‹ Exposition des primitifs francaisChapitre 10 sur 29 · I. Cnzetlcdcs nc(iii.i--Aiig. l'.ioe, I. Il, ]i. 3St-30n · texte numérisé non relu

I. Cnzetlcdcs nc(iii.i--Aiig. l'.ioe, I. Il, ]i. 3St-30n

décor harmonique où les acteurs jouent une scène à la fois plus vraisemblable et plus poétique, se précisent et s'idéalisent dans la lumière. Lumière encore un peu froide, hésitante, incertaine, carie pinceau de l'ioment gardait encore, dans ses tons jaunâtres, çà et là quelque reste de ses premières duretés et sécheresses, si choquantes aux Uflizi. Ce peintre studieux mania-t-il, quelques années après, la matière lumineuse avec plus d'aisance et d'éclat? Ce n'est point impossible, car à ce moment, partout, nous l'avons déjà remarqué, les peintres maichenl au jias accéléré, vers l'idéal poursuivi, dans le métier comme dans la pensée. Leurs transformations,

LA llKSUIillEOTIOX riE LAZAllK, ÉCOLE DE NICOLAS FROMENT (Collection do M. R. von Kaufmaun, Berlin.)

eu Italie et dans les Flandres, sont parfois si extraordinaires, qu'il faut voir et loucher des preuves écrites pour en être assuré. A plus forte raison en fut-il ainsi chez nos compatriotes, d'une sensibilité si naïve, d'une curiosité si ouverte!

Donc, autour de Froment, avant et après lui, en ce chaud Midi, on adore le soleil. Malin et soir, enivi'és par ses caresses tendres ou violentes, tous s'agenouillent devant sa gloire. Il n'est pas jusqu'à cette légende macabre, la résurrection de Lazare, toujours présente aux imaginations provençales, avec son exhibition obligatoire d'un cadavre empesté et d'assistants dégoûtés et se bouchant le nez, qui ne prenne plus de grandeur, presque du charme, dans cet ensoleillement d'abord dédaigné par Froment. Ce sujet se présentait ici deux

l'ois, avec quatorze ligures dansle tableau du docteur Reboul, à Lyou, avec (juinze. dans celui de .M. Richard vou Kaufmann, de Berlin. Tous deux sont admirablement éclairés, avec des fonds de campagnes il de forteresses. Le premier, plus inégal, d'un artiste tâtonnant, qui hésite entre les types amollis des traditions anciennes et les types alourdis du réalisme nouveau, oiïre un mélange singulier d'éléments septentrionaux et méridionaux. Le second, pai' un maître plus savant et plus résolu, se présente avec une meilleure tenue, pour les figures

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LA K E s U H R E C TI 0 .\ DE L A Z A II E , ECOLE DE NICOLAS F K 0 M E N T (Collection Je M. le D' Relioul, Lyon.)

comme pour le paysage. Le Christ, en longue tunique violacée, ferait songer aux Pays-Bas, si les types, si délicats et tendres, de Marthe et de Marie agenouillées, si ceux aussi de la religieuse debout près du donateur en prières et de ce donateur même ne criaient bien haut leur race et leur pays. L'unité de sentimmit avec laquelle tous les personnages, dans leur curiosité et leur surprise ferventes, sans gestes affectés, sans grimaces de terreur ou de dégoût, très simplement, très pieusement, prennent part à l'action, est encore une altestalion d'origine française. Le saint l*ierre, chauve et édenté, ressemble au saint Pierre de Froment; c'est un type courant

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et banal, qui se reirouvo, il est vrai, de tous côtés, dans la région, mais qui peut confirmer le passage ou le séjour de l'artiste à Avignon. Néanmoins, cet artiste, à mon sens, n'est point un Avignonnais de tempérament, d'imagination, de souvenirs ; c'est un liomme d'autre pays, d'une région plus centrale, fort au courant de liicn des choses, un artiste supérieur, qui n'est pas Froment, mais (|ui vaut peut-être Froment et déjà nous rapproche, par certains côtés, de deux mailrcs très dill'érents, les auteurs inconnus, à Paris, du panneau de Saint- Germain-des-Prés et du tableau du Palais de Justice.

