‹ Exposition des Beaux-Arts. Salon de 1861Chapitre 4 sur 13 · HISTOIRE. -— GENRE HISTORIQUE ET PORTRAITS · texte numérisé non relu

HISTOIRE. -— GENRE HISTORIQUE ET PORTRAITS

MM. Gérôme. — Baudry. — Duval-le-Camus. — Beaucé. —

Bellangé père. — Bellangé fils. — Cabanel. — Landelle.

— Legras. — Doré. — Anker. — Morris. — Bailly. —

Zier. — Dupais. — Winterhalter. — H, Flandrin. — P.

Flandrin. —Mme Henriette Browne. — M. Cartellier. —

Mlle Léonie Lescujer. — M. Abel. — Les peintures des

sculpteurs, — MM. Lepère et Etex. — MM. Tissot, Puvis de

Ghayannes^ Bouguereau^ Glément^ «Th. Maillot^ Gustave

JlovLsez, Gh. Grauk^ Mlle Adèle Grauk^ MM. Popelin^ Go-

»roenne« G. Boulaug^r^ Mazerolles^ Lenepyeu, Quecq,

Bertrand, Mme Bert&ut,M.Omer-Gharlet. * •

En sortant du Salon-Carré, nous allons parcourir les autres salles de TExposition, et nous arrêter d'abord aux tableaux d'histoire , de genre historique , et aux portraits qui attireront le plus notre attention.

M. Gérôme, dont nous espérions voir quelques grandes pages de peinture d'histoire, comme son esprit élevé et original sait en concevoir , n'a exposé ,

cette année , que des scènes fiamiliëres de l'antiquité , peintes, il est vrai, avec ce talent de dessinateur et cette science d'archéologue qu'il possède à un si haut degré. Mais comment un artiste aussi érudit, qui ap«« porte un soin si scrupuleux dans la reproduction de l'ameublement et du costume antique, traite-t-il aussi légèrement un fait comme celui de Phryné devant le Iribunal? C'est là une page d'histoire à la manière d'Alexandre Dumas, tracée pour amuser les désœuvrés et les esprits frivoles. Tous ces vieillards, qui composent l'aréopage devant lequel Phryné est présentée nue, la regardent avec une expression de curiosité et d'étonnement qui nous rappelle l'ébahissement d'un bourgeois entrant dans nos ateliers et s'y trouvant en face d'un modèle tout à fait nu. Il ne devait, il ne pouvait en: être de même pour les vieillards de la Grèce antique, où hommes et femmes étaient à peine vêtus, et où par conséquent, dés Tenfance, l'œil était Habitué aux nudités. La beauté de Phryné n'a dû produire sur ejix ^qu'une impression, celle de l'admiration. 11 faut dire qu'en restant dans Tétroite Umite de la vérité historique, l'artiste n'offrait aucun des contrâmes comiques qui assurent le succès de sa composition aux yeux d'un public qui n'y regarde pas de si près.

Une autre composition dont Te succès n'est pas obtenu aux dépens de la vérité, mais bien, au contraire, à cause de la vérité du sujet, c'est ceUe que M. Gérôme intitule ainsi : Deux augures rCont jamais -pu se regarder sam rire. Quelle finesse , quelle expression profondément rtlsée dans la physionomie de

l'augure qui rentré, et gui raconte à son confrère les balivernes qu'il vient de débiter à la crédulité des fidèles I n parait qu'elles sont par trop drôles, car L'augure, qui les écoute, rit à s'en tenir les côtes, et il rit de si bon cœur^ que ce *rire gagne tous ceux qui regardent cette petite toile. '

Le troisième tableau du même artiste , Socrate ve^ nant chercher Alcibiade chez Aspasie^ est une composition sagement couQue et savamment exécutée, mais qui manque d'originalité. Nous lui préférons le Hachepaille égyptien; il a du moins ;un cachet pittoresque qui intéresse. Mais des six toiles exposées par !IL Gér rôme, le tsJ^leau qui nous parait le plus complet, c'est Rembrandt faisant mordre une planche à Veau- forte. Ici, Tartiste a changé sa manière pour prendre celle du maître dont il retraçait l'image, et nous produire une œuvre digne de Rembrandt, par la finesse des détails et par la transparence du clair-obscur. Dans le portrait en pied de Rachel, on retrouve les qqalités de la grande peinture historique que nous voudrions voir plus cultivée par cet artiste, le seul de notre époque qui ait vraiment la tradition de l'antique.

