‹ Exposition des principes de l'organicismeChapitre 5 sur 11 · PLAN D’UN COURS DE MÉDECINE CLINIQUE · texte numérisé non relu

PLAN D’UN COURS DE MÉDECINE CLINIQUE

Scgniùs irritant animos demissa per aureni Quàm quæ sunt oculis subjecta fiUelibus.

Nous entendons dire tous les jours: La médecine n’est point une science ; elle n’est encore aujourd’hui qu’une collection de faits qu’aucun lien commun ne rassemble. Les esprits les plus élevés du siècle ne sont que des collecteurs d’observations; ils les accumulent, les comptant, les supputent, les analysent avec une patience et un scrupule vraiment germaniques: mais il n’en existe aucun qui, voyant la science d’en haut, l’embrasse dans son ensemble, en coordonne les diverses parties, en fasse un tout harmonique, la systématise enfin. Les faits particuliers sont plus nombreux, plus exacts, mieux observés, mieux décrits qu’au-

trefois; mais ce sont des matériaux épars, isolés ou confusément entassés , qu’aueune main n’est assez puissante pour mettre en œuvre et pour édifier en monument régulier et durable. Il faut l’avouer, les tentatives faites dans ce but jusqu’à ce jour n’ont pas été heureuses ; elles n’ont produit que des systèmes éphémères qui se sont évanouis devant un examen rigoureux , et dont le souvenir est même effacé.

L’insuccès des hommes, pourtant supérieurs, qui ont fait ces tentatives, a découragé la plupart de leurs successeurs, et le peu de fruit que la science a recueilli de leurs efforts a fait naître parmi nous un grand mépris pour les études philosophiques. Nous enveloppons dans la même proscription tous les systèmes qui ont régné en médecine : l’humorisme , le méthodisme, le solldisme, l’animisme, le vitalisme, la médecine chimique, mécanique, la doctrine de l’irritation, et même l’organicisme. Nous nous sommes voués au culte des faits particuliers. Nous avons réservé toute notre estime, toute notre admiration pour les scrutateurs patients et laborieux des cas isolés que pré-

sente la nature. De là cette direction des esprits vers la recherche de ces faits isolés dont le nombre s’accroît tous les jours d’une manière prodigieuse, et dont les détails sont exposés avec une telle complaisance que leur étendue pourrait même passer pour exubérante.

Ainsi, d’une part, l’on déplore l’absence d’un génie assez vaste et assez puissant pour élever la médecine au rang des sciences, et d’un autre côté, l’on n’a pas trop de dédain pour celui qui serait tenté d’entreprendre cette œuvre difficile.

On veut un système , on méprise les systé- ' matlques ; on veut une conception générale qui domine la science, et l’on n’a de considération que pour les faits particuliers.

Tel est aujourd’hui l’état des esprits. Nous n’espérons pas le changer.

Certes , nous estimons autant que qui que ce soit les travaux des médecins modernes, et nul ne met à leurs observations un prix plus élevé que nous. Mais ces faits ne sont vraiment précieux qu’autant qu’ils conduisent à quelques vérités générales, qu’ils servent de base à quel-

ques principes philosophiques qui reculent les bornes de la science.

Imbu de ces idées , nous avons senti de bonne heure la nécessité de relier à un principe commun toutes les parties de la science.

Ce principe, nous croyons l’avoir trouvé dans l’organicisme.

La doctrine exclusive de l’irritation ne fut pas la moindre cause qui nous conduisit à admettre les lois de la médecine organique.

Dès les premières années de nos études cliniques, frappé des erreurs dangereuses que le physlologlsme introduisait en médecine, nous cherchâmes à le combattre et à le remplacer par une doctrine qui nous semblait plus vraie, plus conforme à la nature.

La médecine organique a été dès lors en butte à une multitude d’attaques, et bien des gens aujourd’hui la considèrent comme vaincue.

Le vitalisme a levé sa tête intolérante et s’est proclamé vainqueur. Mais il s’en faut de beaucoup que nous ayons reconnu cette prétendue victoire, et jamais, il faut le dire, l’organicisme ne fut plus vivace. Ainsi que nous l’avons dit

déjà, tous les médecins d’aujourd’hui en suivent leserrements; ceux-là même qui le rejettent en théorie l’admettent en pratique. En est-il un seul qui ne cherche le diagnostic au lit du malade, et qui ne base sur ce diagnostic ses indications thérapeutiques ? En voyez-vous un seul invoquer les propriétés vitales ? Ce langage suranné n’est-il pas tombé en désuétude? Et cependant, si vous leur demandez s’ils croient à l’existence de ces propriétés, ils n’hésitent pas à vous répondre par l’affirmative. A les entendre, tous y croient; et, chose singulière, quand vous leur avez fait voir l’absurdité de cette croyance en ces propriétés, au moins comme êtres existants par eux-mêmes, ils vous affirment non-seulement qu’ils n’y ont jamais cru, mais que personne n’y croit; que Bichat même ne les admettait pas sous ce point de vue.

L’organicisme sert de base à notre enseignement clinique ( car il faut une théorie même en clinique). Les principes qui nous servent de guide nous semblent satisfaire à toutes les exigences; car, en même temps que ces prin-

cipes rattachent à un même lien tons les détails de la science , qu’ils leur donnent le même point de départ et le même but, ils poussent, par une conséquence logique, irrésistible, à cette recherche des faits particuliers, causes bien véritables de nos progrès récents.

Les principes d’organicisme sont les promoteurs les plus puissants des découvertes de détail. Un grand nombre d’entre elles, comme on le verra bientôt, ont été le résultat néces- .saire de l’adoption de ces principes; elles en ont été la conséquence pour ainsi dire forcée, et c’est avec raison qu’ils peuvent être considérés comme la cause des progrès à venir de la médecine.

Propositions qui rcsiinicut rorganicisine.

1“ Pour le médecin, il n’cxiste dans l’homme que des organes et des fonctions.

2“ Les fonctions ne sont que les organes en exerciee, elles ne sont que des effets.

3® Les organes, dans certaines conditions de forme , de volume , de consistance , de couleur, de texture, de composition intime, etc., sont dans l’état normal et exercent des fonctions normales : cest l'état de santé.

4® Les organes, dans d’autres conditions de l’orme, de volume, de consistance, de couleur, de texture, de composition, etc., sont dans l’état anormal et exercent des fonctions anormales : cesl l’état de maladie.

Organes sains , fonctions saines ; organes malades, fonctions malades : voilà toute la médecine.

5® Mais les organes peuvent être malades de beaucoup de manières ;

La nature des maladies est très-variée; il existe des maladies spéciales , des maladies spécifiques.

6® Les fluides, qui sont ou des effets d’organes, ou des éléments d’organes, peuvent être malades ;

Ils peuvent l’être primitivement ou secondairement.

7° Tous les organes peuvent être primitivement malades.

8 Enfin, la différence des forces dans les individus a paru jouer un si grand rôle dans les maladies, et influencer à un tel point leur thérapeutique, que nous avons cru devoir en faire une proposition à part.

Il est inutile d’ajouter que de tout ce qui précède , on doit conclure que le traitement des maladies doit être infiniment varié.

Qucatlon préalable.

Avant de développer les principes d’organicisme tels que nous les professons, il est indispensable de répondre à des objections malveillantes qui ont pour véritable but et d’empêcher l’adoption de ces principes , et d’attirer à l’auteur la haine et le mépris des personnes religieuses , en le faisant passer pour matérialiste et athée : cependant persuadé que le devoir de tout homme de bien est de respecter les croyances reçues, nous avions pris soin de réfuter ces objections; mais on n’en a tenu compte. 11 est bien plus commode, en effet, d’anéantir d’un seul mot toute une doctrine, et du même coup son auteur, que de le combattre avec les armes loyales de la logique et de la science.

Nous enseignons qu’il n’y a dans l’homme, pour le médecin, que des organes et des/o/ictions ; que les fonctions ne sont que l’exercice

des organes, que des effets : ou a conclu de là que nous n’admettions pas l’existence de l’âme, et, charitablement, que nous étions matérialiste, athée.

Mais c’est ici que la bonté de notre cause éclate, car il nous a été facile de démontrer que non-seulement l’organicisme n’était nullement ébranlé par l’admission de l’existence de l’âme, mais qu’il en était même fortifié, et qu’à son tour il devenait une nouvelle preuve de cette existence , si cette nouvelle preuve pouvait être nécessaire.

En effet, d’après les théologiens et les phl- .losophes, l’âme est un esprit pur, immatériel , immortel ; qu’on fasse bien attention à ces qualités de l’âme, immatérielle, immortelle ;

Si l’âme est Immatérielle, il est évident qu’elle ne saurait être altérable; si elle est immatérielle, elle est indécomposable;

Si elle est immatérielle , elle ne peut varier en quantité ;

Car si elle était altérable , décomposable , variable, elle ne serait pas immortelle : en effet, si elle était altérable , décomposable, elle serait susceptible de maladie ;

Et si elle était susceptible de maladie, elle serait susceptible de mort :

De sorte que ceux qui admettent des maladies de l’ame sont des matérialistes, car il^adraettent que l’âme peut mourir.

Nous qui n’admettons pas que l’âme puisse être malade, nous sommes donc dans le vrai sens du spiritualisme.

Mais s’il n’y a pas de maladie de l’âme, lorsqu’il existe des maladies intellectuelles, du délire, etc., où est le siège du mal? C’est dans l’instrument qui manifeste l’intelligence que réside la lésion ; elle ne peut être que là , car l’instrument seul est altérable, décoraposable> c’est dans le cerveau qu’il faut chercher la cause de ces désordres.

On voit ici comment l’admission de l’existence de l’âme immatérielle , immortelle, vient en aide à l’organicisme.

On voit aussi comment l’organicisme force de reconnaître que l’âme est immatérielle, immortelle, car si elle ne l’était pas, l’organicisme tomberait; si elle ne l’était pas, il n’existerait pas.

On ne saurait trop admirer combien ces doctrines se prêtent un mutuel appui.

Loin donc d’être intéressé à rejeter l’existence de l’âme, l’organicisme trouve dans cette existence même un de ses plus puissants appuis.

11 n’est plus permis de dire qu’ily a des maladies de l’âme , mais bien qu’il y a des maladies du cerveau; que cet organe est altéré, lésé, modifié d’une manière quelconque, et l’on est nécessairement conduit à chercher , et sans doute un jour à trouver, toutes les causes physiques des maladies Intellectuelles dans la pulpe cérébrale ou dans ses annexes.

Qui ne volt tout de suite quel pas immense a fait la science depuis que l’illustre Morgagnl disait: «A quoi bon chercher dans le cerveau les lésions qui produisent la folie, puisque c’est un être insaisissable qui est malade ? » Aussi depuis que nous avons professé nos opinions, des esprits très-distingués, tels que MM. Fovllle, Délayé, Calmeil, Etoc-Demazy , etc. etc., ont-ils découvert des lésions physiques,dansles maladies mentales, qu'l expliquent de la manière la plus satisfaisante la corrélation des effets avec leur véritable cause. INuI doute qxi en suivant ces errements, la science

— yo —

ne finisse par découvrir tout ce qui pourra tomber sous nos moyens d’investigation.

On conçoit maintenant comment nous avons été conduit à rejeter l’âme Immatérielle de notre système de médecine, comment, puisqu elle ne pouvait être malade, 11 n’y avait dans 1 homme, pour le médecin, que des organes et des fonctions.

Ces explications préalables une fols données, revenons à la proposition fondamentale de notre doctrine médicale: Les fonctions ne sont qu une conséquence d'une disposition organique. Les organes sont disposés pour agir, Ils agissent, voilà la fonction. Les fonctions ne peuvent précéder les organes, parce qu’un effet ne peut précéder sa cause; elles ne peuvent exister sans eux, parce qu’une action ne peut exister sans agent, un mouvement sans corps qui se meut. Les fonctions sont donc sous la dépendance des organes. La digestion ne peut exister sans organes digérants; la respiration, sans organes respirants; la circulation, sans organes circulatoires; la vision, l’audition, et l’olfaction, sans organes visuels, auditifs, ol-

factife , etc. Ainsi , les organes sont la condition indispensable des fonctions.

