SCULPTURE ET GRAYORE'EN MÉDAILLES
Un mot à certains critiqaes. — MM. Nanteuil, Gavelier, Gaillaame, Lebarivel, G. Crauck, Schœnewerk, Mathurin Moreau, Clésiuger, Aizelin, De])ay père, Tliomas, iCabet, Protheaa, Sohroder, Montagne, Ramus, Rochet, Robinet, Virey, Perraud, Guniery, Lepère, Frison, F. Moreau, Barre, Ottin, Montagny, Bartholdi, JManrette, Oliva, Oudiné , Maindron , Nieawerkerke , Frémiet ^ Delabrière , Maltio, Lebœuf, Diendonné, Gordier, Etex, Ghenillon , Duseigûear, Iselin, .Bonnaffé,Vanréal, Marcellin, Bogino, Barrias, Garrier-Bellense, Danmas, Lequesne, Fabich, Desprey, E. Robert, Sanzel, Millet, Vilain, Ghatroiisse, Barye, Mène, Geoffroy, Waagen.
Le classement des ouTrages d'après Tordre alphabétique du nom des exposants a tout à fait désorienté certains hommes de lettres étrangers aux beaux-arts et chargés des comptes rendus du Salon de 1861. Ne
-^ 61 — trouvant plus, comme de coutume^ les œuvres princi-
pales réunies dans une ou deux salles, ils n'ont pas craint, en ne voyant plus cet ensemble imposant, de crier à la décadence des arts, et s'en sont pris à la peintura soi-disant officielle.
(( Au lieu de cet art graudîo0eet inspiré des maîtres,
écrivait T^n, nous n'avons trouvé généralement qu'un art bien peigné^ se faisant les sourds d'un pinceauproprety avec les cotdeurs bien nettes, d'une palette orthodoxe.*» ' Il est probable (pie l'auteur de ces lignes n'a jamais ' peint ni observé les télés des vierges de Raphaël , et nous gagerions qu'il a été des premiers à demander, dans le temps, à être débarrassé de la grande peinture classique, de cet art grandiose et inspiré des maîtres^ comme n'étant plus en rapport' ni avec nos moeurâ, ni avec nos habitations auxquelles les tableaux de chevalets qui le fatiguent aujourd'hui conviennent mieux.
Quant au reproche de 'se servir d'une palette ertho-
* doxe, c'est-à-dire préparée selon les bons principes,
nous ne croyons pas qu*ion puisse peindre autrement,
pas plus qu'on puisse faire de la musique sur uu inslru-
ment qui n'aurait pas été mis d'accord selou les règles de l'art musical.
« Ce qui ressort de cette Exposition, dit un autre, c'est la presque unanimité d'un servage honteux dans la peinture et la sculpture. Où es-tu, ô liberté du penseur î où es-tu, fier et intraitable génie des -causes justes ? Partout la pente irrésistible vers Vidolâtrie du triomphe quel quil soil ; ici, la toile meudianlc ; là, le marbre
•mm
servile. Mei*cermre^ plagiaire^ adulateur y tel est pres^
que toujours Vartiste de notre époque» » .
