L'ANCIEN PALAIS DE SAINT LOUIS ET LA SAINTE CHAPELLE SOUS CHARLES V
Miniature des Grandes Heures du duc de Beny Gaïf- -Arts ' Mus^e Condé. Ch«nlill y,> Imp. A . Porcabeuf, Pa.:,
DIEU LE PKKE, M 1 X I A T f K E DU MISSEL DE s A I N T- M \ fl L O I l\ E DE l'AHl? ÉCOLE FnAXÇAISE, COMMENCEMENT DU N V SIÈCLE
(Bibliothèque de l'Arsenal, Paris.
uuvcfls et si bienveillants : eelni de sainte Elisabeth, compatissante, avec la Vierge enceinte lui déconvrant, lui faisant presque iàter sa taille élargie; on dans celui de Marie, se levant, tout épeurée, pour écouter la conlidence de l'ange incliné devant elle dans nne attitnde rassurante et familière! Quelle vérité dans les gestes ! Quelle honnêteté, douce et rayonnante, dans les visages ! Allons, c'est bien là notre arl à non?, noire art nainrel et ému. «pii n'aura qu'à s'assouplir, s'alTerniir, s'i'largir. ]iour nous conduire aux nobles pointures du siècle suivant !
I']st-ce à dire que nous croyons toute l'école de Paris re|)résentée par ces quel(|ues spécimens? Non. sans nul donle, cl il faudra, la prochaine fois, lorsqu'on recommencera la fête en de plus vastes espaces, si possiljle, apporter un }>lus grand nombre de lapisseries. C'esl là que les successeurs d'Etienne d'Auxerre, de Jehan Coste, de (iirard d'Orléans, auteurs des modèles historiés, nous prouveront ce ([u'ils savaient l'aire dans la décoialion moiuinu'nlale. Les deux seules tentures mondaines, Seigneurs el Z>«///cv dansant et lleuretant (coll. Bardac), tissées au xv'' siècle, mais dont le style nous reporte plus près de Charles V, en disent déjà long sur ce sujet. Les ligures, très réelles, très vivantes, s'y présentent encore, sans aucune préoccupation de tromperie par la perspective, en pleine liberté de silhouettes et de mouvements, entre des bandes tricolores, sur des fonds de verdures lleuries où se repose doucement, sans ell'ort el sans trouble, la longue rêverie des yeux. Ne peut- (Hi retrouver là cette splendeur fameuse des décors qui se déroulaient dans les salles du Louvre et celles de l'hôtel Sainl-Pol, les IJi.sloires de Theseus, de la reine Matliehrune, etc., dont nous parle Sauvai ?
Est-ce bien aussi dans cette école de Paris, notamment auloui' du duc de lîerry, que s'est préparé, dans les dernières années du siècle, le renouvellement de la peinture, en même temps que s'opérait, à Dijon, sous la protection du duc de Bourgogne, une révolution ca[iilali' ihms la sculplure.' Si nous nous en tenons aux ceuvres connues, ce grand mouvement de naturalisme, inspiré cette fois par l'amour de la nature extérieure, ilore, paysage et laune, autant que par celui de la figure humaine, s'y serait en effet d'abord manifesté ilans la minialure. Les enlumineurs du duc de Berry, André Beauneveu, architecte, sculpteur, peintre. Jacquemart de Hesdin, et les trois frères de Limbourg tiavaillant à Paris, ces derniers y ayant fait leur apprentissage, seraient les vrais pré-
>3 Bftaux-Arta
r^.Lni.i 1'.,' o/U-IGLlLK l^ANo LA KOKET JjL VII'J ^hU liE Minial-ure des Grandes Heures du duc de Berry.
I Mur.éf Coude Clidiitilly.)
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c\irsours dos van Kyck. Ces dorniers mémos auraioni d alidnl dôvoloppo leur initiative dans le mônio i;onro : IVnJuminiu'o. C'est ce qui résulte liien, soniblo-t-il, d'une part do l'oxaiHou dos manusorils
1.K l'lll>l'lll.TE [JAVII.. MIMATLllE EX GRISAILLE VI P S A l' T I E H DU D l' C DE 11 E 11 il V
PAR ANDRÉ BEAUNEVEL'
(Bibliothèque Nationale, Paris. ^
exécutés pour le duc, et conservés à Paris, Chantilly', lîruxolles, d'auti-e part des excellents travaux de M. Paul Durriou sur les Heures
I. Par suite des dispositions testamentaires du duc d'Auiuale, les objets d'art et manuscrits, légués par lui à l'Institut de France, ne iieuvent sortir du château de Chantilly. On n'avait donc pu faire figurer, comme documents, à l'Exposition, que les reproductions photographiques des miniatures des Tirs riches Heures du duc de liernj, par Pol de Limbourg et ses frères. — V. l.éopold Delisle, Les Livres d'heures du duc île Berrij (Gazette des Beaux-Arts, 1884, t. Il, p. !.I7, 2HI et .3',)1).
de Turin, anéanties par le feu il y a quelques mois'. Néanmoins la question reste compliquée par ce fait que les miniatures do tous les manuscrits ne sont jamais ni de la même date, ni de la même main, et ijue des artistes français, llamands, italiens y ont le plus souvent collaboré en leurs styles particuliers, parfois en style éclectique. Tant que nous ne serons pas mieux édiliés sur l'éducation, les éludes, les voyages, les oeuvres des frères van Eyck avant le Triomplte de rAi/iicdu (1120-1426-14X2), nous ne saurons pas ce que ces hommes de génie peuvent devoir à leurs contemporains septentrionaux ou méridionaux, ou ce qu'ils leur avaient déjà de bonne heure apporté. L'Exposition, par exemple, nous montrait une vingtaine de feuillets arrachés à des manuscrits de l'tOlt à lilO (coll. Jean Masson), parmi lesquels trois des Heures de Turin (musée du Louvre). Ces derniers, comme tous les autres, sont de mains dillérentes, de valeur inégale, de facture et d'esprit souvent fort opposés, j)arfois aussi d'un style mixte.