Comme il n’existe que des organes et des fonctions, et que celles-ci sont sous la dépendance des organes, il s’ensuit rigoureusement que toutes les fois qu’une fonction est altérée d’une certaine façon, il doit y avoir altération dans un organe ou dans une des parties constituantes de cet organe , y compris les fluides.

Cette altération de l’organe est profonde ou légère , primitive ou consécutive , persistante ou fugitive, sensible ou insensible à nos moyens d’investigation : mais elle est nécessaire, inévitable; quelle qu’elle soit, connue ou inconnue, il faut qu’elle existe , car rien n’ajrlve pour rien.

La proposition réciproque est tout aussi rigoureuse; c’est-à-dire, lorsqu’il y a altération d’organes, il y a aussi altération de fonctions. Cependant ces propositions souffrent en apparence, dans la nature , de mombreuses exceptions.

Il est des cas où il n’existe nul rapport entre les lésions organiques et les lésions symptomatiques; ainsi:

Les symptômes sont prononcés, et la lésion anatomique légère;

Les symptômes sont légers, la lésion trèsprofonde et très-étendue;

Les symptômes sont très-prononcés, et après la mort il n’existe pas de lésion organique;

La lésion organique est très-prononcée, et il n’a pas existé de symptômes pendant la vie, etc.;

Les symptômes sont différents, la lésion organique est la même;

Les symptômes sont les mêmes , et la lésion organique est différente.

Ces exceptions ne peuvent prouver que notre Ignorance : elles prouvent que la science n’est pas encore assez avancée pour expliquer ces anomalies, mais elles ne peuvent pas prouver que les fonctions ne sont pas les effets des organes. De ce que nous ne pouvons pas les expliquer, est-ce une raison pour admettre l’existence d’êtres que rien ne démontre, et pour rejeter des principes logiquement irrécusables?

D’ailleurs, la nature ne peut-elle pas avoir, pour remplir une fonction, des ressources qui nous sont encore inconnues? Un organe double ne peut -il pas continuer à fonctionner

quand l’une des deux moitiés est altérée? Le mode plus ou moins rapide de développement de la lésion ne rend-il pas compte bien souvent du trouble plus ou moins prononcé de la fonction , etc.? Enfin toutes ces anomalies peuvent-elles jamais faire conclure que ce ne sont pas les organes qui sont chargés des fonctions? Ce sont donc simplement des faits mal connus, mal appréciés, mal observés, et que des études ultérieures finiront sans doute par éclaircir. De ce qu’on ne trouve rien après la mort, est-on en droit de conclure qu’il n’existe rien? N’est-11 pas plus sage d’admettre ou que la lésion n’est pas de nature à tomber sous nos sens, ou qu’elle a disparu après la mort, comme la rougeur érysipélateuse, par exemple? Nous reviendrons plus bas sur cette objection.

Mais la vie, mais les propriétés vitales ne sont donc rien? et ces principes de toute organisation ne jouent donc aucun rôle dans l’organisme? Le principe vital , les forces vitales , ne peuvent donc pas être altérés? Nous voilà à la plus puissante des objections que l’on ait adressées à notre système. Voyons comment on peut la réfuter.

»c lu vie ; ce que c'est. — De l'existence des propriétés

vitales.

Qu’est-ce que la vie? La vie n’est que l’ensemble, la série des fonctions : c’est ainsi que l’ont définie les physiologistes les plus récents. S’il en est ainsi, les fonctions ne pouvant précéder les organes, exister sans eux, il est absurde de dire que la vie peut précéder l’organisation. Au contraire, l’organisation est la condition nécessaire de la vie; il ne peut y avoir vie là où il n’y a pas organisation. Mais, dit-on , les organes existent sans la vie; ce sont donc deux choses différentes, puisqu’elles peuvent exister l’une sans l’autre, puisqu’elles peuvent se séparer. Mais ce n’est ici qu’un vice de raisonnement : il n’y a point de séparation puisqu’il n’y a pas deux choses ; mais l’organisation cesse d’être apte à se mouvoir par une modification arrivée à quelqu’une de ses parties. C’est exactement comme si l’on disait que le mouvement d’une pendule est indépendant de la pendule, puisque celle-ci peut exister sans mouvement. — La vie ri est autre chose que la disposition organique nécessaire au mouve-

ment. Nous recevons cette disposition en naissant. La machine est alors montée; elle marche jusqu’à ce qu’elle s’altère d’une manière naturelle ou accidentelle. Lorsqu’un corps organisé existe sans la vie , c’est que la disposition organique, nécessaire à l’exercice des fonctions, a subi quelque dérangement.

Ainsi la vie n’est pas un être à part, existant par lui-même, comme l’électricité, le calorique, etc., qui se surajoute aux corps organisés, qui les Imprègne, les pénètre et enfin les anime; elle n’est que le résultat de l’arrangement moléculaire. N’est-il pas vrai qu’il n’y a vie que là où il y a organisation? La comparaison avec l’électricité est-elle soutenable, lorsqu’on voit celle-ci partout répandue, partout rendue sensible à nos sens par des étincelles, des attractions et des répulsions, et qu’on peut toujours l’accumuler où l’on veut? Mais la vie, où l’a-t-on vue ailleurs que dans les êtres organisés ?

Dès le premier Instant de la conception, l’embryon reçoit, avec son organisation, la nécessité de son évolution ultérieure, comme le grain de blé ou le gland. L’horloge, une fois mon-

tée, parcourt ses phases pendant un temps déterminé", huit jours, quinze jours, un mois, suivant sa disposition organique , c’est-à-dire suivant l’arrangement de ses ressorts.

Mais, objecte-t-on, vous reconnaissez donc un msus fonnatUnis, un vis insila, préexistant à l’organisation ; car encore faut-il bien qu’il y aifeu une cause, quelle qu’elle soit, à cette organisation ? Et s’il y a eu un nisus formatwus que vous ne voyez pas plus que la vie, pourquoi ne pas admettre que, surajouté à l’organisation, ce principe est la cause de tous les phénomènes vitaux?

On ne saurait trop admirer les points de contact qu’ont entre elles la médecine et la philosophie ! Tout à l’heure c’était la question de l’âme impliquée dans l’organicisme, maintenant c’est celle de la création. — Eh bien ! de même que l’organicisme se trouve fortifié par l’admission de l’existence de l’àme , et qu’à son tour il oblige à admettre cette existence, de même l’existence d’une cause première qui a créé, formé tous les êtres de l’univers, n’apporte aucune objection à ce système et le fortifie.

Sans doute l’univers n’étant qu’un effet, cet effet doit avoir une cause.

Dire qu’il a toujours existé n’est guère plus intelligible que de dire qu’il a été créé.

Il est aussi difficile de comprendre qu’il a toujours été, qu’il est éternel, qu’il n’a jamais eu de commencement, que d’admettre l’existence d’un être tout-puissant, éternel, qui n’a jamais eu de commencement, qui a tout fait, tout créé.

Seulement on ajoute ici la difficulté de la création ; mais, en vérité , cette difficulté n’est rien quand on a admis un être omnipotent.

Eli bien ! cet être tout-puissant a créé l’homme comme les autres êtres organisés: c'ei/ l'horloger qui a construit l'horloge et en la montant lui a donné le pouvoir de parcourir des phases successives, de marquer les heures, les minutes, les secondes, les époques de la lune, les mois de l'année, tout cela pendant un temps plus ou moins long. Mais ce pouvoir n’est autre que celui qui résulte du mécanisme; ce n’est pas une propriété à part, une qualité surajoutée, c’est la machine montée.

Ainsi , de même que la machine montée im-

plique l’existence d’un ouvrier, mais non la communication d’une force particulière, de même l’admirable machine de l’univers, en forçant à reconnaître l’existence d’une sublime et toute-puissante intelligence, ne force pas d’admettre dans l’homme, une fois organisé, autre chose que cette organisation.

Nous prenons donc l’homme une fois créé. 11 n’appartient nullement au médecin de remonter plus haut, il n’en a nul besoin; c’est à l’organisation seule, une fois accomplie, qu’il a affaire.

Ainsi l’homme , une fois créé, est un ensemble d’organes disposés pour agir pendant un certain laps de temps , et cette faculté d’agir résulte fatalement de cette disposition organique.

D’où il suit rigoureusement que l’état de santé et l’état de maladie ne peuvent être que le résultat de la manière d’être de cette organisation ; et que c’est cette manière d être qui doit être le but , la fin de toute étude, de toute science médicale.

C’est donc à connaître celte organisation dans l’état normal et dans l’état de maladie.

et les causes qui la modifient, soit pour la rendre malade, afin de les éviter, soit pour la ramener à l’état de santé, afin de les employer à cet usage, que le médecin doit diriger tous ses efforts.

Mais, réplique-t-on encore, la vie est autre chose que la matière en mouvement , puisqu’un grain de blé Immobile, sans mouvement aucun , est cependant doué de la vie ; elle est autre chose aussi que l’organisation, puisque l’on ne volt pas de différence entre le grain de blé bon à germer et celui qui ne l’est pas ; un œuf n’est doué non plus d’aucun mouvement, et cependant il est bien doué de la vie; de plus , on ne volt aucune différence entre un œuf fécondé et celui qui ne l’est pas.

Ces objections ne sont que spécieuses; elles n’autorisent en aucune manière à admettre que la vie est autre chose que l’organisation. Si le grain de blé ne se meut pas , si l’œuf ne se meut pas, c’est que leur organisation ne les rend pas aptes à se mouvoir ; ils n’ont, ils ne peuvent avoir que le mouvement que comporte leur arrangement moléculaire, et ceci est encore un argument en faveur de l’organicisme. — Et ce-

pendant ils vivent, — et sans doute, à l’état rudimentaire, comme l’embryon humain dans les premiers jours de la fécondation, — Mais les sens ne font apercevoir aucune différence entre le grain de blé mort et le grain de blé vivant ; et vous en concluez qu’il n’y en a pas : ici vous devriez seulement conclure que vous n’en trouvez pas, et si vos moyens physiques et chimiques ne vous font apercevoir aucune différence, n’en accusez que leur imperfection et leur insuffisance. Sans doute il serait préférable de démontrer cette différence; mais de ce que, dans l’état actuel des sciences, on ne peut pas la démontrer, on n’est pas autorisé à la nier.

Mais, dlt'On encore, que sont donc les propriétés vitales? — D’après ce qui précède, il est facile de prévoir la réponse à cette question : toutefois elle est d’une telle importance, elle joue un si grand rôle dans le système de l’organicisme, que nous devons la traiter avec une certaine étendue.

Faisons d’abord connaître sommairement les opinions des physiologistes modernes sur les propriétés vitales.

Est-il bien vrai qu’ils en aient admis l’existence comme cause , comme principe de la vie et de l’organisation et non comme effets, comme résultat, suite de cette organisation ? Et s’il est bien reconnu que telle a été la pensée des physiologistes, n’ont-ils pas pris l’effet pour la cause ? Cette méprise ne les a-t-elle pas conduits aux conséquences les plus désastreuses?

On sait que les médecins anciens ne cherchèrent pas à ramener à des lois générales les phénomènes de la vie ; leurs théories , quoique nombreuses, n’eurent jamais les lois vitales pour objet; on ne trouve dans aucun d’eux des traces de ce que l’on a appelé depuis forces vitales. 11 faut arriver jusqu’au XVII® siècle, au moment où Stahl parut, pour en voir la première idée ; car V archée de Paracelse et de Van Helmont ne mérite pas d’en être considérée comme l’origine (1). Stahl, frappé de

(1) Paracelse (Pierre-Auréole-Théophraste), dont le véritable nom était Bombast de Hohenhehn, naquit en 1-593 et mourut en 1551; Helmont (Jean-Baptiste de) naquit en 1577 et mourut en 16-54; Stahl ( George- Ernest) naquit en 1660 et mourut eu 1734.

la discordance des lois physiques avec les fonctions des animaux, considéra celles-ci comme indépendantes des premières, et en chercha la différence dans l’âme rationnelle ; il en fit une espèce d’autocrate qui gouvernait l’organisme et présidait avec discernement à sa conservation. 11 reconnut ainsi un principe unique auquel il rapporta tous les phénomènes vitaux. Mais Stahl n’avait encore fait que le premier pas vers la découverte des propriétés vitales. Haller s’occupa d’une manière plus spéciale de la sensibilité et de la contractilité.