Pourquoi la Charlotte Corday de M. Baudry n'impressionné-t-elle pas le public? Est-ce manque de sentiment ou d'expression 7 Nullement : le sentiment d'effroi de Charlotte Corday, après avoir frappé Marat, est un sentiment naturel et bien rendu. C'est le ton généralement coquet, propret^ brillant du tableau qui ne convient pas au drame et qui tue son effet. La cou*- . leur en est si gaie, qu'au premier aspect ofi est obligé

d'y regarder i deux fois pour s'assurer du stq^t. M. Baudry a mangné d'art et de poésie; il avait cependant de quoi s'inspirer dans les maîtres gui ont traité ce sujet avant lui. Des cing portraits du même artiste, deux sont très-beaux ; ce sont ceux de M. le baron Dupin et de M, le marquis B. C.de LaF. '^ k notre avis, celui de M. Guizot n'a pas assez de caractère e surtout pas assez d'expression.

M. Duval-le-Camus s'est montré plus poète ; il a mis plus d'art dans ses tableaux gue M. Baudry dans sa Charlotte Corday;la lumière est bien ménagée, elle a bien le sombre mystérieux gui convient à un sujet comme celui de Jacques Clément ^ ce moine assassin ^du roi Henri in et dont on a presgue fait un saint, n en est de même de l'effet du tableau représentant Macbeth chez les Sorcières, Ce gui prouve gue ces effets ont été raisonnes et obtenus avec intention par % Duval-le-Camus, c'est gue trois autres charmants petits tableaux : Les Adieux, —VAumône de la mer^ -— Trois Cruches à une Fontaine^ sont d'un aussi riant aspect gue les premiers sont sinistres et drama- Ugues. *

Tous les tableaux de bataille n'ont pu être placés dans le Salon-Carré. Nous en rencontrons plusieurs encore qui méritent gue nous nous en occupions.

C'est d'abord la Bataille de Solférino^ par M. Beaucé, l'une deif mieux comprises de toutes celles exposées. Les mouvements stratégigues y sont complètement développés. Dans le lointain, on apergoit la garde impériale et le i^' corps d'armée gui enlèvent, sous

— soles yeux de l'Empereur, les hauteurs de Solfërino. Au centre du tableau, c'est la ferme de Casa-Nuova, un des points d'appui de l'ennemi, gui concftitre tous ses efforts vers cette position attaquée par la division . Vinoy, du 4* corps commandé par le maréchal Niel. A gauche, rardllerie de cette division, placée en batterie sur la route de Castiglione, sous les ordres du général SeleiUe, foudroie les bataillons ennemis amoncelés, paralyse l'effet de la cavalerie autrichienne, tandis que les Croates sont repoussés par une charge du 2* hussards, sous lés ordres du général Clérambault. Le prince Windisch-Graets, colonel du 3* autrichien, s'avance àla tête de trois colonnes d'infanterie ; il est tué, le drapeau de son régiment pris et ses troupes repoussées par le 6^ bataillon de chasseurs à pied, le 86* de ligue et un bataillon du 76% et de brillantes charges fournies par les chasseurs d'Afrique, sous les ordres du général Desvaux. A ce moment suprême de la bataille, un orage vient mettre ffn à la lutte, en cachant les Autrichiens qui battent en retraite .et échappent au corps d'armée du maréchal Ganrobert qui allait les écraser.

M. Beaucé, dont nous avons cité plus haut le beau portrait du général Ganrobert, a su jeter l'intérêt dans les diverses parties de sa composition sans nuire à l'unité de l'action. Sa couleur est solide et sage ; les tftupiers et les chevaux, on le sent, ont •été peints d'après nature, ainsi que le lieu où s'est donnée cette mémorable bataille. .

Viennent ensuite deux toiles de M. Bellangé : ua

Carré d'infanterie républicaine repoussant une charge de dragons autrichiens' (1795), traité avec Thabileté de ce maître, et les Deux amis (Sébastopol 1855), petite composition qui impressiomie profondément. Les Russes ont fait une sortie, qui a été repoussée. Mais, ^ans le combat, deux officiers de zouaves, deux ûmis, ont été tués. Ils ne s étaient jamais quittés : ensemble ils avaient grandi ^ collège, ensemble ils s'étaient ^engagés, ensemble ils sont tombés au champ d'honneur, côte à côte, se défendant^ se protégeant Tun Tautre et faisant payer cher leur mort, si Ton en juge parles nombreux cadavres russes qui les entourent.

