnaturelles: personne n'entrera au ciel sinon par lui. Le Christ lui-même emploie l'Eglise et le sacerdoce qui, soutenus par lui, travaillent efficacement au bonheur du genre humain; l'eau, l'huile, le pain et le vin, pénétrés de la vertu qu'il leur a communiquée, deviennent les véhicules qui portent les secours dont nous avons besoin pour opérer notre ascension vers la béatitude consommée. Il n'est pas une créature ni un événement qui ne puissent nous aider dans notre noble entreprise. Par conséquent, le chrétien met sa confiance dans l'humanité de Jésus, dans tous ces éléments d'apparence naturelle, mais tous ces éléments et le Christ lui-même tiennent leur puissance d'un Etre qu'il faut chercher au delà du monde et qui seul peut nous assurer la félicité parfaite (1).

(1) Append., n. 2, p. 303.

Et pourquoi sommes-nous réduits à cet office de coopérateurs ; pourquoi les hommes, la création, Jésus-Christ lui-même sont-ils condamnés à ce rôle de pur instrument dans une entreprise qui intéresse si éminemment notre avenir? Parce que le but que nous poursuivons est au-dessus de nous, au-dessus de Tunivers, hors de notre portée. Il est surnaturel, que dis-je, c'est le surnaturel poussé à son dernier degré, parvenu à son épanouissement total, à son expression achevée. Or, les mots l'indiquent assez clairement, on n'atteint pas une fin surnaturelle avec une force naturelle, on ne l'atteint qu'avec une puissance du même ordre. Si la grâce qui n'est que le germe de la béatitude ne peut naître ni de nous, ni des hommes, ni des anges, que dirons-nous de la béatitude qui est la grâce suprême, le développement et l'évolution finale de la grâce? L'objet de l'espérance, en eiïet, c'est le bien infini, mais s'appuyer sur un pouvoir borné pour gagner 1" Infini, c'est folie, car c'est vouloir, avec un roseau, soulever le monde jusqu'au ciel.

« Levavi ocidos meos in moules^ undc veniet auxiliiim miki. Auxiliiim nieum a Domino qui fecil C(rliun et terrani. .l'ai levé mes yeux vers les montagnes, de là me viendra le secours. J'attends le secours du souverain Seigneur qui a fait le ciel et la terre (1). »

(1) Psaume cxx, v. 1-2.

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La toute jiuissance auxiliatrice de Dieu ; tel est le véritable appui de l'espérance chrétienne. Nous allons à Dieu par Dieu, nous entrerons en possession de Dieu à laide de Dieu. Dieu est à la fois dans la seconde vertu théologale la récompense et le rémunérateur, comme il est dans la toi la vérilc révélée et le révélateur, « Sicut spes non minus a Deo sperat qnnm sit ipse Deus, ita non minorent postulat adjutorem quam sit ipse Deus. Notre espérance n'attend pas de Dieu moins que Dieu, elle ne demande pas un auxiliaire moindre que lui » (1).

L'action finale qui achèvera l'homme et le monde, qui les établira dans leur éternel repos, correspondra exactement à l'action initiale qui les a créés, puis lancés dans le mouvement universel. A Dieu seul de les faire naître dans une resplendissante beauté à une première vie, à Dieu seul de les arracher victorieusement à tons les dangers et de les introduire dans une seconde vie plus haute que la première. Nous comptons donc uniquement, en définitive, sur la puissance de Dieu pour sanctifier progressivement l'individu en cette vie par l'effusion de ?a grâce et pour le couronner dans l'autre par la communication de

(1) CoNTENSON. T/ieolopia mentis et cordis, lib. VII, dissert. III, c. r, specul. 1. — Cf. Appcnd., n» 3, p. 303.

sa gloire. Nous comptons sur elle pour changer la société présente en une société idéale ou régneront la justice, la paix, la félicité. Nous comptons sur elle pour faire passer l'univers de l'état d'ébauche où il gémit à l'état de perfection où il aspire. Nous comptons sur Dieu, en un mot, comme sur l'agent dont la volonté irrésistible est seule capable, et capable absolument de conduire à sa fin l'œuvre à laquelle, seule, elle a pu donner un commencement. Nous comptons uniquement sur lui, car le privilège de la puissance infinie, dit saint Thomas, c'est de conduire au bien infini. Infîniiœ viitutis proprium est ad infinitiim bonum perducere [{). Or cette puissance infinie est propre à Dieu, au point qu'il ne dépend pas de lui de s'en dessaisir pour l'abandonner à un autre, de sorte qu'il est obligé de se réserver le soin de nous mener à notre dernière perfection.

