EN MÉDAILLES
Nous avons des» premiers signalé, dans notre revue du Salon de iSZ^, la voie nouvelle, progressive, ;âe la statuaire française ; nous avons montré ses tendances à se. débarrasser de la i:outine pour se pi:éQCCuper davantage de la vérité dans Fart, et depuis, nous n'avons cessé, d'applaudir à ses efforts pour, n'étire pli^Si une maladroite, une froide copie ou même un. surmoulage des statues de Tantiquité grecque ou romaine ; nous avons prouvé que.c'était à David (d'Angers), à son école continuée par Rude, qu'on était redevable de Timmense progrès auquel estarrivéTart plastique et de ses tendances à abandonner la forme de convention, le chique, le poncis académique, pour se livrer à l'étude de la nature, et la rendre, non avec ses laideurs accidentelles, mais dans toute sa beauté, dans toute sa grandeur, dans toute sa puissance d'expression. Ces tendances si logiques, qui se produisaient plus ptdséàmment à chaque exposition , étaient combattues par rin^« tut , alors composé d'artistes d*ane autre époque ^ d'un âge tropls^vancé pour changer de manière de faire et adopter les jprincipeâ d'une ééble nouvelle. Mais, depuis vingt ans, le personnel de TAcadémie des Beaux-Arts s'est presque entièrement renou-
Veté, et aujourd'hui, à part un ou deux de ses menri'^ bres impuissants à suivre le progrès , et que , dans le monde artiste, on considère comme des prati^ ciens plutôt que comme des artistes , comme des exécutants, des plagiaires, plutôt que comme des génies» des créateurs » à part, disons- nous , ces deux ou trois sculpteurs de T Académie , dont nous apprécions d'ailleurs le talent de métier, nous constatons avec plaisir que la presque totalité des sculptures exposées est dans la tradition de^ Técole du progrès. Llnstitut y est représenté par MM. Duret et Dumont qui marchent avec l'époque , bien que leurs œuvres n'aient pas le degré de vérité et d'originalité qui caractérise celles des deux chefs de l'école moderne, Rude et David (d'Angers).
Feu Rude, que nous regardons comme le plus grand des statuaires du siècle, parce qu'il a tout à la fois la grâce et l'élégance dePràdier, l'énergie et la vérité du modelé de David (d'Angers) > les qualités de ces deux maîtres sans en avoir' les défauts , Rude a laissé en mourant trois figures en marbre qui sont exposées, et par lesquelles nous ne saurions mieux faire que de commencer notre cOmpterendu de la sculpture •
tiébé et l^ Aigle de Jupiter , groupe en marbre (3095), est une composition gracieuse de lignes et de contours ; la tète d'Hébé est charmante, 1 es formes sont élégantes mais vraies ; on voit qu'elles ont été modelées d'après nature et. non pillées de l'antique. De même, sa statue en marbre, l'Amour dominateur (3096) , a un cachet nature , quoique
"d'un dessin fin et cbrreci/^Dàhs cette composition allégorique et philosophique , Tartiste a voulu représenter rAraodr* dominant lé monde, et voici 'comhient, dahsuhé lettre,' il expliquait lui-même ^on sujet : tf lé place l'esprit au milieu de la ma- » tîère; cette petite figure allégorique que nous ap- » pelons Amoui' , ét'que les Grecs regardaient » comme le plue ancien de tous les dieux, ce génie ■)) féconde toute la création. Je figure l'eau toutau- » tour de là terre f les oiseaux représenteront Tair ; » le feu sera le flambeau. Je tâcherai de décorer, D sans prétention ni confusion , la terre et l'eau ; » des poissons, 'des coquillages pour celle-ci ; sur » le promontoire, des fleurs, des petits reptiles, en- » fants de la terre. Un serpent faisant le tour de la » plinthe terminera cette composition par larepré- Y sentation de l'éternité. »
Cette statueest une belle étude d'adolescent ; la •• téteest jolie, coiffiéeavec goût, et l'expression a de la -fierté sans arrogance ; la'poâe est noble» simple et .naturelle. lifais le morceau qui nous a le plus im- ' pressionné^c'est un fragment, un buste à mircorps -4^un Christ en croix (3(y97). Nous ne connaissons -rien de plus beau, de mieux compris, de plus biblique. Quelle belle nature et quel admirable modelé!
H. Daréi, qui occupe la première plaoe parmi les statuaires depuis que la mort nous a enlevé Rude et David (d'Angers), M. Duret a exposé deux fort belles statues en marbre que l'on dit destinées au Théâti*é-^Francais. L'ùlïe, représente la tragédie , l'autre , la Comédie , sujets bien souvent traités ,
-mais qae l'artiste a su rendre d'aune maoièi^e neuve par le goût exquis de ragenceçient desidraperies, la beauté des formes et le fini de rexécuiîon; Cependant ,.nous vou^riaqs ' un peu pla« de finesse dans les traits de là Comédie, u^n- peu plus de malice dans Texpresdon.