Et tels avaient vécu. les deax jeunes amis, Tels on les retrouvait dans le trépas unis.

Nous devons appeler l'attention sur les débuts de M. Bellangé fils, que nous voyons apparaître peur la première fois, et dont les deux tableaux, la Garde à Magenta et Un Episode de Magenta, annoncent un di-, gne successeur au talent si populaire de M. Bellangé père.

SI. Cabanel, déjà cité pour son portrait du Ministre ^de V Agriculture, a encore deux autres portraits, puis une Marie- Madeleine, un Poète florentin, et une Nymphe enlevée par un Faune. Cette dernière composition, la plus importante, est d'une excellente couleur ; le torse de la temme est très-beau de forme et grassement peint. Un autre artiste, cité également au précédent chapitre, M. Landella", a exposé les Femmes de Jérusa-lem captives à Babylone, grande page d'un sentiment

élevé , d'un HesBin cattect et élégant , gui rappelle, les peintures d'Ary SchefiEér. Mais un peintre qui rappelle davantage ce maître, c'est M. Legras qui^ si nous avons bonne mémoire, avait un des meilleurs tableaux religieux du Salon de 1859, la Vierge quittant le lépulcre^ soutenue par saint Jean, On retrouve la couleur, la finesse du contour, le sentiment doux, mélan<* colique de Scheffer dans la jeune Fille cAix oiseaux ^ et surtout dans la Tête d'étude^ quiiporte le numéro 1896. M. Legras a encore un très-beau portrait de madame la comtesse de Contade^ aux traits corrects, aux mains fines et distinguées.

Dante et Virgile dans le neuvième cercle des enfers visitant les traîtres condamnés au supplice de la glace^ y rencontrent le comte Ugolin et Varchevêque Ruggieri^ grande peinture de M. Doré, qui tient de la manière de faire d'Âry Scheffsr et d'Eugène Delacroix : Virgile et le Dante ont le calme de pose, la simplicité de ligne du Faust de Scheffer, et le groupe du comte Ugolin déchirant de ses dents le crâne de Tarchevéque Ruggiéri rappelle, par la vigueur du coloris et la puissance musculaire du dessin, les damnés qui rongent la barque du Dante aux enfers^ lé chef-d'œuvre de Delacroix. On retrouve dans cette composition 1'^ nergie sauvage du talent de M. Doré.

M. Anker est aussi un peintre d'un pinceau énergique, comme le prouve son Luther au couvent d'Erfurth. Le grand réformateur y est représenté malade, tourmenté de doutes, et visité par le supérieur, Jean de Stappitz, qui lui donne des consolations, mais sans

parvenir à dissiper ses doutes, car les traits de Luther montrent qu'il* est toujours en proie ^ux mêmes prëoccupatioiiB. Ce sujet est traité avec cette simplicité vraie qui caractérise le talent de M. Anker, qualité qu'on renéontre encore dans son portrait d'enfant, intitulé : Convalescence.

Louis Xl consultant son astrologue' Galeotti sur ^ le succès de VexpéditiùQ, confiée à Quentin Durward^ est une peinture de M. Morris,qui se recommande^ non-seulement par une exécution consciencieuse, une recher- 'clfB historique des meubles et des costumçs .du temps, mais encore par un coloris plein de fraîcheur et un cTessin nature. En fait d'exactitude historique dans le costume et le cérémonial de l'époque du moyen âge, citons le tableau de M. BaiJly, représentant Abélard au concile de Sens (1140), où saint Bernard portait là parole et auquel le roi et sa cour assistaient. La mise ei^ scène est splendide et bien x)r(!onnée;J[es nombreux personnages de cette composition* sont groupés avec art et sanl^ confdsion, ce qui était un écueil difficile à éviter. Signalons aussi deux tableaux religieux sagement composés et étudiés avec soin : V Apparition de Jésus à Marie Madekiney par M. Zier, et le Dernier 4fermon de Jésus sur la montagne^ i^£ir M. Dupuîs.

