‹ Exposition des Beaux-Arts. Salon de 1857Chapitre 5 sur 12 · INTÉRIEURS, PAYSAGES, ANIMAUX, MARINES · texte numérisé non relu

INTÉRIEURS, PAYSAGES, ANIMAUX, MARINES

Si les portraits exposés au Salon n'ont pas le privilège d'intéresser bon nombre de visiteurs incapables d'apprécier le mérite d'une bonne exécution, on peut affirmer qu'il n'en est pas de même à l'égard des paysages, des animaux, des fleurs, enfin de tous les genres secondaires de la peinture, qui sonc^ par leur nature même, à la portée de toutes les intelligences. Aussi est-il bon àe signaler en passant que si, pour la grande peinture, la peinture historique, la distance est énorme entre le mérite des peintres français et celui des artistes du reste de l'Europe, il y a presque égalité de talent entre les» artistes de tous les pays pour la peinture d'imitation, pour les portraits, les paysages, les natures» mortes, etc. Ces genres, dans lesquels on est arrivé de nos jours à un haut degré de perfection , sont les plus cultivés, et fournissent généralement la majo» rite des tableaux qui composent les Expositions. On conçoit donc qu'il nous est impossible de parler de tous ces tableaux qui ont, pour la plupart, des qualités recommandables , et que noui nous arrêtions seulement aux œuvres les plus remarquables en chaque genre, les prenant sans méthode, selon qu'ils se présentront à nos regards.

M. Daucttts, notre premier peintre d'intérieur, n'a envoyé qu'un seul tableau au Salon : c'est la Mosquée de Cor doue ^ entrée du baptistère (695). Cette vue intérieure est peinte avec une grande netteté de ligne et une couleur à la fois puissante et trasparente. La vue pénètre bien sous les voûtes , à travers les colonnes; l'air circule bien au milieu des groupes savamment distribués dans cette antique mosquée si riche d'architecture et de sculptures mauresques.

M. Dewsoire fait du paysage historique, on pourrait dire du rocher historique, puisque ses toiles sont dépourvues de toute verdure et de tout feuillage, à l'exception de celle intitulée: le Christ au jardin des oliviers (730) qui est d'un ton noir et qui manque d'air. Les figures de ce tableau sont d'une exécution plus faible encore que celles de ses autres compositions, Les fureurs d'Oreste (731) et le Sommeil dOreste (733). Le meilleur des six tableaux exposés par cet artiste, est VEcueil (732).

H. Jeanron sait rendre les rochers avec bien plus de talent que M. Desgoffe. Avec quelle vérité et quel charme de couleur il a peint ceux des Environs d'Ambleteusel (1439).

M. Panl Flandrin peut être regardé comme notre premier peintre de paysage historique ; il le traite à la manière du Poussin , qu'il imite parfois un peu trop. Dans son tableau Jésus et la Chana"

néefWM (980), les lignes du paysage sont grandes, la couleur est sévère, le sujet historique bien rendu, les figuras bien dessinées et les draperies ont du style. Mais en dehors du paysage classique, la couleur de H. Paul Fluidrin manque de chaleur et de transparence; elle est sèche et sévère.

M. Vraaçais possède, au contraire, un cjloris qui conserve même du charme et de la chaleur lors*qu'il peint une belle Journée d'hiver (1052)- Ce tableau est pour nous le chef-d'œuvre de ce maître, qui a encore montré la puissance de sa couleur, la richesse de sa palette dans u ne Etude de &utsson(1053) et surtout dans cette charmante toile: Souvenir de lavalUe de Montmorency (10S4>).

M. £oais Garnemy, Tun desmeilteurs peintres de marine, compte quatre tableaux au Salon; ce sont: Le Naufrage d^une galiote hollandaise démâtée sur la côte de Norwège AlSt^ — Vv^ du canal de Fumes ^ Belgique /'Hââ^. — Pêche d*un flétan dans la mer du Nord (ii^^), et la Vue du château deSmyme{ii^li), Nous nous somines surtout arrêté au naufrage de ia galiote , où la tempête et la fureur des flots sont rendues avec beaucoup de vérité et de talent.