M. Dmnont tient, avec M. Dur^t, le haut rang dans la sculpture ; il n'a qu'une , saule jQgure à l'Exposition : c'est la statue en brome du maréchal Suchet, duc d'Albuféra, destinée à la ville de Lyon (2870). La pos^ du maréchal est simple, et pourtant elle annonce l'énergie. Cette statue est modelée avec le talent et la conscience que cet artiste met dans tous ses travaux.
M* Perraud expose Tune des meilleures sculptures du Salon de Î85T ; elle est intitulée : Enfance de Bacchus { 3050 ), groupe en plâtre. Un vieux faune est assis sur un banc formé de trois pierres enlacées de lierre ; il tient debout sur son épaule un enfant , lé jeune dieu Bacchus , qui;s anmise à tirer la longue oreille du bon vieux fauna> qui rit des espiègleries de son élève. Dans ce joli groupe, le faune attire plus particulièrement > l'attention ; -c*est une fort bonne étude de vieillard f^ite d'après nature. Si, dans l*exécution en marbre, l!artiste sait conserver au modelé dé cette figure le sentiment nature qu'il a donné au plâtre, nous lui prédisons les plus grands succès pour la reproduction «de -son groupe.
M. Haumas compte trois ouvrages remarquables. La statue en pierre de Jean de Gauthier ^ fon^ dateur de V hospice de laCharité à Toulon (2333)» est exécutée avec la facilité que possède cet.excellent élève de David (d'Angers), dans les œuvres duquel on retrouve parfois les défauts d'ensemble du mai^ tre, mais aussi ses plus brillantes qualités. Sous le rapport de Fensemble , nous préférons sa figure d^ Aurélia Victorina^ princesse gauloise tumommée la Mère de camps {2SSV). La pose de cette femme a de la dignité, son expression de Ténergie ; les draperies, cette fois, ont du style et sont très étudiées. Nous ne reprocherons à cette statue que le mouvement de la jambe gauche qui n'est pas heureux . Enfin, dans son Étude de ch&cal (2835), M. Dau-^ mas rachète les fautes d'ensemble qu'il a commises dans celui qu'il a exécuté au pont d'Iéna. En effet, nous n'avons que des éloges à accorder à cette étude en plâtre ; ce cheval est parfait de modelé et de mouvement.
M. lie^nesne a exécuté en marbre blanc la statue d'un Soldat mourant (2986) d'après une acquisse de Pradier^ dit le livret. Est-ce bien d après une simple esquisse ? — Oui , Pradier faisait ses modèles bien plus nature que n est modelé ce guerrier grec. Cette figure est exécutée avec beaucoup de talent, mais nous la voudrions moins imitée de l'antique. Nous félicitons M. Lequesne d'avoir changé de méthode pour sa statue efh plâtre du maréchal de Saint-Arnaud (2987) . Cette figure est d'un modelé très Vrai.
M. inilet comprend qu'on peut avoir du style» avoir un dessin correct sans faire du pastiche apti^ que. Sa statue en marbre représentant Ariane (3016) est une composition gracieuse sous tous les aspects. Les formes sont belles , le luodelé gras et vrai. La tête, coiffée avec beaucoup ^^e goût, est jolie ; elle exprime bien le profond chagrin d'Ariane, l'accablement que lui cause son abandon. Cette statue est une des meilleures du Salon.
M. OUIn est, comme M. Millet, élève de M. David (d'Angers) On s'en aperçoit à Ténergie, à la fouguo de la composition du groupe en bronze qu'il expose : Chasseur indien surpris par un boa (30&3)v Le mouvement du chasseur est très hardi et bien senti ; la tête a du caractère. Nous trouvons iseule* ment que le boà semble se prêter un peu trop comme point de mire, qu'il pose tout exprès en ouvrant la gueule pour recevoir la flèche que Tlndien va lui envoyer. Cet artiste a encore ei^posé un charmant petit groupe en marbre sous cette désignation : Jmne Fille portant un vase (3041»]. Le mouvement du tors est joli, les lignes sont gracieuses; mais les enfants placés aux pieds de cette jeune fille sont peut-être un peu trop petits, surtout celui de droite.