Nous* voici en face du plus joli portrait de l'Exposition. Rien de plus pur que les Ugnes .de ce profil peint dans le clair-obscur; rien de plus doux que cf/ regard, de meilleur que cette expression dé bonté f Ce portrait, dû à l'habile pinceau de M. Winterhalter,

est celui de Timpératrice Eugénie. L'artiste, en ne retraçant^ dans cet ovale que le.huste de Sa Majesté, a su trouver un charmant effet de lumière à la Rembrandt.

Bien que nous nous soyons déjà occupé de M. Hippolyte Flandrin, auteur du portrait 'du Prince Napoléon, nous ne' pouvons passer sans nous* arrêter devant quatre autres portraits de c^ artiste, dont un de . jeun^femme qu'on a oublié de porter au catalogue. Les caractères sont toujours très-clairement- tracés dans leii portraits de M. H. Flandiin. Celui de M. le comte Duchâtel, ancieniministre, a bien la tenue, l'expression d'un homine'qui a dirigé pendant longtemps les aâaires publiques. Quant, à celui de M, Gatteaux, c'est bien là son regard pénétrant, son sourire un p^ mpqueur ; c'est à se croire chez cet artiste, en pleine ' causerie intime. Nous connaissons peu de {K)rtrâits aj^ssi vivants, si ce n'est cependant celui de Mme la barmn^ H.,, exposé par M. Paul Flandrin, le pay^giste, frère du précédent,* et dont le talent de portraitis^p est tel que tout le monde confondfi«es toiles avec celles de^son frère, et que nous-même nous avons sotivent recours au livret pour ne pas attribuer à Hippolyte ce qui est à Paul Ainsi, cette année, lô portrait . de Mme la baronne H... a toute la pureté du dessin, la finesse du modelé, la vérité de physionomie de ceux de M. H. flandrin, et nous nous demandons pourquoi M. Paul Flandrin ne s'adonnerait pas, comme son frère, à la peinture historique..Est-ce parce qu'il a un . goût prédominant pour le paysage? Est-ce car un

sentiment de convenance, pour éviter tout esprit de

rivalité entre lui et son frère? Nous Tignorons; mais,

dans tous les cas, «cet artiste compte parmi nos bons •

portraitistes, comme il est placé au premier rang des

peintres de paysages historiques.

Un portrait des plus remarquables sous le rapport de la vérité d]^ modelé et de la puissance du coloris, c'est celui dé M, le baron de S,..^ par Mme Henriette Browne. Celte tête est vivante, tant il y a d'exprèssion dans le regard,d'animaiion dans leslraits. Certes, à.la manière franche dont cette peinture est touchée, on ne la croirait jamais l'œuvre d'une, dame, si la signature n'était là pour le dire.

Mlle Léonie Lesci^er a aussi un taletit mâle ; son pinceau est hardi ^ son coloris vigoureux, et si un reproche pouvait lui être adressé, ce serait de négliger

un peu les finesses du modelé. Ainsi la couleur du portrait de Mlle Céronetti a de l'éclat, de la fraîcheur; c'est largement peint, mais en sacrifiant un peu le %ni que réclament ordinairement les portraits destinés à être vus d'assez près. Nous ne ferons pas ce reproche à M. Cartellier, artiste très -consciencieux, qui étudie et finit avec le plus grand soin toutes ses peintures. Son portrait de Jlf . Z...«et celui de Mme H, 'P.,. en sont la preuve. La pose du premier est simple, naturelie, la tête bien modelée, l'expression heureusement' rendlie, J^es traits de Mme H. P... sont jolis et fins, bien dessinés, bien peints; la physionomie est douce et lés chairs ont bien Téclat et la fraîcheur de la carnation d'une blonde. Ces deux toiles nous font regretter

HWi^B««w^b>

gae M. Cartellier n'ait pu envoyer à TExporition ses Petits dénicheurSy charmants portraits d'enflGuits groupés avec goût à l'ombre d'un marronnier » considérant avec joie et curiosité le nid 'de fauvettes dont ils viennent de s'emparer. Ce tableau eût fait honneur à son auteur.

M. Âbel (Marins), jeune artiste, qui, dès sa première «xposition (1857), annonçait un bon cdoriste^ a deux portraits. Celui de Mme Â... est d'un ton chaud qui sent les maîtres italiens, . et le second portrait, celai d'un tout jeune enfant, est d'un^entiment naïf et vrai. Si nous ne nous trompons, nous avons yu^ ces joUrs derniers, exposée rhe de Rivoli, une assez grande toile de cet artiste, que, sans doute, il n'aura pu terminer pour le Salon; elle représente VAnnexion de la Savoie et de Nice à la France. Cette allégorie, qui nous a paru bien composée et d'une jolie couleur, a probablement une destination oflOicielle.

