‹ Exposition des primitifs francaisChapitre 8 sur 29 · DIPTYQUE, ÉCOLE FRANÇAISE DE LA FIN DU XIV? SIECLE · texte numérisé non relu

DIPTYQUE, ÉCOLE FRANÇAISE DE LA FIN DU XIV? SIECLE

' Musée du Bargello, Florence )

.zette de* Reoiux- Arts

Iirip. APorca-beiif, Pana

L K V I E 11 r. E ET L ' E N F A M , PAR J E A X M A L 0 l E L

(Collection do M. Ed. Aynard, Lyon )

vives, parmi le tapage disparate dos aplats d'élolles brodées sur l'aplat des fonds d'or, (^es aiilillièses dé|)laisantcs se renouvellent dans la Vie de sain/ Georges, tableau inachevé à la mort de Malouel, et terminé par Henri de BcUechose dont la facture à la fois plus large et plus molle, le naturalisme plus lourd et moins original, se distingue assez nettement dans quelques parties. On attribue aussi à Malouel une adorable Vierge (coll. Ed. Aynardi coitféc d'une capeline somiu'O qui lui retombe sur le front, serrant dans ses bras, de ses deux longues et blanches mains, un petit Jésus, très potelé cette fois, qui pose son doigt sur ses lèvres. C'est bien la finesse des traits, la vivacité profonde des regards noirs, le délicat modelé des chairs ci-dessus admirés, avec plus de souplesse et de relief. Œuvre postérieure, sans doute, au toiido de la l'/età, et techniquement supérieure.

Ce n'est point là, néaumoius, on le sont bien, dans cet art trop provincial, que devait se former l'art nouveau. Ces peintures de Malouel et de Bellechose semblèrent, en elfet, démodées et arriérées dès qu'apparurent on Bmirgogne Jean van Eyck et Rogier tle la Pasture. " A partir de 1430, Bellechose tomba en défaveur, » nous dit A.de Champeaux, «la courne séjournant plus que rarement à Dijon et TMiilippe le Bon trouvant en Flandre des artistes autrement trempés que le vieux peintre de son père. » Depuis 142+, Jean van Eyck l'avait supplanté dans la faveur du duc, et le représentant de l'ancienne école, à qui on oubliait de payer sa pension, s'éteignit en 1440 dans la misère.

Il serait surprenant, néanmoins, que la grande école des sculpteurs dijonnais, dont l'inlluonce sur les œuvres plastiques s'étendit si loin et si profondément, n'eût pas aussi exercé quelque action sur les peintres. On la retrouve, je crois bien, mais ailleurs, à Lyon, à Avignon, à Aix, dans les villes jilus i)rospères, oii les artistes bourguignons durent désormais aller chercher du travail. Dans la région mémo, on n'en découvre l'influence que dans ces vestiges, si dégradés, mais si charmants, do peintures murales dans la cathédrale d'Autun (Procession de saint. Gri't/oire\ et à Notre-Dame de Dijon [Saints et Saintes, Donateur et Donatrice). Chose curieuse et touchante! Il semble, à voir la tendresse de certaines expressions, l'harmonie douce des colorations argentées, que ces décorateurs bourguignons aient demandé par instinct plus do conseils aux vieux peintres de leur Chartreuse, Malouel et Bellechose, qu'aux nouveautés flamandes, si hautes en couleur, d'un réalisme si vigou-

reux. Cependant, lorsque la Processioîi fut exécutée, la cathédrale ne possédait-elle pas déjà la Vierr/e et k chaiicr/ier Rolin, aujourd'hui au Louvre? Et n'est-ce pas dans la même église, dans la même chapelle des Rolin, pour l'évèque Jean, fils de Nicolas, que, trente ou

l'IETA, ECOLE DE LA H A U T E - B O L B G OO X E , V E 11 S 1 .1 1 U

'Collection du baron Lazzaroni, Paris. ^

quarante ans plus tard, un jeune peintre, le futur » Muitre de Moulins ", exécuta sans doute un de ses premiers chefs-d'œuvre, la Nalivi lé dont nous parlerons bientôt? Avec le même instinct, dû à son tempérament, il aurait donc, lui aussi, en présence de deux œuvres d'un caractère si ditTérent. regardé, de préférence, le moins

