ETIENNE CHEVALIER, TRESORIER DE FRANCE ET SON PATRON SAINT ETIENNE
(Musée de Berlin.)
■àztiie (U-s rseaux-Arts
maiiils nu ilalirn>, el ilc la plupart do ses successeurs français, au moins pendant le xvi'" siècle. L'homme qu'il peint ne s'isole pas;
PIIUTIIAIT lir i:ll A NCELIEK .lOL'VENEL DES U H S I X S , P A il J F. A N F 0 L n U F. T
fMiisce du Louvre.)
> il le fait poser devant lui, c'est avec son alliludr familière, quelque entourage ou accessoire qui le montre actuel et vivant. Le magnilique chancelier .louvenel di's t'rsins musée du Liuivre s'épamiuit,
f;ras ol ruijicoiid. ilans loute la sumptuosité lieuriMisc do sa mine satisfaite, de sa li(iii|i[K'landr |M)iii-|)ré(\ deson escarcelle d'orfèvrerie, Idiiidc et résuniiante, au milieu de ses lambris aimoriés et dorés, tandis que son pauvre roi. le très victorieux et très malheureux (IharlcsVII (musée du Louvre), affaissé, ravagé, couperosé, congestionné, miné par l'angoisse des trahisons et des ingratitudes qui l'assiègent, à demi caché entre les petits rideaux de la logelte d'où il écoule la messe dans la Sainte-Chapelle de Bourges, y semble, sous l'c'paissenr de lourds vêtements, y grelotter sa lièvre mortelle d'ejinuis et d'inimilialions.
Ces deux jieintures ont été assombries par le lemps, çà et là alourdies dans les fonds par quel- (|ues retouches, mais.
pour l'essentiel, elles siinl inlactes et montrent dans toute sa vigueur la franchise du |ieiuli'e, loyal et résolu.
presque imjiilnyalde .
Iran(diise aussi honorable pour les modèles qui l'acceptent qiu' pour l'art isle (|ui l'impose. Les deux autres portrait^, venus de Vienne, de moindre grandeur, l'un à mi-corps, d'un cinquantenaire, eoillé d'un chaperon noir, en vêtement noir, les deux mains sur nue tablette, en train de manger, tenant un verre et un couteau icoll. du comte ^\ ilczeck), l'aulri' d'un autre homme en buste, plus jeune, en calotte noire, la main gauche posée sur un appui de pierre, daté de 1 Hd galerie du prince de Liechtenstein), avec plus de simplicité, plus de force aussi et d'intensité, montrent, chez le peintre, une admirable continuité de progrès pour la technique aulant que jiour la
riiirriiAiT ii il u M M i; , I'AI-, .ieax fût ou et (Collectiuii du ronUo \Vilczeck. Vienne.}
perspicacité dans l'analyse physiononiiquo et physiologique. (Jnellc étonnante sûreté, pour les formes, quelle admiralile souplesse, pour la diversité des touches et l'elFet des nuances colorées, dans les visages, dans les vêtements, dans les mains! El comme ces personnages-là sont vrais, palpahies, pensants, parlants, vivants, non pas
PIJKTHAIT HE JEL.NE HOMME. F .V H JEAN KOL'QIET
(Galerie du priace de Liecliicnstein, Vienne.)
seulement des vivants d'autrefois, du xv' siècle, mais des vivants d'hier, des gens d'aujourd'hui! (Juel habitant de la région ne reconnaît, dans le bonhomme au verre, avec ses grandes oreilles, ses lèvres épaisses, son nez busqué, ses yeux noirs, perçants, intelligents, vifs et fins, un de ces derniers descendants des Arabes, colons prisonniers de Charles-^NIartel, si communs encore en Poitou, si reconnaissables à leur atavisme oriental.' VA le jeune homme
aux fortes mâchoires, à la mine Vdlualairo, aux veux inégaux et divergents, qui ne Fa rencontré, laboureur, vicaire ou niaicliand. aux environs de Tours? Nous avons, autrefois, signalé quelque ressemblance entre ce type et celui de Jean Fouquet, d'après son portrait en émail (^musée du Louvre); nous croyons toujours que c'est Icà un membre de la famille, frère ou fils.
