PREMIER COMPARTIMENT DU WAGON J
CLAUDE VINÇARD, riche négociant, 41 ans. ODETTE DU MOULIN, artiste, 26 ans.
Claude. — Dis-moi encore que tu m'aimes?
Odette. — Mais, tu le sais bien que je t'aime ! Il faut bien qu'il en soit ainsi puisque je te sacrifie une soirée pour te reconduire jusqu'à Marseille ; je fais le voyage aller et retour pour rester plus longtemps avec toi, et, ce soir, je serai collée à l'amende à mon concert où je n'aurai pas fait mon tour de chant. Emile, le régis-
seur, est impitoyable sur le chapitre des amendes ; il ne vous rate jamais. Le patron l'encourage dans son petit trafic, histoire d'intimider ses pensionnaires. Ce soir, ça va encore me coûter cinq francs ; mais pour toi que ne ferais-je pas?
Claude. — Tu es divine ! Tu es ravissante î Tu es la femme rêvée ; aussi je ne te marchande rien : tu as voulu un collier en vraies perles, tu l'as eu, tu as désiré un brillant pour ta coiffure, je n'ai pas hésité une seconde à te l'offrir. C'est égal, si ma femme savait ce que je fais en ce moment ! ! !
Odette. — Elle t'attend, ta femme?
Claude. — Non, elle ne m'attend pas; elle a dû partir chez sa mère à Nimes au lendemain de mon départ pour Paris la semaine dernière, elle ne reviendra que demain. Ah ! si pour un malheureux rendez-vous d'affaires je n'avais pas été obligé d'être demain à Marseille, comme j'aurais bien volontiers passé vingt-quatre heures de plus avec toi à Paris ; mais une grosse fourniture de cafés, une affaire de la plus haute importance me force à regagner mes pénates et, tu sais, quand on est dans les affaires