‹ Exposition des principes de l'organicismeChapitre 7 sur 11 · IC · texte numérisé non relu

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puration avait reparu, et la pleurésie s’était dissipée. Ce fait prouve encore que, lorsqu’on est appelé pour un cas de ce genre, il faut d’abord combattre les accidents les plus graves, les plus urgents , et renvoyer à une époque plus éloignée les indications présentées par la cause occasionnelle.

IS’ous admettons des causes spéciales et des causes spécifiques , cette dernière dénomination ne nous paraissant convenir qu’aux agents susceptibles de se transmettre en général par contagion, et dont l’effet, constamment le même et pour ainsi dire nécessaire, ne saurait dépendre d’autres causes. Les causes spéciales produisent bien une maladie d’une manière plus particulière, mais cette maladie peut être déterminée par plusieurs causes : je n’en veux pour exemple que l’aspbyxle , laquelle est produite par la submersion, la strangulation, la respiration de certains gaz, etc. , et que cependant chacun de ces agents produit d’une manière certaine. Au reste , nous devons dire que nous ajoutons fort peu d’importanee à ces sortes de distinctions.

Parmi les causes spéciales, les poisons doivent

tenir le premierrang. C’est icique nous trouvons le plus de faits qui démontrent l’utilité qu’on peut retirer de la connaissance des causes : en effet, le traitement de la plupart des empoisonnements varie suivant la substance toxique qui l’a déterminé. Le traitement général n’est pas le même si le poison est de la classe des irritants , des narcotiques , des septiques , des narcotico-âcres , etc., et chaque empoisonnement réclame en outre un traitement approprié* Mais cette matière est très-étendue et forme à elle seule une division importante de l’art de guérir. M. le professeur Orfila, par ses savantes recherches , l’a élevée , dans ces derniers temps, à un haut degré de perfection , et c’est dans son excellent ouvrage qu’on doit puiser les connaissances relatives à ce sujet.

Ce que nous disons des substances ingérées dans l’estomac, nous devons le dire aussi des gaz que l’on respire. Il en est de non respirables et de délétères : la première des indications est de soustraire le malade à la cause qui agit sur lui , de lui faire respirer un air libre et pur , et d’employer ensuite les autres moyens Indirects.

Les mêmes indications sont données parl’alr chargé de vapeurs animales décomposées. L’encombrement dans une prison, un hôpital, etc., exige d’abord qu’on fasse circuler l’air et la lumière, et qu’on dissipe cet encombrement, sous peine de voir périr tous les individus qui y sont exposés. L’exhumation des cadavres , la putréfaction d’animaux à la suite d’une épizootie, les gaz des fosses d’aisance, commandent impérieusement de faire cesser la cause des ravages qu’exercent les maladies typhoïdes, soit en purifiant les lieux infectés, soit en les abandonnant. Il en est de même pour les matières végétales, les vapeurs métalliques, qui occasionnent des acccidents particuliers. Dans ces cas , la connaissance de la cause donne des indications thérapeutiques précises. Si un individu éprouve des coliques violentes , et que l’on apprenne en même temps que sa profession l’oblige à travailler le plomb ou le cuivre, le diagnostic pourra ne pas être le même que pour tout autre individu: chez lui on pourra attribuer les douleurs à la substance métallique, tandis que chez l’autre on devra la rapporter à toute autre cause. 11 est inutile d’ajouter que

le traitement devra essentiellement différer.

Lorsque le froid Intense ou la chaleur excessive auront produit l’asphyxie, on devra encore faire subir au malade un traitement différent.

La strangulation, l’Immersion dans l’eau, réclameront aussi des moyens divers. L’amour, la nostalgie , enfin les diverses passions de l’âme non satisfaites, exigeront de la part du médecin un traitement philosophique, dont on ne trouvera pas la recette dans les formulaires. C’est là qu’on voit mentir cette sentence de Celse : Morbos non eloqiientiâ sed remediis curari; c’est là qu’on doit dire ; Morbos non remediis sed eloquentiâ curari. Enfin les vers intestinaux réclameront aussi des moyens particuliers.

Les causes spécifiques ne sont pas moins fertiles en indications curatives. Les venins , véritables poisons animaux, formant une transition naturelle entre les causes précédentes et celles-ci , veulent être traités par des moyens dont l’expérience a fait connaître rutilité. Les virus et les principes contagieux, dont l’existence a été si fortement contestée de nos jours, exigent surtout impérieusement des moyens

spécifiques. L’hydrophobie , la syphilis , la peste, la gale, etc., ne peuvent être traitées comme des inflammations simples. Parmi les maladies contagieuses mêmes , il en est qui agissent, par l’Intermédiaire de l’atmosphère ou d’autres corps, sur un grand nombre d’individus , et qui réclament d’autres remèdes que celles qui se transmettent par un contact immédiat, par insertion, etc.