Barthez donna le nom de principe vital , et Chaussier celui de force vitale ^ à cette cause supposée des actes vitaux.

Mais c’est véritablement à Bichat que l’on doit la création des propriétés vitales, c’est dans ses écrits et dans ceux de ses successeurs que l’on trouve les travaux les plus étendus sur ce sujet.

Justement frappé de la grandeur de la découverte de Newton, admirant les résultats immenses que les sciences physiques retiraient d’un certain nombre de lois auxquelles on pouvait rapporter tous les phénomènes de la na-

tare anorganique , étonné de la précision , de la clarté, de rinvariablllté de ces lois, Blcliat ambitionna la gloire du mathématicien anglais et voulut faire pour les sciences physiologiques ce qu’il avait fait pour les sciences physiques.

Sans discuter d’abord si les lois physiques étaient des propriétés inhérentes à la matière anorganique , ou bien si, indépendantes de ces corps, elles les précédaient et devaient être considérées comme la cause de leur existence, il admit a priori cette dernière hypothèse. Il regarda la gravitation, les affinités, etc., comme des forces, des principes, des causes enfin de tous les phénomènes physiques. 11 ne vit pas que ces lois n’étaient établies que comme des hypothèses, des abstractions, des formules enfin pour la commodité du langage; il les prit pour des réalités , parce que les physiciens les regardaient comme des causes dans leur langage de convention. Or, voici comment Blchat étend ces doctrines aux sciences physiologiques.

«Les différences, dlt-il , qui distinguent les .sciences physiologiques et physiques dérivent essentiellement de celles existantes entre les

propriétés qui président aux phénomènes qui sont l’objet de chaque classe de sciences. Telle est, en effet, l’immense influence de ces propriétés , qu’elles sont le principe de tous ces phénomènes » (1); de même que les propriétés des corps anorganiques sont la cause de tous les phénomènes physiques, « de même les propriétés vitales sont constamment le mobile premier auquel il faut remonter, quels que soient les phénomènes respiratoires, digestifs, sécrétoires, inflammatoires, fébriles , etc., que vous étudiez. Ces propriétés sont tellement inhérentes aux uns et aux autres, aux corps organiques et anorganiques, qu’on ne peut concevoir ces corps sans elles; elles en sont \ essence et l’attribut. Exister et en jouir sont deux choses inséparables pour eux. Supposez qu’ils en soient tout à coup privés , à l’instant tous les phénomènes de la nature cessent, et la matière seule existe. Le chaos n’était que la matière sans propriétés» (2).

(1) Xav. Bichat, Anatomie générale, tome i, pag. 39, édition de 1812.

(2) Xav. Bichat, loc. ci(., page 37.

Blchat ayant admis une fois que les phénomènes de la vie dépendaient de propriétés particulières qui pénétraient les corps organisés , chercha quelles étaient ces propriétés , quels étaient leurs caractères propres ; il admit que tous les actes vitaux pouvaient se rapporter à la sensibilité et à la contractilité dont il admit de nombreuses divisions.

La nature, dit- il, doua chaque portion de végétal de la faculté de sentir l’impression des fluides avec lesquels ses fibres sont en contact, et de réagir sur eux d’une manière insensible pour en favoriser le cours. J’appelle ces deux facultés l’une sensibilité organique et l’autre contractilité insensible. Ces deux propriétés président non-seulement à la circulation végétale, qui répond à peu près à celle de la circulation capillaire des animaux, mais encore aux sécrétions, aux absorptions, aux exhalations des végétaux. Remarquez, en effet, que ces corps nont que des fonctions relatives à leurs propriétés, que tous les phénomènes qui , dans les animaux, dérivent des propriétés qu'ils ont de plus que les végétaux, comme la grande circulation , la digestion , pour lesquelles il faut la conlrac-

tililé organique sensible; les sensations pour lesquelles il faut la sensibilité animale ; la locomotion , la voix, etc., pour lesquelles est nécessaire la contractilité animale; remarquez, dis-je , que ces fonctions sont essentiellement étrangères aux végétaux , puisqu'ils n'ont point les propriétés vitales pour les mettre en jeu.

« Si nous passons des végétaux aux animaux, nous voyons les derniers de ceux-ci , les zoophytes, recevoir dans un sac qui se vide alternativement, les aliments qui doivent les nourrir, commencer à joindre la contractilité organique sensible ou Y irritabilité aux propriétés précédentes qu’ils partagent avec les végétaux ; commencer, conséquent, à exécuter des fonctions différentes, la digestion en particulier.

«Si nous nous élevons dans l’échelle des êtres organisés, des relations s’établissent avec les objets qui les entourent. La vie animale commence à se déployer dans les vers , les insectes, les mollusques ; les sensations et la locomotion se développent; alors les propriétés vitales nécessaires à l'exercice de ces nouvelles fonctions sont ajoutées aux précédentes. La sensibilité animale et la contractilité animale, ob-

scures d’abord dans les dernières espèces, se perfectionnent d’autant plus qu’on s’approche des quadrupèdes : aussi les sensations et la locomotion deviennent-elles toujours plus étendues. La contractilité organique s’agrandit aussi, et à proportion la digestion, la circulation des gros vaisseaux, etc., auxquelles elle préside, prennent un développement toujours croissant.

«Si nous voulions suivre strictement l’immense série des corps vivants, nous verrions les propriétés vitales augmenter graduellement en nombre et en énergie , de la dernière des plantes au premier des animaux , à l’homme ; nous verrions les dernières plantes obéir aux propriétés physiques et vitales, toutes les plantes n’obéir qu’à celles-ci , qui , pour elles , se composent de la contractilité insensible et de la sensibilité organique ; les derniers des animaux commencer à ajouter à ces propriétés la contractilité organique sensible; puis la sensibilité et la contractilité animales, allant toujours en s’étendant davantage. »

Pour appuyer sa doctrine , Bichat établit un parallèle entre les propriétés vitales et les

y>ropriétés physiques. Il établit que l’Intervalle immense qui les sépare naît de celui qui existe entre les lois qui régissent les unes et les autres (1).

Les lois physiques sont constantes et invariables; les propriétés vitales s’élèvent, s’abaissent et s’altèrent; elles ne sont presque jamais les mêmes.

Les premières sont régulières , calculables ;

Les secondes sont soumises à une foule de variétés; elles échappent à toute espèce de calcul.

Il y a deux choses dans les phénomènes de la vie : 1° l’état de santé; 2° puis celui de la maladie: de là deux sciences distinctes. L’histoire des phénomènes dans lesquels les forces vitales ont leur type naturel nous mène, comme conséquence, à celle des phénomènes où ces forces sont altérées. Or, dans les sciences physiques , il n’y a que la première histoire, jamais la seconde. Il est de la nature des propriétés vitales de s’épuiser; le temps les use dans le même

(1) Bichal, loc. cil., paj^e 52.

corps. Exaltées dans le premier âge, restées comme stationnaires dans l’âge adulte, elles s’affaiblissent et deviennent nulles dans les derniers temps. 11 est dans l’essence de ces propriétés de n’animer la matière que pendant un temps déterminé : de là les limites nécessaires de la vie. Au contraire, constamment Inhérentes à la matière, les propriétés physiques ne l’abandonnent jamais.

De ces considérations et de bien d’autres encore, BIchat conclut que les êtres organiques sont régis par les lois différentes de celles qui président aux corps anorganiques ; qu’on ne saurait les confondre sans embarrasser la science.

Malgré nos efforts, les opinions de Bichat régnent encore, quoique modifiées ou même ébranlées, parmi les médecins. Nous allons transcrire quelques passages d’ouvrages réeents qui le prouvent, et qui font sentir la nécessité toujours renaissante de les combattre :

«Un autre vice du langage, dit M. RuHier, trop commun et non moins grave, parce qu’il fait confondre des objets fort différents , est

d’étendre le nom simple de propriétés (1), qui n’entraîne avec lui aucune idée de puissance ou d’action, à la désignation des forces vitales qui pénètrent les corps et qui les animent. Nous pouvons remarquer, comme étant propre à confirmer cette réflexion , que c’est , en effet, sous la dénomination de forces, et non sous celle de propriétés des corps, que les physiciens ont traité de la pesanteur, de la gravitation, de l’affinité, de la cohésion, de l’élasticité, etc., et que les physiologistes, rigoureux dans leur langage, ont rangé par analogie les diverses sources des phénomènes organiques, nommées des noms de motilité, sensibilité , affinité ou combinaison vitale. Nous pensons, dès lors, que la dénomination de propriétés vitales , si communément employée par les modernes pour désigner avec Bichat les forces de l’organisme vivant, est vicieuse et ne peut être conservée, attendu qu’elle ne donne pas une idée convenable de la puissance ou du principe actif qu’elle doit exprimer. »

(1) Diclionnaire de médecine en 21 volumes, arlicle Propriété; 1827.

Comme Bicliat, l’auteur établit aussi (1) que les corps organisés se distinguent des corps anorganiques par des propriétés particulières. « 11 est impossible à quiconque se livre sans préjugés et sans idées préconçues, dans les sciences physiques, à l’observation attentive et suivie des phénomènes de la vie , de méconnaître en eux des différences tellement caractéristiques de tous les faits physiques avec lesquels on les compare, qu’on ne puisse pas s’élever à leur égard à l’idée de forces propres , pénétrant tout ce qui a vîe et déterminant essentiellement la série des fonctions qui les constituent et les maintiennent tels qu’ils .sont au milieu de tout ce qui les environne.

« Est-il possible, en effet, de rattacher à rien

de ce qu’on connaît au delà de l’organisme la

classe entière des impressions avec ou sans

conscience, la sympathie, \o force morale enfin,

dou découle la série des phénomènes intellectuels et affétifs?

“ forces vitales, quoique

restreinte pour chaeune dans les bornes rigou-

21 volumes, erliole

reuses que prescrivent les faits, paraîtra peutêtre encore à quelques esprits par trop positifs, et qui n’admettent que ce qu’ils voient, une espèce de superfluité; quelques écrits récents, d’ailleurs très-estimables sous une foule de rapports, sont entachés de ce scepticisme outré. Leurs auteurs y proclament sans raison, parce que leur langage est absolu, qu’il n’existe pas de forces ; que les médecins physiologistes, en s’élevant au-dessus des phénomènes palpables déduits de la structure matérielle des organes , se sont égarés sans but et sans utilité dans le champ de la métaphysique, et que leurs abstractions réalisées et comme personnifiées ont eu l’inconvénient d’introduire dans le domaine de la science une foule de principes, d’esprits, ou d’êtres de raison qui n’ont aucune existence réelle.

« La théorie des forces subsistera comme un fait du premier ordre, auquel se rapportent les actes secondaires et divers de l’économie vivante, jusqu’à ce que les organiciens exclusifs aient fait jaillir, de la simple distinction des organes entre eux, de leurs éléments matériels, celluleux, vasculaires et nerveux, de leurcon-

texture, quelques raisons satisfaisantes ou même plausibles de ce cjui les rend impressionnables , avec ou sans perception , de ce qui les rend mobiles par allongement, par raccourcissement, et de ce qui peut enfin produire en eux toutes ces combinaisons spéciales qui en déterminent la cohésion en même temps qu’elles en changent incessamment rétat.el la composition intime. Au moment de la mort, tous les organes existent incontestablement; ils se trouvent assez souvent, pour l’anatomiste le plus exact, sans lésions appréciables. Qu’ont-ils donc perdu pour être si différents d’eux-mêmes? Nous répondrons sans hésiter : Les propriétés actives ou les forces qui les ont animés. »

Ainsi, d’après les citations de ces passages, que nous avons exprès choisis parmi les plus probants, il est bien établi, bien reconnu qu’il existe dans l’organisme vivant un être à part qiion peut en séparer, qui l’anime, lui donne la vie et préside à tous ses actes. Il n’est pas besoin d’y ajouter la chimie vivante de Broussais.

