‹ Exposition des œuvres de M. James LignierChapitre 3 sur 12 · FRANCISQUE SARCEY · texte numérisé non relu

FRANCISQUE SARCEY

Il touchait à la réalisation de son rêve.

Il avait, d'ailleurs, été utilement soutenu, dans cette marche vers l'étape décisive de sa vie, par deux êtres exquis, qu'il ne me pardonnerait pas,

j'en suis sur, d'oublier de nommer ici : M. et M"^*-' Lemoine.

C'étaient les parents d'un de ses camarades d'enfance ; deux braves cœurs, comme le peuple en recèle tant.

Il s'impatientait, il trouvait le but trop lointain : le découragement Fallait gagner : M. Lemoine lui conseilla, sans barguigner, de planter là la pierre lithographique. Et ce conseil impliquait, de la part de ce parfait honnête homme, l'engagement de ne pas abandonner à mi-chemin le jeune homme confiant qui l'écoutait.

Il était faible, débile, fatigué par un labeur trop précoce et trop rude : M'"^ Lemoine le recueillit à la table familiale, comme un frère cadet de son propre enfant. M. James Lignier, plus tard, devait acquitter sa dette de gratitude, en peignant ce très beau et très nerveux portrait qui parut au Salon de i883, et qui est l'une des ceuvres les plus fortes de la présente exposition ; cette image de la bonté, si expressive et si simple, et si durable, qu'il a brossée d'un pinceau filial et qui marque une date dans sa carrière.

Le devoir militaire vint prendre le jeune peintre au moment où il achevait ses études. Une chance extraordinaire lui permit cependant de ne pas abandonner complètement ses travaux. Caserne à Paris, il trouva dans son colonel, — le colonel Marchand, — un chef d'une grande intelligence et d'une bienveillance rare, qui le laissa consacrer en paix au culte d'Apollon tout le temps que le service du farouche Mars n'exigeait pas impérieusement.

C'est ainsi que M. James Lignier accomplissait, en plein, son service, quand il exposa au Salon de 1882 deux portraits, dont celui de son colonel; au

Page 1