11 est en outre une multitude de circonstances qui favorisent la contagion, et qu’il est très-important de connaître, afin de s’y opposer de tous ses efforts.

Nous pourrions parler ici de quelques animaux parasites, tels que le pou du pubis, etc.; mais ces sujets sont peu importants.

Maintenant , si nous abordons les causes prédisposantes, nous trouverons encore plusieurs circonstances propres à modifier le traitement. Un régime trop riche et trop réparateur, en produisant une hématose trop abondante, dispose à la polyæmie et à toutes les maladies inflammatoii’es avec hypersthénie. La première indication qui dérive de celte circonstance, c’est de diminuer la quantité des

matériaux de nutrition, et d’ôter par des saignées l’excès de sang qui existe. Oter du sang et empêcher d’en faire, telle est la conduite qu’impose un régime de ce genre longtemps continué ; mais il ne faut ôter du sang que lorsque les accidents le réclament rigoureusement.

Une alimentation pauvre et peu réparatrice exigera qu’on soit sobre dans l’emploi dés évacuations sanguines , et qu’on ait recours , dès que les accidents le permettront, à une alimentation riche.

L’abus du vin et des liqueurs fermentées occasionne fréquemment des maladies graves et souvent mortelles. Les indications à tirer de cette habitude ne sont rien moins que précises; mais, dans tous les cas, la discontinuation de cette funeste habitude est impérieusement commandée. Il faut en dire autant de l’abus du ihé, du café et des autres excitants, dans les maladies qu’ils déterminent. L’usage deboissons corrompues et d’aliments décomposés produit souvent des maladies, telles que le scorbut et autres, qui guérissent par l’usage de l’eau saine et fraîche et des végétaux récemment cueillis.

Lorsque ce régime insalubre a fait naître des maladies adynamiques, typhoïdes, etc., il faut souvent , après les premières périodes , avoir recours à des remèdes toniques.

L’usage longtemps continué du même régime alimentaire, devant finir nécessairement par déterminer quelques maladies, nécessite qu’on varie les substances dont on se nourrit.

Lorsqu’une maladie naît sous l’influence d’une habitation Insalubre, le médecin doit prescrire , avant tout remède , le changement de domicile.

Nous devons en dire autant des maladies produites par la coutume de porter des vêtemens trop serrés, trop légers, trop chauds, etc.; la première indication est de corriger ces habitudes.

Les bains chauds habituels ou froids doivent être suspendus lorsqu’ils plongent l’individu dans une faiblesse, une langueur fâcheuses, ou qu’ils font naître la polyæmie.

Les évacuations excessives sont loin d’être sans influencesur lasanté, et nous ne croyons pas que les maladies qui naissent sous l’influence de cette cause puissent être traitées comme

des maladies ordinaires. Raphaël, à l’âge de trente-sept ans, après avoir commis des excès dans les plaisirs de l’amour , tomba malade , fut saigné un grand nombre de fols, et mourut. Il est vraisemblable que, s’il n’eût pas caché la véritable cause de son mal, les arts eussent été enrichis encore d’un grand nombre de chefsd’œuvre de sa main. 11 est superflu de dire que dans un cas semblable il faut être réservé dans l’emploi des débilitants.

Les excitants naturels des sens, mais principalement les impressions morales et les actes intellectuels, réclament l’attention du médecin thérapeutiste; ce n’est pas impunément pour le malade qu’il pourrait négliger les indications qui découlent de ces circonstances.

L’excès ou le défaut d’exercice musculaire , le sommeil ou la veille trop longtemps prolongés , exigeraient qu’on prescrivît des bornes à ces actes de l’organisme , s’ils paraissent disposer à quelques maladies particulières.

Lorsque le malade a déjà éprouvé des maladies antécédentes, on peut en tirer quelques indications précieuses. On doit s’informer alors quels sont les remèdes dont on a fait usage , et

quels effets Ils ont produits; les éviter s’ils ont été nuisibles, les employer de nouveau s’ils ont été avantageux.

Les anciens , dont l’imagination active se complaisait dans la contemplation des grands effets de la nature , et qui se doutaient peu de l’intérêt que pouvait offrir l’étude de détails, avalent fixé leur attention d’une manière spéciale sur les phénomènes généraux ; ils avalent étudié avec le plus grand soin les causes qui paraissent agir sur les masses. Ainsi l’air, les eaux, les lieux, leur avaient inspiré de brillantes conceptions, et souvent fécondes en résultats admirables. Le livre d’Hippocrate où il traite de cette matière est un des plus beaux que l’antiquité nous ait transmis. Les applications de ces principes en faveur d’Agrigente furent sans contredit les plus utiles qui aient jamais été faites, et sont encore aujourd’hui les plus beaux exemples de ce que peut le génie de l’observation.