Mais lui-même peut-il faire aboutir un pareil dessein? (2)

Et pourquoi ne le pourrait-il pas? Faut-il encore invoquer le principe fécond énoncé parsaintThomas, à savoir que tous les êtres supérieurs, précisément parce qu'ils sont supérieurs, ont la faculté délever jusqu'à eux des êtrey inférieurs qui sans eux seraient restés confinés dans leur naturelle indi-

fl) II» II» . f|. xvii. a.1 2.

(1) Append., n. 4, [). no».

LBSPI^RANCE. — 4.

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gence ; à savoir que celte faculté s'étend d'autant plus loin que son titulaire est plus parfait; à savoir que tout ce qui n'implique pas contradiction est possible à Dieu.

Comment! il n'est pas un être qui, par son rayonnement, ne partage sa perfection avec ses semblables. Dans l'ordre physique, le feu enflamme le fer, le pénètre de son ardeur, lui prête son activité dévorante et ses propriétés spéciales, le moindre des astres communique sa clarté à tous les corps répandus dans sa sphère; dans l'ordre intellectuel le génie cultive les esprits vulgaires et les initie à ses connaissances et à ses conceptions; dans l'ordre moral, le saint gagne à ses sentiments les âmes médiocres et réussit à les transformer. Dans le monde entier, nous assistons à un échange perpétuel entre les créatures qui donnent à autrui ce qu'elles possèdent et reçoivent d'autrui ce qui leur manque, au nom de quel principe soutiendrez vous que cette loi perd son autorité lorsque nous touchons aux rapports de Dieu avec son œuvre? Au nom de quelle sagesse prétendrez-vous que Dieu est condamné par sa richesse même à fermer ses mains, par sa transcendance même à s'emprisonner dans sa substance, par sa bonté même à rester enchaîné à un rivage inabordable aux indigents de sa création? Quelle misère est donc la sienne en définitive s'il est au dehors de lui le plus impuissant de tous les êtres parce qu'au-dedans de lui il est le plus puissant!

DEUXIKME CONFÉRENCE 51

Autant dire qu'il lui a été défendu de créer, puisque sa création n'est pas autre chose qu'un premier épanchement au dehors de lai-même.

Serait-ce donc que l'homme radicalement incapable de supporter sans succomber le poids immense de la gloire éternelle n'offrirait pas des ressources suffisantes pour que Dieu pût opérer en lui cette heureuse révolution? Mais, je vous l'ai jadis expliqué et je n'y insiste pas, l'homme en sa qualité de créature intelligente n'éprouve aucune répugnance à monter à ces sommets. Au contraire, d'une manière positive, bien qu'éloignée, il est disposé à chercher son bonheur dans la contemplation du suprême intelligible, dans l'amour et dans la possession du souverain Bien. Il appartient précisément à Dieu de renforcer notre puissance de voir, d'aimer, de jouir et de l'adapter à cette fin dernière, comme l'artiste qui répare, qui multiplie, qui tend convena blement les cordes de la lyre pour en tirer les vibrations inspirées par son génie. En de telles conditions, l'homme a le droit d'attendre une béatitude proportionnée non à ses facultés natives, mais à la souveraine puissance de Lelui qui le meut et qui l'élève.

Dieu peut nous initier à sa vie et h sa félicité, mais il ne suffit pas (ju'il le puisse, il faut encore qu'il le veuille pour ([ue nous soyons ù l'abri de

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l'incertitude. Il le veut, Messieurs, parce qu'il est bon. La tendance de la bonté, en effet, est de se répandre. Il n'y a que les êtres misérables qui se renferment en eux-mêmes, qui gardent avec jalousie ce qu'ils possèdent, qui reçoivent sans rien rendre. Encore ne résistent-ils pas, jusqu'au bout, si égoïstes et si indigents qu'ils soient, au besoin intérieur qui les presse de se déverser dans leurs semblables. Plus les substances sont riches, plus elles sont portées à se donner avec générosité, et elles le font non seulement parce qu'elles le peuvent, mais encore parce que leur instinct les y incline.