Nous sommes obligé de prendre toutes ces précautions , parce qu’après avoir réfuté ce système, il est arrivé maintes fols qu’on est

venu nous dire que personne ne pensait cela ^ que Bicliat n’en avait jamais dit un mot; que jamais il n’avait avancé que les propriétés vitales fussent la cause, le principe de l’organisation , une essence et un principe à part, existant par lui-même, et nullement l’effet de l’organisation. Nous avons donc cru devoir donner de l’existence des propriétés vitales les plus fortes preuves que nous ayons pu réunir. Et d’abord , voyons si les forces établies par les physiciens sont véritablement des êtres existants par eux-mêmes, indépendants de la matière qui en est douée , pouvant exister sans elle? Voyons si quelqu’un les a vues dans cet état, où, quand, et comment?

Prenons pour exemple la première d’entre elles, la plus belle conception du génie humain, la gravitation universelle , au moyen de laquelle les Newton , les Laplace , et leurs dignes émules, expliquent le mécanisme de l’univers. Qu’est-ce que la gravitation, sinon l’action de corps qui s’attirent? La gravitation existet-elle là où il n’y a pas de corps pour graviter? qui l’a vue, qui l’a démontrée? où est-elle? Pour calculer les lois de la gravitation, n’a-t-11

pas fallu d’abord voir graviter des corps? Si la gravitation ne peut exister sans ces corps, n’est-il pas évident que cette gravitation n’est autre chose qu’une propriété àe. ces corps, propriété inhérente et dépendante de leur disposition intime?

L’affinité chimique, les attractions moléculaires existent-elles sans les corps, sans les molécules qui s’attirent? sont-elles indépendantes de ces corps, en dehors d’eux? Mais où les a-t-on vues? qui en démontre l’existence ainsi séparée? Elles ne sont donc encore qu’une manière d’être des corps.

L’élasticité, quelle est-elle, sinon la manière d’être d’un corps qui quitte et reprend sa première figure? L’élasticité existe-t-elle sans le corps élastique? qui l’a vue? où est-elle? quelle est-elle? N’est-elle pas simplement une manière de parler pour signifier que les corps quittent et reprennent leur forme première dans certaines circonstances?

Enfin, toutes les prétendues forces peuventelles exister sans les corps qui les possèdent? Toute la question est là dedans.

Il vaudrait autant qu’on fît des propriétés

du volume , de la forme des corps , puisqu’enfin on peut se représenter un volume ou une forme, par exemple, ronde ou angulaire, sans corps actuellement sous les yeux ; mais qui ne voit que ce ne sont là que des attributs de la matière?

Mais si les propriétés des corps ne sont que le résultat de leur composition intime , il est évident que les différences qui existent entre ces propriétés ne sauraient dépendre que de leur arrangement moléculaire.

Si l’acier est plus élastique que le marbre , a plus Ôl' élasticité que lui , qui ne voit sur-lechamp que c’est parce qu’il est autrement composé ?

Que si le marbre est plus élastique que le bois , celui-ci plus que l’eau , qui ne reconnaît à l’instant que c’est parce que ces corps n’ont pas la même composition ? Et d’où viennent ces différences d’élasticité, de cohésion, d’affinités, de pesanteur, sinon de la différence de structure, de disposition moléculaire, de composition de chacun de ces corps ? Toutes ces propriétés physiques sont constamment en rapport avec la constitution de chacun de ces

corps : pourquoi donc admettre qu’elles soient autre chose que le résultat de eette constitution? L’élasticité, l’attraction , l’affinité, la cohésion, encore une fois, existent-elles indépendamment des corps? Non , sans doute ; elles sont inhérentes à ces corps , ne sont rien par elles-mêmes, que des produits de notre esprit.

Ainsi, lorsque Bichat fonda l’existence des propriétés vitales sur le rapproehement qu’il fit avec les forces que les physiciens avalent admises, il aurait dû examiner si les physiciens avaient réellement admis l’existence de forces Indépendantes des corps, ou si ce n’était de leur part qu’une formule, qu’une hypothèse créée pour faelllter leurs études en simplifiant leur langage scientifique.

Il n’existe donc pas de propriétés en dehors des corps qui puissent s’ajouter à ces corps. Le calorique, l’électricité, qui se surajoutent aux corps, et qui existent par eux-mêmes, sont eux-mêmes de véritables corps, doués de leurs propriétés particulières, et qui modifient les propriétés des autres corps.

Nous avons vu que Bichat établissait une différence Immense entre les lois physiques

qui président aux corps anorganlques et les propriétés vitales qui président aux corps organisés. Mais qui ne voit tout d’abord que ces différences se déduisent rigoureusement de la différence de composition? Pourquoi ne pas attribuer à cette différence de composition qui tombe sous nos sens, la différence des propriétés dont ils jouissent?

Que si les lois physiques sont plus simples que les lois vitales , qui ne voit d’abord que les êtres anorganiques, étant d’une composition plus simple, ne doivent aussi produire que des phénomènes moins compliqués?

Que si ces lois sont invariables, qui ne voit d’abord que , leur composition simple ne les exposant à aucune altération, ces lois ne sauraient varier?

Que si les lois physiques sont éternelles, qui ne voit d’abord que les êtres'physiques , étant inaltérables ou peu altérables , ont par cela même une condition de durée indéfinie?

Certes, il est une différence entre les corps anorganiques et les corps organisés ; les uns et les autres sont loin de présenter les mêmes phénomènes : mais pourquoi ne pas voir que

cette différence gît entièrement dans la différence de leur composition, de leur structure, et aller chercher, pour l’expliquer, des propriétés abstraites qui, d’ailleurs, n’expliquent rien ?

Blcliat et ses sectateurs admettent que si les corps organisés présentent d’autres phénomènes que les corps non organisés, ils le doivent à des propriétés nouvelles et différentes de celles de ces derniers corps, et, parmi les êtres vivants, que l’organisation se complique d’autant plus que le nombre des propriétés vitales augmente.

N’était-11 pas plus simple , plus facile à concevoir que les corps organisés différant par leur structure et leur composition des corps inorganiques , c’était cette différence de structure et de composition qui en apportait une si grande dans leurs propriétés?

Si les propriétés vitales augmentaient à mesure que l’organisation se compliquait, n’était-il pas plus simple de conclure que ces propriétés vitales n’augmentaient que parce que l’organisation devenait plus complexe? Enfin, en considérant les propriétés comme des attributs et

non comme une essence, tout devient dans l’organisme simple, clair, et porte l’erapreinle de la vérité. En les considérant comme essence , tout devient obscur, difficile à concevoir, et porte le caractère de l’erreur.

Pour prouver son système, Bichat passe en revue la série des êtres organisés; il fait voir que dans les agames il n’existe qu’une seule propriété vitale, la contractilité insensible, et au lieu de conclure que c’est parce que l’organisme est là dans son dernier degré de simplicité, qu’il n’existe qu’une seule propriété vitale, il conclut, au contraire, que c’est parce qu’il n’existe qu’une seule propriété vitale que l’oi‘ganisation est aussi simple.

!1 n’est pas nécessaire de le suivre dans tous ses exemples; partout, en retournant ses propositions, on arrive à une opinion qui satisfait l’esprit. Nous voyons , en effet , que dans les polypes, dans les vers, et dans les animaux plus élevés, il regarde les propriétés vitales plus nombreuses comme cause de leur organisation et de leurs phénomènes vitaux plus parfaits, tandis qu’on peut regarder, à bien juste titre, leur organisation plus compliquée comme

cause du nombre plus grand de leur propriétés.

Mais arrêtons-nous un moment à 1 homme lui-même : faisons voir que si les propriétés vitales diffèrent dans tous les tissus qui le composent; si elles diffèrent suivant les âges, les constitutions, les sexes, c’est encore dans les modlfieatlons de l’organisme que nous en trouvons les causes ; faisons voir que l’augmentation , la diminution , l’altération de ces prétendues propriétés ne dépendent que des changements survenus dans l’organisation ellemême.

Les propriétés vitales sont à leur plus haut degré de développement dans l’enfance et la jeunesse; à leur état moyen et stationnaire dans l’âge adulte ; elles décroissent dans la vieillesse. Mais qui ne connaît l’immense différence que présentent les divers tissus à ces différents âges? Qui ne sait les variétés qu’ils offrent dans leur consistance, dans leur couleur, dans leur forme, dans leur développement? Qui ne sait que dans l’enfance les tissus sont plus mous, plus perméables; que, relativement aux autres systèmes , le système nerveux , en

particulier, est plus développé? Qui ne sait que l’encéphale est plus volumineux, plus tendre, que les nerfs sont aussi plus gros , moins consistants que dans les autres âges, et qui ne reconnaît dans ces différences palpables des causes suffisantes de la prédominance de ce système, c’est-à-dire de l’énergie plus grande des propriétés vitales ?

Dans l’âge adulte , tous les tissus prennent de la consistance ; l’encéphale ne croît pas en proportion des autres organes , les nerfs sont relativement plus petits.

Dans la vieillesse, la rigidité de tous les tissus augmente d’une manière sensible; l’encéphale diminue de volume, au point qu’il n’est pas rare , dans un âge fort avancé, de voir la table Interne des os faire saillie dans l’intérieur du crâne. Cette disposition était portée à un haut degré dans le crâne de l’illustre Pinel. Le cerveau prend une couleur brune, foncée; les nerfs deviennent plus petits, plus durs que dans les autres âges. Qui ne sent que ces différences d’organisation sont suffisantes pour rendre compte des différences des prétendues propriétés vitales? Kst-il besoin de ces pro-

priétés pour rendre raison des phénomènes de l’organisme ?

Les différences que présentent, sous ces rapports, les différents sexes et les différents individus se déduiront de causes identiques. Elles tiennent essentiellement à leurs dispositions organiques.

L’organisation de la femme la rapproche singulièrement de celle de l’enfance , et de cette ressemblance il doit en découler une autre, celle de leurs propriétés vitales.

Entre les divers individus, la différence est moins susceptible de tomber sous les sens ; mais n’est-il pas au-dessus de toute contestation qu’ils doivent offrir, sous ces rapports, les mêmes différences que celles dont nous sommes frappés pour les apparences extérieures ? Et, dès lors, ne doivent-ils pas différer sous le rapport des propriétés vitales ? Ne serait-il pas singulier qu’elles fussent les mêmes avec un arrangement moléculaire différent?

Si l’on examine ensuite les divers tissus de 1 organisme les uns après les autres , si l’on jette un coup d’œil sur les divers organes, sur

les divers appareils qui le eonstituent , bien qu’on ne puisse se rendre eompte des rapports de eausalité, c’est-à-dire qu’on ne puisse savoir pourquoi telle disposition organique produit tel effet plutôt que tel autre; qu’on ne puisse pas savoir pourquoi par tel arrangement , le foie fait de la bile , la parotide de la salive , etc., cependant l’esprit se contente de voir qu’une structure particulière produit un effet particulier, et ne cherche pas à s’expliquer comment cela se produit. Or, la structure des organes est aussi variée que leurs effets.

Les organes des sens ne sont pas moins différents entre eux. Ici même, la science est allée plus loin, car elle a reconnu dans l’œil l’instrument d’optique le plus parfait; dans l’oreille un admirable instrument d’acoustique; elle a reconnu de même que, pour les autres sensations, les organes étaient merveilleusement bien disposés.

Enfin, les tissus qui composent l’organisme ont des propriétés relatives à leur structure ; les os, les ligaments, jouissent de propriétés peu développées, parce que leur organisation ne le comporte pas. L’organisation presque

entlèrecoent minérale des premiers, si simple des seconds , l’absence presque complète de nerfs , expliquent surabondamment cette différence.

Le muscle se contracte. Pourquoi , sinon parce qu’il est organisé, tissu , disposé pour se contracter , qu’il reçoit des nerfs pour cela , et non parce qu’il est doué de contractilité, ce qui ne signifie absolument rien?

