XXIV PRÉFACE
apporter aucun changement à l’ordre économique. Qu’importe, sous ce rapport, que le banquier s’appelle Rothschild, et le mendiant Martin, ou que Martin soit banquier, et Rothschild mendiant? Si ce changement avait lieu, Martin prendrait, avec la fortune, les intérêts et les opinions de Rothschild et vice versâ. Faudrait-il recommencer alors un nouveau changement de rôles? Et où s’arrêter? Sous un système pareil, rien ne saurait être stable et assis, et toute industrie serait détruite : car personne ne voudrait se donner la peine d’acquérir cé qu’il ne pourrait conserver.
La plupart de ces réflexions me sont suggérées par une feuille volante que j’ai sous les yeux, intitulée : Doctrines républicaines, et qui me semble contenir des doctrines extrêmement fausses et dangereuses, et de nature à faire beaucoup de tort au parti républicain en augmentant les préventions que les propriétaires ont déjà contre lui. Il m’est pénible de me séparer de personnes de qui, sur beaucoup de points, mes opinions me rapprochent entièrement. Mais, quelque soit mon regret, la vérité doit passer avant tout. J’ai entrepris l’exposition des principes de la république, d’une république, comme le lecteur verra, bien différente, et je me dois à moi- même de ne pas rester sous l’anathème, le juste anathème qu’une majorité de la nation prononce contre le
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fantôme de terreur qu’elle décore du nom de république. L’ordre républicain, comme je l’entends, comme il est entendu pratiquement par treize millions d’individus, est tout différent de ce fantôme et de la théorie présentée par les Doctrines républicaines dont je viens de parler. Il est fondé sur le droit de propriété et tous les intérêts sociaux. 11 a pour premier but de les assurer contre toute espèce d’arbitraire. Le peuple souverain adopte, dans la constitution, une règle de conduite future, et s’y tient. 11 peut, il est vrai, changer cette constitution tous les jours ; mais, même en le faisant, il doit respecter les droits acquis sous elle, et que lui-même a garantis. Jamais la loi ne peut avoir d’effet rétroactif, ou relever les parties à un contrat des obligations qu’il impose. Voilà la république comme je l’ai vue, comme je l’expose, comme elle paraîtra au lecteur qui, sans s’arrêter à l'étiquette de ma doctrine, voudra bien l’examiner en détail. Ceci n’est pas une utopie. Jusqu’au 4 de juillet 1776, il n’y avait jamais eu sur la torre un seul homme libre de fait comme de droit : car les citoyens des républiques anciennes et de celles dumoyenâge étaient les esclaves des caprices arbitraires de la multitude, et leurs droits n’étaient pas protégés contre elle. Maintenant, il y a treize millions d'hommes libres qui jouissent d’un état de pros-
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périté sans exemple dans l’histoire, pas, comme on le dit, parce qu’ils sont disséminés sur un immense territoire, ou parce qu’ils sont éloignés de l’Europe , mais parce qu’ils sont libres et bien gouvernés ; parce que jamais et nulle part la vie et la propriété n’ont été si sûres ; parceque les lois sont faites dans l’intérêt de tous, et non d’une classe privilégiée ; parce que l’égalité règne ; que la concurrence est ouverte ; que le riche n’a pas de monopole qui écrase le pauvre , et que celui-ci est sûr, par l’industrie , de pouvoir s’élever à la fortune. Il n’y a que le vice et la paresse qui restent pauvres en Amérique, et la concurrence et l’élection populaire y classent les individus, chacun suivant son mérite, bien plus exactement que ne pourraient le faire tous les papes saint-simoniens présens et futurs. J’ai cru rendre un service au parti républicain en Europe, en faisant connaître ce système, le seul pratique. Je crois mon livre nouveau, et peut-être aurai - je eu la gloire le premier d’exposer en détail à l’Europe le système qui doit la gouverner dans cinquante ans.
En terminant cet entretien individuel avec toi, lecteur, je te prie de te souvenir que cet ouvrage ne contient qu’une partie d’un système faste et complet. Tu t’apercevras toi-même des pierres d'attente que j’ai laissées, et, pour peu que tu m’y
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encourages,' je ne serais pas éloigné, l’année prochaine, de reprendre en sous-œuvre la question économique, et de te la présenter sous une fonne analogue à celle de cet ouvrage, et d’une manière coordonnée aux mêmes principes.
En attendant, lecteur, je te souhaite un gouvernement aussi bon que celui des États-Unis.
Le fait peut-être le plus remarquable de tous ceux que l’histoire nous réyèlc est l’état de baiv barie, plus ou moins entière, dans lequel quelques peuples sont restés, tandis que d autres ont poussé la civilisation presque jusqu’à ses dernières limites. Tandis que le Chinois , l’Indou , le Nègre , et le sauvage de l’Amérique , sont restés dans un