Où la main de Froment se retrouve, je crois, sans conteste, avec une grandeur plus libre et plus mâle que dans le saint Nicolas, protecteur de Jeanne de Laval, au volet du Biiiison ardent, c'est dans le superbe Saint Siffrein du Grand Séminaire d'Avignon, d'une si majestueuse allure avec sa dalmatique grisâtre aux larges orfrois historiés et dorés, et qui semble une reprise perfectionnée du même tvpc- Mais, depuis le Buisson, quels progrès éclatants! Où cette ascension s'est-elle arrêtée? En présence d'un développement si rapide, serait-ce une hypothèse trop lianlie d'attribuer à Fmment une autre pièce capitale de l'éctde, VAinioncidtioii di^ l'église Sainte-Madeleine à Aix? Ce n'est pas (|ue j'y veuille reconnaître VAniionciad/' payée trois écus, le 3 octobre li78, à maître Nicolas Froment parle roi René. La somme (à moins qu'il ne s'agisse d'un acompte ou d'un reliquat) est beaucoup troj» minime pour s'appliquer à un tel travail, et l'intervalle de deux années entre les deux peintures (le Biiisso)i fut soldé en 1476) semble bien court pour expliquer un tel agrandissement de style. Néanmoins, si l'on regarde de près et le visage rond de l'ange annonciateur, aux ailes diaprées, petit-his (comme son frère aîné, l'ange messager, dans le Buisson) des anges de van F]yck, et le visage rond aussi, mat et doux, au front large, de la Vierge, et ses longues mains blanches, aux doigts effilés et nerveux; si l'on compare, dans les deux toiles, et aussi dans \e Saint Si /frein, les plissements puissants et larges des robes et des dalmatiques avec leurs colorations intenses et savoureuses, on se sent de plus en plus disposé à y reconnaître, avec plus d'ampleur, de liberté, de souplesse, de richesse, de charme, de beauté, la même façon de voir, sentir et exprimer.

En tout cas, qu'elle vienne de Froment, d'un rival ou d'un successeur, cette Annoncialion reste, avec la Pietà, le chef-d'œuvre le plus imposant del'école, la floraison exquise et magnilique d'un noble génie en pleine maturité. Quelle splendeur chaleureuse de luuiièi'e

td r

(il —

iTcurillio sons Ic'so^ivrs de la longue nef, qiielli en olili(|iic. (les lointains

ipeibe disposition,

areliiteetnranx, quel éclat (le couleur, quelle sûreté de rendu dans tons les détails, dans ra])pai'ilion céleste de Dieu le Père, les sculptures des voûtes et des colonnes, le prie- Dieu chargé de livres, le vase d'orfôvrerie où trempent des fleurs!

On ne donne qu'aux riches ! Ouelques-unsdc nos amis accordent encore à Froment la Légende de saint Mitre, cette scène de martyre si dramatique qui s'accomplil aussi dans un décor nu'i'xcilli'ux. Cette l'ois nous sommes en plein air, sur une place d'Aix.

d'iiù les yeux enfilent deux riu's liurdi'es pardespalais, des campaniles, des logis à terrasses, des tourelles, de

l'etlet le plus pittoresque.

lîeauciiup d'oisifs dehors,

heaucoup de curieuses aux

fenètrf^s. On vient de décapiter un hon saint, un

captif grec, au service du

pr(''lenr l'omain. (|ui s'est

permis, le pauvre ! de distribuer quelques grappes

de raisin à de plus pauvres

(juc lui, dans la vigne de

son maître. Le féroce

Arvandus l'a condamné,

pour ce crime, à être décapité, ni plus ni moins. La sentence est

((îr.Tiiil St-minairc, Avignon.)

exécutée. Le bouiTeau, un Provençal Iràlé, sec et maigre, bien découplé, robuste et nerveux, appuyé sur son épée sanglante, regarde à ses pieds sa victime. 0 miracle ! Voici que ce corps, tronqué et sanglant, à genoux sur le sol. au lieu de s'abattre, tend la main droite, à tâtons, vers sa télc Idnibéc; puis, le voici, tout à

ÉPISOIIES DE LA VIE DE SAINT MITRE. PAR NICOLAS F R (I M E N T (?) (Catliodrale .Saint-Sauveur, Aix-en-Provence.)

