Gazette des Beaux-Arts, 1002, t. I, p. GS et suiv
bas-reliefs colorés. I'mt hi \ii;iieiir du dessin, la distinction du modelé, Topulence des coluralions, la franchise des expressions, la sincérité des portraits, c'est nne o'uvre magistrale et tjiii forme vraiment une suite instructive au travail identique de Froment,
L AXXONCIATION, lilUSAILI. KS l'Ail LK " M A I T 11 E IJ E MOILIXS "
(llEVEIlS ne » Tl;l l'TYl.iL'E llE MOULINS »)
l'CatlH'di-al»' de Moulins. 1
antérieur de vingt-cinq ans. Sur deux points dillérenls du territoire, c'est bien l'affirmation du même génie, jaillissant des mêmes sources, procédant par les mêmes moyens'. »
d. Gazette def^ Beaux-Arts. l'.Miii. I. II. |i. 3'.i4.
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D'après les âges, les costumes, les altiiliuls des deux nobles donateurs agenouillés sur les deux volets, le duc l'ieire li tic Bourbon et sa femme la duchesse Anne de France, fille de Louis XI, le travail est de 149S environ. Sa perfection affirme la maturité de l'artiste. Aussi tous ceux qui s'oi)stinent en cette conviction surannée qu'à la fin du xv"" siècle il n'y avait plus de peintres en France n'onl-ils pas raanqiK' de l'allrihucr à un maître cxolicjuc Le nom de Benedello (ihirlandajo, <[ui travailla à ce moment pour les Bourbons et en a laissé le souvenir dans la Nativité d'Aigueperse, leur vint naturellement sur les lèvres. Malgré la diversité des ouvrages, constatée par Paul ^lantz après une comparaison sur place, en deux haltes rapprochées, des deux tableaux, quelques-uns, récemment encore, s'entêtaient en celte supposition, La juxtaposition, au pavillon de Marsan, d'œuvres antérieures à l'arrivée de Bcnedetto en France, dans lesquelles il faut bien reconnaître la main, plus jeune, mais déjà très personnelle, de l'artiste de Moulins, est venue heureusement clore la discussion en faveur d'une origine française.
Entre la Nativité de l'évèché d'Autun et le Tripti/quc des Bourbons. les similitudes de technique et de style sont trop frappantes pour qu'on leur ciierche une différente paternité. La Nativité ne peut être postérieure à 1483, date de la mort du donateur. Jean Rolin, non plus que le triptyque antérieur à 1498, année où Pierre de Beaujeu succéda à son frère comme duc de Bourbon, ainsi que l'indique sa couronne. l'entre les deux se place, probablement, la Vierge aux anges du musée de Bruxelles, qui marque la transition. Les trois œuvres, où l'on peut suivre l'assouplissement d'une manière de plus en plus libre, ferme et sûre, dérivent toutes de Fouquet. et affirment une étroite parenté avec les écoles tourangelles de [)einture et de sculpture, dont elles paraissent suivre, pas à pas, la dernière évolution.
La Nativité d'Autun est, de tous [)oinls, une ceuvre exquise, d'une tendresse, dune ferveur, d'une sincérité toutes juvéniles. Une haimonie blanche et claire, presque transparente, comme celle d'une éclosion de lys dans les lueurs matinales, enveloppe la scène de grâce et de fraîcheur. Le bébé, tout nu, aux chairs fines, est couché, dans la crèche, sur un linge blanc. La jeune mère, délicate et pâle, ouvrant ses mains fines, coiffée de la cornette berrichonne, l'adore à genoux. A côté, de même, saint Joseph, tyjie barbu de moine gentilhomme ou lettré, à la barbe soignée, joint les luains, et, près de la crèche, deux angelots aux chevelures abondantes. Un peu en arrière se tient, dans la môme attitude, blafard et décrépit, avec son
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pelil cliion assis sur le pan de sa idlio i'oui;e, le xilmix (.■aniinal Jean Fiolin, fils du chancelior Nicolas qu'on voit dans le lalileau de van Evek passé de la même eiiapelle au niusi'c du Louvre. Au i'ond, derrière la clôlure Ijasse, en palissade, de la chaumière, snr une percée de campagne, deux bergers, l'un vieux, l'aulre jeune, se penchent pour voir, en causant. Marie, avec plus de candeur, est la Vierge de Fouqucl dans VAditra/ioii (//'s Mm/es. Lenlauleh'l, avec ses petits yeux gris, perçants, nettement enchâssés, sa houchette iine, son ventre rondelet, est le frère cadet, mais bien mieux venu, délicat et assoupli, du Jésus trop réel, encore si pesant et mal dégrossi, porté par AgnlsSorel dans le triptyque de Melun. Les anges, deux jumeaux, avec leurs fronts larges, leurs joues ])leines, leur piété calme et naïve, sont déjà ceux de la Vierr/e (iii.r anges et du triptyque de Moulins. Le peintre ne variera guère leur type provincial, non plus que celui de rEufanl. La Vierge seule, sous une inlluence ignorée, celle d'une a:'uvr(> ilaliennr peiil-èli-e, (Ui, simplement, celle d'un autre modèle local, se modiliera. Dans la Vicnjc aux anges, son visage, moins jeune, s'élargira, se régularisera, deviendra aussi moins naïf; l'innocente campagnarde tourne à la noble dame. Autour d'elle, son cortège ne change pas : à Moulins, comme à A ul un et à Anvers, ce seront les mêmes enfants de chœur, mais grandis, adolescents, qui