‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 12 sur 81 · SECOND COMPARTIMENT DU WAGON J · texte numérisé non relu

SECOND COMPARTIMENT DU WAGON J

ERNEST LEPROU, 30 ans.

CLODOMIR BILOUARD, commis voyageur, 37 ans.

Clodomir. — Alors, monsieur, puisque vous allez jusqu'à Marseille, nous ferons route ensemble. Vous ne connaissez pas Marseille?

Ernest. — C'est la première fois que j'y vais.

Clodomir. — La plus, belle ville du monde, monsieur, sans me vanter ; ça n'est pas parce que je suis Marseillais, mais il n'y a pas deux Canebières clans tout l'univers, y compris Constantinople. Si vous le voulez bien, je vous piloterai; je connais Marseille comme mapocbe.

Ernest. — J'y resterai fort peu de temps, j'y vais pour traiter une affaire.

Clodomir. — Une affaire cle savons?

Ernest. — Non, monsieur, une affaire de cafés.

Clodomir. — Je parierais vingt-cinq louis contre un sou que vous allez traiter avec Claude Vinçard!!

Ernest. — Vous avez deviné juste.

Clodomir. — C'est que Vinçard est connu de tout Marseille, c'est le premier négociant en cafés de la ville, et vous êtes un veinard ! Vous savez que ce coquin de Vinçard est l'heureux époux de la plus jolie femme de Marseille.

Ernest. — Je me le suis laissé dire.

Clodomir. — Té ! je parie que vous allez lui faire la cour !

Ernest. — Je ne la connais pas, seulement j'ai été prévenu.

Clodomir. — Attention, mon garçon, ne vous emballez pas. Madame Vinçard est une vertu farouche et son mari est d'une jalousie épouvantable ; c'est un véritable tigre, un Othello de derrière les fagots. Ne vous avisez pas de faire les yeux doux à sa femme : vous rateriez votre affaire et vous vous mettriez dans une fichue position. JVinçard est aussi jaloux qu'il est fidèle à sa moitié ; c'est un ménage modèle !

Ernest. — Oui ; mais moi, en affaires, je ne fais jamais de blagues.

Clodomir. • — Vous avez bigrement raison : ça ne réussit jamais

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