ST A
vivraient ensemble, fréquenteraient les mêmes sociétés, se seraient réciproquement fidèles, et ne pourraient se quitter que d’un commun accord. Mais des contrats d’autres genres auraient lieu entre des personnes placées dans des circonstances différentes. Une jeune ouvrière, n’ayant pour elle que sa beauté, stipulerait une union inégale avec un homme dont le principal mérite serait la richesse. Elle lui engagerait sa foi, sans lui demander de réciprocité, et si le contrat pouvait être rescindé à la volonté du mari, elle prendrait des précautions contre ses caprices, en se fesant assurer un sort pour la vie.Un homme, dans cette situation, pourrait avoir plusieurs femmes de cette sorte, si cela les arrangeait. Le contrat, étant public et reconnu par la loi, perdrait entièrement tout caractère d’immoralité.
Mais, dira-t-on, c’est établir la polygamie; c’est nous faire adopter les usages et les mœurs des races inférieures. Non , lecteur , cette liberté donnée au contrat de mariage ne changerait rien à l’état présent de la société; seulement, elle harmoniserait les mœurs avec les lois. Qu’on voie la société des grandes villes. Est-ce que l’aristocratie n’est pas polygame ? Ces messieurs ont d’abord une femme , puis des maîtresses de société ,
puis des maîtresses entretenues, puis Mais ,
en voilà assez pour mon argument. La liberté du
contrat n’augmenterait pas le nombre des femmes de chacun , mais il rendrait le sort de cellesci plus stable. Ces pauvres malheureuses qui, après avoir brillé et trompé pendant leur printemps, vont maintenant finir leur vie à l’hôpital, seraient protégées par la publicité. Qui, ayant le moyen de l’empêcher ne rougirait pas , même maintenant , d’entendre dire qu’une femme qui fut sa maîtresse végète dans la misère ; -que l’enfant qu elle lui a porté , élevé dans le crime , est destiné h nourrir la guillotine ? A plus forte raison ne le souffrirait-il pas, si scs liaisons, au lieu d’être clandestines , avaient été publiquement avouées. Cette liberté du contrat nuptial ferait monter le prix des jolies femmes, les rendrait honnêtes : car il serait de leur intérêt de l’être, et détruirait entièrement la prostitution proprement dite.
Cette liberté aurait d’autres effets économiques bien plus importans , ce serait d'arrêter en partie la disproportion qui existe entre l’accroissement des classes ouvrières et celles des classes élevées, d’empêcher la cumulation des propriétés, et, enfin, d’ouvrir aux femmes un courant ascendant qui permît à chacune d'elles d’aspirer à la fortune et au bonheur pour son propre compte.
Maintenant, les femmes sont stationnaires dans l’échelle sociale. Aucune carrière d’avancement