,Au début de ce compte rendu , nous avons demandé, au nom de l'équité et du bon goût, que les ouvrages d'un artiste ne soient plus exemptés du jury, alors qu'ils n'appartiennent pas à la profession dans laquelle cet artiste a obtenu les récompenses qui l'autcHsent à exposer sans être soumis à un examen préalable d'admission 4|Car, ^ions-nous, <( si un peintre peut être également un sculpteur de mérite, si un sculpteur peut se montrer peintre de talent, ne peuvent-ils pas cependant, le peintre, faire de détestables sculptures, lé sculpteur, d'affireuses peintures ? » Nous en avions eu la preuve déjà aux précédentes

Expositions , et le Salon de 1861 met encore en évidence la justesse de notre observation et la nécessité dW faire .droit.

Deux statuaires ont- exposé ^es peintures; Tun, M. Lepère, n*a pas ercore les titres d'admission libre, ni comme sculpteur , ni comme peintre , et son ta-* I)leau et sa statue ont dû subir le jugement du jury qui leur a été favorable. En effet, sa Danaé a-le double mérite d^ la couleur et de la fosme. Mais , bêlas I il n'en est pas de même de son cop&ère M.^Etex, * dont les toiles n'ont été admises qu'abritées derrière ses récompenses de sculpteur et ont échappé ainsi aux sévérités du jury. LesMédidSj reproduction enluminée du bas*relief en. marbre qu'il a exposé en 1835, et les' Portraits deM"^**** et de iP^^ L. M. ne sont ni dessinés, ni peints; c'est un assemblage de tons sales et* criards qui décèlent une ignorance complète des lois de l'harmonie des couleurs. M. Etex est sans doute • imbu de ce préjugé .moderne, que la crasse qui couvre les tableaux anciens fait l'hàrmoDie^ d^ leur coloris. Cette opinion répandue parmi les amateurs, les brocanteurs et certains artistes, est une [preuve d'igdorance chez les uns , et d'impuissance chez les autres. Ceux-ci auront bean eofumer leurs toiles à la manière des jambons, qu'elles n'en resteront pas moins croûtes comme devant.

Encore Faust et. Marguerite 1 Nous espérions que ce sujet, traité, depuis trente ans, sur tous les tons, par .les peintres, les sculpteiurs^ les musiciens et les auteurs dramatiques, et surtout avec un talent si su- *

périeur pat Ary Scheffer , serait descendu dans la tombe avec son illustre interprète. Pas du tout, voici M: Tissot qui nous a donné Faust et Marguerite aujarrfm, — Marguerite à V office^ -^ Rencontre de Faust et

^de Marguerite^ et, pour comble, cet artiste d'un talent réel, comme peintre et dessinateur, s'est plu à singer la peinture de M. Heniî Leys, cet adroit imitateur des tableaux gothiques.

M. Puvis de Ghavannes^ lui, a cherché à imiter lés tapiisserie's aâcîennes de l'École italienne. Les deux grandes compositions qu'il appelle Peintures murales et qu'il intitule : Concordia et Belluniy ne sont, à vrai

^ diref que des cartons légèrement teintés. Ces deux allégories sont savamment composées et d'tm goût sage, sinon sévère, et si l'artiste ne s'y est pas montré coloriste, il y a du moins fait preuve d'un dessin vrai et,parfois élégant.

Les tableaux cle M. Bouguereau témoignent d'un talent jdestiné à faire de la grande peinture; son dessin est coVrm^t, sa couleur solide et sa manière large. A l'appui de notre opinion, nous citerons son ta-

• bleau : la Première Discorde, c'est-à-dire, Eve et ses deux enfants. Elle presse avec tendresse sur son sein son plus jeune fils Abel, tandis que Gain, appuyé contre sa mère, semble bouder et ruminer déjà sa vengeance, tant sa tête a: une- expression et un caractère prononcés: Les jambes d'Eve sont très-belles. A une époque où la science du nu était recherchée, ce tableau aurait certainement obtenu un grand succès. Si l'Eve de M. Bouguereau a le coloris frais d'une blonde ,

y-i'wi^* '-Vinùr i .