M. Oubray , après avoir obtenu un délai de Tadministratiou, est enfin parvenu à termineï* et à exposer la statUje en marbre de YJmpératinice los^ p;it?ie (2865), destinée à la ville de Saint-Pierre-
Martinique. L'artiste a fait quelques modifications à son modèle en plâtre, dont nous avons parlé, il y a un an, lors de l'exposition de l'Agricuiture. Cette figure a gagné dans rexécutîon en marbre ; e>le a bien la grâce, la noblesse et en même temps la simplicité qui distinguaient Joséphine. Quant au petit bas-relief en bronze qui orne le piédestal et qui représente le Sacre de l'Impératrice Joséphine (2866), la distance qui nous en sépare est trop grande pour que nous puissions apprécier ses qualités artistiques. Il n*en est pa& de même heureusement du petit modèle, en plâtre bronzé, de la stati^ du sculpteur Clodion (2867), exécuté en pierre pour le nouveau Louvre. Ce modèle est franchement touché ; il y a de Taisaiice dans la pose, du guùt dans TageDoemeBt des vétemeAts et des accessoires ; la tète a de la physionomie et les formes soot aveltes., élér gantée.
M. CMHMifii n'ft pa» v^ulu suiifi^el^or&ière battue par tant de se& confrères ; V' a voulu ê^ lu) et c'est un mérite dont 11 M faut ten)r> compte- m jugeant sa sUUueen mavbr» de Psyché (2770). Nous croyons que^ sans feupe de pastiche» M*. €almete aurait pu trouver un type, une nature plue en rapport avec le caractère, avec le tempérament que la mythologie nous fait concevo.r de Psyché. Cette observation faite, nous louerons cet air^ste^sur la finesse, la vérité dC' son modelé , que Ton retrouve égaler ment dans la statue en marbre de VenfaaU de M. Sanchez d'Agveda (2771), et dans le frusie eif^ plâtre de madame Foumier, née Delphine Bartm (2772).
M. 1! Ii0iiia« expose son Orphée, Uatue m mc^r* bre (3111)^ que nous avons vu parmi l«s eavois de Romr*, il y a deux ou trois ans^ à TËcole des Beaux* Arts. Elle fut aJor^ l'obfet de critique peut-être un peu trop sévères ; on lui reprochait de ressembler par trop, et comme poseet comme forn^s, à la statue antique dite le Gertnanicm, Depuis. M. Thomas a revu son marbre, il l'a beaucoup travaillé, car les formes roadi^sde son Orphée sont aujourd'hui d'un modelé plus fin . plus niaturè^ Un bas-relief éti plâtre du même artiste « témoigne de cfOn goût pour l'antique ; il représente un Soldeit Spartiate qu'on rapporte à sa mère (3114.). Les méplats de ce basreliefs sont parfaitement sentis ; les figures ont du style, à Texceplion de la tète du soltiat tué qu'il faudrait refaire entîèfeikient.
M. liechesiie a envoyé cette année deux gi^iipes en bronze dont le sujet est tiré de ces deuic v'ets:
« Dieu seul a droit sur toiit ce qui respire.
> Ne pouvant rien créer, il ne faut riea détruire. »
. Dans les deux groupes, ce sont deux Jeunes dénidkeuts d'oiseaux qui sont en seène. — Ici, l'un deé deux gars tient déjà le nid qu'il est forcé de laisser tomber avec les petits, pour garantir ses yeux des coljps de bec des deux oîseatix qui l'atiaquîent, tartdis qu'un iserpertt sorti des broulssaiilès Veut moràt*6 Tautire gàrs ^tjul le èaisit d'unti main dont la torcé est doublée J>ar le danger. — Là, nos dé-
^^..r -bJ-
nicheurs ont abattu un nîd d'oiseaux, ils ont tué les petits qu'il contenait, ainsi que le père e( la mère, mais un serpent s'est enlacé à la jambe de Vun et le mord affreusement. Ces deux petits drames sont assez bien rendus ; il y a du mouvement, de l'effet, mais les nus demanderaient un peu plus -d'étude.
M. Gruyère (Théadore-Charleft) n'a qu'un seul ouvrage : c'est Cka^ctds <m tombeau d'Atalay statue en marbre (W^) d'un beau sentiment et d'une grande expression. Cette figure est une bonne étude consciencieusement exécutée.
M. Roliert (Elias) s'est souvenu de la Diane de Houdon, en composant sa statue en brome de la Fortune (3075), mais le bronze de Houdon qu'on voit au musée du Louvre est plus nature que celui 4ont nous nous ocpupons. Néanmoins^ cette figure est jolie, elle s'élance bien. — Les quatre groupes de Cariatides^ destinées à la façade de l'Académie de musique de Philadelphie, sont des compositions subordonnées à l'architecture et sur lesquelles nous nous arnUerons peu. Nous dirons seulement que les draperies sontagencées avec goût, et que rarti:>te a su varier le caractère des têtes.
