‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 41 sur 81 · SCENE DE GENRE · texte numérisé non relu

SCENE DE GENRE

JULES, grand brun, 30 ans.

HÉLÈNE, petite brune, 20 ans.

Chez les deux. Intérieur plutôt coquet ; on sent que la main d'une femme bien gentille et bien sérieuse préside à l'entretien de la maison, où tout respire l'amour et le bonheur complet. Aux murs, des tableaux encadrés ou non; sur la cheminée, des bibelots et encore des bibelots ; dans la chambre, un mobilier en pitchepin : lit de milieu, armoire à glace, toilette ; sur les chaises, çà et là, et même un peu par terre, les vêtements d'Hélène et de Jules ; ils ont été retirés précipitamment la veille au soir, le désordre dans lequel ils reposent l'indique assez. Sept heures du matin. Le soleil filtre à travers les rideaux; il vient, avec ses rayons indiscrets, réveiller nos amoureux qui reposent encore.

Hélène, embrassant Jules dans le cou. — Tu me n'aimes toujours, mon p'tit homme chéri ? Jules. — Mais oui, ma p'tite femme, je

te n'aime. (Il l'embrasse, elle lui rend son baiser.)

Hélène . — Et puis, tu me n'aimeras toujours, toujours?

Jules. — Mais oui, toujours, toujours. (Regardant sa montre, qui est sur la table de nuit.) Sapristi ! sept heures ! Il faut que je me lève.

Hélène. — Oh! pas encore, mon petit n'homme ?

Jules. — Mais tu sais hien, ma p'tite chérie d'amour, que j'ai rendez-vous ce matin, à neuf heures et demie, à Montmartre, pour des dessins à faire pour un bouquin.

Hélène. — Tu n'as encore le temps, mon p'tit n'homme chéri, et puis tu m'as pas encore embrassée.

Jules. — Si, mais ça ne fait rien. (Il l'embrasse de nouveau.)

Hélène. — Oh! mieux qu'ça ! (Jules l'embrasse.) De tout ton p'tit cœur! (Jules l'embrasse longuement sur les lèvres.) Oh! comme tu n'es gentil !

Jules. — Aussi, je vais me lever dare-dare ! {Il veut mettre un pied hors du lit.)

Hélène. — Oh ! pas encore! Reste encore un peu avec ta p'tite femme ?

Jules. — Mon p'tit loup, je ne demanderais

pas mieux, mais je ne veux pas rater mon rendezvous ; c'est une affaire qui peut avoir une certaine importance...

Hélène. — Te lève pas encore? Reste un tout petit peu avec moi ? Tu prendras l'omnibus pour arriver à Montmartre.

Jules. — Le matin, au saut du lit, je n'aime pas beaucoup à user des omnibus, il fait bonmarcher.

Hélène. — Eli bien! tu marcheras un peu plus vite. Reste encore un peu avec ta p'tite femme pour lui faire plaisir. Nous sommes rentrés tard hier au soir; tu ne dois pas t'être assez reposé.

Jules. — Mais si; je me sens très gaillard, ce matin.

Hélène. — Tant mieux !

Jules. — Allons! allons! pas de bêtises! ne me chatouille pas! C'est bête de me chatouiller comme ça ! Voyons ! voyons ! ma p'tite Hélène, j't'enprie?

Hélène. — Oh! la grosse bête, qui n'aime pas qu'on le chatouille!

Jules. — Si, j'aime bien ça, mais il y a temps pour tout. Il y a des moments où ça ne m'est vraiment pas désagréable.

Hélène. — Alors, en ce moment, ça t'embête?

Jules. — J'tedis pas ça! (Il l'embrasse.)

Hélène, l'embrassant très fort. — Oh î qu' t'es mignon !

Jules. — Oh! là là! oh! là là! Vlà qu' tu recommences! Oh! non, là vrai, c'est pas gentil de me prendre comme ça, en traître.

Hélène. — Lève-toi, maintenant, je ne t'en empêche pas. .

Jules. — Voilà que tu vas houder !

Hélène. — Pas du tout ! Je ne houde pas.

Jules. — Ma p'tite Hélène, voyons, sois raisonnable! J'te dis qu'j'ai affaire!

Hélène. — Mais, je ne t'empêche pas de te lever.

Jules. — Oui, je le sais bien, mais ça va te fâcher, et je ne veux pas me lever avant de me rabibocher avec toi.

Hélène. — Ah! voilà, c'est toi qui me chatouilles, maintenant. Oh! monp'tit homme chéri, que je t'aime! (Elle l'embrasse.) Embrasse-moi, toi?

Jules, Uembrassant. — Ma p'tite femme adorée !

Hélène. — Tu veux te lever ?

Jules. — Non, pas encore, tout à l'heure.

Hélène . — Quand ça ?

Jules. — Tout à l'heure!

Hélène. — J'tevois venir, vilain!

Jules. — A moins que tu ne veuilles pas ?

Hélène. — C'est méchant de me dire ça!

Jules. — Je le dis pour de rire.

Hélène. — Tu es un n'amour!

Jules. — Et toi, un petit n'ange !

Hélène. — Je t'aime de tout mon p'tit cœur chéri...

Jules. — Et moi, de tout mon grand cœur, de toute mon âme, de toute ma chair...

Les rideaux viennent de se refermer ; nous ne pouvons entendre la suite.

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