Un beau dessin (musée du Louvre), La Mmi, l' Assoinplian et le CouronnenienI de la Vierqe, évidemment l'ail pour un décor mural ou unegrande verrière, prouve, d'ailleurs, que la même évolution s'opéra, en même temps, dans la peinture monumentale. Les attributions laites à André Beauneveu, Jean ou Frau<;ois d'()rléans, (lolart de LaoM, Jean de Heaumetz, etc., ne sont que des liypollièses. Nous inclinerions vers un maître moins septentrional que Beauneveu. Toutefois, c'est bien dans la direction nouvelle de l'école parisienne.
l.l'.S F'ICliNri! i:s DES ducs de KOURGOGNE. JEAN MALOUEL, HENRI DE BELLECHOSE, ETC.
Ui m i|u'il en soit, l'initiative des priiili-i's travaillant dans les Flandres, à Paris, à Dijon, pour les ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean sans Peur, durant cette période de gestation, fut beaucoup moins hardie et moins résolue que celle des miniaturistes du duc de Berry. Les œuvres qu'on peut, avec certitude ou probabililé, allrilnicr à leurs peintres en titre. Michcd Broederlam.
1. V. l\iul Diinicu, Us llcbuts ilfS niii Eijrl; iCazcllc des Bcmir-Aih. l'JO.t, I. I. p. .'1 i.'t 107).
I, \ Muni. I, A ^SOMPÏIIIX ET LE C ( I 1 11 Cl X N E M K N T bE LA VIEUC.E DESSIN ATTRIISIÉ A A N 1> 11 É 11 E A U X E V E U
[Musée du Louvre.)
d'Ypres (1381-1391), Jean de Beaumetz (1375-1397), Jean Malouel, Gueidrois (1370-lilo), Henri do Bidlecliose (141."j-1 iiOi, établis à Dijon, se meuvent encore, avec plus ou moins dhabilclé et d'elforls. dans les traditions de Paris et de Sienne combinées, sans aboutir à cette liberté virile el franche dont les van Eyck à Gand (église Saint-Bavon, 1423-1132), Masaccio à Florence (chapelle du
LA Fl'ITE EX EGYPTE. VOLET D UN T A B E 11 N A C L E ÉCOLE HE IIU 1 110(1 I. NE. VERS 1400
(CoUectioii do M. Cii.-L. Caivlun, Bruxelles.)
Carminé, 1423-1427), Stephan Lochner à Cologne [Domhi/d. vers 1 440) feront éclater, prescjue à la même heure, des exemples vicliirieiix.
La pièce la pins ancienne de la série, le petit triptyque quadrilobé, La Trln'Ui'- el lf'-< Evangrlisli'^ (coll. Weber, à [lamlionig . d'une naïveté enfantine dans le chiffonnement des draperies et dans l'expression des visages, n'a point la saveur expressive de Broederlam à qui on l'a attribué. Le nom d'Henri de Beaumetz, ]u-oposé par A. de
Chanipoaax', ne s'appuie sur aucune preuve. C"cs( déjà bien, cependant, cet art gauche, tâtonnant, mais ému, expressif, sincère, avec des accents parfois aigus et secs dans les formes, sous des enveloppes délicatement nuancées de pâles colorations attendries, (jui va être celui de Malouel et de Bellechose. Art mal dégagé encore
LE Cil lus T MdllT, TAU .1 E A N MALIJUEL (Musée du Louvre. 1
des formules anciennes, s'obstinant à juxtaposer, sur les fonds d'or, ses figures sans épaisseur, id(''ales ou réelles, poétiques ou grotesques, très séduisant néanmoins, parce qu'il est ému et pathétique. Les deux Pirtà de Jean Malouel (musée du Louvre et musée de Troyes) continuent bien la tradition parisienne de Ciiarles V, comme le labeinacle à volets jieints (coll. Cardon) et le diptyque
\. A. (le (;lKiiii|iraiix, L'Ancienne vcûlc de peinture de lu Boiinjogne [Gazette des Bedu.e-Arts, IHW. I. I, 1:29-142 1.
Carraïul (musée du BargcUo, à Florence), si curieux spécimens d'autels portatifs ; mais quels progrès accomplis! Mêmes profils nets et aigus, mêmes nez effilés, pinces, et lèvres minces, mais toutes ces maigreurs de la forme se tournent en élégances : les bras sont bien proportionnés, les longues mains blanches ne sont plus osseuses, les petites têtes gamines des angelots sont charmantes de puérile ferveur; nulle insistance dans la vérité, comme chez Jean de Bruges; les modelés sont délicats et fins, les expressions de ces visages
1>E SAIXT OEOliC. ES, PAR JEAN M A L I > r E I. ET (Musée ilu Louvre.)
H EX 111 HE BEI. LE cil OSE
blancs, aux yeux noirs, d'une tristesse bien vraie, bien humaine, sans emphase ni contorsions. Malouel est, évidemment, plus à son aise dans ces tableaux portatifs d'oratoires ou de voyages que dans les grandes compositions légendaires. Quelques superbes figures, conduites avec les mêmes soins, dans la Vie de saint Denis, les unes simples et pathétiques, en un style grave et noble, le Jésus donnant la communion au saint emprisonné à travers ses barreaux, le jeune diacre attendant le supplice, le .Jésus crucifié surtout et le groupe du bourreau et des bourgeois, en style trivial et puissant, y perdent leur etfet, malgré le beau modelé des parties