SCENE PASTORALE
GASTON DE RIOLLES, 35 ans.
ÉLODIE DE MONTAGNON, 20 ans.
Les Montagnon possèdent une splendide propriété aux environs d'Angers. Il y a, ce jour-là, grande fête au château, et dans la serre qui se trouve sur l'aile gauche du parc, assis sur un banc, Gaston et Élodie causent très dignement.
Gaston. — Vous êtes bien décidée à refuser ma main ?
Élodie. — Tout ce qu'il y a de plus décidée.
Gaston. — Cependant, je ferai ma demande, et j'ose espérer que monsieur votre père l'accueillera favorablement.
Élodie. — Mon père ne peut me forcer à vous épouser; il est fini, le temps où les jeunes filles
étaient contraintes d'obéir aux ordres de leurs parents. Je ne vous épouserai pas. Tenez-vousle pour dit.
Gaston. — Voulez-vous me dire la raison qui vous fait me repousser ?
Élodie. — La raison? Mon pauvre monsieur de Riolles, vous êtes modeste. La raison? Mais il y en a des masses de raisons, et je crois que la première vous suffira. J'en aime un autre que vous.
Gaston. — Croyez-vous que cette raison va détruire toutes mes espérances ?
Élodie. — Elle ne vous suffit point ? Vous m'épouseriez, sachant qu'un autre a reçu l'aveu de mon amour? Vous ne craindriez pas pour l'avenir ?
Gaston. — Non, ma chère Élodie. J'ai la ferme conviction qu'avec le temps et un peu de patience, je parviendrai à me faire aimer de vous.
Élodie. — Celui que j'aime, vous le connaissez; c'est même un de vos amis : Robert Miguel.
Gaston. — Un garçon sans le sou !
Élodie. — Mais il me semble que pour votre part...
Gaston. — Oh ! moi, ça n'est pas la même chose. Je n'ai rien, j'en conviens; mais je porte