Pourquoi les nerfs sont-ils éminemment sensibles , sinon parce qu’ils sont organisés , disposés pour cela , et non parce qu’ils sont doués de sensibilité? Et ainsi de suite pour tous les organes. Pourquoi celui-ci est-il sensible à tel excitant, et celui-là à tel autre, sinon parce qu’il est disposé pour remplir cet usage? Partout l’organisation est en rapport avec les actes qu’elle doit accomplir; partout cette organisation suffit pour expliquer ces actes , et jamais il ne peut être nécessaire pour cela d’invoquer l’intervention de prétendues propriétés.

La variabilité des propriétés vitales, c’est-àdire leur augmentation , leur diminution , leur altération , dont Bichatet ses partisans ont fait un argument en faveur de la différence des lois

qui régissent la matière organique et anorganique, dépendent donc de la différence de l’organisation et ne sont pas un caractère distinctif des propriétés vitales.

Tous les actes vitaux dépendent en définitive de l’organisation. Ces actes vitaux sont un résultat, un effet, et non une cause, un principe, une loi, une force; les actes vitaux sont des organes en exercice , et les propriétés vitales ne sont que les organes aptes à agir, disposés pour cela.

Si l’on pouvait séparer les propriétés vitales de la matière organisée, les recueillir, les faire voir en dehors de l’organisation, elles seraient alors autre chose que cette organisation; mais on ne peut pas plus les séparer des corps qui en jouissent, qu’on ne peut séparer et faire voir à part le mouvement sans le corps qui se meut.

Il n’existe donc pas de propriétés vitales , considérées comme cause de l’organisation , comme indépendantes de cette organisation ; et si les animaux jouissent de facultés qu’on ne retrouve pas dans les corps anorganlques, si aucunes notions de la chimie ou de la phy-

sique ordinaires ne peuvent expliquer les actes de l’organisme vivant, cela prouve seulement que la matière organisée produit des actes différents de la matière non organisée, ce qui se conçoit aisément : et voilà tout.

On doit donc renoncer à l’expression de propriétés vitales , et désigner tous les phénomènes, tous les actes de la vie sous le nom de PROPRIÉTÉS ORGANIQUES, pour les distinguer des propriétés physiques et chimiques, dont elles diffèrent, en effet, bien réellement.

Après des raisonnements aussi péremptoires, aussi irréfutables, il semblerait superflu d’aborder les objections que l’on adresse a l’organicisme et que l’on ne cesse de reproduire, car rien ne semble pouvoir en détruire les principes. Toutefois jetons un coup d’œil sur ces objections.

1“ Il existe des lésions fonctionnelles sans lésions organiques. Tous les jours la respiration , la circulation , se trouvent lésées sans qu il existe aucune altération sensible dans les organes : ainsi la respiration d’un air impropre à la vie , mais non toxique , accélère les actes respiratoires; quelle altération y a-t-il

dans les poumons? Une gêne de la circulation produit aussi une gêne de la respiration ; une course rapide , un exercice actif, une impression morale vive, produisent aussi une perturbation dans ces fonctions qui, à leur suite , peuvent entraîner toutes les autres. Un organe peut être très-douloureux, et par l’effet de la douleur peut être réduit à ne pouvoir agir sans que son tissu soit altéré, etc. Il y a donc des lésions fonctionnelles sans lésions organiques; il y a donc autre chose que l’organe, un principe particulier, une force indépendante de lui ?

Et d’abord, qu’on se souvienne que par lésion organique nous entendons toute modification quelconque dans un organe \ superficielle ou profonde, passagère on persistante, enfin, sensible ou insensible à nos moyens d’investigation. Et il est évident que pour des lésions fonctionnelles passagères, il ne faut pas une lésion profonde et durable; il est évident aussi que la science a beaucoup à faire encore pour connaître toutes les altérations organiques. Cela étant, on comprendra facilement comment une fonction puisse être troublée, sans lésion

notable, persistante, visible de l’organe. Mais, au risque de faire une pétition de principes, si la fonction n’est qu’une action , qu’un effet , comment concevoir que cet effet puisse être produit sans modification de sa cause ? seulement cette modification peut être instantanée comme l’effet qu’elle produit. C’est ce qui arrive dans la plupart des névroses et des maladies intermittentes. Si l’on rencontrait une lésion constante et persistante dans ces maladies, c’en serait fait de l’organicisme. Je vais plus loin: il me semble impossible qu’une fonction normale , celles mêmes qui dépendent du cerveau, comme le mouvement d’un membre, puisse s’exécuter sans une modification dans l’organe qui commande, dans celui qui transmet ou dans celui qui exécute le mouvement. Dans les exemples cités tout à l’heure, pour la gêne de la respiration , qui ne volt tout d’abord que si elle dépend du man- • que d’air, H y a aussitôt modification des organes respiratoires, modification du sang, qui vient chercher dans les poumons le principe qui le vivifie? Ne le trouvant pas, il excite le cerveau d’une manière anormale , et l’influx

nerveux en est à son tour modifié. Certes I:i trame du poumon n’est pas altérée pour cela, (iomme dans une pneumonie; mais il est impossible de ne pas reconnaître là une modification physique ou chimique quelconque.

Pour celle qui dépend d’une lésion du cœur, n’est-il pas évident qu’il doit stagner dans le tissu pulmonaire plus de sang qu’il n’en doit contenir, et ainsi de suite? Dans les phénomènes fonctionnels les plus subtils, vous trouverez toujours une cause organique qui devra les produire. Ceux que détermine l’innervation elle-même n’ont Heu que par la modification que cette innervation imprime aux organes , et cette innervation elle-même est organique.

2® Nous avons déjà fait mention du désaccord qui existe entre les altérations organiques et les symptômes.

Nous avons vu les symptômes peu prononcés ou mêmes nuis, et des altérations locales trèsprofondes ;

Et des symptômes très-prononcés, et même la mort, avec des lésions très-légères ou même sans aucune lésion.

Nous avons vu les mêmes symptômes avec des lésions différentes , et les mêmes lésions avec des symptômes différents.

Ces anomalies ne trouvent pas leur explication dans les principes de l’organicisme. Comment se rendre compte de ces énormes lésions qui ont détruit des viscères entiers, sans que pendant la vie aucun symptôme les ait traduites aux yeux de l’observateur attentif ? de ces affections tuberculeuses désorganisant un poumon tout entier , de ces cancers de l’estomac détruisant la presque totalité de cet organe, tandis que dans le vivant aucun désordre fonctionnel n’a signalé ces altéra^ tions?

Comment se rendre compte encore de ces troubles fonctionnels formidables qui ne laissent après eux aucune trace, ou une trace si légère que vous avez de la peine à la regarder comme la cause du bouleversement que vous avez observé pendant la vie ?

Toutcela ne force-t-il pasà reconnaître l’existence d’un principe différent de l’organisation qui en modifie si profondément les actes ? n’y a-t-il pas évidemment là autre chose que Par

rangement moléculaire, que la disposition organique ?

Certes, il faut l’avouer, ce sont là des objections sérieuses.

iMais ces anomalies ne sauraient prouver que dans l’organisation il existe autre chose que l’organisation ; elles prouvent seulement que le mécanisme de tous les actes organiques ne nous est pas enîièrement connu.

Un individu succombe; l’anatomiste le plus exercé ne découvre aucune altération. On en conclut qu’il n existe rien , que le cadavre est organisé comme un individu vivant, et que, puisque l’organisation est intacte, il faut bien chercher ailleurs la cause de la mort ; il faut bien que l’individu ait perdu les propriétés actives ou les forces dont il était animé.

Mais d’abord, est-11 bien raisonnable, bien sage de conclure que parce qu’on n’a rien trouvé, il n’existe rien ? Naguère encore , la plupart des lésions anatomiques étaient inconnues; les maladies nerveuses étaient extrêmement fréquentes; on rencontrait partout des apoplexies nerveuses , des asthmes nerveux , etc. Un examen plus attentif a fait justice de la plupart

de ces maladies, et aujourd’hui les cas où l’on ne trouve rien sont excessivement rares. Cependant on ne saurait nier qu’il ne s’en présente quelquefois. Mais alors, pourquoi mettre dans sa science et dans ses moyens d’investigation une telle confiance qu’on se croie autorisé à dire qu’il n’existe rien , parce qu’on n’a rien trouvé? Nest-il pas cent fois plus convenable de dire que l’on na rien trowé , et non qu’il n'existe rien P

' Qui vous assure que des progrès ultérieurs ne vous feront pas reconnaître quelque lésion là où vous n’en trouvez pas aujourd’hui ? Mais, dites-vous, tant que l’organicisme n’aura pas découvert cette lésion , nous sommes en droit de la nier, et par conséquent de rejeter tout le système. — Quoi , vous voulez rejeter toute une doctrine parce qu’il reste dans son ensemble quelque chose à découvrir, quelques lacunes à remplir?

Dans les cas où l’on ne trouve aucune altération appréciable à nos sens , à nos moyens actuels de recherche, n’est-il pas possible qu’il existe dans la composition chimique soit des fluides, soit des solides, des changements qui

aient amené la mort? Dans les Intoxications, la mort arrive-t-elle autrement? combien d’empoisonnements qui ne laissent aucune trace après eux ? s’est-on avisé d’analyser les fluides et tous les tissus de l’organisme ? ne s’en eston pas tenu aux apparences sensibles , aux phénomènes les plus grossiers ?

Mais encore, ne sait-on pas aujourd’hui qu’ une foule de lésions sont susceptibles de disparaître après la mort ?

Dans la classe presque tout entière des névroses, dans les maladies intermittentes, il est impossible que la lésion persiste , car alors les accidents seraient continus. Une fois l’accès passé, que devient la lésion? Nous l’ignorons: faut-il pour cela la nier? Voudrait-on dire que les modifications survenues dans les centres nerveux ne sont pas des modifications matérielles ? Mais pour subtiles qu’elles soient , ces modifications n’en doivent pas moins être mises au nombre des modifications organiques.

Ainsi les vitalistes peuvent dire : Voilà un cadavre, nous n’y trouvons rien , ni vous non plus ; eh bien ! nous sommes autorisés à dire qu’il n’y a rien, jusqu’à ce que vous ayez dé-

montré le contraire; et vous, vous n’étes pas autorisés à dire qu’il existe quelque chose, puisque vous ne faites rien voir , puisque vous ne pouvez pas prouver qu’il existe une lésion ; vos raisonnements ne sont que des conjectures, que des hypothèses, et nous ne saurions les admettre. — Sans doute, répliquent les organicicns, mais pour que cette fin de non-recevoir ait toute sa valeur, vous êtes obligés d’admettre que la science a atteint son dernier terme , qu’elle est parfaite, qu’il ne reste plus rien à découvrir , et que vous-mêmes vous possédez tous les moyens possibles d’investigation, que vous ne laissez rien échapper, que vous êtes Incapables d’erreur.

Voyons maintenant les objections des animistes : « La théorie des forces subsistera jusqu’à ce que l’organicisme ait donné quelques raisons satisfaisantes ou plausibles de ce qui rend les organes impressionnables, avec ou sans perception , de ce qui les rend mobiles par allongement et raccourcissement, enfin de tous les actes intellectuels ou moraux. »

Mais d’abord, nous avons dit que l’existence d un principe immatériel ne contrariait en rien

la doctrine de rorganicisme, puisque ce principe était Inaltérable, et que lorsqu’il y avait maladie , c’est dans l’Instrument seul , c’est-àdire dans un organe altérable , que devait se trouver la lésion. Ceci une fols admis, 11 ne reste plus que le reproche de ne pouvoir expliquer par l’organlclsme certains actes de la vie. Mais, de bon compte, expliquons-nous quelque chose? et s’est-on jamais avisé de rejeter un phénomène parce qu’on ne pouvait l’expliquer? Qu’est-ce donc qu’une semblable manière de raisonner?