M. Husiieniii expose un groupe en marbre:
Jésus au jardin des Oliviers (2942) et une statue en plâtre : La chaste Suzanne (2943). Le groupe en marbre est travaillé avec la facilité, l'babileté qu'on
reconoatt à cet artiste qui a bit un peu son po)rùrait dans ia tête du Jésus, ce qui n'empêche pas qu'elle soit assez dans le caractère adopté pour le Christ. Il règne dans ce groupe un sentiment de tristesse qui impressionne. Nous sommes moins satisfait de la statue la ChaMe Suzanne dont le mouvement ne s'explique pas, car vu Tabsenco des deux vieillards rien n*indique que ce soit là une Suzanne surprise au bain. Quiconque rie consultera pas le livret croira que cette staHie représente une femme qui,, dans un accès de désespoir, va se précipiter du haut de.quelque muraille.
M. BonnalTé n'est guère plus clair dans la statue qu'il a exposée, et après avoir consulté le livret, nous avons encore moins compris ce quQ cet artiste a voulu exprimer. Une femme entièrement enveloppée, y compris les bras et les jambes, dans une draperie mouillée qui colle sur toutes les parties du * corps, danse, avec un certain geste moderne, la tête et le haut du corps penchés en avant. Quel est ce sujet, nous sommes-nous demandé ? Est-ce une
bayadère, une naïade, une baigneuse en gaîté?
Nous ouvrons le livret et nous lisons : <t Belle de nuit; statue, marbre (274.6). » Qu'est-ce qu'une belle de nuit ? Pourquoi plutôt une belle de nuit qu'une belle de jour? Qu'est-ce qui indique la nuit dans cette statue où l'on n'aperçoit ni flambeau ni lune? Nous avou(|^s n'y rien comprendre, et nous regrettons que cet artiste ait dépensé sou talent dans une pensée aussi bizarre qu'insaisissable.
M. Cabnchei se distingue^ cette année^ par uir beau groupe en marbre représentant 5at9iîS Vineerié* de-Paule (2763), tenant sur ses genoux un tout jeiiiïe enfant et faisant drre la prière à un autre ofph^in qui est à ses côtés. Cette intéressante composition est exécuté avec talent et une grande conscience.
M. Triqueti n*a pas moins de sept morceaux de scult)ture.au Salon. Nous ne nous occuperons que d'un seul, les autres étant très faibles de conception et d'exécution. Sa statue en marbre représentant le Jeune Edouard VI^ roi d'Angleterre, élVrdiant les Saintes Écritures (3119) , est d*un sentiment simple , nature , et ce grand lévrier qui s'appuie côlineméiit contre le dos de âoîi maître, est une idée originate. Cette petite flgUre est agencée avec goût et finie avec soin.
Mv Chatnbnril a trois statues en marbre : Un Bacchus (2787) et une StraUmice (2788), nui sont deux pastiches de l'antique , d'un, modelé rond et sans caractère, et VAmiour enchaîné (2786), composition qui n'est pas neuve, mais dont la pensée est toujours originale: Ici le modelé a plus de couleur que dans les deux figures précédentes ; te mouvement de l'Amour, qui foit des efforts pour se débarrasser des guirlandes de fleurs qui l'attache au piédestal qui supporte ledie^ Faune, <^ fiiouvement, dijons-nous, est bien senti et ce pauvre petit Amour fait une petite moue cbarmante*
M. 14919^^ a envoyé un petit groupe en oaarbre qu'il intitule : la Convalescent^ (299i4-). Cette jeuoa fille, assise sur les genoux de sa mère, n'a rien d'amaigri ni de maladif, et Ton pourrait dire ici, comme au vaudeville : « La mère et Tenfant vont bien. » Néanmoins, ces deux figures sont gracieuses; elles sont exécutées avec un soin exlrème ; (a tête de la mère est d'un joli C8ra,ctère et les draperies sont d'un bon style. S^ statuette ei\ ip[)arbi!?e ^\ne J^une Filh(W9S) 9i égiVeiii^^it gne jolie tête, m^is |a dr^e pe^ie n'est p»s d'un agencement heureux.
M. R^miis expose aussi un petit groupe en marbre dont ridée est heureusement traduite. Ib$ MargtierUbs (3069), tel est le titre de ce groupe composé de deux jeunes Allés qui effeuillent la iûairg^»e;rite, cet or^e di^s amour$. L'une est h^ui^eusei, car sa marguerite a dit ; pmsiomdnk^t, tandjis. que sa compagne est accablée sous un terrible : pa$ àti toutL Cm petites figuceç» syoat j[Qli6à«et.gfïtcieu8efr.