éclatant et le moins puissant, mais le plus ému et le plus doux, et il serait ainsi retourné, naïvement, aux fines harmonies et auxdélicales expressionsdu vieux Malouel ! Ce n'est là qu'une impression personnelle,une sensation desyeiix, et j'entends bien ne la (lonneiipie pour telle; mais ne peut-on faire des suppositions plus invraisemblables? Toutes ces écoles, à partir du milieu du siècle, se mêlent, d'ailleurs, étrangement. S'il est déjà dillicile, dès lors, de déterminer ce qui est bourguignon et ce qui ne l'est point, il ilevient, aussi, fort artlu d'assigner une origine aux pi-inlures épurscs dans les autres régions centrales oîi des apports ont pu venir, assez rarement peut-être de Paris, mais souvent de Touraine, du Lyonnais, surtout d'Avignon, le centre de production internationale le plus mêlé qu'il y ail peut-être jamais eu. Heureusement, ce qui est Ijeaucoup moins difficile, c'est d'y reconnaître le caractère français. Tel est le cas, par exemple, de celte belle Vierf/e protectrice, entourée de clercs et de laïques, venue du couvent des Carmes, au l'uy. Pauvre toile, l)ien usée, bien fatiguée, presque en poussière. Mais quelle harmonie, sûre et délicate, dans l'assortiment des colorations légères! (Juelle sincérité touchante, grave et douce, dans toutes les physiouiimies des adorants, hommes et femmes, d'un dessin si juste et si purl Certes, l'artiste qui a peint cette bannière ("?! ou tenture a vu des miniatures parisiennes et des retables toscans, car on a toujours vu quelque chose avant d'être un maître; mais avec quelle finesse, précise et douce, à si grande distance d'illustres contemporains qu'il ne connaissait pas sans doute, Yittore Pisano et Fra Angelico, il a modelé légèrement, dans le même esprit, toutes ces tètes ferventes et typiques! M. Bouchot a très justement signalé les rapports de cet art avec l'art d'Enguerrand Charonton, l'auteur, heureusement connu, du Triomphe de la Vierge à Villeneuve-lès-Avignon. Mais Enguerrand Charonton nous porte en pleine activité des ateliers du Midi, et c'est là, qu'avec les plus grandes joies, vont nous assaillir aussi les plus singuliers problèmes.

ECOLES FRANCO-FLAMANDES. LE « MAITRE DE 1-LEMALLE ». PEINTRES d'aRTOIS ET DE PICARDIE.

L'éparpillement, l'instabilité, l'internationalisme de tous les centres où s'est exercée successivement en France l'activité

dos peintres au xv'' siècle n'ont pas permis, sans doute, qu'il s'y l'urmàt nulle part un ensemble de pratiques et de doctrines aussi durable et consistant qu'à Florence ou Bruges, Venise (ju llaarleTU, nue véritable école capable de résister à l'envabissement glorieux et. [irocbain de ces puissantes écoles du Nord et du Midi. En revanche, (|uelle liberté joyeuse, quelle vaiiélé amusante dans toutes ces manifestations provinciales, souvent incorrectes, mais toujours sincères! Quel anniur vif et cruissant pour la vérité, ia vérité de tous les jours, simple et familière, aimable ou sérieuse, telle qu'elle se montre aussi, à la nn>me ('poquc, dans les descriptions colorées et abondantes de nos chroniqueurs, dans les observations fines ou brutales, attendries ou satiriques, de nos poètes et conteurs ! C'est surtout dans les régions intermédiaires, aux frontières tlottantes, telles que, dans le Nord, l'Artois, le Ilainaut, le Brabant, la Champagne, les Flandres, et, dans le Midi, le Lyonnais, la Bresse, le Dauphiné, la Provence, que cette indépendance éclate et s'agite. De là combien sortent, combien s'exportent d'œuvres mixtes et incertaines, difficiles à dater et classer, qui déroutent les experts et les pédants, mais qui ravissent, par l'ingénuité même et le charme de leurs gaucheries expressives et de leurs poétiques ignorances, les artistes sensibles et les vrais amateurs, tous ceux qui cherchent dans la peinture, sans parti pris, sans intérêt ou vanité personnelle, les saines joies de Vœi\ et les nobles exaltations de l'esprit !