Croit-on avoir expliqué quelque chose en disant qu’un organe est sensible parce qu’il est doué de sensibilité P qu’il est contractile parce qu’il est doué de contractilité? Ce raisonnement est-il différent de celui qui nous dit que l’opium fait dormir , qnia est in eo virtus dormiliva P De bonne foi , avec les forces vitales crolt-on expliquer quelque chose? Le mécanisme par lequel s’opèrent les actes intellectuels et moraux, celui même plus grossier par lequel s’opèrent les sécrétions, la nutrition, etc., par lequel le foie fait de la bile , les glandes lacrymales des larmes, la parotide de la salive ;

par lequel le cerveau fait du cerveau , le poumon, le rein, la rate, du poumon, du rein, de la rate, etc.; par lequel un individu est brun , l’autre blond ; par lequel il pousse de la barbe au menton et non ailleurs; enfin, le mécanisme de tous les actes vitaux est-ll plus facile à saisir pour l’esprit par l’admission de prétendues propriétés que par leur rejet? Par elles nous n’expliquons rien, pas j)lus que sans elles. On ne fait que reculer la difficulté, que se payer de vains mots. A quoi bon embarrasser l’art de semblables hypothèses , puisqu’elles ne peuvent être utiles à rien ?

Conscqaences pratiques de l'admission des propriétés

vitales.

On a affecté de dire , dans l’intention bien évidente de déprécier nos efforts, que nos discussions n’étalent que des disputes de mots , qu’il était bien peu important que les propriétés dont jouissaient les êtres organisés fussent 1 effet de l’organisation, le résultat de la texture intime , ou la cause de cette organisation , de cette texture; qu’elles en fussent dépendantes

ou indépendantes; que ce n’étaient là que des disputes oiseuses, tout au plus bonnes à faire briller la subtilité de l’esprit, mais qui ne pouvaient exercer aucune influence sur la science, et bien moins encore sur l’art de guérir. C’était, comme on voit, réduire à rien, mettre à néant, par un raisonnement fort commode, le résultat de tous nos travaux. Voyons ce qu’on doit en penser.

Après avoir établi que les forces sont la cause de tous les phénomènes physiologiques, Bichat en tire la conséquence naturelle , inévitable , fatale, que les actes pathologiques en sont aussi l’effet. « L’histoire des phénomènes dans les- « quels les forces vitales ont leur type naturel , « dit-il, nous mène comme conséquence à celle a des phénomènes où ces forces sont alté- « rées » (1). Toutes les maladies dépendent de l’altération des propriétés vitales.

Si les propriétés vitales président aux actes physiologiques, il est de toute nécessité qu’elles président aux actes pathologiques : « Les végé- « taux, dit-il encore, n’ont que des fonctions

(!) Bichal, Anal, gén., loc. clt., \). 52.

« relatives à leurs propriétés... par la même à raison , la liste de leurs maladies est moins « nombreuse. Ils ont de moins toute la classe « des maladies nerveuses , où la sensibilité ani- « male joue un si grand rôle; toutes celles des « convulsions ou des paralysies que la contrac- « tilité animale, augmentée ou diminuée, consti- « tue; toutes celles des fièvres, toutes les affec- « tions gastriques, qui sont un trouble manifeste « dans la contractilité organique sensible , etc. ; « des tumeurs de nature diverse , des exhala- « tions augmentées, le marasme, etc., voilà les « maladies des végétaux ; elles supposent toutes O un trouble dans la sensibilité organique et « dans la contractilité insensible correspon- « dante » (1). Ainsi ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas de cerveau ni de nerfs que les végétaux n’ont pas de névroses ; c’est parce qu’ils n ont pas de sensibilité ou de contractilité animales !

« La sensibilité organique et la contractilité « insensible ont évidemment sous leur dépen- « dance, dans l’état de santé, tous les phéno-

(I) Jnalomic générale, p. 211 et suiv.

« mènes de la circulation capillaire, des sécré- (( tiens, des absorptions, des exhalations, de « la nutrition, etc. Aussi, en traitant de ces « fonctions faut-il toujours remonter à ces pro- « priétés.

« Dans l'état de maladie, tous les phénomènes « qui supposent un trouble dans ces fonctions « dérivent évidemment à'iine lésion de ces pro- « priétés. Inflammation , formation du pus ,

« Induration , résolution ; hémorrhagie ; aug- « mentation contre nature ou suppression de « sécrétions; exhalation accrue, comme dans « les hydropisies ; diminuée ou devenue nulle,

« comme dans les absorptions ; troublée de « l’une ou de l’autre manière ; nutrition altérée > « en plus ou en moins, ou bien présentant des « phénomènes contre nature, comme la forma- « tlon des tumeurs, des kystes, des cicatrl- « ces, etc. etc.; voilà une série de symptômes « morbifiques qui suppose évidemment une lé- « sion , un trouble quelconque dans les deux pro- « priétés précédentes.

« Dans les maladies , tous les phénomènes « des vomissements, des diarrhées, une grande « partie de l’innombrable série de ceux du

« pouls, se rapportent en dernier résultat à un « trouble de la contractilité organique sensible.

« Les convulsions , les spasmes , les para- « lysies, etc., sont dus à des augmentations ou « à des diminutions de la contractilité animale. « Examinez tous les phénomènes physlologi- « ques, tous ceux des maladies, vous verrez « qu’il n’en est aucun qui ne puisse, en dernier c( résultat , se rapporter à une des propriétés « dont je viens de parler.

« La vérité incontestable de celte assertion « nous mène à une conséquence non moins « certaine pour le traitement des maladies, sa- « voir , que tout moyen curatif n’a pour but « que de ramener les propriétés vitales altérées « ou type qui leur est naturel. Tout moyen qui , « dans l’inflammation locale , ne diminue pas « la sensibilité organique augmentée; qui, dans « les œdématiés, les infiltrations, n’augmente « pas cette propriété totalement diminuée; qui, « dans les convulsions , ne ramène pas à un « degré plus bas la contractilité animale , qui « ne l élève pas à un degré plus haut dans la pa- « ralysie, etc., manque essentiellement son but, « il est contre-indiqué. »

Eh bien, COmprend-on maintenant les conséquences pratiques de cette manière de voir ? Sont-ce encore là de simples disputes de mots? Croit-on encore que ces doctrines sont sans influence sur l’exercice de l’art?

Mais, dira-t-on, Bichat n’entendait rendre les propriétés vitales à leur type normal que par des moyens qui ramènent l’organe luimême à son état physiologique; que dans les infiltrations , il attaquerait la maladie primitive ; que dans la paralysie, il attaquerait par des moyens divers la congestion , l’hémorrhagie, le ramollissement, ou la maladie organique qui la détermine? qu’on se détrompe. Bichat, en proposant une nouvelle classification des médicaments, fondée sur leur manière d’agir sur les propriétés vitales, dit : «Nous avons vu que «dans les inflammations il y avait exaltation « de la sensibilité organique et de la contrac- « tilité insensible : eh bien ! diminuez cette «exaltation par les cataplasmes, les fomenta- « tions, par les bains locaux, etc. Dans l’infil- « tration , dans les tumeurs blanches, etc., il y «a diminution de ces propriétés ; exaltez-les « par des applications de vin, de toutes les sub-

«stances que l’on appelle fortifiantes, etc. Le « vin, les substances ferrugineuses, souvent les «acides, etc., raniment la contractilité insen- «sible et la tonicité dans tout le système; ce «sont des toniques généraux.

«Plusieurs médicaments sont partlcullère- «ment dirigés sur la contractilité organique « sensible : les uns augmentent cette propriété «diminuée, d’autres la diminuent lorsqu’elle « est trop exaltée.

« Les substances médicamenteuses ont aussi «leur influence sur la contractilité animale. « Tout ce qui produit une vive excitation à ïex- « tërieur, comme les vésicatoires, les frottements « divers , l urtication , ranime cette propriété as- « soupie dans la paralysie... »

Eh bien ! voilà la médecine où conduit l’admission des propriétés vitales !

Elle conduit à administrer, dans la paralysie, qui est une diminution de la contractilité animale, tout ce qui peut augmenter cette contractdite: ainsi les alcooliques, les aromatiques, les toniques, l’arnica, la mélisse, les vulnéraires, la noix vomique, le murlate d’ammonia- (jue, enfin, toutes les substances incendiaires

que les formulaires indiquent pour augmenter la contraetllité animale.

Et voilà le médecin frottant les membres paralysés avec les cantharides, l’ammoniaque, les alcooliques , dans l’espoir de rappeler , d’augmenter la contractilité. Voilà les célèbres Hallé et Mauduyt faisant assaut d’exactitude pour administrer l’électricité à cinquante et un paralytiques, bercés de la même espérance! L’admission des propriétés vitales conduit donc à administrer sans discernement les drogues, non-seulement les moins indiquées, mais encore les plus meurtrières I Semble-t-il encore que ce soit une simple dispute de mots, et que ce ne soit pas la peine de combattre à outrance de semblables erreurs?

Conséquences pratiques du rejet des propriétés vitales.

On vient de voir quelles funestes conséquences découlent de l’admission des propriétés vitales; on va voir quels avantages résultent de leur rejet.

En considérant tous les phénomènes vitaux comme des effets de l’organisation, et non

comme le résultat de propriétés ou àe forces particulières, quelle est la première conséquence que l’on doive en tirer? N’est-ce pas, ainsi qu’on l’a vu , que ces actes , phénomènes secondaires, doivent être réguliers ou irréguliers suivant que les organes ou les instruments chargés de les produire sont dans un état normal ou anormal ? l’état normal des organes et leurs actes réguliers constitueront l’état sain ou physiologique ; l’état anormal des organes et les actes irréguliers constitueront l’état malade ou pathologique. N’est-il pas vrai que lorsqu’un acte vital, ou bien mieux un acte organique, sera irrégulier, on en cherchera surle-champ la cause dans l’état anormal de l’organe, et non dans l’altération d’une prétendue propriété vitale ? Qu’y a-t-il de plus simple, de plus clair que ces propositions ? Ainsi tout dérangement fonctionnel conduira à rechercher quel est l’organe altéré ; en second lieu , de quelle manière il est altéré , quel est le siège, la nature et l’étendue de l’altération ; c’est-àdire à rechercher le diagnostic précis de la maladie que l’on a à combattre, et par conséquent à n’administrer que des moyens ration -

nels qui ne seront jamais nuisibles et qui seront souvent utiles.

Si r on fait l’application de ces principes à quelques maladies, on sera frappé des lumières qu’ils ont jetées sur la science.

11 est bien exact de dire que c’est au rejet des propriétés vitales que l’on doit le progrès qu’a fait, dans ces derniers temps, la pathologie du cerveau et de ses dépendances. On a vu que tant qu’on a considéré la sensibilité et la contractilité comme des forces propres, on n’a seulement pas pensé à chercher la cause de leurs altérations dans les organes qui en sont chargés. La paralysie n’a été que la diminution ou l’abolition de ces propriétés, et l’on a vu la thérapeutique où l’on était conduit. Dès l’instant qu’elles ont été considérées comme des conséquences de l’organisation , c’est dans les changements survenus dans cette organisation qu’on a cherché la cause de la paralysie, /y a

trouvée !\)k& que la paralysie n’a plus été seulement une fonction altérée, on a cherché, dans l’organe des mouvements et du sentiment , quelle était l’altération matérielle qui la produisait, sa nature, son siège, son étendue. On

a cherché si celte nature, ce siège, cette étendue, étaient différents ; comment, pendant la vie, on pouvait reconnaître cette différence, à des nuances dans les symptômes, à leur marche, à leur intensité , à* leur développement , à leur durée , et si ces différences devaient en imprimer au pronostic et au traitement. On sait à quel degré de clarté nous sommes parvenus sur ce point de la science.

Nous reconnûmes que la paralysie ne dépendait pas d’une seule et même altération de l’encéphale; que la congestion, l’inflammation, l’hémorrhagie, le ramollissement, le cancer, les tumeurs fongueuse, tuberculeuse, osseuse, les acéphalocystes, et quelquefois des lésions inaperçues, pouvaient la produire (1).

Nous cherchâmes au lit du malade les signes distinctifs de ces diverses altérations; et ces maladies, auparavant presque inconnues , devinrent, pour ainsi dire, tout à coup aussi claires que les maladies thoraciques et abdominales. Dès ce moment une thérapeutique

(I) Recherches sur le rainoUisseinent du ceivcau, piii' L. Hostau.

plus rationnelle , plus appropriée à la nature de chacune de ces maladies, leur fut appliquée; on cessa de frictionner, de galvaniser, de tonifier, de rubéfier les pauvres malades, dans l’intention d’augmenter les propriétés vitales diminuées ou abolies.