M. Beine«miiy n'a-t-il pas copié par trop (a Vierge de Murillo dans sa Vierge en marbre, Mnfer Chriêti (SS^T) ? Il a été mal inspiré, car la transparenee des- couleurs pepmet des choses impossibles eft seulpt4>Fe, et lies draperies, qui n'ont rien de choquant dans ]tturi>k)>, sont îei d'un lourd écrasant. L'finfantiléHUS est Irien , mai$> la.téte de l{a.VieDge n'est r>î jolie, ui^dansleG|ractère« En général, lasoulptuvQ de M. Qemesmay manque de finesse de miideié; il. nous en fournit la preuve dans le Buste en immbre
du général comte Morand (2848) et dans celui du général duc de Rovigo (2849), d'une exécution lourde et floue, où l'eau forte à joué un trop grand rôle.
Mme liefèvi^e-Deumier est, de toutes les dames qui s'occupent de sculpture, la seule qui sott véritableïnent artiste; les autres ne sont que des amateurs dont nous ne nous occuperons point. Déjà, aux expositions de 185tet 1853, nous avon& eu à signaler de beaux bustes de cet artiste. Cette année, Mme Lefèvre-Deumier aborde courageusement les difficultés de la statuaire ; elle expose une figure d'étude d'un joli sentiment et d'un modelé nature. Sans vouloir chicaner, nous deoiandons à l'auteur pourquoi avoir désigné cette statue en marbre sous le titre de Virgile enfant (297T), quand aucun signe ne le justifia? Après cette observation, nous citerons encore deux bustes, celui de M, le général Paixhans (2979) et celui de M, Le F. D. (2980) y où l'on reconnaît la touche de l'ébauchoir si franc et le modelé si nature du talent de Mme Lefèvre-Deumier.
M. Honiasny compte six sculptures au Salon :
une statue et cinq bustes. Saint Louis, roi de Fra/nce (3020), est une statue en marbre d'un caractère simple et religieux; là tête, moins laide qu'on ne la fait ordinairemeiU;, est cependant ressemblante, et les draperies sont largement moddées;
M. CiraUoiMkl à'Gst inspiré de ces vers :
« âk pfeosée est au ciéU aa séjoitr qu'elle espère^ » fit son chïeùi son ami, sbn compagnou sur terre^ h Fiie instinctivement;, et promène ses yeux, i Sur son regard perdu qui s'enfuit vers lès cieai. n
Et il a composé- son groupé eu msirbre intitulé : La Pensée ei l'Instinct (2920). Ce titre paraît un peu prélentieut pour être appliqué àcette jeune paysanne dont la tête n'exprime aucune pensée. Le véritable mérite de l'œuvre de M. Grabouski cotisiste dans la par&ite exécution du nnarbre et dans ia viérité du modelé.
M. Verftjr a été chargé d*ô*écuter ufte stftluè en bronze représentant le Braire CHlitm (3158), destiné à décorer la placé de l'hôtel de ville à Avlgnottiv Cette figure est d'uù aspect satisfaisant. la pose a de la tioblèièse, et la tête un air de franchisé el de* bravoure qui Côtivîent bien au personnôgéi
M. Ompiery expose son groupe en marbre :
U retour de Venfant prodigue (â933), dont tipus avons déjà apprécié .le mérite dans notre compterendu de Texposition des envois de Rome à l'école des Beaux-Àrts. Nous disions^ dans UEurope artiste du 12 octobre 1856 : « Cette œuvre, d'un pensionnaire de cinquième aimée, est d'un sentiment froid^ mais rëxéoûtioit du m&rbreeso soignée; la tôte et les mattë du Vieîflard sont modelées aveo talent. »
M. VeAboenlIi n'a envoyé qu'une sculpture; c'est un bas-relief en pierre représentant l'Architecture (2B51). Cette composition est conçue dans le style monumental et son exécution est bien entendue de bas-relief. La pose de cette figure est gracieuse et le tors élégant de forme.
M. Leltarivel-liaroelier, sous ce titre : JE^tre et Paraître, nous montre, tlans une statue en plâtre (2982), une des situations si pénibles et si commu-* nés de la vie : avoir le cœur navré de chagrin et montrer au monde un visage souriant. Quiconque a souffert en silence,, quiconque a eu la force de cacher ses misères sous des dehors heureux, sous un sourire, ne pourra s'arrêter devant celte statue représentant une jeune et belle femme cachant ses larmes derrière le masque qu'elle tient à la n^in, et dont le fou rire contrasté avec le sentiment douloureux exprimé sur les traits et dans la pose de cette charmante figure. Tout est vrai" dans cette œuvre : expression et modelé. Le mouvement du dos est très joli et les draperies sont largement touchées. Cette figure est bien supérieure à VEcce anctlla Domini, statue en marbre (2981) exposée par le même artiste.