M. Coarbet est un artiste de talent, mais d'un talent qui réside plus dans la main qu'au cervaftu ; en terme d'atelier, 11 a de la pâte. On prétend que les peintures bizarres qu'il a exposées, il les a faites

tout exprès pour attirer rattention et répandre son nom dans le public. Si c'est un moyen , il a parfaitement réussi; mais ce renom là peu d'artistes le rechercheront, et il est temps que M. Courbet devienne plus correct, plus sérieux. Pour nous, nous n'avons jamais ajouté foi à ces prétendues manœuvres» à ces calculs; nous pensons que cet artiste peint comme il sait, car nous retrouvons toujours et partout dans ses ouvrages les mêmes défauts et les mêmes qualités. Ainsi, son ridicule tableau: Iss Demoiselles des bords de la Seine ;620), manque de perspectif et les figures sont laides, plates et sans modelé. Les mêmes défauts de perspective et de dessin se re* trouvent dans son meilleur tableau , la chasse au chevreuil dans les forêts du Grandr-Jura; la curée (621) ; les chiens y sont beaucoup trop grands pour les deux hommes, dont Tun, celui qui donne du cor, est petit comme un enfant. Mais ce tableau est d'une couleursolidû et largement touchée. C'est là la véritable, la seule qualité de M. Courbet. Est-ce assez pour être et surtout pour rester un peintre célèbre? Nous ne le pensons pas. Nous engageons cet artiste à se méfier de la camaraderie qui n'a pas peu contribué à égarer son talent.

M. Caliat se montre un peintre aussi habile que cottciencîeux dans les deux petites toiles qu'il expose: Les bords de laSeineàCroissy (i22) et Vile de Croissy (423). Les lontains sont d'une très grande finesse de ton , et le feuillage du premier plan est étudié et rendu avec une conscience rare.

[. F. de niercey est aussi un paysagiste dont la couleur a du charme. Sa Vm d'Edimbourg (1908) est vigoureuse de ton , la perspectif bien sentie ; et son Etude de paysage (1909) rappelle, par la finesse des détails et la chaleur du coloris, le beau lableau de cet artiste qui fait partie de la galerie tlu Luxembourg.

M. Zlem n'a que deux tableaux, mais ils sont d'une puissance de ton et d'une harmonie bien rares ; peu d'artistes possèdent une palette aussi riche, une exécution aussi franche, aussi facile. La Place de Saint Marc, à Venise, pendant VinondOrtion (2715), est une peinture d'une grande vigueur et d'une gamme on ne peut plus brillante. Mais c'est dans sa Vue de Constantinople,à la Corne d*or, que M. Ziem a réuni tous les trésors de sa couleur, d'un éclat et d'un effet magique.

ni. Giraud (Charles), l'un des compagnons de S. A. L le prince Napoléon dans les mers du Nord, a rapporté une étude faite d'après nature, et diaprés laquelle il a peint le tableau exposé représentant une Pêche aux phoques (1189). Cette toile est supérieure à l'étude dont nous parlons et que nous avons vue dans les salons du Palais-Royal; les reflets sur lumière sur ces immenses blocs de glace sont ici plus chatoyants, plus brillants, plus nacrés et les figures d'un dessin plus arrêté. Vintérieur d'un salon de la princesse Mathilde (1 188) a moins d'éclat. Peint par un temps sombre, l'artiste n'a pu faire étinceler un rayon de soleil sur les ri-

cbes étoffes» lés lOBtres et les mille objets d'art et d'élégante fantaisie qui ornent ce salon.

M. DauMi^jr a un succès mérité, surtout par son tableau représentant la Vallée dOptevoi (689); il est admirablement peint et d'une vérité de ton qu'on ne retrouve plus au même degré ni dans son^ Soleil couché (690), ni dans sa Futaie de peupliers (691), ni même dans sa belle toile le Printemps (688), si remarquable d'exécution.

H. Terlats*est payé la fantaisie de peindre, sur une toile immense, des cbevaux et un tombereau cbargé de pavés, Nous n'avons pas à examiner s'il a eu tort, s'il placera ou non un tel tableau ; c'est son affaire et non la nôtre. Ce que nous devons voir , c'est s'il a réussi à bien rendre son Coup de copier (2616). Ses gros percherons, plus grands que naturo, sont vigoureusement dessinés ; le mouvement du cheval de trait est bien saisi, il tire à plein collier ; il en est de même du timonier qui est plein d'énergie.Quant au charretier ,son mouvement est juste et son type nature. Ce doit être un portrait. Les artistes de bonne foi, qui savent oe qu'il faut de talent pour remplir avec un certain mérite une toile d'aussi grande dimension, rendent justice à l'œuvre de M. Verlat.

M. Rousseau (Philippe) est un auf^re peintre d'animaux d'un talent fin et spirituel qui n'a pas moins de dix tableaux à l'Exposition. Le Déjeuner (2336), Bi^igmtùm et Impalience (2331) , et

sartout le Rat de mile et le Rat des champs (2337) sont de charmantes compositions auxquelles nous préférons cependant, comme couleur et comme facture, l'intérieur de cuisine avec gibier et légumes (2329).

M. Rousseau (tiéon) peint les animaux sur une plus grande échelle que le peintre précédent , son parent ou son homonyme. Sa Nature morte (2325) est un trophée de chasse groupé avec goût et largement peint ; la couleur est vraie et solide.