Or Dieu étant la bonté par essence, la bonté sans limites, la bonté infinie en largeur, en sublimité, en profondeur, éprouve un penchant impérieux à se prodiguer, à remplir le monde de sa magnificence. Il est permis de dire que, s'il est une façon plus libérale de se communiquer. Dieu ne s'interdira pas cette royale satisfaction, qu'il ouvrira jusqu'au fond les trésors cachés dans son sein, qu'il défiera tous les obstacles pour faire triompher sa volonté, qu'il finira par introduire dans sa maison, par inviter à son banquet les âmes attentives à son appel et désireuses d'y répondre (1).

Nous avons un meilleur motif encore. Messieurs, de compter sur l'appui de Dieu, de fonder notre espérance sur sa puissance et sur sa bonté. Nous

(1) Append., n. 5, p. 305.

n'en sommes plus à chercher le secret des plans éternels à travers les syllogismes de notre raison : des promesses nous mettent à l'abri des surprises. Ces promesses descendues du ciel même nous prouvent d'abord efficacement que Dieu peut et veut nous élever jusqu'à lui, ensuite elles engagent sa justice à notre égard, enfin leur réalisation partielle nous garantit leur réalisation totale.

Nul de vous ne l'ignore, Dieu a parlé à l'homme. Ses discours nous révèlent des vérités mystérieuses, ils nous apprennent aussi sa résolution de nous associer à la félicité qui n'appartient en propre et naturellement qu'à lui.

Cette promesse, il ne l'a pas faite en passant, il s'est plu à la renouveler à travers les siècles. Elle est gravée à toutes les pages des livres sacrés qui contiennent sa pensée et dont il est l'inspirateur. A peine l'homme est-il déchu de l'heureux état dans lequel il s'était éveillé à la vie que Jéhovah survient pour condamner le coupable à l'expiation sans doute, mais aussi pour lui annoncer l'écrasement du serpent qui l'a séduit et l'avènement du Hédcmpteur qui lui rendra une félicité su|»éricure à la fidicilé perdue. Pendant des milliers d'années l'antique promesse, dont vit l'espérance, retentit aux oreillesdesgénératioiis(jui se succèdent dans la suite des temps. Cha(|ue Patriarche reroil d'en haut l'assurance qu'un avenir brillant attend la race sortie de ses flancs. Chaque Pro

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phète confirme les oracles de ses prédécesseurs et voit s'illuminer riiorizon des âges futurs. Cette promesse éclate dans toute sa force, dans toute sa splendeur sur les lèvres du Christ qui sont les lèvres mêmes de Dieu . Le doux Sauveur console, réconforte, ravit les âmes en leur parlant au nom de son Père du sort qui leur est réservé. Les apôtres portent la bonne nouvelle aux rois, aux peuples, aux Grecs, aux Romains, aux Barbares, aux hommes libres comme aux esclaves des grands empires. La voix de l'Eglise la répand à travers l'espace et à travers les siècles : des légions d'Évangélistes se lèvent chaque jour et consacrent leur vie -^ la redire aux tribus lointaines et aux générations qui se remplacent sur la scène du monde. Mais c'est Dieu, c'est toujours Dieu qui s'engage par les Patriarches, par les Prophètes, par Jésus-Christ, par les Apôtres, par l'Eglise et par ses héroïques messagers.

Il s'engage par des mots précis et non par des formules nébuleuses, vagues, équivoques, sujettes à des interprétations contradictoires. Il énumère tous les biens dont nous pourrons jouir dans l'éternité. 11 annonce que nous le verrons comme il est: Videbiinus euin siciUi est (1); que nous le contemplerons non plus à travers des énigmes, non plus à travers les miroirs brisés de la création, mais à découvert, et face à face : nunc per spéculum in œnig-

(1) IJean, III, 2.