Certes, voilà une accusation à laquelle tes artistes ne s'attendaient guère, et cela à cause des sujets appelés officiels. Ainsi, sachez-le bien, artistes^ peintres et sculpteurs, représenter sur la toile ou sur le marbre un fait historique officiel de notre époque, peindre le portrait ou modeler le buste d'un grand capitaine, d'un minime célèbre,» d-un illustre souverain, c'est faire acte d'wn servage honteux et d'idolâtrie» Mais il nous semble que Vartiste de notre époque n'est pas seul coupable de ces crimes, et sans remonter plus loin que le règne de Louis XIV,, Vartiste de notre époque devra se trouver honoré de partager un servage honteux avec Lebrun, auteur, des grandes pages historiques ,. et Vandermeulen, le peintre des batailles du règne du grand roi; avec Champagne, Largilière, RigauIt,Pujet,. Coysevox, Coustou; avec David, le peintre du ^acr^ • de Napoléon /•'; Groe, Tauteur de tant de chefs-d'œu- . vre offioiels, tels que Isl Peste de Jaffa^ la, Bataille d^Eyr • lauyin fiataille d'A boukir ; Gérard, l'auteur du beau Partrait de Louis XVI H; H.Vemet, l'auteur dû magnifique Portrait équestre de Charles Z, et de tant d'admirables tableaux de batailles ; et avec bien d'autres artistes célèbres qui ont honoré ou qui honorent notre pays. A moins toutefoisqu^il n'y ait eu de faits mémorables que ceux des temps passés, d'hommes célèbres que ceux qui sont morts , et que les victoires de Sétastopol-, de Magenta, de Solférino aient été des c'éfaites pour la France, des guerres d'oppression et honteuses pourno -
tre patrie ; que Napoléon III, le duc de Malakoff, le duc dç Magenta, et les autres généraux aient été des capitaines incapables, toujours battus par les llusses, en Crimée, et par les Autrichiens, en Italie.OhI sans doute, s'il enétsiïi ainsi^les artistes denotre ^/>oj(^ auraient fait acte d'un servage honteux, -en consentant^ par amour de For, à mentir à- la postérité, en lui transmettant des faits mensongers et des personnages indignes d'elle. Yôilà pourtant où conduit Tespiit de parti; par haine ou par ambition, on arrive à être rennemide son pays^ à lui souhaiter, des revers, des désastres, à nier ce qui est bon. et utile, à abaiSser, à méconnaître, à dénigrer la gloire nationale. Quant à nous, nous le disons bien haut : en ne se'faisantni Tiostrument ni Tesclave d'aucifti parti, en retraçant avec le même enthousiasme les faits glorieux de Thistoire du pays, qu'ils se soient. passés sous la Monarchie, sous la République ou sous FEmpîre, Tartiste fait preuve, non d'un servage honteux^ mais d'un esprit loyal, indépendant et patriote.
Mais au point de vue purement artistique, ces tableaux officiels, ces*sujets historiques de n^tre époque qui excitent tant de criailleries,sont'^ils donc si faciles à traiter et si- médiocrement représentés au Salon de 1861 pour être' décriés comme ils le sont par certains critiques? La collection de Yersaille.s est là pour attester combien d'artistes de talent* ont échoué, et combien, dans ce genre, les peintres de nbs joui's leur sont supérieurs. A part Horace Vemet, qui donc, sous les deux Restauiations, a peint des batailles comme
celles exposées, cette année, par MM. Pils, Yvon, Bellangé, Beaucé, Rigo, etc., et dfis Portraits officiels supérieurs à ceux du Prince Napoléon et du Comte Walewiki, par M. H. Flandrin ; de V Impératrice Eugénie^ par M. Winterhaltér ; de la Princesse Mathilde^ par M. Dubufé; du Ministre ded'agriculture y par M. Cabanel; du Général Canrobert, par M. beaucé, etc.? Voyez ces toiles lorsqu'elles seront à Versailles placées A côté de celles des règnes précédents, et dites alors; mais alors* seulement, si elles leur sont inférieures. Quant à la peinture religieuse, —et sqjis ce titre nous n'entendons pas seulemetit celle du style gothique, mais tous les sujets de Thistoire sainte, quel que soit le style choisi par Tartiste, — • quant à la peinture rcr ligieuse, disons-nous, ç^ n'est plus maintenant dans nos Expositions qu'on doit la chercher et la juger, c'est sur les murs des chapelles de. nos -églises que l'administration fait décorer avec on goût et un zèle auxquels les esprits éclairés et les amis des arts ne peuvent qu'applaudir.