VEttide de femme , envoyée de la villa Mëdicis par M. Félix Clément, pensionnaire de T Académie des Beaux- Arts , a "bien la carnation d'une belle brune. Cette figure d'étude est des plus reni^rquables ; elle annonce un peintre d'un grand avenir.

Un autre pensionnaire de l'Ecole impériale * des Beailx-Arts promet d'être également un bon peintre d'histoire, si le désir de succès populaires et l'appât du lucre ne le détournent point de la grande tradition de l'art pour le porter versles compositions faciles de r^sprit et les scènes. famiii^es de la vie bourgeoise, genres qui sont à la portée de toutes les intelligences, et i^ers lesquels nos jeunes écrivains n'ont -pàS peu contribné à pousser les artistes, tout en criant aujourd'hui à la décadence des arts, à ral)andon de la grande peinture. Le tableau de M. Th. Maillot, que nous avons vu parmi les envois de Rome de 1859 , représente Saint Remy distribuant aux pauvres les festes (ïun festin que d'ordinaire on abandonnait aux baladins. La luftiière qui éclaire cette scène est un peu difiFuse, ce qui nuit à la vigueur de l'effet général, nHus il- y a là •de jolis groupes et des jBgures bien peintes.

M» Gustave Houséz est coloriste , il combina avec art ses effets de lumière ; et, si ce n'est la pose un peu rpide, un peu théâtrale da Christ , nous n'aurions que des louanges à' donner à son tableau représentant le Christ guérissant deux possédés,. Le coloris de M. Charles Crauk est moins chaud, moins brillant dans son Baptême de Clovis^ et le dessin laisse aussi à désirer. JNous préférons, sous tous les rapports, les

Pères iJapucins du couvent de la Rédemption , àVet^se , forgeant' une croixy [fetite toile du même artiste. Avant de nous occuper d'un autre peinti'e, donnons un encouragement à Mlle Adèlp Crauk, sœur du précédent, et qui expose pour la première fois, à Paris. Sa Vierge immaculée est une éti^de d'un bon sentiment , ,

qui promet pour Tavenir si cette jeune artiste veut

s'attacher sérieusement à peindre d'après nature. Le Dante victorieux rentrant à Florence après la bataille de CampaldinOy par . M* Popelin, est une scène bien composée,, les figures Qnt du caractère, la pose .du Dante est noble, mais lé* ton général du tableau est un peu'gris. •

M. Goroenne a représenté la Vision de Pierre VEr-mtVe, qui, pendant son sommeil, croit voir Notre-Seigneur Jésus-Christ devant lui et lui dire : — « Debout, Pierre, et hàte-toi, car il est temps de purger les lieux saints et de secourir mes serviteurs. » .Cette comgositiense recommande par la couleur et le dessin. Quant à VHercule eux pieds éPOmphalCj de M. Gustave Bbulanger^ nffOB éviterons dé nous y arrêter pour arriver à une toile mieux réussie, du même artiste : la Répéti^ tion du Joueur de flûte et de la Femme 'BE Diomède, chez S. A. I. le prince Napoléon^ dans l'atrium deza maison<i avenue Montaigne, Le ton de cet intérieur a de l'éclat et de la fraîcheur, la scène est bien disposée, et les personnages, Emile Augier, Théophile Gautier, Samson , Madeleine Brohan , etc., drapés à Tanlique, sont des portraits très-ressemblants. C^est un tableau véritablement intéressant et exécuté avec de soin.

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Nous aurions encore à analyser plusieurs ^grandes compositions historiques : EjHminemmplorant la grâce

du gaulois Sdbinug son époux et de ses enfants^ par M. MazeroUes ; la Vierge au Calvaire^ par M. Lenepveu ; les Chrétiens sur le Bûcher et la Syrie chrétienne en 1860, par M. Omer-Gharlet; Jésus montré au peuple et instd^ té y de Madame Bertaut; Première chute de Jésus-Christ sous la croix y par M. Quecg ; Conversion de sainte Thaîs^ par M. James Bertrand ; mais en présence d'une aussi grande quantité d'œuvres dignes d'intérêt, et malgré notre désir de faire ressortir le mérite du plus grand nombre des exposants, nous ne pouvons oublier le peu d'espace dont nous avons à disposer.

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