‹ Exposition des primitifs francaisChapitre 11 sur 29 · LES TROIS MARIE PRÈS DU CHRIST MORT, ÉCOLE PROVENÇALE, VERS · texte numérisé non relu

LES TROIS MARIE PRÈS DU CHRIST MORT, ÉCOLE PROVENÇALE, VERS

(Collection du baron d'Allicnas, Montpellier.)

attitudes, les ajustements, les colorations y révèlent la connaissance d'Antonello, des Bellini, d'autres Vénitiens. D'autre part, l'admirable mise en scène, si naturellement, si claiiemenl disposée et concentrée, des sept personnages, qui tous, suivant les exigences de nos habitudes intellectuelles, jouent un rùle effectif dans cet épisode pathélique de la Passion, et l'extraordinaire émotion, sans banalité comme sans emphase, qui s'exprime, avec noblesse ou tendresse, dans toutes leurs attitudes et leurs physionomies, contrastent singulièrement avec l'insensibilité des figures de Cristus ou le charme un peu monotone des brillantes, mais froides images de Bruges. Il y a donc, là encore, un nom de maître à trouver, un nom qui nous

fera honneur. Cette Mise au /oitilicaii touclie déjà à l'îirl du xvi" siècle. Un souffle d'Italie, un souffle auroral et printanier, tout frais encore, y fait épanouir plus librement, sur son terroir, avec des parfums nouveaux, la fleur française, sans altérer en rien sa grâce franche et vive.

Du môme temps, ou à peu près, datent, sans doute, trois autres chefs-d'œuvre de l'école mi''ridi(ina]e où passe le même souffle, avec

l'enfant Jésus a doué p a u la viekge, un chevalier et un évéquk

ÉCOLE P li 0 V E N Ç. A L E , V E II S 1500

iMuscc Calyet, Avignon.)

plus d'effet encore, parce qu'il vient de plus près. Les Trois Marie en prière devant le cor|)s du Clirisi, (i(\i;i exposées à Bruges, sont toujours attriliuéespar son juoi)riélaire actuel, M. le baron d'Albenas, à Antonello de Messine, comme elles l'étaient déjà par son oncle, le savant et perspicace Renouvicr, à qui nous devons le beau tableau de Gérard de Haarlem passe; de la même collection dans le musée du Louvre. L'atlribulion s'appuie sur les postures des crucifiés, semblables à celles du Calvaire d'Anvers (mais qu'on retrouve souvent ailleurs), sur la fermeté du style, la beauté de l'éclairage. On ne saurait nier, en efTet, certains rapports avec des œuvres flamandes et vénitiennes,

mais c'est le cas ilun grand nombre de pcinlures contemporaines, notamment dans les régions provençales et piémontaises. Jusqu'à preuve contraire et décisive, l'arcliilectuie, fran( liement gothique et

SAINT MICHEL, ÉCOLE PHOVEXÇALE, V E II S 1 ij 0 U

(Musée Calvet, .\vignon.)

flamboyante, du clocher et de la chapelle \ oisine. celle des fortifications délabrées qui les entourent, le type, l'habillement, la physionomie, la facture, délicate et minutieuse, du vieux donateur agenouillé nous font croire à une origine de provinces alpestres. La pièce, d ailleurs, malgré quelque usure, est admirable, autant par les altitudes

grandioses dos plenroiiscs accablées que par la splendeur intense du crépuscule empouipré qui enveloppe, apaise, endort leurs saintes douleurs dans une caresse profonde de chaleur recueillie et de lumière divine.

Quelle tranquillité, quel silence encore dans la cour, au loin déserte, de ce manoir féodal où, sous un porche, l'Enfant Jésus, assis sur un coussin, une main sur le globe, l'autre dressée, semble faire déjà un petit sermon 1 l'our l'adorer, s'agenouillent, d'un côté, une Vierge provençale, moins naïve, plus distinguée, presque élégante, aux cheveux enrubannés, et, de l'aulrc cnlé. un bon chevalier, portant une cuirasse ('datante et un jupon de velours galonné d'or. Derrièi-e celui-ci s'avance un évèque, au visage sanguin, superbement chargé d'une dalmatique en ])rocart à ramages cl d'orfèvreries précieuses sur la poitrine et aux doigts, qui soulève, avec respect, sa mitre, par un geste humble et gauche rappelant celui du guerrier saint Georges, à Bruges, soulevant son casque dans la même circon- .slance, derrière le chanoine G. van der Paele. Que l'auteur de cet En/aiil Jrsus adoré par ta Vieryp, un chevalier et un èrèque ait vu des van Eyck, des peintres lombards, des Giorgione peut-être, qui en douterait? Mais, s'il a beaucoup vu, comme il a bien et librement compris ! Comme il s'est poétiquement assimilé, au Nord et au Midi, ce qui pouvait lui convenir! Comme, en fait, il est original et personnel et sans aucun rap|inrt, d'ailleurs, avec Gérard de Haarlem sous le nom duquel, sur l'affirmation aussi péremptoire qu'aventureuse donnée par Waagen, on l'exposait au musée d'Avignon !

C'est du même et riche musée que venait aussi ce délicieux panneau à deux faces : le Sainl Miclielei Y Annonciation. Ce saint Michel se profile toujours, comme ses frères aines des xiv'' et xv'^' siècles, si nombreux chez nous, sur un fond isolant de riche tenture; c'est la même vigueur leste et mâle, la même vivacité d'attitude victorieuse et de geste menaçant que dans nos vieux bois, pierres, marbres ou enluminures, mais le beau prince, le prince charmant, s'est encore assoupli, affiné, modernisé, au contact des cours italiennes. Son éciuipement est d'un bon armurier lombard; ses longs cheveux, bouclés et soyeux, et sa physionomie aristocratique révèlent sa parenté avec les sveltes adolescents, mondains et tendres, au sourire féminin, de Florence et de Milan. Ce n'est plus seulement l'Italie qui nous gagne, c'est nous qui allons la chercher, avec et après les Flamands qui déjà s'y sont enivrés et (jui s'y enivreront,

parla siiile. autant que nous, sous le charme délicieux, mais pcrliile. d'une irrésislilde lieaulc.

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