Enfin, un troisième se prononce en ces termes : «Une rapide promenade à travers l'Exposition de sculpture m'a permis d'y constater, dès à présent, sauf cinq ou six morceaux hardis^ une médiocrité générale véritablemen t afiligeànte. . . Pourquoi donc, des huit statuaires qui font partie de l'Institut, n'en'est-îl pas un seul qui ait daigné se faire rèifrésenter au Palais de l'Industrie des Champs-Elysées ? Il leur appartiendrait de chercher à relever l'Exposition de sculpture de cette insignifiance où elle va s'enfonçant de plus en plus
chaque année, et dont les tentatives excentriques de quelques noyateurs ne suiSsènt pas à la sauver toujours. ))
Cette opinion n'est pas celle qui nous étonne le moins de la part de qui s'occupe de critique d'art, car quiconque a suivi réguUërement les Expositions *
conviendra que, de l'aveu général^ depuis 1830,1a statuaire a fait des progrès qui se sont soutenus à chaque Salon, l^iais sans chercher à comprendre ce que l'auteur des lignes citées plus haut entend par morceaux hardis^ nous nous bornerons à demander quel est le Salon qui a réuni autant de sculptures remarquables, sous le double mérite de la vérité du modelé et de l'exécution du marbre , des statues , des groupes supérieurs au groupe de Cpmélie et à la statue (style antique) de Napoléon /", législateur y ^^ M. Cavalier; à la statue, (style antique), de Napoléon /", empereuvy par M. Guillaume ; à la statue intitulée : Etre et ^raître y de M. Leharivel-Durocher ; au Faune^
statue en bronze, de M. Crauck ; à la statue ayant pour titre : Au bord de FEaUy par M. Schoenewerk ; à la Pileuse (style antique), par M. Mathurin Moreau ; à la Nyssia auBaitiy par M. Àizdin?,.. Nous nous arrêton^s, et nous déclarons que plus d'une des figures d'études dont nous na parlons pas maintenant auraient fait le . succès des anciennes .Expositions. En veut-on une preuve palpable? la voici :
Tout le monde a remarqué, au jardin du Palais^ Royal, la jolie statue en marbre de M. Nanteuil, de l'Institut; elle représente Eurydice mourante. Cette
figure, qui est une des plus gracieuses et des meilleures productions de là statuaire moderne, a été exposée au Salon de 1824, où elle a fait sensation et à juste'titre , car , à cette époque , on se le rappelle , la sculpture de convention était encore en vogué, et cette étude y faisait exception. Cette année, depuis la ré- ' ouverture du palais des Champs-Elysées, M'. Nanteuil y a envoyé cette Eurydice , qui lui a ouvert les portes de l'Institut, et le public peut j^ger , en comparant cette figure à beaucoup des statues exposées, si la statuaire a dégénéré depuis 18^4. Dans ce tempslà, un monument de Timportance de celui de V Empereur dom Pedro /", de M. Louis Rocher, aurait fait courir tout Pari^, tandis qu'aujourd'hui le goût plus délicat, plus artistique du public, tQut en appréciant les qualités d'exécution de ce gigantesque monument d'un style peu correct,/ l'attire de préférence vers les œuvres d'un sentiment plus élevé et d'une étude plus sérieuse. . • . •
Les ouvrages de M. Cavelier occupent bien certainement le premier rang parmi* les nombreuses et remarquables sculptures placées dans le vaste transept du palais de l'Exposition. Par un singulier hasard cet artiste se trouve avoir traité des sujets également interprétés par deux sculpteurs distingués, MM. Clésinger et Guillaume, avec lesquels il soutient d'une. manière supérieure un concours qu'aucun d'eux .n'avait jprévu.
Son groupe en marbre représentant Cornélie et ses Enfants fera, comme sa statue, de Pénélope, époque
dans les annales de nos Expositions. G^el^t une œuvre . . complète au double point de vue de la pensée et de Texécution. Assise et entourée dfi ses deux enfants , Cornélie a l'attitude noble, la physionomie grave.; le j«une Caïus, debout entre les genoux de sa mère, est posé avec tout l'abandon de son- âge ; mais il n'en est pas de même de raîiié, de Tibériûs, dont le maintien, dont ^'expression, dont les traits déjà accentués annoncent la méditation et la résolution. Ces trois figures conçues dans le style antique ont un caractère imposant; elles sont modelées avec une sdencé parfaite du nu et des draperies. Nous signalons à l'attention des praticiens les nus du jeune Caïus, entièrement terminés au ciseau sans le secours de la râpe, travail qui réussit à imiter l'épiderme de la peau. M. Cavelier a encore un bjgau buste, très-ressemblant de notre grand peintre Horace Vemet.