H. Schpofler expose aussi une figure en plâtre d'un sentiment mélancolique et sympatique ; i^ rintitule : La chute des feuilles (3101). Si nous ne nous trompons, cette figure doit être un portrait;
la tête est très expressive; elle est, ainsi que leâ draperies, d'un modelé large et vrai.
M. Vrlsoii a fait une des statues en plâtre les mieux étudiées de l'exposition de sculpture. Sa leunt Fille à sa toilette (2902) est une gracieuse composition qui ne pourra que gagner encore à être reproduite en marbre. La tête est jolie, bien coiffée; les formes sont élégantes et d'un modelé
nature.
M. Caudron a également exposé une bonde étude de femme nue qu'il désigne ainsi : Le Réveil, statue en plâtre (2Y82). Le mouvement, quoique très vrai, fiiit penser à autre chose qu'au réveil; mais cette figure est d'un dessin correct, le modelé fin et vrai.
M. Robinet a voulu, comme chacun de nous, essayer cette admirable image du Christ ; presque tous les sculpteurs modernes ont tenté de modeler un Christ, mais bien peu ont réussi. Le Christ en Croix (3083) de M. Robinet est un plâtre bien exécuté, mais d'une nature un peu trop forte, trop puissante : la nature du Christ était douce, aimante, mélancolique, plutôt que vigoureuse et athlétique. Néanmoins, la tète est bien dans le caractère; elle a de l'expression. Nous signalerons enpore du même artiste un beau buste en marbre. Portrait de Mme Emile de Girardin (3084), d'une très grande ressemblance et d'une bonne exécution.
M. BHou est I auteur dune statue en plâtre (2757j» celle de L* abbé Haûy, minéralogiste ^ mort en 1822» La pose de cette figure est simple, naturelle; la tête est d'un sentiment naïf et les vêtements largement modelés.
M. ChatrouAse a envoyé deux charmants groupes en plâtre. L*un représente ta Séduction d* Héloïse, eKV'duire le Dernier adieu d'Abeilardà Héloïse (2792 et 2793). La première de ces conlipositionsest gracieuse et remplie de sentiment. La seconde est moins heureuse et l'exécution inférieure. Héloïse nous p irait un peu petite comparativement à la n)ême figure du premier groupe, et à celle d'Âbeilard.
M. le comte de Notent fait de la âculpture comme un véritable artiste. La statue en plâtre : Réoerie au bord de la mer (3038), est une bonne figure. La tête est jolie, la pose simple et gracieuse. Son buste en marbre. Portrait de Mlle A. de N,, est bien modelée
M. Bositto a modelé, dans le style académique, un AjaXy fils d'Oïlée, qui se recommande {$ar rénergie du mouvement et la science anatomique. Cette statue en plâtre, d'une proportion plus forte que nature, est modeléo avec talent et tout à fait dans la goût des envois de ftome.
M. iau^nsemi expose une fort belle terre
cuite. ^ G est une petite statue de Lesbie (3099) agaçant une perruche posée sur son épaule.
Cette composition est on ne peut plus gracieuse ; Lesbie est jolie et drapée avec beaucoup de goût.
M. Gnillaunuie a envoyé, à l'Exposition, les modèles en plâtre des bas-reliefs qu'il a exécutés en pierre pour Sainte-Clotilde. Ces quatre. bas-reliefs représentent : Le mariage de CloHlde et de Clovis dans la cathédrale deSoissons (2927), — Le Éaptème de Clovis (2928), — La Mort de Sainte Valère (2929), — Sainte Valère décapitée porte sa tête à Saint Martial (2939). Nous avons examiné avec attention ces quatre compositions^ d'un modelé a>sez négligé, et nous n*y avons trouvé rien d'original, rien de remarquable, rien que le premier venu des exposants n'eût pu fuire.
M. Cratkk (Criiiiiive) a trois ouvrages du Salon: BaechafUe et Satffrè (^2^), petit groupe ^n bronze dont nous ne patinerons poiât, et deux bustes en marbre auxquels nous àous arrêterons^ Celui de S. E, le maréchal Pélissier^ duc de Malakoff{^2S), est l'un 4e meilleurs bustes en marbre de TËxpositien. Les traits du maréchal prêtent peu à la sculpture, mais l'artiste a su en tirer un excellent parti. Le marbre de ce buste et cçlui du Buste du maréchal duc de Coigny^ pair de France (2826), sont travaillas et finis avec un soin extrême.