toujours l'adoreront si pieusement, si gentiment, avec leurs mains fines, un peu petites, diversement tendues, fermées, ouvertes, jointes ou croisées. Dans celte monotonie familiale des types, les variétés d'une même expression par les nuances de l'attitude», du geste, de la physionomie sont inlinies, d une délicatesse extrême. Rien ne prouve mieux une imagination d artiste, une àme de poète, éprises de perfeclinn. Celte àme, cette imagination se révèlent mieux encore dans les li-ansformatiiiiis du Bambino. D'une église à l'autre, couché à Aulun. assis à Anvers et àMoulins, cette fois plus droit et plus ferme, le petit Jésus se développe, s'éveille, regarde, comprend; d'abord nourrisson attentif, qui écoute; puis Dieu précoce, qui pense, parle el bénil. La même intelligence, la même aspiration vers une beauté plus complète, par l'unité des expressions, par le rythme des formes, par les modulations lumineuses, progressent aussi dans les trois œuvres. L'unité d'expression, cette caractéristique du génie français, est déjà remar(juable dans la première, liieii que la com|iosition, naïvement éparpillée, y reste celle des miniatures; elle s'accentue déjà dans la seconde, où tous les visages sont si attentifs au dialogue de la Mère et de l'Enfant; elle devient tout à fait saisissante, eiiciian-
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tei'i'^se d;uis lo jiuradis i'cl;itaiil ilr Mijuliiis, on luiitcs les extases des anges adorateurs convergent, i)ariHi les cercles successifs de lumières colorées, vers la Mère friompliante en son halo de j)ourpr(^ et d'or.
L\ ViEIKiE ALX ANGKS, l'Ail I.E " M A i T 11 E ME MOL LIN S"
i^Musfîe dp Bruxelles.}
el IVirnii'iit aulour d'elle comme un second nimbe multicolore d'êtres vivants et mouvants.
Si délicieusement poétiques que soient toutes ces figures, ce ne sont pas des ligures rêvées, ce sont des figures vues, et bien vues, dans la \ii' rr^elle. ()n v sent ([ue, si l'aulrur île ci'lli' peinture, ordonnée el l'claiiiM' romnir un vitrail dr rosace, dut être un admirable com- |in-.ilcui- ili' verrières, ce dut être aussi un étonnant portraitiste. La piviivr m est fournie, d'ailleurs, par les volets mêmes du triptyque où
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Pierre de Bourbon et Anne de l'i'ance, avec sa lille Suzanne, se font présenter à la Vierge par leurs patrons. Ces deux superbes figures, le saint Pierre portant, avec une tiare splendide, une cbasuble somptueuse de brocart chargée de broderies et d'orfèvreries, la sainte Anne, non moins bien vêtue, en coiffe montée et godronnée, recommandent à la Vierge leurs clients avec une noblesse bienveillante, un geste de protection insistante, qui contraste avec l'attitude souvent inditîérente des patrons italiens et relie les volets au centre. Par sa magnificence, le saint Pierre rivalise avec les plus beaux papes de la Renaissance ultramontaine, comme, par sa grâce imposante et son ajustement, la sainte Anne avec ses plus belles saintes. Tous •K'ux, par le type, l'alliu'e, l'arrangement, sont des Tourangeaux ajiparentés aux créations du grand sculpteur ^lichel Colombe; tous deux, types revus sur nature, ne sont que des portraits sanctifiés.
Il semble, d'ailleurs, qu'à ce moment le portrait, souvenir de famille ou gloi'ification de l'individu, se présentât plus volontiers encore dans les tableaux d'église, sous une protection céleste, qu'à l'état isolé, dans un simple cadre. Deux autres panneaux attribués au <( Maître de Moulins », fragments de diptyques ou de triptyques dépecés, nous montraient encore une Z)o»«/r/cr' av(^c sainte Madclehie (coll. Somzée, puis coll. Agnew, puis musée du Louvre), et un Donateur avec un sain ( f/uerrier (masée de Glasgow). Dans les deux les figures sont à mi-corps. Les deux sont d'admirables peintures, pour la lecbnique comme pour le sentiment, où la science tlu pbysionomiste exercé et pénétrant s'affirme avec une intensité de plus en plus magistrale , aussi bien dans les figures saintes que dans les figures humaines, toutes aussi vivantes les unes que les autres, aussi poétiquement ennoblies par la sincérité grave et sereine de l'émotion pieuse. Nous avions déjà signalé, en ces termes, le premier tableau, lors de son apparition à l'Exposition l'niverselle de 1900:
<i Une œuvre bien plus remarqualjle et (lui, celte fois, peut être comparée au triptyque pour ses qualités supérieures et approchantes, c'est un petit panneau, qu'il faut aller chercher dans le pavillon de Belgique, à la rue des Nations (collection Somzée) : une Sainte Madeleine devant une dame agenouillée. Les mêmes façons de présenter les figures et de les costumer, la même science et la même distinction dans l'analyse des physionomies, la même blancheur des chairs, la même finesse des mains pâles aux molles envelnppes sur des ossatures très fermes, le soin et la beauté particulière des accessoires, tout
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