coup, au milieu de la place, redressé, qui, <run pas ferme, droit et lier, s'avance, nous présentant des deux mains son chet illuminé d'une auréole. Ces trois figures, le biiiirnvui, le saint Mitre décapité, le saint Mitre ressuscité, sont de toute beauté, exécutées avec une force, une précision, une francbise dignes des plus grands maîtres contemporains. Il tant penser à Thierry Bouts ou Gérard David, chez les Flamands, à Mantegna, chez les Italiens. Encore

ne IrotiVL'rait-on pcut-ôlre choz aucun d'eux:, malgré leurs autres supériorités, un tel naturel dans la vigueur du style, une telle simplicité dans la noblesse d'expression !

Ce milieu méridional fut, évidemment, celui oîi se conserva le mieux et le plus longtemps la tradition du beau métier. Avignon,

LE CALVAIIIE, ÉCOLE IlE P A 11 I S (?) VEHS li"0

(Palais de Justice, Paris.)

Ai.x, Nice, n'étaient-ce pas les étapes forcées pour les peintres, à l'aller ou au retour d'Italie? Tous s'y arrrètaient et en rapportaient quelque chose. Ne pourrait-on surprendre des réminiscences avignonnaises jusque dans notre célèbre tableau du Palais de .Justice, si longtemps di-robé à la curiosité publiijue, soumis enfin à un examen sérieux? Depuis qu'on l'a vu de près, comment penser à van Eyck, Rogicr de la Pasture, Memling, van der Cloes, à tous ces grands Flamands dont les noms s'éparpillaient naguère, au petit l)onheur.

sur tant de cadres étonnés dans les musées, églises el [lalais. cl qui s'étaient lour à tour abaltus sur celui-là? Piniln minora ccuia?7iiis.

Non. l'auteur de notre relaldc n'est pas un créateur de celle envergure. Néanmoins, c'est un inailrc original, liés particulier, d'origine septentrionale peut-être, Flamand, Néerlandais ou Allemand, mais qui, sûrement, a traversé les ateliers du Midi. De tous côtés, les marques en éclatent, soit dans les types mêmes des ligures — tètes brunes, étroites, régulières, clicxclures et barbes noires, touffues, frisottantes, carnations sèches, rougcàtres et brûlées, regards durs et sensuels de-- priiiudles très noires dans la cornée très blanche, Iri-

1' I h 1 A , te U L E r [( A ,\ !; A I S E , K I X II L" XV' SIECLE

(Musce du Louvre.)

vialité malpropre des soudards poilus, — soit dans les détails de l'exécution, jets et cassures des draperies (cf. Saint Mitre et Résurrection dr Lazare), accentuations pesantes et noirâtres des coups de brosse négligents et làclu's dans les parties ombrées. Avec cela, des attitudes fermes el draiiiali(|nes, sinon beaucoup de sensibililé, dans les Saintes Femmes, les deux saints Jean, le Baptiste et l'Evangéliste, le saint Denis (cf. encore le Saint Mitre;. Le tableau fut peint à Paris ; le beau panorama, à gauche, de la tour de Nesle et du château du Louvre, ne |iermct guère d'en douter; mais le l'oi saint Louis, dont la tête semble faite de chic d'après quel(|ue porti'ait de Louis XI encore jeune, et surtout l'étonnant Gharlemagne, avec sa toison débordante el ébouiilfée et sa barbe plus broussailleuse que lleurie, sa mitre pdintuc. sa tunique et son manteau surchargés de clinquant, ne se rai tachent guère aux traditions parisiennes. Cet

empereur cabotin doit avoir l'accent provençal ; il sent un peu rail.

Le tableau bien connu du musée du Louvre (provenant de Saint- (jernuun-di'3-Présr, avec la vue, aussi, du Louvre, celle de Saint- Germain-des-Prés et de Montmartre, qu'on avait juxtaposé, présente, au contraire, des caractères fort dilTérents. C'est l'ouvrage d'un maître français, soit de Paris même, soit de la région centrale. L'attribution àPetrus Cristus ou à l'école de van Eyck semble insoutenable. D'une part, le travail est postérieur, de l'extrême fin du xv" siècle, car les

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