M. le comte de NlepwerkiHrfce tiept^uçsi le
premier rang pour l'exécution et la ressemblance de son beau buste de S. E, M, le maréchal Bosquet (3036). Ce marbre est plus grassement, plus largement modeté que ceux de M. Crauk ; il est vrai que l'artiste était favorisé par la nature du modèle, par le beau type du maréchal Bosquet.
M. Dantan, jeune, a quatre bustes en marbre.
Nous ne nous occuperons que de celui de S. E. M, le maréchal Canro&er«(2828), à l'exécution duquel cet artiste semble s'être attaché davantage. Il est aussi très ressemblant; le masque a de la finesse, mais le modelé est un peu rond ; il n'a pas la fermeté de ceux faits par MM. Crauk et Nieuwerkerke.
M. CaTallep li'a que deux bustes en marbre ; ce sont les Portrait^ de Mme I. R. et de Mme B. (2783 et 2786). M. Cavalier donne à tout ce qu'il fait un cachet de grandeur qui sent l'antique sans en être une copie. Ces bustes ont de la physionomie, de la couleur et du style tout à la fois.
M. Cordler compte dix-huit bustes à l'Exposition, parmi lesquels il faut signaler une collection très curieuse de douze types algériens. Plusieurs de ces types sont d'un beau caractère et d'un modelé très nature. Mais en dehors de cette collection, nous avons remarqué les bustes de S. E. M. le maréchal Randon^ gouverneur de V Algérie (2803/, et de Mme la maréchale Randon (2804).
M. Oodlné est le seul des graveurs en médailles de notre époque qui soit en même temps un statuaire très distingué ; aussi, a-t-il obtenu toutes les récompenses, et comme graveur en médailles et comme statuaire. Il n*a cette année que deu^ bustes en marbre : celui du jeune E. 0. {SOkb) et celui de Mlle J. 0. (304<6). Ces deux bustes sont grassement modelés et l'exécution en marbre en est très soignée. M. Oudiné a encore huit médailles sous le même numéro (304<7) : 1» U Apothéose de lEmpereur Napoléon !«' , d'après le plafond de M. Ingres ; 2« la Bataille d'inkermann ; 3*» le Tombeau dis Napoléon J«' aux Invalides ; 4» Chemin de fer de Paris en Espagne ; 5« le Séminaire de Rermes ; 6» la Société humaine et de sauvetage ; T la Compagnie centrale d'Assurance maritime ; S» le Comité agricole de Cognac, Celle de ces huit médailles qui nous a paru la mieux composée est celle pour la Société humaine et de sauvetage.
M. Caliet a exposé le buste en bronze de feu Rude, son professeur ; il est extrêmement ressemblant et son modelé on ne peut plus nature. La longue barbe que portait ce grand artiste était une difficulté que M. Cabet a surmontée avec beaucoup d'esprit et de talent.
M. Debay (Je^n) n'a que deux bustes parmi lesquels nous citerons particulièrement celui de Jf. Dupuis, colonel du 57* de ligne^ tué à Vassau de Malflkoff (2840). Nous citons de préférence ce
buste, parce qu'il n*a été fait que sur des documents , et qu'à notre avis on ne tient pas^ assez compte, généralen^ent, de la différence qu'il y a de modeler un buste d'après nature, ou de le eréer sur des renseignements souvent ti^ vagues, d'après une gravure, une peinture, un dessin plus ou moins mauvais. La chose n'est cependant pas la même ; il faut n'avoir jamais tenu un ébauchoir pour ne pas réussir un buste d'après nature, tandis que nous connaissons plus d'un artiste en renom qui a échoué en voulant reconstituer un portrait sur de simples documents. Nous louerons donc M. Débay d'avoir du? donner de la physionomie à son buste et un aspect nature par la vérité du modelé.
M. Ml^a a trois bustes en marbre exécutés snrec un talent remarquable ; ce sont : Us Portraits de Mgr G^rbet, évêque de Perpignan (3040), du\R. P^ Ventura de Rauliea ( 304^ ) et de Madame H. L, (3041). Les deux premiers sont surtout d'un mo delé bien nature.
M. Blairler, dont nous avons déjà loué rexéculion large et franche, expose wti<î Devineresse, groupe m brome (272f7), Portrait de M. Adrien Tournachon, buste en bronze {27dS) y Portrait de Mme L M., buste en marbre (3739 ), Portrait de Mme A. M., buste en marbre (âT^Ol. Bronze ou marbre, M. Qlavier conserve toujours son exécution hardie.
M. PrancesU., dont nous ne parlons que pour
— loi -
Itii< reprocher dé n'avoir pas su élever son talent à la hauteur de son modèle. Son buste de Mme la eomtèsse Chavles Tascher de la Pagerie (2899)]^ât si loin de la finesse de traits, si loin de ressembler, que nous avons dû avoir recours deux ibis au livret avant d'afceepter ce btfste, maigre et mal coiffé, pourle K^ortrait de la gracieuse comtesse.
