PAR-DESSUS LE MUR
juré que jamais je n'aurai d'autre mari que vous.
Gustave. — Oui, on dit cela ! Mais ce sont des serments qui sont vite oubliés.
Yvonnette. — Vous doutez de moi ?
Gustave. — Oh ! non, mon Yvonnette. Mais je sens que je ne puis plus rester un jour sans vous voir. Si vous partiez, si je ne pouvais plus te voir, comme je te vois tous les jours, je tomberais malade. Quelle situation, ma pauvre amie ! Me vois-tu, couché, grelottant la fièvre, avec le délire qui s'emparerait fatalement de moi ? Me vois-tu, dis-je, au lit, avec mes parents comme seule consolation ? Toi, loin de moi, auprès de ta grand'mère, ne te souciant pas de ma malheureuse situation, ce serait la mort à brève échéance.
Yvonnette. — Ne dites pas cela, Gustave. Ne dites pas cela, vous me fendez le cœur. Vous me rendez malheureuse. Ah ! tu ne penses pas ce que tu dis. Réponds-moi! Dis-moi que tu ne le penses pas!
Gustave. — Alors, pourquoi restes-tu si loin de moi ? Pourquoi me priver de ton baiser quotidien ?
Yvonnette. — J'ai peur.
Gustave. — Peur de quoi ?
Y^vonnette. — De vous aimer trop.
Gustave. — Vous ne m'aimerez, jamais autant
que je vous aime. Moi, je suis fou d'amour. Allons, viens ! Monte les quelques échelons qui nous séparent, ou sans cela j'escalade !
Yvonnette, grimpant rapidement les derniers échelons. — Ne faites pas de folies, me voilà !
Ils tombent dans les bras l'un de l'autre.
Gustave. — Je t'aime, mon Yvonnette, je t'adore.
Yvonnette. — Moi aussi. Vous le savez bien.
Gustave. — Et je vous aimerai toute la vie. Je t'adorerai jusqu'à la tombe.
. Yvonnette. — Ce que vous me dites me va droit au cœur. Ah ! vous êtes bien celui que j'ai rêvé. Le ciel nous a créés l'un pour l'autre.
Gustave. — Paix! Paix! Dégringolez ! J'aperçois vos parents dans le parc. S'ils nous pincent, nous sommes perdus. A demain.
Yvonnette. — A demain, sans faute?
Gustave. — Vous n'irez pas à Châteauroux?
Yvonnette. — Je ferai la malade plutôt que d'y aller. Mon amour est trop grand. A demain !
Gustave. — A demain! Paix! Paix! Vlà vot'père! !
Ils dégringolent rapidement et cachent les échelles dans des massifs de verdure.