S'il vint, à cette époque, de nos provinces du Nurd bon nombre d'artistes à Paris, à Bourges, à Dijon, pour y apporter des ferments nouveaux ou s'y transformer dans un autre milieu, beaucoup d'autres, assurément, y restèrent chez eux et s'y développèrent dans un isolement relatif. Nous ne sommes pas en mesure de bien distinguer ce ([ui se passait à Arras, Amiens, Douai, Tournai, Lille: mais il s'y passait des choses intéressantes. Rogier de la Pasture (van der Weyden), le grand maître de Tournai, avec son tempérament franc et hardi, son goût si franc^ais ' pour la mise en scène familière ou

I. « Il y a bien du sang fiançais cUfzRoglfv {das franzosischu lllul isl mciklich] » iWoltmann et Woermann, GexchklUc dcr Matcrvi,!!, 30). — «Quand le Hainaiit passa au pouvoir des ducs de Bourgogne, Tournai resta fidèle aux rois de France, cl, mal;:ré les menaces de Philippe de BouritOL'ne, la eonnscation..., les avances gracieuses..., les Tournaisiens refusrrent de le reconnaide comme souverain. Le traité d'Arras !l4:ioj consacra la domination du roi de France. En lii'.), Jeanne d'Arc écrivait aux « ç/cntils et loyaux Français de la ville de Tournai >> pour les informer du succès de ses armes et leur annoncer le prochain sacie à Heinis « où

pathétique, avec moins d'intensité sans doute et d'autorité que Jean van Eyck, mais plus de variété et d'invention, multiplie et répand aussi bien chez nous qu'aux Pays-Bas et en Allemagne des exemples d'un naturalisme plus animé, dont chacun profite rapidement.

A côté de van der Weyden. quel rôle joue donc son contemporain, ce maître, encore si mystérieux, dit << de Mérode » ou « de Flémalle »? Est-ce aussi un homme de Tournai? Est-ce bien Jacques Daret, comme parait l'établir M. Hulin '? Toujours est-il qu'un assez grand nombre d'œuvres portent, en ce moment, dans la disposition des figures, dans les types des visages, dans certains accents particuliers d'un réalisme audacieux, parfois émouvant, souvent agressif et désagréable, une marque d'origine spéciale assez facile à reconnaître. Est-ce à dire qu'il faille, comme on le fait trop volontiers par une horreur vaniteuse et puérile d'amateurs, de critiques ou de marchands pour l'anonymat de la beauté, attribuer à un seul maître tout ce qui poilc celle marque? Nous ne le croyons pas. C'est déjà bien et beau d'y trouver les produits certains soit d'un même atelier, soit d'ateliers divers travaillant sous une même iniluence.

N'a-t-on pas. par exemple, quelque peine à croire que la Vierr/e dans un intérieur (collection G. Saltingj, \' Adoration des f/ergers [musée de Dijon), la Vierge glorieuse (musée d'Aix), malgré des parentés évidentes, soient sorties de la même main, du même cerveau? Nous avons autrefois décrit, en 1900, la première de ces peintures, exposée au pavillon belge (collection Somzée), nous avons signalé les traits caraclérisliques de cette manière âpre et sèche dans le type de la Vierge, « peu séduisant, avec son nez long et pincé, ses yeux minces, trop rapprochés, l'ovale, trop long aussi, de son visage pâle», se détachant dans l'auréole d'une corbeille ronde en joncs tressés, comme ces disques de métal ou d'étoffe dont les dévots ornent encore les têtes de la Vierge et des saints dans les églises d'Espagne ou

« nous serons bientôt ». L'année suivante les Tournaisiens envoient porter 22 couronnes d'or à la Piicelle prisonnière ù xVrras. En ii03, Louis XI fut accueilli à Tournai avec une i>ompe extraordinaire. Parmi les neuf histoires représentées sur son passage figurait une scène gracieuse qui symbolisait bien l'attarhement de la ville à la couronne : une fraîche pucelle, richement vêtue de blanc, tenait en ses mains un cœur, qui s'ouvrit au passage du roi et découvrit une blanche fleur de lys, image de la loyauté sans tache de la Cité. » {Tournai et Townaisis, par L. Cloquet, p. 11 et 12, dans la collection des Guides Belges. Bruges, Desclée, de Brouwer et C". MDCCCI.XXXIV.)

1. Brwjes. 1902. Eximsilion de tableaux flamands des xiv, W et xvi'' siècles. Catalogue critique, par (ieorges H. de Loo. Gand, A. Siffer, 190-J, p. xxxv-xlvii.