M. mène occupe toujours le premier rang pour ses groupes d*animaux; il les pose avec goût et les rend avec yêTÏté.LaChasse aucerf CàOÙS) , Chiens anglais (3009) et les Chiens bassets foidUant un taillis {sàoO), sont modelés avec un talent hors ligne.
M. Bonhenr (Isidore) fait les animaux dans des proportions plus grandes e( avec un talent très remarquable. Son groupe en plâtre d'une Vache défendant son veau contre un loup (27tt5)9 est plein Je sentiment et d'énergie.
M. Cvueret est un sculpteur en bois 1res distinguée Son groupe d'une Poule surprise par un chat et défendant ses petits (2925), est un bois coupé avec beaucoup de talent et une grande facilité.
Nous regrettons de ne pouvoir citer qu'à la hâte : Le Joueur de biniou dansant la m'gouée (2972), par M. Lebourg, petite statue en bronze d*un mouvement hardi et{)lein de verve; — la Lyre chez les
Berbères (S729), par M. Bartholdi, petit groupe en bronze d'un sentiment nature ; — un bon Ange (3092), groupe en marbre, composition gracieuse, par M. RoDSSBAu; ^ Léandre, statue en marbre (2931), consciencieusement étudiée^par M. Guit* ton; — jeune Fille endormie (3029), petite statue en marbre grassement modelée, par M. Moreau ; — ^ la Nourrice indienne (8067), petit groupe en marbre plein de grâce et de finesseï par M. Pro- TH8AD ; — les Danseurs d'Herculanum , groupe en plâtre (2822), par M. Codrtet ; — l Éducation, groupe en plâtre (3117), par M. Travaux ; — VArt étrusqvs, statue en plâtre (3102) drapée avec goût, par M. SiMYAN ; — Zénobie retirée de. VAraxe, groupe en plâtre, par M, Margellin ; — l'Union fait la force, statue en plâtre (2906), par M. Ga.R- NitR; — Jérémie, statue en plâtre (3141), par M. Vivien ; — Pécheur et son Chien^ groupe en plâtre (3035), par M. Nast ; — la Pensierosa, statu en plâtre (2961), par M. Lanzirotti ; -^ jeune Fàu^ ne, plâtre (2970), par- M La vigne ; — Amour et Jeunesse y groupe en plâtre (2956), par M. Kley ; — Écorché , ou Myologie du corps humain, savante étude anatomique de M. Lamy (2958) ; — le Prin^ temps (2719) et V Automne (:^720), fort beaux bustes en marbre , par M. Arnaud ; — Portrait de }L le duc de Beauffremont^ buste en marbre (2950), par M. Iselin; — Portrait de M, Ducos , buste en marbre (2993) , par M. Lesgornê ; — Bu^te en marbre de M, kcoloml Blachier (2748) , parM. Bosc ; — une Sy bille moderne, buste en marbre ( 2852)^
par M. Desprby ; — Portrait d'un jeune Enfant , buste en marbre (3116), par M. Tragin ; — le buste en marbre de mademoiselle 7. S.... ( 3007 ), par M. Mathieu Meosnier ; — Bv^te en marbre de Mgr Bouvier, étêque du Mans (2796), par H. Giib- NiLLON ; — Médaille commémorative à Vemprunt des 500 millions, par M. Mbblet ; — huit Portraits^ Médaillons en bronze (2827), par M. Damocsse ; — un Tigre royal du Bengale (284'9) , une Pa^nthère de Java (284.4) et un Cerf de France (2845), par M. DÉLABRiÉRB ; — Rossiçnol pris au lacet (2916), par M. iSoKON,— Un Lion, bronze ( 2952 ), par M. Jacquemart; — Médaille de l'Exposition française à Rome (2832 ), par M. Dantzell; <* La Fille de Jephté (2884)^ par M. Fabisch. . ,
Note àe l'Éditeur. — L'auteur de 'ce volume , on le conçoit, n'a pu songer à citer et surtout à parler de la sculpture qu'il avait à l'Exposition. Mais, tout en appréciant sa réserve, tout en respectant sa modestie, M. Louis Auybav, nous permettra cependant d*étre moins réservé et de ne pas laisser passer isous silence le rang honorable que son Le- 9iieur(2723) occupait au Salon de 1857. Ce beau marbre, qui se faisait remarquer par la finesse et la vérité du modelé, par le goût de l'agencement des vêtements, a été commandé par S. È. M. le Ministre d'Ëtat pour le foyer du théfttre impérial de rOpéra. — Ch. Dbsoliie.