SCENE CHAMPETRE
LE PÈRE VINCENT, 50 ans.
LA MÈRE SALBRIQUE, 55 ans.
ROSALIE LAMERLUCHE, 17 ans.
Sur la grand'route deX..., jolie petite campagne située à quatorze kilomètres de Paris ; le pays est très bien desservi par deux lignes de chemin de fer et par un tramway. La mère Salbrique et Rosalie Lamerluche s'en vont à leur ouvrage, elles sont blanchisseuses . Le père Vincent est aux gages d'un maraîcher. Il est cinq heures du matin, à la tin d'avril, il fait un beau soleil ; Rosalie et la mère Salbrique descendent la route, le père Vincent vient en sens inverse.
Le père Vincent. — Déjà su pattes, mère Salbrique ?
La mère Salerique. — Gomme vous voyez, père Vincent ; quand on n'est pas riche, i faut se l'ver à matin pour gagner sa pauv' vie !
Le père Vincent. — A qui qu' vous V dites ?
Et toi, la Rosalie, c'est'i qu' tu vas aussi à t'n'ouvrage ?
Rosalie. — Mais oui, mais oui. J'aurais pourtant pas voulu y aller ô" si bonne heure c' matin : j'ai pas beaucoup fermé l'œil eô" la nuit.
Le père Vincent. — A cause ?
Rosalie. — A cause ed d' ces gens qu'est emménages d'hier dans la maison à ma tante Pinfroid; i's ont pas eu fini leu rangement avant onze heures.
La mère Salbrique. — Qu'estqu' c'est-i, ces gens-là?
Rosalie. — Est-ce qu'on sait?
Le père Vincent. — C'est des Parisiens ?
Rosalie. — Pour sûr ! d' la mauvaise graine l Ça vient s'installer à la campagne tout comme si qu' c'était chez eux, comme si qu' not pays n'était pas à nous qu'en sons ?
La mère Salbrique. — I's ont un mobilier qu'est rud'ment beau, d'après c' que j'ai vu.
Le père Vincent. — C'est possible ! mais faut pas s' fier aux apparences ; y a des gens qu'ont du beau meube : les trois quarts du temps c'est acheté à crédit, c'est pas payé.
La mère Salbrique. — Et ça vient faire des embarras chez les aut' ; ça a l'air de v'nir les éclabousser, d'un air de leur z'y dire : « T'en as