mate, tune autem facie ad faciem; que nous le connaîtrons comme il nous connaît : nunc cogiiosco ex parte, tune autem cognoscam sicut et cognitus sum; que nous entrerons dans sa joie : intra in gaudium Domini tut; que, caressés de sa main et bercés sur ses genoux, nous partagerons la perfection de sa nature et le bonheur de sa vie : ut efficiamini divinae consortes naturae. — Il donne sa parole qu'il ressuscitera la chair au dernier jour : Ego ressuscitabo eum in novissimo die; qu'il la fera passer de la corruption du sépulcre à Timmortalité, de l'ignominie à la gloire, de la faiblesse à la force, de l'animalité à la spiritualité, qu'il opérera ce changement en un instant, en un clin d'œil, et que sa voix souveraine jettera à la mort ce défi éternel : « 0 mort, où est ta victoire? Où est ton aiguillon? Je serai ta mort, ô mort! » Déchirant les voiles qui cachent ses desseins, il montre à ses amis la cité future qu'il édifie pour ses élus, cité qui ne connaîtra plus les larmes, ni la douleur, il fait apparaître aux regards de ses confidents la nouvelle terre et les nouveaux cieux où l'on oubliera les tristesses et les orages de la terre primitive et des cieux antiques.

La parole du Tout-Puissant s'étend à tous les biens qui nous sont nécessaires [)onr arriver à la béatitude. 11 promet de veiller sur nous chaque jour et de nous défendre efficacement contre les ennemis de notre destinée, de nous pardonner avec un onipres-

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sèment miséricordieux et d'effacer nos fautes si nous avons mal fait, de nous consoler, si nous sommes affligés, avec plus de tendresse que la mère n'en met à consoler son enfant, de nous nourrir et de nous vêtir si la faim nous torture, si la misère nous accable, avec plus de sollicitude qu'il n'en apporte à donner leur pâture aux oiseaux du ciel et leur robe aux lys des champs.

Dieu ne se contente pas d'une simple promesse, il y joint un serment dont nous avons pris acte. Voulant montrer avec plus d'évidence à ses héritiers l'immuable stabilité de ses desseins et offrir h notre confiance un appui inébranlable, il jure de nous sauver et par là il donne à sa volonté un caractère irrévocable.

Cette promesse affermie par un serment nous garantit que Dieu peut, que Dieu veut, que Dieu doit nous couronner dans le ciel et nous accorder sur la terre les secours dont nous avons besoin pour mériter le bonheur éternel.

Elle nous garantit que Dieu peut nous sauver. car s'il s'engageait à faire ce qu'il lui est interdit de faire, il se tromperait sur son propre compte. Une pareille erreur serait la négation de la science qu'il a de lui-même et sans laquelle il ne demeurerait point l'Être parfait découvert par la raison et révélé par la foi. Quœcuiiique proinisit, poLens

est facere (1). Elle nous garantit que Dieu veut nous sauver, car, s'il nous donnait sa parole en restant résolu à ne pas la tenir, il nous jouerait indignement, il ne serait plus la Vérité à laquelle il est interdit de mentir. Elle nous garantit que Dieu doit nous sauver, car la promesse et le serment obligent leur auteur gravement et en justice. Promettre, c'est donner d'avance, c'est aliéner ce que l'on promet, c'est en perdre la propriété au profit de celui vis-à-vis de qui on s'engage. On ne le retient pas pour soi, on n'essaye pas de le reprendre sans manquer aux lois primordiales de l'équité, au point que le monde si indulgent ne pardonne pas à l'homme oublieux de sa parole, qu'il le déclare disqualifié, déshonoré; au point que les races sauvages peu scrupuleuses en matière de morale regardent le parjure comme un des crimes les plus abominables dont la conscience puisse se rendre coupable. Qui oserait soutenir que Dieu ne reculera pas devant une pareille iniquité? Aussi, c'est au nom de la justice que la grâce est due à tous, au nom de la justice que la gloire est due à quiconque aura correspondu à la grâce, au nom de la justice que saint Paul, que tous les élus réclameront leur récompense : In reliquo reposita est mihi corona jusliiiœ (2).

(1) Romains, iv, 21

(2) II Timolh., iv, 8. — Cf. Appond., n. fi. p. 30S.

