MINIATURES
E ce pauvre et vénérable panneau, seul vestige d'un grand art disparu, il nous faut sauter au Pan'iiifiit dr Narbonne (muséedu
P 0 It T H A I T Dr nui JEAN II. 1' A K CI lî A U D 1> 0 II L E A N S (Bibliothùque Nationale. Paris.)
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Louvre'), à la mitre d'évêque (^muséo tie (;iimy),à la cliasuljle brodée (collection Martin Leroy-), ouvrages de dessins sur tissus, contemporains, à quelques années près, de la tapisserie de V Apocalypse (cathédrale d'Angers), vers 1375-1380. A défaut de tableaux, c'est là qu'il faut chercher les caractères de l'évolution accomplie, dans l'art des formes et de l'expression, par les peintres de Paris, sous le règne de Charles V (136i-1380).
On sait ([uol rùle important joua, dans la renaissance de nos arts, ce roi, avisé' aulanl que sage, curieux, lettré, constructeur hardi, bibliophile passionné. Les organisateurs de l'Exposition n'ont rempli qu'un devoir en ramenant de Saint-Denis pour les placer à l'entrée, sur le passage des visiteurs, sa statue et celle de sa bonne femme Jeanne de Bourbon. Qu'elles faisaient bien là, ces deux pierres, si largement et puissamment taillées, ces deux nobles et simples effigies, nous accueillant encore avec cette dignité simple, celte alfabilité bienveillante qui attirèrent, jusqu'à la Révolution, les Parisiens vers le portail de l'église des Célestins^lQuel plus beau spécimen auraiton pu trouver du vrai style national, du style de F*aris et de l'Ilede-France, durant ce règne trop court? Oui, je reconnais bien là, je touche des yeux et du doigt, dans ces images exactes et souriantes, toutes ces qualités supérieures et durables de notre art statuaire, comme je les reconnais dans d'autres images contemporaines, à la cathédrale d'Amiens, au palais de Poitiers, par exemple. Cette aisance, cette souplesse, ce naturel, cette intelligence spirituelle dans l'expression, cet attrait par la sincérité, furent les grâces puissantes que nos imagiers du xui'" siècle avaient déjà su mettre en leurs figures tombales ou ornementales. Ce sont celles que Jean de Saint-Uomain, Jean de Launay, Jacques de Chartres, Guy de Dammartin ou tout autre sculpteur français du Louvre, l'auteur de ces vivantes effigies, transmirent à leurs successeurs du siècle suivant; ce seront celles qui feront vivre jusqu'à nos jours les travaux de toute leur lignée, depuis Michel Colombe et Germain Pilon jusqu'à lloudon et lîude, jusqu'à Carpeaux et Falguière. On a constaté, sur la sculpture
i. Naguère étudié par M. H. Bouchol [Gazette des Beaux-Arts, 1004, 1. I,p. 3).
2. V. G. Lafenestre, La PrhUurr ancienne à l'Exposition Universelle de 1900 [Gazette des Beaux-Arts, 1900, t. Il, p. :)79i el Peintres primitifs à Bruges et à Paris, Vieux maîtres de Franee et des Puijs-Bas. Paris, 1004, in-S".
3. «... L'église, tant belle et nolable... et la porte de celle église à la sculpture de son ymage et de la royne s'eppouse, moult proprement faits. " (Christine de Pisan.)
CHAULES V, STATUE EX f I E llll E ÉCOLE EHAXÇAISE, DEUXIÈME MOITIÉ II ir XV' SIÈCLE
(Musée du Louvre,
comme sur la peinture à Paris à celle époque, une aclion, sinon de l'art flamand, encore mal défini à ce moment, au moins de la technique septentrionale, plus sèche cl plus âpre, commune à toute la race entre Amiens et Liège; mais, assurément, ce n'est point dans ces statues, si lihremenl et nohlement naturalistes, (|u'on peut en trouver l'empreinte.
Les tapisseries, broderies, dessins ci-dessus indiqués, semblent nous dire (jue les peintres, en général, furent plus sensibles que les sculpteurs, au moins les sculpleurs de grandes pièces, à cette manière importée d'amaigrir le plus souvent, parfois d'épaissir, d'agiter surtout et de tortiller les formes pour leur donner une expression plus vive et plus aiguë, qui venait de l'Est et du Nord. C'est bien là, en effet, une manière très caractérisée, correspondant, sans nul doute, à certaines afféteries et coquetteries dans la laideur comme dans l'élégance, de mode à la cour de France, et, par conséquent, de mode dans les cours voisines, dimt certains poètes et chroniqueurs courtisans nous donnent bien une idée. Les collaborations internationales d'où sortent la plupart de ces ouvrages et des ouvrages similaires, comme les ivoires et les miniatures, en rendent d'ailleurs les analyses fort incertaines et doivent singulièrement nous mettre en garde contre la rapidité des attributions d'origine. On sait ce qui s'est passé pour la tapisserie d'Angers'. Les cartons en ont bien été dessinés, à Bruges, par l'un des peintres de Charles V, Jean Bandol (dit de Bruges parce (lu'il y résidait, sans qu'on connaisse, d'ailleurs, sa nationalité), par les ordres et sous la surveillance directe de Louis 1"', duc d'Anjou; mais ces cartons ne sont que des copies, agrandies et stylisées à la mode courante, d'après des miniatures françaises du siècle précédent. Le manuscrit, prêté par le duc, oublié par ses licriliei's, acquis ensuile pai' L. de Gruthuyse, dont l^ouis XII racheta au xvi'' siècle les collections, esta la Bibliothèque Nationale. Ces cartons franco-brugeois furent ensuite traduits en tapisseries à Paris, c'est-à-dire inteiprétés de nouveau par les ouvriers français de Nicolas Bataille. Comment démêler sûrement, à travers ces avatars, ce qui revient à Paul et ce qui revient à Pierre, ce qu'on peut réclamer du Nord, du Centre ou du .Midi?
Délions-nous donc de ces dissections subtiles et stériles, gardonsnous bien surtout des revendications problématiques et excessives.
1. Jules GuilTrey, Nicolas liaUnllc, tapissier parisien du m y siixic, auteur de la tapisserie de l'Apocalypse d'Angers (Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, l. XXXVIII, 1877).