‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 18 sur 81 · PEINTURE RETROSPECTIVE · texte numérisé non relu

PEINTURE RETROSPECTIVE

REBECCA, 32 ans.

EMILIE RONDEL, 24 ans.

MARGUERITE PRINCE, 23 ans.

PHILIBERTE AUGIARD, 20 ans.

Sept heures viennent de sonner et le lever du rideau est annoncé pour huit heures très précises. Il y a ce soir-là spectacle populaire à l'Opéra-Comique : on donne la Dame blanche et Richard Cœur-de-Lion. Elles sont seize choristes qui s'habillent dans la même loge ; il y a un petit clan formé par nos quatre personnages. Rébecca a déjà revêtu son costume, les autres viennent seulement de se déshabiller.

Rébecca . — Ehbien, mes petites chattes, vous arriverez à être prêtes à moins cinq.

Marguerite. — Qu'est-ce que ça fait, pourvu qu'on le soit!

Emilie. — Toi, Rébecca, t'es jamais en retard.

Rébegga. — Parce que je tiens à faire convenablement mon service.

Philiberte. — Et surtout parce que tu commences à être dans les vieilles et que tu n'as plus beaucoup de soucis.

Rébegca. — Veux-tu te taire, petite masque!

Philiberte. — En tous cas, mon masque est plus recherché que le tien.

Marguerite. — Elle est rosse, Philiberte, mais elle a toujours le mot pour rire.

Rébecca. — Je lui souhaite de se conserver le masque aussi intact que le mien et surtout de savoir garder sa voix aussi pure que la mienne ; si je chante encore les premiers dessus, c'est que j'ai eu soin de ménager ma voix; mais avec la vie que mène Philiberte, elle ne sera pas longue à se l'érailler ; et alors, adieu la place dans les chœurs du théâtre subventionné ! Si la plastique peut encore passer, on entre dans un théâtre de second ordre; si on se décatit, on échoue dans un bouiboui et, si on s'éreinte complètement, on finit par crever de faim.

Emilie. — T'as donc pas rigolé dans ta jeunesse, toi, Rébecca?

Rébegca. — Qu'appelles-tu rigoler?

Emilie. — Je m'entends quand je dis ça; t'as pas toujours été avec ton mari.

Rébegga. — Ça, j'en conviens ! Je me suis

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