M. Rousseau (Théodore) n'est pas le moins distingué des peintres de ce nom. Paysagistes de réputation, il a envoyé six toiles, parmi lesquelles nous avons principalement remarqué les Bords de la Loire au printemps (2338)^ où le feuillage est peint avec beaucoup de légèreté, où Teau est d'une grande transparence.

M. Saint- Jean est sans rival pour l'imitation des fleurs et des fruits. Quoi de plus joli, de mieux peint que son Panier de fraises renversé (2374) l que ses Melons et framboises(2BlSi) ! que le Bouquet dans les bois (2377) ! et de plus riche^ de plus diaphane de ton que les feuilles du Raisin en espalier (2376) qu'un soleil splendide vient dorer [

M. Ourrié (Justin), autre excellent coloriste, nous fait voyager sur les bords du Rhin. Voici Rolandsech et Draekenfels (2Q27), Boppart, près Co*

blents (2028), Traibach-sur-lorMoselk (2026), et V Entrée de La Haye par le canal de Ryswick (2029). Ce dernier tableau se distingue essentiellement par Vharmonie du coloris, la finesse des tons de Teau et des lointains.

Ht tftdemoiflelle Leiicayrr, qui s'est fait un nom comme peintre de chevaux et d'animaux, a exposé deux tableaux : une Nature morte (ilkk) et un paysage historique représentant VEnlhement de Madame de Beauhamais-Miramicm (1743). Celle dame profite d'qjn passage embarrassé de la forêt pour sauter à bas de son carrosse et échapper à ces ravisseurs, mais elle est bientôt découverte par les cavaliers qui la cherche. Le sujet est rendu avec clarté, les figures sont bien dessinées, le cheval blanc du centre du tableau est peint comme sait les peindre cette artiste d*un talent tout à fait viril et varié, car le paysage est touché avec une habileté qui dénote des connaissances et des études spéciales.

M. 9aint-f rançois est un paysagiste qui ob-^ tient ses effets sans fracas, sans tapage de couleur ; il impressionne parla vérité, la simplicité, la grandeur des lignes. Ses Pierres druidiques (23Ï2), restées debout comme une armée de géants pétrifiés, donnent à ce paysage un aspect des plus impo^ sants. Le ton sévère du coloris et le jeu des ombres savamment ménagé concourent puissamment à Teffet solennel de ce tableau, que nous préférons

aa souvenir d'Afrique du même artiste: l$8 Gourbis (2371).

M. PorteTln, que nous voyons pour la première fois figurer au livret des Expositions, débute par un effet de lumière très difficile à rendre. C'est un grand salon éclairé seulement par le feu d'une vaste cheminée , telle qu'on en voit à Thôtel de Gluny. Les habitants du château font cercle autour du foyer et écoutent sans doute le récit de quelque légende. Quoiqu'un peu noir comparativement aux tableaux qui Tentourent, cette tojje laisse voir jusqu'aux moindres détails; la tête du châtelain, celle de la châtelaine sont natures et bien modelées ; l'effet de lumière et d'ombre portée est bien rendu.

Recommandons encore à l'attention des amateurs les magnifiques paysages de M. ÂivAsovsi^i : IHiwr dans la Grande-Russie (43), les Champs de blé de la Petite-Russie (14), les Steppes de la nouvelle Russie, au coucher du solHl (15), la Côte méridionale de la Crimée (16) ; — G^ aua? environs de MontoiTe(kik,), par Al. Bfrssa^i ; — Unne d'émoukurs dans lavaUée de la Margeride^ près de Thiers (1*201 ) , par M. GiBODx; — Vue prise à, Champigny (996), par M. Flbrs ; — Vue prise à Saint-HUaire^k- Château (51), par M. àhorb ; --Souvenir de Villed'Avray (598), par M. CoaoT; — La Chasss (1323) et Glaneuses à Chambaudom (1322), par M. Hb- DomN ; — Les Vacheresses, prèsdeMaintenon(iW9) » par M. Fort; — Le Lac de Gsnève à Vevey (669),

par H Dagbtan ; — , Vaches à Vabrem^riinS),^ . par M. Girardbt; — Vue (fe, Jouton (19$8),. pçir M. IVIorel-Fatio ; — Les Sept péehés capiiauz ^ (1413), par M. Jadin ; — La Porte d'entrée 4upar laisdiical, à Fenwe (5599),. par M. Van Moer.; — , Chercheurs d'écrevisses (1310), par M. Haqlp.j^qnibs ; La Ferrne à Chars (1538), par M. Lambi/vex ; — Vallon à la Roche-Bernard (2532), par M. Thuil- LIER ; — Intérieur de V église J^otre-Dame, à Munich (1862 bis), par M. Mathieu;— Fa/^ de Royal (1569), par M. Lapito, etc., elc.

Page 1