Est-ce donc une vaine dispute de motsqu’une théorie qui conduit à un pareil résultat ?

Mais ce n’est pas tout. Si l’on voulait dérouler toutes les heureuses conséquences de l’organicisme , il faudrait passer en revue presque toute la série des maladies. On verrait qu’une foule de symptômes passaient pour des maladies idiopathiques.

Les hémorrhagies ne furent plus distinguées en actives, passives ou neutres , en critiques, acrltlques ou symptomatiques: on s’enquit de la lésion qui les produisait ( 1 ) ; on chercha si elles étaient le résultat d’une simple exhalation, primitive , consécutive , supplémentaire ; si elles dépendaient d’une lésion de tissu , d’une ulcération , d’un cancer , de tubercules , etc. ,

(1) L. Rostan, Cours de médecine clinique, ou Traité de diagnostic , etc.

et leur thérapeutique devint plus rationnelle.

Les hydropisies ne furent plus essentielles , ou du moins elles ne le furent que dans des cas très-rares; on reconnut mieux les lésions qui les produisaient ; elles devinrent symptomatiques dans beaucoup de cas , et les travaux de MM. Bouillaud et Bright sont les heureux fruits de l’application de ces principes à l’étude de cet état morbide.

On cessa de donner des anti-ictériques ; on dirigea le traitement de l’ictère contre sa véritable cause organique ; il cessa d’être une maladie pour n’être plus qu’un symptôme , comme nous le professons depuis longtemps, sauf quelques exceptions dans le détail desquelles il est impossible d’entrer.

L’asthme devint, même entre les nîains de Laennec , le symptôme d’une lésion du tissu pulmonaire, tandis que nous avions reconnu que, chez les vieillards du moins , il n’était jamais nerveux , et qu’il dépendait la plupart du temps d’une lésion du cœur ou des gros vaisseaux.

Et tout cela , et beaucoup d’autres choses encore , sont le résultat de l’application de

cette proposition que : lorsqu’il existe une lésion fonctionnelle, il doit exister aussi une lésion d’organe.

Aujourd’hui on ne peut plus observer un symptôme sans en chercher la cause suffisante dans une lésion d’organes, et si l’on n’est pas . toujours assez heureux ou assez habile pour la découvrir, tout fait espérer qu’on la trouvera quelque jour, du moins pour les cas où elle doit exister j car il en est où l’on ne doit rien trouver. C’est au lit du malade surtout qu’on volt combien ces principes sont simples, clairs, d’une facile application ; combien alors les difficultés s’aplanissent , combien la médecine devient satisfaisante.

Tout en faisant de la lésion organique la base fondamentale de la pathologie , qu’on ne croie pas cependant que nous pensions qu’elle donne le dernier mot des maladies. Autant que qui que ce soit , nous savons que des causes infiniment variées de nature , d’essences infiniment diverses, agissent sur l’organisme, et que cette nature, cette essence des causes, impriment aux maladies produites des différences importantes, immenses; qu’il existe des maladies

spécifiques , etc. , et que la lésion organique ^ p n’est alors qu’un phénomène secondaire.

Mais dans ces cas mêmes, la lésion organique est d’une bien haute importance, puisque c’est elle encore qui fait remonter à la connaissance de la cause. N’est-il pas vrai que c’est par exemple, dans la variole, la pustule qui fait remonter à l’existence d’une cause variolique? que dans la rougeole, la scarlatine, la zona, etc., c’est la différence de l’éruption qui fait remonter à la nécessité d’une cause morbllleuse, scarlatineuse, ete.? L’éruption n’est-elle pas iei la lésion organique ? Dans la fièvre typhoïde , l’altération des glandes dePeyer et de Brunner, quoique ne constituant pas toute la maladie , ne fait-elle pas remonter à l’existence d’une cause spéciale?

Ainsi donc, la lésion anatomique, quoique dans bien des cas ne constituant pas toute la maladie, est cependant le flambeau le plus sûr qui nous conduise à la connaissance de sa

cause.

Voua Ica organea pcuvcut être primitivement malades.

Cette proposition , qui aux yeux de la génération actuelle pourrait passer pour une trivialité, tant elle paraît simple et incontestable, n’a été établie dans l’origine que pour combattre une proposition contraire, alors généralement adoptée. Dans le principe de la doctrine dite physiologique, on soutenait, avec la plus grande chaleur, qu’il n’y avait jamais que l’estomac qui fût et qui pût être primitivement malade ; que lorsque les autres organes le devenaient , c’était toujours consécutivement à celui-ci. Il était donc nécessaire de combattre une erreur aussi absurde.

Il fallut dire que tous les organes étalent composés des mêmes éléments ; qu’il entrait dans tous des vaisseaux sanguins artériels et veineux; dans tous, des nerfs, des vaisseaux lymphatiques ; qu’ils avaient tous un parenchyme, un tissu particulier, un tissu général; que tous avaient leurs excitants propres. Pourquoi dès lors les uns seraient-ils susceptibles de devenir primitivement malades, et non les

autres? Qu’est-ce qui empêche qu’une cause ne porte directement son action sur l’un de ces organes? Les impressions des sens, les passions, les excès, les travaux intellectuels, ne peuvent-ils pas agir directement sur le cerveau? Ont-ils besoin pour cela de passer par l’estomac ? Les cris , les chants , la respiration d’un air froid, ne peuvent-ils pas déterminer une angine, une pleurésie, une hémoptysie sans agir sur l’estomac ? Et si tous ces modificateurs de l’organisme peuvent altérer les viscères dont ils sont les excitants naturels , pourquoi les autres organes ne pourraient-ils pas aussi être frappés primitivement parles excitants qui leur sont propres? On doit donc reconnaître que tous nos organes peuvent devenir primitivement malades sans quil soit nécessaire que l’un d’eux, et, toujours le même , soit préalablement affecté, ni même qu il devienne malade d une manière consécutive.

Une autre conséquence de cette vérité , c’est que lorsqu’un organe est multiple, c’est-à-dire lorsque plusieurs de ses parties ont des attributs différents, ces parties peuvent être malades indépendamment les unes des autres. Ce

principe csl de la plus grande utilité dans le diagnostic des maladies du cerveau.

lics organes peuvent ôtre malades de plusieurs manières : 11 existe des maladies spéclflques.

On ne conteste plus guère aujourd’hui celte proposition ; cependant il est eneore quelques médecins, imbus de la doctrine de Broussais, qui soutiennent que la fièvre typhoïde , par exemple , n’est qu’une gastro - entérite , et que les phénomènes particuliers qui l’accompagnent et la caractérisent ne sont dus qu’à l’excès de l’inflammation. Ils en tirent la conséquence, fort logique d’ailleurs, qu’en combattant énergiquement l’inflammation , on s’oppose au développement des accidents typhoïdes. S’il existe des médecins qui conservent encore cette opinion, il n’est pas inutile d’insister pour eux sur ee point, que la nature nous offre non-seulement des maladies simples dans leur essence, mais aussi des maladies et des maladies spécifiques.

Nous entendons par maladies spéciales celles qui présentent toujours les mêmes caractères,

qui , par conséquent , doivent reconnaître une même cause, mais qui ne sont pas susceptibles de se transmettre par contagion. Parmi les maladies de la peau, l’urticaire, le prurigo, le zona, lepemphigus, l’eczéma, l’impetigo, etc. ; parmi les maladies internes , les tubercules, le squirrhe, les scrofules , etc. , sont de ce nombre.

Nous entendons par maladies spécifiques (mot dont l’étymologie est d’ailleurs la même que le précédent) celles dont les caractères, étant aussi toujours les mêmes , ont encore la funeste propriété de se transmettre par contagion : leur nombre a beaucoup diminué sous l’influence de la doctrine physiologique , et par les attaques du docteur Chervin. Parmi les maladies de la peau, le gale, le favus, la variole, la rougeole, la searlatine, etc., paraissent jusqu’à ce jour eonserver ce triste privilège. Parmi les autres , on a eontesté eette faeulté à la syphilis, à la peste, et surtout à la fièvre jaune. Quant à la première, les expériences que quelques étudiants en médecine tentèrent sur eux-mêmes, et qui eurent des résultats si déplorables, n’ont plus laissé de doutes à cet égard;

quant aux autres, le procès est encore pendant.

Dans le temps où l’on niait toute spécificité, on prétendait que toutes les maladies étaient consécutives à des gastrites, et n’en étaient pour ainsi dire que des formes. Il faut avoir assisté à de pareils débats pour y croire. Nous posâmes alors une série de questions auxquelles il était sans doute fort difficile de répondre.

Si toutes les inflammations de la peau sont consécutives à celles de l’estomac, disionsnous, pourquoi les gastrites ne sont-elles pas toujours suivies de toutes les maladies de la peau ?

Pourquoi toutes les gastrites ne sont- elles pas des érysipèles , des zonas , des varioles , des teignes, etc.?

Comment se fait-il qu’une gastrite produise un zona, une autre la variole, une troisième la teigne, etc. ?

Comment la gastrite développée par la vaccine préserve-t-elle de la gastrite qui développe la petite vérole , et pas des autres ?

Pourquoi une gastrite ordinaire ne met-elle pas à l’abri de la variole ? et pourquoi la variole

qui préserve d’une nouvelle gastrite variolique ne préserve-t-elle pas de toutes les gastrites possibles?

Il faut donc bien admettre qu’il existe autre chose que la gastrite; qu’il existe un principe, une essence , un élément , que nous ne saisissons que dans ses effets , et qui constitue cette cause spéciale et spécifique de certaines affections.

Il est inutile aujourd’hui d’ajouter que la gastrite n’est qu’une conception a priori, dont l’existence est, à moins d’un cas fortuit, complètement chimérique. Les phlegmasies de la peau ne sont pas des gastrites ; elles peuvent exister ensemble et séparément, et elles reconnaissent, comme beaucoup d’autres, une spécialité incontestable.

lies fluides , qui sont des éléments d’organes ou des effets d’organes, peuvent être malades.

Il ne s’agit pas ici de faire l’exposé des maladies des fluides, mais seulement d’établir sur des raisonnements , et d’après les faits , la possibilité de ces maladies. Or, aujourd’hui, non-

seulement le doute n’est plus permis à ce sujcl, mais la pathologie des fluides a fait de notables progrès. Lorsque nous jetâmes les fondements de l’organicisme, l’humorisme , battu en brèche par les hommes les plus éminents, avait croulé sous leurs coups , et ne paraissait pas devoir se relever jamais. L’illustre Pinel , un des plus beaux génies dont la médecine s’honore, Pinel avait voué au plus profond mépris cette dégoûtante doctrine, ainsi qu’il l’appelait. Plus tard, Broussais avait encore enchéri sur les sarcasmes de son maître, de sorte qu’il était généralement admis que les solides seuls étaient susceptibles de maladies.

Dès cette époque, un homme d’un esprit éminemment sage et judicieux osa proclamer, malgré la répulsion générale, que les' fluides pouvaient être malades. M. Chomel, dans ses Éléments de pathologie générale , admit cette possibilité. Frappé de la justesse de cette opinion , nous nous empressâmes de l’adopter et de la développer dans nos cours et dans nos écrits.

Depuis lors et jusqu’à ce jour, un grand nombre de médecins se sont occupés de recher-

ches directes sur ce sujet , vers lequel les esprits semblent se tourner aujourd’hui. Parmi ces médecins, il faut citer MM. Bouillaud, Gaspard, Magendie , Denis, Le Canu, Andral, Gavarret, Hatin , et beaucoup d’autres. Nonseulement les recherches de ces savants démontrent la possibilité des maladies des fluides, mais elles ont fait connaître déjà plusieurs points intéressants de ces altérations.

