‹ Exposition de la théorie des chances et des probabilitésChapitre 4 sur 75 · PREFACE. V · texte numérisé non relu

PREFACE. V

au moins d'être discutées ; qu'elles seront susceptiblesd'intéresser, non-seulement les géomètres, mais les phUosophes; et qu'en fixant l'attention de ceux qui cultivent cette branche des connaissances humaines, elles pourront contribuer aux perfectionnements qu'on y apportera plus tard.

Le terme de probabilité a été la source de tant d'équivoques, que j'avais eu d'abord l'intention de l'éviter tout à fait , pour n'employer, selon les cas , que les expressions de chances et de possibilité; mais j'ai trouvé ensuite plus d'inconvénients à rejeter un terme tellement consacré par l'usage des géomètres. Je crois d'ailleurs , et j'ai essayé de le montrer, que le mot de probabilité a d'autres acceptions , distinctes de celles qui donnent lieu aux calculs des géomètres , mais néanmoins assez voisines de celles-ci pour qu'on ne doive pas les isoler complètement dans ime exposition philosophique. Je tâcherai un jour, si les circonstances me le permettent, de développer les idées qui ne sont qu'indiquées dans le dernier chapitre de cet ouvrage. J'ai craint qu'on ne me reprochât , si j'y insistais davantage ici , de trop mêler la métaphysique à la géométrie. Est modus in rébus. C'est pourtant à la langue des métaphysiciens que j'ai emprunté sans scrupule les deux épithètes Sobjective et de subjectives qui m'étaient nécessaires pour distinguer radicalement les deux acceptions du terme àe probabilité^ auxquelles s'appliquent les combinaisons du calcul ; mais j'y étais autorisé par l'exemple de Jacques BernouUi.

On trouvera, je l'espère, dans cet ouvrage, un choix d'applications assez variées pour que le lecteur

VI PRIÉFAGE.

se fasse une juste idée des applications de la théorie des chances 9 et pour que tous ceux qui cherchent dans la statistique autre chose que des résultats bruts , soient mis sur la voie des applications nouvelles qu'ils pourront être eux-mêmes tentés d'en faire. J'ai donné plus de détails sur deux questions curieuses que j'avais déjà traitées à part : l'une, qui a pour objet la distribution des orbites des comètes dans l'espace ; l'autre , qui porte sur la théorie de la probabilité des jugements, et sur l'application de cette théorie aux documents statistiques publiés en France par l'Administration de la justice. Les personnes compétentes prononceront sur la valeur de la solution que j'ai donnée de la question théorique, en la comparant aux solutions données par d'autres auteurs, et notamment à celle qui fait l'objet principal du grand ouvrage de M. Poisson , publié en 1837 ('). Quant à l'application à la statistique judi-

(') On me pardonnera de transcrire ici, bien moins pour conserver mes droits à la priorité de certaines idées, que comme témoignage d'une amitié dont le souvenir me sera toujours précieux, et aussi comme renseignement sur quelques opinions d'un homme célèbre, relativement au sujet qui nous occupe, la lettre que M. Poisson m'écrivait, en réponse aune autre où je lui soumettais l'esquisse du livre que je publie en ce moment :

Paris, le 26 janvier i836.

MoirsiEUR ,

Ce sera avec grand plaisir que je lirai Touvrage que vous vous proposez de publier sur la Doctrine des cfiances. Celui que j'achève actuellement n'y sera aucunement un obstacle , et je laisserai encore bien de la marge pour un livre plus complet. J'ai mis entre les mots chance et probabilité la même différence que vous , el j*ai beaucoup insisté sur celte différence. Quant à voire manière d'envisager la question principale, celle de la probabilité des jugements, je la comparerai à la mienne , lorsque je reverrai et arrêterai définitivement cette

PREFACK. VU

claire y j'ai pu faire usage ici, pour la première fois , de données plus précises, dont l'insertion dans les Comptes généraux de l'Administration delajusticecri- 'minelle, est une conséquence des changements apportés dans l'institution du jury par la loi du 9 septembre i835.

Je ne terminerai pas cette préface, peut-être trop longue, sans exprimer ici ma reconnaissance à mon excellent ami , M. Bienaymé , inspecteur général des finances, dont les travaux, en matière de statistique et de probabilités, sont bien connus des géomètres. Longtemps occupés à notre insu des mêmes objets d'études , nous nous sommes enfin trouvés rapprochés par une singulière conformité d'idées et de goûts. Il a bien voulu m'aider de ses conseils dans l'impression de mon livre; il a poussé la complaisance jusqu'à en revoir les épreuves et à refaire une partie des calculs numériques. 11 l'a fait avec un désintéressement d'autant plus grand qu'il était arrivé depuis longtemps , en partant de considérations d'ailleurs très-différentes de celles qui m'ont guidé , à ime théorie des probabilités à posteriori^ laquelle m'a paru

partie de moni ouvrage. Il ne me reste guère que cela à faire, et à copier le tout, pour être'en mesure de commencer rimpression. Il y a aussi quelques problèmes dont je placerai la solution dans un dernier chapitre , si je parviens î les compléter de manière que moi , au moins , j*en puisse être content. Enfin } vous trouverez dans cet ouvrage quelques considérations métaphysiques <IQi vous feront voir que je suis loin de repousser cette partie des connaissances humaines. G*est du Conseil que je vous écris , et la parole allant m*èire accordée , je ne peux pas faire une lettre plus longue.

Agréez , Monsieur, Vassurance de mon attachement et de mon entier dé vouement.

Pocssoif.

VIII PRJÉFàCE.

revenir pour le fond à celle que l'on trouvera dans le chapitre VIII du présent ouvrage^ On pourra juger des ressemblances et des différences , s'il se décide à publier ses propres recherches, dans lesquelles je m'empresse de reconnaître dès à présent qu'il aura tout le mérite de l'originalité j et où son habileté à manier l'analyse lui aura £siit trouver sans doute bien des choses qui m'ont échappé.

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