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Enfin, Messieurs, l'accomplissement partiel des promesses nous répond de son accomplissement total : qu'il s'agisse des individus, des familles, des peuples, du monde, tout ce que Dieu annonce se produitau jour età l'heure fixes par lui. Si difficilement réalisables que paraissent ses desseins, si faibles que soientlesinstruments dontilse sert pouratteindre son but, il triomphe : les personnages surgissent, leschqses arrivent comme d'avance il l'avait voulu, déterminé, prédit. Abraham, Isaac, Jacob, David reçoivent des bénédictions qui doivent, si l'on en croit Jéhovah, aboutira la naissance d'un Messie appelé à régir l'univers, à l'établissement d'un royaume spirituel oîi viendront s'abriter toutes les âmes bonnes et sincères : au moment prédestiné, le Christ apparaît, assure à la race d'Israël la victoire qu'elle attendait depuis des milliers d'années, devient le centre de l'histoire. Jésus lui-même multiplie au nom de son Père les promesses, je vous défie de trouver sa fidélité en défaut. Dès qu'un esprit impartial lit attentivement l'Evangile, il constate que les faits répondent aux prophéties avec une rigueur qui ne souffre pas d'exception. Le Sauveur affirme qu'il attirera les âmes à lui parla vertu de sa croix, ce qui semble un défi à la raison ; il les attire en effet. A peine a-t-il été élevé sur le gibet que sa conquête commence, que l'humanité vient au Martyr, reconnaît le caractère céleste de sa mission, la vérité de sa parole et la surnaturelle sagesse de sa loi. Peu à peu, il devient le

Docteur, le Souverain vers lequel se tournent les regards des générations. Il fonde une société, l'Église, à laquelle il promet jusqu'à la fin des temps une assistance efficace. L'Eglise voit depuis deux mille ans s'accomplir ces oracles, elle se heurte à toutes les conspirations; une force mystérieuse la soutient et la rend invincible. Ainsi en est-il de toutes les promesses qui devaient s'accomplir dans le temps. Leur réalisation à la date marquée le prouvent : ce que Dieu annonce, ce que le Christ annonce arrive infailliblement et toujours (1).

Si donc, ils ont promis aux hommes dociles la grâce et la gloire, ils ne manqueront pas plus à leurs engagements dans l'avenir qu'ils n'y ont manqué dans le passé. De sorte que votre espoir est quatre fois assuré du coté de Dieu : assuré par la toutepuissance, assuré par la bonté qui entraîne la puissance, assuré par la promesse qui lie la justice, assuré par la fidélité qui garantit à l'avenir ce qu'elle a tenu pour le passé. Son appui est inébranlable, elle ne sera point confondue. In te, Domine, speravi^ non confundar in aelernum.

Ces vérités, Messieurs, renferment de salutaires leçons qu'il convient de méditer. Notre salut dépend de la toute-puissance auxilialrice de Dieu comme de sa cause première. Vouloir aborder au ciel sans le secours de cet agent que personne ne peut suppléer,

(1) Appond., 11. 7, p. 308.

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serait aller au-devant d'un inévitable naufrage. C'est donc à Dieu qu'il faut s'attacher par-dessus tout quand on ne veut pas manquer sa destinée. Lorsque la tentation nous presse, nous obsède, nous affole, c'est à lui qu'il faut recourir pour échapper à la tempête. Lorsque l'on a été vaincu par le mal et qu'on en porte le stigmate et le fardeau, c'est lui qu'il faut appeler pour réparer le désastre et pour effacer la tache infamante. Lorsque la mort approche, lorsque l'heure sonne de quitter la terre, c'est encore lui qu'il faut invoquer comme le seul passeur capable de nous transporter des ténèbres du temps aux clartés de la vie éternelle.

Mais il a choisi le Christ et l'Eglise comme médiateurs, il a décidé que nul n'arrivera jusqu'à lui sans s'adresser aux deux ministres de sa puissance et de sa miséricorde: quiconque s'avise de négliger ces auxiliaires officiels et prétend s'appuyer directement et uniquement sur Dieu verra se fermer devant lui les portes de la patrie. Le Christ et l'Eglise emploient les sacrements comme moyens de sanctification et de salut: nul ne fuira la damnation s'il n'use de ces instruments destinés à nous soutenir et à nous ranimer pendant notre pèlerinage de la terre aïi ciel. Enfin, Messieurs, le Créateur veut que sous sa haute direction la créature par ses efforts et par ses œuvres mérite le bonheur : à nous de répondre aux avances de la grâce et de nous assurer par notre

bonne volonté, par notre activité, des droits auprès du suprême Rémunérateur. En s'appuyant sur tous ces agents subordonnés entre eux d'une manière admirable, sur Dieu, sur le Christ, sur l'Eglise, sur les sacrements, sur nous-mêmes, notre espérance se montrera invincible et nous soulèvera infailliblement jusqu'au Paradis.

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