‹ Exposition de tableaux à la plumeChapitre 9 sur 81 · LES NOUVEAUX LOCATAIRES · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX LOCATAIRES

pas d'aussi beaux qu'moi, des meubes ! t'as pas les moyens ! » Et puis ça n'a pas 1' sou dans son porte-monnaie, ça doit à Dieu et au Diable !

Rosalie. — Aussi ma tante Pin froid leur z'y a fait payer six mois d'avance ; i's sont v'nus lui dire qu'i's avaient b'soin d' l'air ed la campagne pour leurs enfants, pour l'été.

Le père Vincent. — I's ont des enfants !

Rosalie. — Trois !

Le père Vincent. — Ça méritepas d'en avoir.

La mère Salbrique. — Qu'est-ce qu'ifontà Paris, ces gens-là ? Gomment qu'i s'appellent ?

Rosalie. — I s'appellent Moreau; le mari est dans les journaux.

Le père Vincent. — Oh ! un journalisse ! Ça doit pas et' quéque chose de propre ! C'est au moins un homme qu'a déjà fait d' la prison !

Rosalie. — P't'êt' ben !

La mère Salbrique. — Quant à la femme, ça m'a l'air d'une pas grand'chose de bon ; elle avait une robe de soie et un chapeau avec des plumes pour arriver ici. Un jour de déménagement, est-ce qu'on s'habille comme ça? Ça doit et' une cocotte, cette femme-là !

Le père Vincent. — Sans compter qu'i sont p't'êt' pas mariés, ces gens-là?

Rosalie. — P't'êt' ben !

Le père Vincent. - G'est-i pas dégoûtant

d' voir nos campagnes infestées par des gens comme ça ! I viennent ici pour donner l'mauvais exempe à tout l' monde, et c'est ça qui veut et' les maîtres d1 la société, c'est ça qui veut nous diriger !

La mère Salbrique. — , C'est t'honteux !

Le père Vincent. — Tout simplement !

Aussi on les aura à l'œil.

La mère Salbrique. — On leur z'y fra tant d' misères qu'i traîneront pas ici. C'est pas d'not' monde, ces gens-là; i faut leur z'y faire sentir.

Rosalie. — Fs ont payé leur loyer d'avance à ma tante, y a pas cl'danger ; on pourra leur z'y faire toutes les misères qu'on voudra, ma tante y perdra rien si i s'en vont.

Le père Vincent. — I faudra bien qu'i s'en aillent; ce sera pain bénit de nous débarrasser de c'te vermine-là qui veut pas laisser la campagne à nous aut'. Elle est à nous, la campagne ; quand on est des Parisiens, on reste à Paris.

La mère Salbrique. — Vous avez joliment raison, père Vincent. J'vous quitte; on va et' en retard !

Rosalie. — Tiens! Faut bien s' renseigner !

Le père Vincent. — Ça fait jamais d' mal. Au revoir !

Les femmes. — Au revoir !

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