L'infériorité du groupe de Cornélie ^ exposé par M. Clésinger,a été saisie par tout le monde. Cette composition se ressent du mauvais goût italien : les per-j^ sbnnages sont éparpillés sans qu'un lien de pensée les rattache entre eux;. c'est une réunion de figures sur une même plinthe, mais sans but, sans unité d'action.
M. Clésinger a senti de suite, dès l'ouverture du Sa- - Ion, combien ëon groupe de Cornélie était inférieur à celui de M. Cavelier, et pour ne pas rester sous le coup d'un échec, que sa statue de Diane au repos était loin de racheter, il a, vers le milieu de la durée de l'Exposition et contrairement au règlement, fait admettre plusieurs ouvrages qui n'ont produit aucune, sensation. •
Cependant nous avons retrouvé dans la figure couchée , représentant la Mort de Cléopâtre, toute la puissance
, du modelé, tout le charme du contour que cet artiste sait donner aux formes de la femme. Pourquoi M. Glé-
. singer ne s'en tient-il pas au genre qu'il réussit au lieu de s'aventurer dans une sculpture de style qui ne va ' pas à son talent ?
La comparaison se soutient mieux entre la statue de Napfiléon législateur^ de M. Cavelier, et celle de Napoléon empereur,^ de M. Guillaume. * La statue du premier a plus de caractère ; elle rappelle les statues des philosophes grecs, et celle du second a de Télégance, de
' la noblesse ; elle se ressent des statues des empereurs romains. Celle-ci est exécutée avec un soin minutieux et enrichie de broderies dorées, celle-là ^st plus simplement agencée et plus largement traitée. Le défaut d. M. G.m.... «, p..,-«r. de .•.«•d.ert.op .«X détails. Ainsi, dans le modèle de la statue de Colbert^ commandée par.la ville de Reims, il nous paraît sfétre trop occupé des colifichets du vêtement, ce qui nuit à l'aspect de cette figure, bien modelée, du reste, mais
• qui manque de caractère et de simplicité dans les lignes, surtout pour une sculpture monumentale des-
^ tinéé à la décoration d'une place publique. .
Le FaunCy de M. Gustave Cràuck, a le cachet de la sculpture antique, et, sous ce rapport comme sous celui du type, il a beaucoup d'analogie avec le Faune et Bacchus que M. Perraud a exposé en 1857, et dont nous espérions voii: la reproduetion en marbre au Salon actuel. Il y a un très-grand progrès entre les ou-
trages que M. 6. Grauck expose cette année et ceiix qu'il avait aux précédentes Expositions ; son modelé, plosierme, plus nerveux, plaira peut-être moins aux gens du monde , mafs il donne plus de vie, plus d'expression à ses figures. D'ailleurs, les Bustet de» maréchaux Niel et Mac-Makon^ ceux surtout de Madame la maréchale-duchesse de Malakoff et de Madame la maré^ choie Niely attestent que cet artiste n'a pas renoncé à la délicatesse du fini gui séduit tant de mondé.
Être et paraître est, conmie le bronze de M. G. Grisiuck , une des meilleures' figures du Salon. C'est Texécution en marbre du modèle^en plâtre exposé en 1857 par M.'. Lebarivel-Duro.cher , sur lequel nous nous sommes exprimé ainsi dans notre Revue de ce » Salon : « Sous ce titre : Être et paraître ^ l'artiste nous montre* une des Situations si pénibles et si .communes de la vie : avoir le cœur navré de chagrin, et montrer s[u monde un visage souriant. Quiconque a'souffert en silence, quiconque a eu la force de cacher ses lUisères sous des dehors Heureux, sous un sourire, ne pourra: regarder froidement cette statue représentant une jeune et belle femme cachant ses larmes derrière le masque .qu'elle tient devant son visage, masque dont le rire contraste avec le sentiment douloureux exprimé sur les traits et dans la pose de cette channante figure. Tout est vrai dans cette œuvre : .expression et modelé. Le mouvement du dos est très-joli, et les draperies sont agencées avec beaucoup de* goût.* n Ce que . nous disions du plâtre de cette statue, nous le dirons. sir ep réduction en marbre dont le fini ne laisse