Nos organes ne sont pas seulement formés d’éléments solides, une plus grande quantité de fluides entre dans leur composition; ces fluides sont combinés avec nos tissus, renfermés dans des cavités où ils séjournent, etc. Ces fluides sont loin d’être simples et indécomposables : or, par une loi invariable de la nature , tous les corps composés sont susceptibles d’altération, de décomposition ; donc les fluides sont susceptibles de s’altérer. Les solidlstes exclusifs prétendent que les fluides étant toujours le résultat du travail d’un organe, celui-ci doit être altéré préalablement au fluide; que lorsqu’il circule dans des canaux, comme le sang, ces conduits doivent être malades avant que le fluide qu’ils contiennent soit altéré. Mais il est

IGO —

facile de voir combien ce raisonnement est peu fondé, car à supposer que tous les fluides soient le résultat d’un organe, rien n’empêche qu’une cause morblfère n’agisse directement sur le fluide sécrété contenu dans des vaisseaux ou des réservoirs particuliers , sans agir sur ces vaisseaux ou réservoirs. 11 nous semble que rien ne peut empêcher l’action profonde du calorique ou de tout autre agent. Mais prenons un exemple qui ne soit contesté de personne, et qui fasse voir que les fluides peuvent être viciés d’une manière primitive.

Un individu se trouve placé dans telles circonstances qu’il ne peut faire usage habituellement que d’aliments ou de boissons insalubres. Cette supposition n’est que trop admissible : combien de malheureux, à qui Infortuné a dénié les premiers moyens d’existence, ne sont-ils pas forcés de suivre un pareil régime? Les personnes qui font des voyages de long cours, ne faisant usage que de viandes salées, de biscuit et d’eau croupie; les habitants des villes assiégées , mangeant la chair des animaux domestiques , et quelquefois celle de leurs semblables; et les peuples entiers que la famine

dévore, ne justifient que trop cette affligeante supposition. On conçoit facilement que ces boissons et ces aliments dépravés peuvent fort bien ne pas agir sur le tissu des intestins: ils ne sont pas assez délétères pour cela. Mais leur usage journalier donnera un chyle de mauvaise nature; le sang qui en résultera ne pourra être de bonne qualité , il sera sensiblement altéré, et exercera une funeste influence sur

l’économie animale tout entière. Le sang étant le réparateur et le stimulant de tous les organes, ceux-ci devront tomber dans un collapsus plus ou moins profond. De là des lassitudes générales, spontanées, c’est-à-dire sans causes évidentes; les tissus deviendront lâches et mous; la peau sera pâle et décolorée; le visage abattu, jaunâtre; l’appétit nul, la digestion pénible, la défécation fétide; la respiration anxieuse et gênée ; le pouls mou , petit , concentré ; l’ab- .sorptlon languissante; la tête pesante, l’intelligence tardive, la mémoire infidèle, l’humeur chagrine; le sommeil lourd, peu réparateur ; la copulation Impossible ; le moindre exercice suivi d’une fatigue insupportable.

Bientôt des ecchymoses de différentes granit

deurs se feront remarquer sur différentes parties du corps, principalement sur les membres et aux endroits les plus déclives; les gencives se boursoufleront et deviendront saignantes; des hémorrhagies d’un sang noir et fluide se déclareront; une inflltration générale surviendra, et le malheureux pourra succomber s’il est forcé de continuer le même régime et si l’on ne substitue pas à ces aliments une nourriture plus saine et des boissons plus généreuses.

Des phénomènes analogues ou différents pourront être produits par la respiration d’un air délétère, tel que celui des marais , celui des amphithéâtres, enfin celui qui renferme une quantité plus ou moins grande de matières organiques en décomposition. Cet air, incessamment introduit dans le poumon, n’en altère nullement le tissu; mais le sang, qui vient s’y imprégner à chaque instant des principes de cet air, en recevra-t-il une influence aussi heureuse qu’il la recevrait de l’air pur et embaumé d’une vaste et belle campagne? Non, sans doute, et il ne tardera pas à se vicier de manière à donner naissance aux accidents les plus fâcheux. Telle est incontestablement la cause des maladies qui

ravagent les bords des marais Pontins; telle est aussi la cause de tous les typhus , des maladies pestilentielles qui dévastent des contrées entières.

Ainsi le sang pourra être influencé directement par les aliments, par les boissons, par l’air atmosphérique; mais s’il peut l’être par ces causes que nous apprécions facilement, qui osera contester qu’il puisse l’être par d’autres qui nous échappent? qui peut nous assurer que le calorique , l’électricité, la lumière, et surtout une multitude de principes fugitifs, n’exercent pas sur ce liquide une Influence quelconque?

On vient de voir que le sang peut être altéré dans sa composition : combien sera-t-il plus facile de démontrer qu’il peut être trop abondant et trop riche! Un régime alimentaire trop succulent , l’usage habituel de vins exquis , l’inaction , le repos d’esprit , la tranquillité d’âme, la continence, etc., en un mot des pertes légères, une réparation abondante, ne produiront-ils pas cet effet? L’individu placé dans ces circonstances ne tardera pas à présenter des phénomènes particuliers ; ces phénomènes

seront produits par la congestion de tous les organes et seront caractérisés par les phénomènes suivants : la face sera rouge et animée, les yeux seront brillants, les lèvres vermeilles ; la peau sera chaude et halitueuse , rosée , légèrement tuméfiée ; les veines seront saillantes ; le pouls sera fort, développé, fréquent ; les battements du cœur se feront sentir avec véhémence, ils seront quelquefois intervertis dans leur type naturel; le sangsera compacte,rlche, plastique; la respiration sera accélérée , gênée ; il existera de l’oppression, causée par la présence dans le tissu pulmonaire d’une trop grande quantité de sang. La même cause pourra occasionner des douleurs intestinales et pervertir la digestion ; l’urine sera fortement colorée ; une céphalalgie, ou plutôt une pesanteur de tête Incommode, des vertiges , des éblouissements , des étourdissements , une insomnie opiniâtre ou une somnolence invincible, tourmenteront le malade; il existera des douleurs dans les membres , des lassitudes spontanées.

Tels seront les résultats d’une hématose trop facile et trop riche.

Maintenant, un individu placé dans les cir-

constances inverses ne devra-t-il pas offrir un état contraire? Des aliments insuffisants, l’usage forcé de l’eau simple, des veilles prolongées, des travaux d’esprit longtemps continués, un exercice pénible et immodéré, des excès dans les plaisirs de l’amour, enfin des pertes excessives , une réparation indigente, ne produiront-ils pas des effets opposés?

Face pâle, lèvres décolorées, yeux ternes et languissants; maigreur générale, peau froide; faiblesse, lenteur du pouls; contractions du cœur insensibles, quelquefois irrégulières; bruit de souffle; sang pâle, liquide, mou; gêne de la respiration déterminée par le défaut de puissance inspiratrice et par celui des stimulants nécessaires ; sécrétions lentes, urines ténues ; sentiment profond de faiblesse, désir du repos, incapacité morale et intellectuelle; vertiges , étourdissements ; sommeil imparfait , locomotion presque impossible, ne seront-ils pas le tableau fidèle des effets déterminés par ces dernières causes?

Ainsi on vient de voir le sang, altéré dans sa composition, pécher par sa quantité trop grande ou trop petite. Mais la lymphe, mais l’agent

nerveux, mais les fluides sécrétés, contenus dans des réservoirs particuliers, par quels privilèges seraient-ils exempts des mêmes altérations, des mêmes excès, des mêmes défauts ?

Il faut donc reconnaître que les Jluides de l'économie animale peuvent être primitivement malades.

Ils peuvent l’être par Y excès de tous leurs principes constituants , par le défaut de tous ces principes;

Par excès d’un ou de quelques-uns de ces principes, les autres restant à l’état normal;

Par défaut d’un ou de quelques-uns de ces principes , les autres restant à l’état normal ;

Par excès des uns et par défaut des autres ;

Enfin, par addition de principes hétérogènes.

Parallèle de la doctrine de Broussais et de l'organl-

clsme.

On a reproché à l’organicisme d’être identique à la doctrine dite physiologique ; on a reproché à son auteur de s’être emparé des idées de Broussais; on l’a considéré comme un servile imitateur, et on l’a enveloppé dans la même

proscription. Ce que l’on vient de lire prouve que si l’organicisme est né du physiologisme, c’estpour le combattre. Toutesses propositions fondamentales sont diamétralement opposées à celles de la doctrine dite physiologique.

Dans l’organicisme , la principale proposition, pour ainsi dire la seule, rejette les propriétés vitales;

Dans la doctrine physiologique, on admet ces propriétés, auxquelles on en ajoute une nouvelle sous le nom de chimie vivante.

Dans l’organicisme, on reconnaît que les organes peuvent être malades de beaucoup de manières différentes;

Dans la doctrine physiologique, on affirme qu’il n’existe qu’une seule et même maladie, que \ irritation ; à peine mentionne- 1- on , comme par exception, un autre état morbide.

Dans l’organicisme, on proclame que tous les organes peuvent être primitivemeni malades;

Dans la doctrine physiologique, l’estomac seul est susceptible d’être primitivement malade; dans quelques cas exceptionnels et rares, il le devient seeondalremenl.

Dans 1 organicisme, on professe que la nature

des maladies est très-variée; qu’il existe des maladies spéciales et des maladies spécifiques ;

Dans la doctrine physiologique , on nie l’existence de ces maladies.

Dans l’organicisme , on établit que les fluides peuvent être malades, et même primitivement ;

Dans la doctrine physiologique, on déverse le sarcasme contre cette manière de voir.

Dans l’organicisme, on enseigne que la fai- . blesse existe tout aussi bien que la force;

Dans la doctrine physiologique , il n’existe jamais qu’un surcroît de force.

Enfin, dans l’organicisme, le traitement des maladies doit être infiniment varié;

Dans la doctrine physiologique, le traitement est toujours le même, toujours plus ou moins débilitant: l’eau de gomme, la diète, les sangsues , composent toute la matière médicale.

Qu’on juge maintenant de la prétendue identité des deux doctrines.

Les principes de philosophie médicale que nous venons d’exposer , nous les enseignons depuis vingt-cinq ans ; leur sort a été singulier.

Les médecins oui ne descendent pas au fond

des choses en ont adopté les conséquences en en rejetant les prémisses. Ainsi, au lit du malade, aucun d’eux ne s’occupe plus aujourd’hui des propriétés vitales ; vous n’entendez jamais parler des maladies des propriétés vitales, de leurs altérations, de leur augmentation, de leur diminution , de leur abolition. Dans les livres de pathologie, il n’en est pas question davantage : on voit bien , au silence que chacun garde , que leur règne est passé ; qu’à l’application , leur existence ne peut se soutenir. Ce résultat est bien certainement dû aux attaques répétées dont elles ont été le but dans nos cours depuis vingt-cinq ans. Eh bien ! interrogez ces mêmes médecins qui , dans la pratique , ne tiennent nul compte des propriétés vitales , vous verrez que tous , ou presque tous , en reconnaissent l’existence. Ainsi, l’organicisme est passé en pratique ; tout le monde cherche le diagnostic au lit des malades ; personne ne croit plus dixx dérangement, aux maladies des foniions Indépendantes de celles des organes , et cependant, en théorie, tout le monde conserve sa croyance , ses préjugés.

Le petit nombre de ceux qui ont adopté les

principes de l’organicisme s’imaginent qu’ils en sont les inventeurs , qu’ils n’en ont jamais eu d’autres, qu’/A- oni toujours pensé comme cela. C’est ainsi que lorsque les faits sont établis , qu’ils sont devenus de la monnaie courante, chacun oublie où en était la science avant leur propagation, et ce qu’il a fallu d’efforts pour les découvrir, de luttes pour les soutenir , pour les faire adopter, et se les approprie comme lui appartenants. Ils sont à tout le monde, c’est la doctrine de l’école, c’est l’esprit du siècle, c’est l’état actuel de la science, dit-on, et l’auteur est oublié, dépouillé du mérite de les avoir établis; quand par hasard on pense à lui, il passe, auprès des uns, pour n’avoir rien trouvé, et auprès des autres, pour n’avoir propagé que des erreurs ! — Que lui reste-t-il alors ? — La conscience d’avoir fait quelque chose d’utile.

THESE

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