(l'Ilalir. ■■... Le dossiii est àpro, » disions-nous, «d'une résuiulion cl

L .V^\ 1 F. Il G E G I. 0 R 1 E l' S E AVEC SAINT !• I E lUl E . SAINT A L G l' S T I X ET T X M 1 1 I X E 1' A r, LE " M A 1 T I-. E DE F L É M A L L E » ■'Mu.éo d'Aix-eu-Provcncc.)

dune saveur remarquables. Les nus sont modelés dans une matière blanche et dure, avec une insistance scrupuleuse et une recherche

des saillie^^ qui marqueni, chez l'artiste convaincu, autant de conscience persistante que d'expéi'ience déjà acquise'. »

Est-ce bien au même liomnie qu'on doit la poétique Naticité avec les bergers du musée de Dijon, et même la petite, mais originale et charmante Vicrr/c ijloririise avec saint Pierre, saint Augustin et un moine du musée d'Aix? Sans doute, en cette saison heureuse de poussées vivaces et hâtives dans les imaginations libérées, les progrès, chez les vrais artistes, snnt aussi rapides que leurs transformations sont parfois déconcertantes. Des évolutions de cette sorte ne sont donc pas impossibles. Toutefois, il en faut des preuves certaines. Ces preuves, les trouvons-nous ici? Dans le tableau d'Aix, la Vierge, sous son aui'éole circulaire et l'ayonnante, bizarrement assise, en plein ciel, sur un banc de chêne sculpté, avec son enfantelet gambillant sur ses genoux, reste bien la sœur cadette de la Vierge si rèche et maussade au nimbe d'osier, mais combien déjà plus avenante ! D'autre part, les perspectives fuyantes d'un admirable paysage très aéré enveloppent, à ses pieds, d'une lueur si rêveuse, le donateur et les deux saints! Ces trois figures, très simples et très vraies, tout en rappelant le naturalisme un peu rude de van der Weyden, annoncent déjà le naturalisme plus tendre des écoles de Tours et de Moulins.

Le tableau de Dijon, qui, par tant de détails, semble, d'un côté, tenir encore de très près au commencement du siècle (types, habillements, coiffures, draperies, etc.), d'autre part, par les souplesses de sa facture savante, si moelleuse par instants et si sav<mreuse, comme par les adoucissements du type féminin, marque une évolution plus décisive encore. La Vierge, blonde, ouvrant ses belles mains, agenouillée dans les tlots superbes de son manteau blanc, le saint Joseph protégeant de sa main la chandelle allumée, les trois bergers, l'un tenant sa cornemuse, l'autre serrant son feutre contre sa poitrine, sont des figures d'une vérité et d'une ferveur exquises. Dans les fonds, où un grand lleuvc roule ses eaux pâles à travers les sécheresses hivernales d'une campagne dépouillée, le vieux maître se montre, plus que jamais, un paysagiste supérieur. Ce paysage est français, on n'en peut douter, de Picardie ou d'Artois. Si le << Maître de Flémalle » est vraiment Jacques Daret, le condisciple en 1427 de Rogier de la Pasture chez Robert Campin, nous savons qu'il tra-

1. G.Lafenestre, Lrt Peinture ancienne à rE-cpnsilion de 1900 (Gazette des lieau.v- Arts, 1900, t. II, p. 538).

vailhi dix-sept ans à Arras (1441-1 io8) el qu'on suit sa carrière au moins jusqu'en 14()8. Sa longévité et ses pérégrinations pourraient à la rigueur expliquer ces heureuses modifications dans sa manière»

L Al) M RATION IJ F, S H K 11 0 F, Il S , l'AR LE « MAITRE II E F LÉ M AI. LE « (Musée de Dijon.)

Les autres pièces venues de l'Amiénois et de i .Vrtois ne témoignaient pas d'une telle maîtrise. Les plus intéressantes étaient les fragments d'une série de linil panneaux proveiKiiil de l'abbaye chartreuse de Saint-Honoré, dans le faubourg de Thuison, à Abbeville. Ces peintures ont été décrites et étudiées, en LSilS. dans le plus grand

détail, par M. Delignières'. Ce consciencieux érudil les allrihuail alors, avec beaucoup de réserves et de discrétion d'ailleurs, à l'école ;le van dei' Weyden. Ici, ils nous paraissaient vraiment iiien peu flamands. On y peut voir, plutôt, les productions d'une école locale, incertaine et retardataire, mais honnête et sincère, comme il y en eut alors beaucoup à l'écart des centres directeurs. L'artiste, timide, un peu gauche, s'y montre assez empêtré dans les scènes compliquées. Il réussit mieux dans les figures isolées, comme le Sain/ Hugues caressant son grand cygne. Dans un accord, tendre et délicat, de blancheurs et de puretés légendaires, cette peinture, mince et transparente, prend des accents dune douceur pénétrante.

xv" siÈcLii: : les écoles du midi, peintres d avigxox :

Page 1