Quelques autres portraits, de style approchant, rangés à l'Exposition autour du maître, témoignaient que, de son vivant au moins, ses disciples gardèrent son amour pour la vie expressive dans la plus petite effigie, non par la seule exactitude des traits, mais aussi par la vérité de l'atlitude et du geste. Les excellents morceaux de la Dame tenant un chapelet, près d'une fenêtre ouverte, avec un pot d'œillets (coll. Agnew) et d'un Jeune homme en pourpoint lacé au col gardent, notamment, une vivacité d'allure éveillée et d'expression attentive qui disparaîtront le plus souvent dans les écoles postérieures.
i:i;OLi:s dl' cemue.
LE » MAITKE DE MOULINS», JEAN ll() U li D 1 C U 0 N ET JEAX l»EllliÉAL.
DANS le Bourbonnais et l'Auvergne, autour du bel artiste inconnu provisoirement surnommé le « Maître des Bourbons » ou le c( Maître de Moulins », plus encore qu'en Touraine autour de Jean Fouquet, une multitude de questions se posent, toutes intéressantes pour riiistoire de l'art national. Y eut-il des peintres, y eut-il une école dans cette région avant la fin du xv'' siècle? Par quels liens, dans ce cas, les artistes du centre se rattachèrent-ils à leurs prédécesseurs, les protégés du duc de Berry dont le souvenir, comme constructeur et amateur, survit dans toute la contrée? Quelles furent leurs relations avec leurs maîtres ou confrères du Lyonnais, de Bourgogne, de Provence, de Berry, de Touraine, de Paris, de l'Italie aussi et des provinces franco-llamandes? L'homme de talent, luimême, dont l'œuvre attira, la première, l'attention sur ce coin actif de vieille France trop oublié, le « Maître des Bourbons », était-il un sujet, un protégé particulier de cette famille, un peintre ducal, comme Fouquet était un peintre royal? D'où venait-il? de l'aris, de Lyon, de Touraine, d'un autre pays? Où son imagination s'est-elle développée? Où son métier lui fut-il appris? Comment s'est elTcctuée en lui
cetto mixture dV'léments tourangeaux, septentrionaux, méridionaux, qu'on devine aisément sous la grâce originale de sa séduisante personnalité? Autant de problèmes posés, autant de problèmes en suspens, tant qu'une investigation plus complète des documents n'aura pas permis de les résoudre.
Pour le moment, admirons, — il y a de quoi, — etjugeonspar nos yeux. Contemplons, de nouveau, d'abord le tri|)tyque de la cathédrale de ^luulins. Ce fut l'œuvre qui, en 1878, révéla la valeur de l'artiste; c'est autour d'elle, en la prenant pour étalon, que se sont, depuis, groupées d'autres peintures, portant toutes les signes d'une même origine ; c'est elle qui, jusqu'à présent, reste la pièce capitale et le plus beau spécimen de l'école. Paul Mantz, dès 1878, en avait diagnostiqué toutes les importances ; il l'analysa plus tard, avec une prédilection marquée, dans sa Touméc en Aiirergne' . Nous en avons parlé, à notre tour, en 1 900, dans notre étude surLaPee/j^^/'e ancienne à l'Exposition universelle, et M. Camille Benoît y est revenu dans ses intéressants articles sur La Peinture française à la fin du xy siècle-.
Voici ce que nous en disions en 19(111 :
« ...<Juel qu'en soit l'auteur, l'œuvre est admiralde, digne d'être comparée aux plus belles œuvres contemporaines dans les Flandres ou en Italie. Rien de plus naïvement pieux, de plus simplement aimable que le visage de la Vierge, rien de plus candidement enfantin que le bambin bénissant, de plus adorable dans leurs mouvements souples, leurs gestes fervents, leurs physionomies tendres, que les quatre groupes d'anges, s'élevanl, trois par trois, en un rythme symétrique, aux cùlés de la Vierge, et que les deux anges, dans la hauteur, soutenant la couronne d'or au-dessus de sa tète. L'illumination surtout est merveilleuse. C'est avec une délicatesse savante, dont on ne trouverait guère alors d'autres exemples, qu'autour des cercles polychromes remplaçant la mandorla traditionnelle une lumière céleste, infiniment, judicieusement, délicieusement nuancée, caresse, pénètre, éclaire ou décolore les longues tuniques des anges, les blancheurs fraîches de leurs visages ravis et de leurs mains tines. La vision est paradisiaque, d'un lyrisme exquis et suave.
« Dans les panneaux latéraux, niches garnies d'épaisses tentures à bandes rouges et vertes, c'est, au contraire, un jour étouffé d'intérieur, oi!i les figures, fortement modelées, font saillies comme des