Malgré ces travaux, et malgré les moyens d’observations si savamment et si ingénieusement multipliés entre les mains des modernes, nous sommes encore peu avancés sur ce sujet.

Il est peu d’indications thérapeutiques à dé duire de la durée et de la direction des vents; des degrés d’humidité, de sécheresse, de froid et de chaud, de lumière, d’électricité, répandus dans l’air , et agissant sur des masses d’individus.

Nous bornerons ici l’énumération des circonstances qui fournissent par elles-mêmes des Indications particulières, notre intention n’étant pas d’épuiser l’immense question que le sort nous a dévolue.

Nous finirons ce paragraphe par quelques objections que l’on a adressées à l’anatomie pathologique elle-même.

On a adressé à l’anatomie pathologique ellemême des objections nombreuses plus ou moins fondées , et que nous ne devons pas passer sous silence.

Celse avait déjà dit, il y a deux mille ans : O N est-d pas ridicule de vouloir que le cadavre « manifeste à nos yeux les phénomènes de la « vie qui n y est plus, et de penser que les choses «sont dans l’homme mort comme elles étaient « dans l’homme vivant. »

Beaucoup d altérations, qui n’existent pas

dans la vie, peuvent survenir après la mort ; il sera difficile de les discerner.

Beaucoup d’autres existantes pendant la vie peuvent disparaître quand elle vient à cesser.

Enfin, l’anatomie pathologique ne nous a dévoilé que peu de chose sur les altérations des fluides , et moins encore sur celles des gaz.

Comment , avec des moyens si Insuffisants, conserver encore la prétention de fonder la pathologie sur les lésions anatomiques?

11 faut l’avouer, ces objections sont puissantes , mais elles ne sont pas irréfutables ; et le fussent-elles , elles prouveraient seulement que l’anatomie pathologique a des bornes, ce que personne ne conteste, mais que son utilité ne saurait être niée pour cela.

Il est vrai de dire, avec Celse, que la prétention de vouloir reconnaître dans le cadavre ce qui se passait pendant la vie est une prétention exagérée, puisque nous manquons alors d’une multitude d’éléments; mais ce reproche ne peut s’adresser qu’à l’élude des mouvements des actions organiques, qui ont cessé, et nullement à la texture même des viscères. Les expériences sur les animaux rivants qui se rap-

prochcnt de l’homme peuvent , jusqu’à un certain point, suppléer à ce que l’anatomie pathologique nous dénie. Quant à l’étude des changements matériels survenus dans les organes solides, les reproches de Celse ne sont nullement fondés.

Aujourd’hui on est parvenu à distinguer assez nettement ce qui est survenu après la mort de ce qui a dû être produit par la maladie. Les engouements hypostatiques , les imbibitlons, les augmentations ou diminutions de consistance , les altérations de couleur produites après la mort par la température, la position des cadavres, sont assez bien appréciés pour n’avoir pas à craindre d’applications erronées , et il est probable que , par des recherches subséquentes, on portera plus loin encore l’exactitude.

Quant aux altérations qui ont dû exister pendant la vie, et qui disparaissent après la mort , il n’est pas aussi facile de les apprécier ; mais il faut avouer qu’elles sont bien peu nombreuses , relativement à celles qui laissent des traces évidentes : les névroses, les névropathies , les fièvres intermittentes, en forment la majeure par-

lie. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet.

Enfin , les altérations des liquides et des gaz nous échappent. Ce doit être là, sans doute, un motif de regrets éternels; cette imperfection ne fait-elle pas sentir que l’on attend beaucoup de l’anatomie pathologique, et que si elle avait éclairé les altérations des fluides comme celles des solides, elle aurait sans doute fait faire un pas immense aux indications thérapeutiques ? Qui serait assez téméraire pour affirmer que ce progrès lui est interdit? M. Andral, dans son Traité d‘ anatomie pathologique, a déjà fait des efforts heureux pour combler cette lacune : il a consigné les altérations des fluides qui nous sont déjà connues. Espérons que des recherches ultérieures reculeront sur ce point les bornes de la science (1).

Après les considérations générales qui précèdent , nous pouvons encore jeter un coup d’œil rapide :

1° Sur les maladies dont l’anatomie pathologique a éclairé le traitement;

(1) Par ses recherches récentes sur le sang, etc., ces vœux se trouvent en partie réalisés.

2" Sur les maladies dont elle n’a que peu ou point éelairé la thérapeutique ;

S” Sur celles qu’elle paraît susceptible d’éclairer un jour.

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