SCENE CHAMPETRE
GUSTAVE REYBAUD, 17 ans.
YVONNETTE MERCIER, 14 ans.
Sur la crête du mur qui sépare la propriété de M. Reybaud, maire de Lamour-sur-Seine et riche fabricant de meubles du faubourg Saint-Antoine, de celle de M. Mercier, commissionnaire en marchandises de la rue de la Douane, à Paris. Les parcs des propriétés sont bout à bout, et les murs sont abrités par une double rangée de tilleuls, côté Reybaud, et une série de chênes touffus, côté Mercier. Une échelle est appuyée de chaque côté du mur, à un emplacement habituel. Au haut de l'échelle, Gustave (côté Reybaud) ; au bas de l'échelle, YTvonnette (côté Mercier).
Gustave. ■ — Vous n'êtes vraiment pas gentille aujourd'hui, map'tite Yvonnette. Pourquoi q u' tu n' veux pas v' nir pour que j 't'embrasse ?
Yvonnette. — J'ai peur. Je suis convaincue
que papa et maman se sont aperçus de notre amour.
Gustave. — T'es bête! Pourquoi qu'vous croyez ça ?
Yvonnette. — Parce qu'aujourd'hui, en déjeûnant, papa et maman ont parlé de m'envoyer terminer mes vacances à Chàteauroux, chez grand'mère. Et comme je leur disais que je préférerais rester auprès d'eux : « Taisez-vous, mademoiselle ! que m'a dit papa; une jeune fille ) n'a pas le droit de faire des observations, ni de contrecarrer ce que dit son père ! »
Gustave. — Alors, vous allez partir?
Yvonnette. — J'en ai peur!
Gustave. — J'en mourrai !
Yvonnette. — Oh ! ne me dites pas ça !
Gustave. — Mon amour est trop violent. Si vous m'abandonniez maintenant, je sens que tout serait fini.
Yvonnette, qui a monté deux échelons. — Voyons, mon petit Gustave, vous savez bien que je vous aime !
Gustave. — Non, je ne le sais pas assez. Je vous trouve cruelle de jouer ainsi avec mon cœur. (Avec un geste désespéré.) Ah ! tu ne m'aimes pas !
Yvonnette, qui aremonté deux échelons. — Gustave, soyez raisonnable. Vous savez que j'ai